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Vu du reste de l’Europe, l’autoritarisme de Macron est surréaliste


Vu du reste de l’Europe, l’autoritarisme de Macron est surréaliste

Suisse :

Les annonces d’Emmanuel Macron le 12 juillet à la télévision française ont instauré un nouveau ton: obligation vaccinale pour les soignants, pass sanitaire partout dès 13 ans, spectre de la vaccination obligatoire pour tous à la rentrée. Une reprise en main qui a provoqué un certain effarement à la rédaction de Heidi.news, tant les méthodes et la culture suisses sont différentes. Annick Chevillot, responsable du flux santé, et Yvan Pandelé, journaliste scientifique au flux santé, en discutent.

Yvan Pandelé. Je ne suis pas du genre éruptif, mais le ton de l’intervention d’hier nous a plongés en pleine dystopie. «Macron a sorti son gros bâton», voilà la première chose qui m’est venue en tête. Les Français sont habitués à avoir un Etat fort, mais un tel autoritarisme sur des questions sanitaires a quelque chose d’inédit. Je crois que l’exécutif assume de placer l’Hexagone à la pointe des pays intransigeants sur la vaccination, c’est le genre d’initiative «disruptive» que notre président affectionne. Mais de tête de gondole à repoussoir il n’y a qu’un pas, surtout vu de Suisse. Qu’en penses-tu?

Annick Chevillot. Sincèrement, je suis choquée! Ce ton paternaliste m’horripile. Le chantage induit par l’annonce d’Emmanuel Macron risque fort d’être contre-productif. Le débat va vite se déplacer du champ sanitaire au champ politique en passant par les chants haineux. La France en est coutumière, mais s’était lassée des échanges entre pavés et matraques. T’imagines: les gosses dès 13 ans devront avoir un pass sanitaire pour aller acheter des mangas et des bonbons, mais les policiers et gendarmes ne sont pas soumis à l’obligation vaccinale, ni au pass sanitaire. C’est quoi ce monde qui se dessine en France? La discrimination qui éclot paraît surréaliste vu de Suisse.

Pas le choix pour les soignants

YP. La vaccination obligatoire des soignants était attendue, toute la presse française bruissait de rumeurs depuis plusieurs jours. Et puis bon, c’est une tradition hexagonale, la vaccination contre la grippe a été obligatoire jusqu’en 2006 chez les professionnels, et celles du nourrisson l’est depuis 2018. Pas de surprise de ce côté-là, si ce n’est le ton. Mais il est fascinant de voir à quel point le débat est différent de l’autre côté du Jura. Les hôpitaux suisses n’ont que le mot «liberté vaccinale» à la bouche, et le simple fait de comptabiliser les vaccinés est débattu. Tout le monde pense à la vaccination obligatoire, des directions d’établissement à l’OFSP, mais personne n’ose piper mot de peur de braquer.

AC. Le sujet est très sensible en Suisse, c’est sûr. L’obligation vaccinale n’est pas la norme et ne sera pas acceptée. Le pouvoir des Suisses s’évalue dans les urnes, pas aux muscles du bras de l’exécutif. Si tu rends la vaccination contre Covid obligatoire en Suisse, tu auras un référendum dans l’heure et les citoyens devront voter. Et il y a de fortes chances qu’un tel projet ne passe pas. En Suisse, convaincre passe avant contraindre. Du coup, la couverture vaccinale n’est pas très élevée dans le pays. Et le risque de nouvelle vague est réel, surtout avec le variant Delta. Mais je crois que les politiques sont prêts à assumer ce risque, plutôt que d’engendrer une fracture démocratique profonde.

C’est toute la pesée des bénéfices-risques d’une telle obligation, bien résumée par l’OMS dans un document paru le 13 avril 2021, où il est notamment dit: «Comme pour les autres politiques de santé publique, les décisions relatives à la vaccination obligatoire doivent s’appuyer sur les meilleures preuves disponibles et être prises par des autorités de santé publique légitimes, de manière transparente, équitable, non discriminatoire et avec la participation des parties concernées.» La notion de non discriminatoire est capitale, et elle est bafouée par Emmanuel Macron lorsqu’il dit qu’il va faire porter les restrictions aux non-vaccinés! Parce qu’au final, ce ne sont pas les non-vaccinés qui vont devoir porter cette responsabilité, mais la société civile (magasins, restaurateurs, hôpitaux, EMS, etc.) qui devra assurer le contrôle avec des contraintes supplémentaires.

Le pass partout

Yvan Pandelé. En effet. Le point inquiétant, c’est que le pass sanitaire aura vocation à s’appliquer partout, à compter du mois d’août. Dans les cafés et les cinémas, mais aussi dans les transports, au supermarché et même — ce qui est assez incroyable — à l’hôpital. («Sauf en cas d’urgence», précise le gouvernement, grand seigneur…) Comme d’habitude, l’Etat central fait des rodomontades, et il faudra voir comment c’est appliqué. Je n’ai aucun doute pour les arrondissements parisiens à un chiffre, mais il fera beau temps avant que le kebabier de Saint-Ouen ou le restaurateur du Gers n’exigent un pass sanitaire.

Le message politique en tout cas est très clair: tant que vous ne serez pas vaccinés, on vous rendra la vie invivable. On est plus proche de la coercition que de l’incitation. Et contrairement à la Suisse, la question de la durée de ce dispositif d’exception n’a jamais vraiment émergé dans le débat public. Les contre-pouvoirs à l’exécutif étant très faibles en France, on peut craindre qu’il soit prolongé ad vitam aeternam. Une vie invivable pour une durée indéterminée: pas étonnant que les plateformes de vaccination aient été prises d’assaut hier soir!

AC. Logique en effet: le père de la patrie exempte les non vaccinés de cette décision. Obligés, ils s’y résolvent. Cela dit, je peux comprendre l’obligation vaccinale pour le personnel soignant. L’Italie et la Grèce ont aussi passé ce cap. Mais lier vaccination à la présentation d’un document prouvant son statut immunitaire, ce n’est pas proportionnel. Surtout pour la vie quotidienne. C’est complètement fou et dystopique, comme tu le dis très justement, de devoir présenter un pass sanitaire pour avoir le «droit» d’aller faire ses courses, accéder à un hôpital et prendre le train pour aller voir sa famille. Plus que discriminatoire, c’est suicidaire politiquement.

Le jeu politique

YP. C’est un calcul politique assumé. Le «chef qui sait cheffer» est une figure qui plaît à droite. N’oublions pas que tout ceci s’inscrit dans la perspective des élections présidentielles de mai 2022: la gauche française est en plein marasme et le danger, pour le camp Macron, vient de droite – de Xavier Bertrand à Marine Le Pen. Je m’interroge plus sur les répercussions politiques en Suisse. D’un côté, cela pourrait donner du grain à moudre aux anti-tout, comme l’UDC et les Amis de la Constitution. De l’autre, c’est aussi un épouvantail bien pratique pour le Conseil fédéral quand il devra réagir pour éviter une troisième vague: si vous cherchez une dictature sanitaire, regardez en France, ici nous restons dans la mesure et le consensus.

AC. Notre ministre de la santé Alain Berset avait d’ailleurs relevé au printemps 2020 que la Suisse n’était pas en guerre, contrairement à son grand voisin. Les citoyens suisses ne sont pas concernés par l’élection de 2022. En revanche, ils voient l’émergence d’un Etat dont ils ne veulent pas. En ce sens, c’est vrai, l’exécutif suisse pourra jouer par contraste en tenant un discours du type «regardez, c’est pire ailleurs». Cela a été fait lors du premier (semi-)confinement.

Vaccin obligatoire pour tous?

YP. Un point qui n’a pas été assez relevé, à mon sens, c’est le spectre de la vaccination obligatoire pour tous agité par Emmanuel Macron, «en fonction de l’évolution de la situation». Pour l’heure, seuls le Tadjikistan, le Turkménistan et le Vatican en sont là. Deux pays autoritaires et une théocratie… Cela me paraît difficilement tenable.

Les vaccins Covid-19 sont porteurs de risques, si infinitésimaux soient-ils. Sur des millions d’injections, il y aura toujours quelques personnes pour développer un syndrome exotique ou faire une réaction sévère. C’est acceptable dans le cadre d’une décision personnelle, ça ne l’est plus si le choix est contraint. Le consentement volontaire est à la base de l’éthique médicale depuis Nuremberg. Il faut de très, très, bonnes raisons pour y renoncer. Sans quoi la pandémie aura achevé ce que le 11 septembre et l’essor des technologies de l’information ont initié: une perte massive, peut-être irréversible, de liberté individuelle.

AC. Oui, et c’est bien un argumentaire qui pourrait être utilisé dans le cadre de la votation du 28 novembre en Suisse sur le certificat Covid. Etendre l’usage de ce sésame à la vie quotidienne et le rendre obligatoire, c’est généraliser l’abus de pouvoir. Comme c’est également le cas du moment où l’on passe outre le consentement éclairé du patient. Ça fait mal, mais de telles décisions aux enjeux éthiques complexes font émerger des dérives qui peuvent mener à une forme de «dictature sanitaire». Du moins en France.

Source

Allemagne – Angela Merkel monte au créneau. L’Allemagne n’a pas « l’intention » de s’y résoudre, affirme la chancelière. « Je ne pense pas qu’on puisse gagner la confiance en changeant ce que nous avons dit, c’est-à-dire pas de vaccination obligatoire », a-t-elle déclaré lors d’une conférence de presse

Misant sur la « volonté » de la population et la « publicité » en faveur des vaccins Covid-19, l’Allemagne n’a pas « l’intention » de rendre la vaccination obligatoire, affirme Angela Merkel.

Mais je pense que nous pouvons gagner la confiance en faisant de la publicité pour la vaccination et aussi en laissant autant de personnes que possible dans la population (…) devenir des ambassadeurs du vaccin à partir de leur propre expérience », a-t-elle ajouté.

« Plus nous serons vaccinés, plus nous serons libres, plus nous pourrons vivre à nouveau », a martelé Mme Merkel. « Je peux faire de la publicité en tant que chancelière, avec une conviction profonde, pour une vaccination », a-t-elle fait valoir. « Mais je sais aussi que parfois, cela aide davantage si c’est peut-être le propre fils qui lève les doutes, si c’est une collègue qui rapporte sa propre expérience de vaccination quand dans l’association ou dans la municipalité, on parle du pour et du contre des vaccinations », a ajouté Mme Merkel.

La dirigeante allemande a conseillé, pour convaincre les récalcitrants à la vaccination, de « discuter tous ensemble, en famille, au travail, dans le club de football, partout où les êtres se connaissent et se font confiance ».

L’obligation vaccinale contre le Covid-19 gagne du terrain en Europe, comme en France où elle a été décidée lundi pour les personnels soignants dans le but d’endiguer le variant Delta. La Grèce l’a aussi annoncée pour les soignants à partir du 1er septembre.

Quelque 35,4 millions de personnes (42,6%) ont été entièrement vaccinées en Allemagne, et 48,6 millions (58,5%) ont reçu une dose, a détaillé le ministre de la Santé, Jens Spahn, regrettant que la tendance soit au « ralentissement » du rythme d’injections.

Les échos.fr

 

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  • 5 thoughts on “Vu du reste de l’Europe, l’autoritarisme de Macron est surréaliste

    1. alauda

      Question à deux balles : faudra-t-il sortir son passe-sanitaire sur les aires de service autoroutiers pour utiliser les toilettes en prenant un café ? Ou bien faudra-t-il privilégier les voies secondaires et s’arrêter dans les bois pour ses besoins naturels ?

      Le même problème d’accès à des toilettes va se poser dès lors que l’on voudra s’éloigner un peu de ses lieux de vie connus. En dehors des bars, je ne vois pas où je vais trouver un point d’eau.

      Moralité : les deux sorties de 2 ou 3 jours que j’avais prévues pour l’été, je peux mettre une croix dessus.

    2. alauda

      Vu d’Israël, un des pays les plus vaccinés du monde ;
      Bennett a appelé hier chacun à sa responsabilité. Sa stratégie repose sur trois points
      1. porter le masque en milieu confiné (vacciné ou pas, ceux qui dérogent auront une amende)
      2. incitation à la vaccination
      3. distanciation sociale : éviter les foules, se saluer avec le coude 🙂

      Commentaire
      1. efficacité prouvée comme barrière de transmission
      2. réduction des risques graves, mais l’efficacité comme barrière de transmission des variants… point d’interrogation
      3. efficacité évidente

      Depuis 15 mois, je fonctionne avec les mesures 1 & 3, pour le 2, see and wait.

    3. alauda

      Important cas de figure navigant sur la longue mer tranquille de la vie vaccinée :
      https://www.bbc.co.uk/news/uk-57830617.amp

      Un cluster de 100 parmi un personnel de 3,700 ne peut être compté comme tout en fait négligeable, en termes de statistiques. Cependant, Covid or not Covid, aucun effet sur le déploiement. L’amiral garde son cap. Pas d’effet de panique à bord. Mesures classiques (masques, distanciation…) & God save the Queen… sur une musique de Lully of course.

    4. alexis mancellara

      Les vaccins actuels ne bloquent pas la multiplication et la transmission du virus (sauf Novavax, voir le Vidal).
      C’est un mensonge d’affirmer qu’il faut vacciner tous les soignants pour éviter de contaminer les patients, c’est aussi grave que d’affirmer en 2020 que les masques sont inutiles. On va au devant d’un nouveau scandale sanitaire, il y aura des morts à cause de ce mensonge.
      Le seul intérêt de la vaccination est de potentiellement réduire le risque que les soignants tombent malades.
      Vaccinés ou pas, les soignants doivent porter des masques FP2/FP3, des gants et utiliser des désinfectants.

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