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Histoire: 1943-1944, priorité à une « Patrie juive » sur les sauvetages


Histoire: 1943-1944, priorité à une « Patrie juive » sur les sauvetages

Cette priorité donnée par la majorité sioniste américaine n’a-t-elle pas contribué à l’abandon des Juifs européens ? Ces Juifs qui devaient peupler la nouvelle Patrie.

Par Marc-André Charguéraud

Abba Hillel Silver, co-président de l’American Zionist Emergency Committee (AZEC), affirmait en août 1943 : « Il n’y a qu’une seule solution pour nos réfugiés, (…) c’est une patrie (…). Si nous abandonnons notre revendication nationale et historique sur la Palestine et que nous comptons seulement sur un appel philanthropique pour les réfugiés, nous perdrons tout et violerons les espoirs historiques de notre peuple ».[1]

Le juge Joseph Proskauer, président de l’American Jewish Committee (AJC), répondit : « Personne n’espère avoir un Etat juif maintenant, personne ne le désire aujourd’hui. (…) Il y a ceux qui ne se sont pas identifiés au sionisme, mais veulent aider à construire la Palestine, et pourtant pensent que ce serait une grave erreur de demander la création d’un Etat actuellement ».[2]

L’American Jewish Conference, qui se tint au Waldorf Astoria à New-York du 29 août au 2 septembre 1943, réunissait 65 organisations juives représentées par 500 délégués parlant au nom de 2 275 000 Juifs.[3] Elle fut la plus importante manifestation unitaire juive de la guerre. Mais la confrontation entre Proskauer et Silver signifia l’échec de ce rassemblement national des forces vives juives. Ce fut un succès sioniste, certes, car une majorité écrasante des délégués vota une motion donnant la priorité à la création d’une patrie juive. Mais ce fut une faillite du mouvement unitaire, avec le départ quelques semaines plus tard de l’American Jewish Committee et du Jewish Labor Committee. La tentative d’un front uni juif avait échoué.[4] Les vieilles animosités entre sionistes et non-sionistes se rallumèrent, mais avaient-elles jamais cessé ?

Les sionistes avaient limité la conférence à deux sujets : le futur de la Palestine et la reconstruction après la guerre des communautés juives européennes. Les organisateurs de la conférence n’acceptèrent d’ajouter à l’ordre du jour la question du sauvetage qu’à la suite de pressions.[5] Elle ne fut abordée que marginalement, malgré l’intervention qui resta discrète d’un sioniste minoritaire, Robert Goldman. En faveur d’une politique de compromis, il rappela que « si le projet à long terme que nous désirons réaliser interfère avec la solution de nos problèmes immédiats (…), vous n’avez pas le droit de donner la priorité à un tel projet (la création d’une patrie en Palestine), s’il a pour effet la perte de milliers, de centaines de milliers de Juifs, qui sans cela auraient pu être sauvés pendant les quelques années à venir ».[6]

Cette priorité absolue donnée à la constitution d’une patrie juive en Palestine s’intégrait dans une stricte logique sioniste. Le programme de la conférence sioniste de l’hôtel Biltmore en mai 1942 avait déjà décidé à l’unanimité la création immédiate d’une patrie juive comme étant son but majeur. Silver y déclara : « L’ultime solution au problème juif doit être proclamée et cette solution ultime, c’est l’établissement d’une nation juive en Palestine ».[7]

Nahum Goldmann, l’un des dirigeants du Congrès juif mondial et de l’Agence juive, situait parfaitement la position sioniste. Il estimait que si les sionistes voulaient organiser une attaque massive contre le Livre blanc anglais sur la Palestine, ils devaient cesser de manifester contre les massacres juifs en Europe. Il expliquait qu’avec les ressources financières limitées des sionistes il était impossible de conduire les deux campagnes simultanément. Il était maintenant nécessaire, comme Abba Hillel Silver l’avait proposé au Biltmore, « de mettre l’accent sur la priorité du programme sioniste par rapport à la question des réfugiés ».[8]

Doit-on reprocher aux leaders sionistes de s’être trop consacrés à la lutte pour un Etat juif, délaissant les opérations de sauvetage ? s’interroge Gerhart Riegner. Non, estime-t-il, car ce serait confondre la cause et l’effet.[9]  Les Juifs avaient perdu tout espoir de sauver leurs coreligionnaires, écrivait un éditorialiste sioniste en septembre 1943. « C’est pendant les premiers mois de cette année (…) que tous nos cris et tous nos appels pour des mesures de sauvetage de vie se brisèrent sur le mur de l’indifférence jusqu’à ce que nous commencions à étouffer dans la sinistre conviction que nous étions impuissants. Ce fut l’année de l’infini, du puits sans fond, de l’impuissance totale. »[10] Que peuvent faire les Juifs dans ces conditions ? Et un périodique sioniste de donner la réponse : « montrer leur unité au sein de l’American Jewish Conference et demander les droits des Juifs en Palestine après la guerre ».[11]

Pour les sionistes, l’échec de la création d’un Etat juif aurait été criminel, car ils étaient sûrs que cela condamnerait les générations futures à la souffrance et à la mort.[12] Pour l’historien Henry Feingold, on est ici face à un paradoxe. « Alors que l’Holocauste créait un consensus et une raison irrésistible pour la création d’une patrie juive, il détruisait dans le même temps la population qui devait occuper cette patrie. »[13] Chaim Weizmann, président de l’Organisation sioniste mondiale, ne disait pas autre chose. Pour lui, les chambres à gaz menaçaient de résoudre à leur manière le problème de l’immigration en Palestine. « D’où viendront les millions de Juifs qui doivent peupler la patrie juive en Palestine ? » demandait-il.[14] Moins radical que Silver, Stephen Wise, président de l’American Jewish Congress, multiplia les appels en faveur du sauvetage des Juifs d’Europe. Ceux-ci contribuèrent à sensibiliser le public américain sans toutefois déboucher sur des résultats tangibles.

Copyright Marc-André Charguéraud pour Europe Israël News. Genève. 2021.

 



[1] Kranzler, op. cit., p. 7. Pendant de l’American Jewish Conference d’août 1943.

[2] Ibid. op. cit., p. 7.

[3] Berman, op. cit., p. 111.

[4] Hilberg 1988, op. cit., p. 971. L’AJC quitte l’American Jewish Conference le 17 octobre 1943.

[5] Berman, op. cit., p. 111.

[6] Ibid. p. 115. Goldmann représentait l’Union of American Hebrew Congregations.

[7] Ibid. p. 89.

[8] Ibid. p. 106.

[9] Riegner 1998, op. cit., p. 105.

[10] Braham 1985, op. cit., p. 20.

[11] Ibid. p. 17. Article publié en juin 1943 dans un périodique sioniste.

[12] Berman, op. cit., p. 14.

[13] Feingold 1995, op. cit., p. 37.

[14] Berman, op. cit., p. 107.





Journaliste québécois, pro-atlantiste, pro-israélien,pro-occidental



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  • 2 thoughts on “Histoire: 1943-1944, priorité à une « Patrie juive » sur les sauvetages

    1. Robert Davis

      Je ne vois pas en quoi le fait de réclamer le sauvetage des juifs d’europe aurait empêcher les sionistes de demander une patrie pour eux, de ques « moyens financiers » parle-t-on? parler ne coûte rien ou presque et de toutes manières il n’y avait pas assez de juifs en Palestine pour créer encore et surtout dans ce contexte un Etat Juif! C’est comme si on disait aujourd’hui qu’on n’a pas assez de moyens financier pour lutter contre le covid et créer des villes sur…mars!

    2. M.LC de la Blanchère

      il y a des tristes et terribles sous entendus dans cet article . Ce qui fait que certains refusent la partie strictement politicienne de la doctrine dérivée de la position relancées par Theodore Herzl et ses suiveurs et ce genre de tractations honteuses

      Avec dans le fond -loute sorte d’acceptations tacites de « solutions finales ‘ meme avec cette de Staline en URSS avec l’oblast Juif

      Le probleme du globalisme qu’on retrouve a toutes les epoques
      forcer ce peuple ou n’importe quel autre A SE FONDRE

      Non vu la tournure des choses que veut dire se fondre

      ca veut dire DISPARAITRE donc on doit dire NON !

      Au sens simple pas besoin de faire non plus de telles doctrines polituchienne malveillantes de DIVERSION .

      1 ) Il n’est pas acceptable de laisser s’attaquer aux hebreux de la diaspora ni assimilés ou qu’ils soient qu’ils soient resinstallés en israel ou pas encore ou s’il n’on nont pas envie ou quel est le probleme ?

      c’est un probleme avec des sous tendu a portée UNIVERSELLE c’est ainsi qu’il faut le voir et le defendre ! (

      2 ) le droit est inaliénable que ce peuple puisse revenir sur cette terre natale selon une tradition qui constitue un sorte de jurisprudence universelle – ceci sans condition et sans faire appel a une tierce doctrine!

      Il semble que c’est une detestable habitude de se servir de toute sorte de theses dérivées – pour toute autre visées que ce que celles ci pretendent defendre

      C’est ainsi qu’on a pu voir certains politichiens anti[] trouver tres bien la refondation en terme d’oblaste donc ou ca les arrangent ici ou ailleurs aussi bien en patagonie qu’au confins de la Russie extreme orientale – ou d’autre part comme place poltique dans une zone stratégique riche en petrole par magouille et faire l’etat actuel comme SCIEMMENT CONFLICTUEL

      quel imbecile n’a pas compris le risque de tels pactes ?

      c’est ce qui semble constituer des sous tendus qui n’ont rien a voir avec la cause elle meme qui est UNVERSELLE au sens ETHIQUE et prevaut sur les autres aspects .

      on croit que c’est souhaitable a court terme c’est comme de prendre des extraits de textes « arrangeants  » comme fausse justification quand il y a 2000 ans ou 200 ans – n’existais pas ces avis INUTILES – devant la PRIMAUTE FORMELLE du message de Moise en forme d’acceptation a double sens et qui caracterise le fait qu’on se concoit SOI MEME comme – Judeo-christique et donc engagé soi meme comme defenseur de ce choix avec ses consequences dont celles ci et bien d’autres !

      Donc cela engage a la defense des hebreux et israel et ce cette ethique et des traditions – et c’est SANS CONDITION la politique ne devrait avoir rien avoir ladedans .

      quand aux moyens financiers – quand on voit le gaspillage et de certains ….c’est effarant d’evoquer cet aspect meprisable qui signifie comme dans cet article le relate – refaire un pacte de PERDANT

      on abandonne ni sa cause ni celles des siens -c’est NON negociable JAMAIS car c’est renier qui on EST et ses ancetres !

      Toutes les attttudes de FOURBES .qui n’ont rien de favorables au peuple ohebreu .on doif s’en ecarter !

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