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“Territoires conquis de l’islamisme”, quand les journalistes découvrent que l’islam radical gagne du terrain en France


“Territoires conquis de l’islamisme”, quand les journalistes découvrent que l’islam radical gagne du terrain en France

Le livre de Bernard Rougier, Les territoires conquis de l’islamisme, a reçu un accueil très enthousiaste dans les médias. Cette enquête est utile bien entendu, mais la présenter comme une analyse inédite ferait sourire, si le sujet n’était pas si grave.

Les territoires conquis de l’islamisme

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Deux ans après l’attentat de Trèbes, quatre ans après les attentats de Magnanville, de Nice et Saint Etienne du Rouvray, cinq ans après les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper-cacher de Vincennes, du Bataclan et du Stade de France, huit ans après les tueries de Toulouse, et sans énumérer la litanie des attentats dits « low cost » ou des attaques de divers « déséquilibrés » tuant au cri d’Allah akbar mais qui n’ont « rien à voir avec l’islam », où en sommes-nous de l’action républicaine contre l’islam politique ? Un récent sondage montrait que 90% des Français considéraient qu’elle était notoirement insuffisante. Certes, depuis le choc de 2015, nos services de renseignement ont retrouvé quelques moyens dignes de ce nom pour travailler, eux que la droite prétendument « sécuritaire » avait désarmé sous couvert de réorganisation politico-budgétaire. Néanmoins, l’idéologie islamiste fait son œuvre paisiblement, enracinée depuis près de trois décennies dans la plupart des villes de France. Cette réalité est aveuglante. Pourtant des hebdomadaires, des émissions de télévision ou de radio ont fait il y a quelques jours leur Une sur un ouvrage collectif, celui du chercheur Bernard Rougier, en nous servant l’énième formule du « livre choc » sur l’islamisme conquérant. Quel scoop !

Les publications sur la montée de l’islamisme

Sans remonter à des ouvrages aussi « anciens » que les Territoires perdus de la République (2002) où beaucoup était déjà expliqué à travers des exemples concrets du monde éducatif (ce terreau des années 1990 qui produira les terroristes des années 2000-2010 !), on ne peut que constater depuis 2015, a minima, la somme des publications sur le sujet (essais, études d’experts, rapports parlementaires). N’est-il donc pas assez affligeant d’observer en 2020 des journalistes ou présentateurs prendre une mine déconfite en recevant leur invité, M. Rougier, pour lui poser des questions d’une banalité consternante, comme s’ils découvraient la lune ? Certes, le réveil est douloureux pour certains journalistes depuis 2015. D’autres ont logiquement besoin de continuer à s’aveugler sans quoi c’est tout leur socle idéologique multiculturaliste qui s’effondre. Mais il n’est qu’à lire les récurrentes…

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Le livre raconte les étapes d’une « prise de contrôle » par une frange littéraliste et minoritaire de l’islam, du développement des idéologies émanant d’oulémas de la péninsule arabique jusqu’aux combines électorales dans la banlieue parisienne. Par le biais des mosquées, écoles confessionnelles, associations sportives religieuses ou commerces halal, un islam salafo-frériste a imposé sa norme à l’islam en France, tout en encourageant la constitution de « territoires d’islam ». Que ce soit par ignorance ou par intérêt clientéliste, des élus ont accompagné ce hold-up religieux. « Ce livre documente l’islamisme au niveau local et démontre comment des dynamiques locales ont conduit 1 500 Français dans les filières syriennes », explique le chercheur Hugo Micheron, qui signe un des chapitres. Rougier a collaboré avec des universitaires, mais il a surtout bénéficié des contributions de ses étudiants au Centre des études arabes et orientales de Paris III-Sorbonne nouvelle. Souvent d’origine maghrébine ou subsaharienne, ceux-ci ont discrètement enquêté dans les mosquées, d’Aubervilliers à Champigny, ou ont fait des tournées avec les tablighis à Sevran. « Nous démontrons le double discours islamiste, la rupture culturelle avec la société française, l’antisémitisme larvé, les ambiguïtés avec le djihadisme… Tout cela, les islamistes, aidés des décoloniaux, ne le supporteront pas. Je m’attends à être accusé d’islamophobie pour m’empêcher de poursuivre mes recherches », assure Bernard Rougier.

L’un de nos meilleurs spécialistes du monde arabe taxé d’« islamophobie » ? Même ses plus féroces contradicteurs de l’université n’oseraient s’aventurer sur ce terrain. Diplômé de Sciences po, Bernard Rougier s’orientait vers les concours administratifs quand un voyage au Liban, au début des années 1990, lui a donné envie d’apprendre l’arabe, sésame indispensable pour comprendre les tensions géopolitiques de la région. « Avec la littérature classique arabe ou la poésie, un univers a surgi. » En troisième cycle en « analyse arabe du monde contemporain », il a pour professeurs Ghassan Salamé et Gilles Kepel, qui lui donnent le goût de la recherche. Après avoir enseigné en Jordanie et au Liban, il trouve son sujet de thèse dans le camp de réfugiés palestiniens Ain al-Hilweh, au Liban sud. Il mesure alors l’essor d’une idéologie religieuse salafo-djihadiste qui ronge de l’intérieur la construction d’une identité nationale menée par l’OLP et le Fatah : filles et garçons sont subitement séparés dans les écoles, le grand poète Mahmoud Darwich devient le symbole de la dépravation des mœurs… Le chercheur se demande s’il n’est pas un salaud en écrivant sur cette population déjà privée de tout et que la sociologie de gauche considère comme l’archétype des dominés. C’est un réfugié, Salam, ancien militant du Fatah, qui le libère de ses scrupules : « Il m’a dit : « On subit la violence de ces djihadistes… Si toi qui peux partir, tu ne le racontes pas, personne le fera. » »

Le « complot » du 11 Septembre. Directeur du Centre d’études et de documentation économiques, juridiques et sociales (Cedej) au Caire, Bernard Rougier revient à Paris en 2015 comme professeur à Paris III. Des étudiants lui expliquent que le 11 septembre 2001 a été un complot. « Je ne savais pas si je devais rester en cours ou démissionner. J’ai un public des banlieues qui me fait dire que ce que j’avais vu il y a vingt ans dans les camps palestiniens est devenu en partie la réalité de notre société. La boucle était bouclée, ce qui m’a plongé dans un état quasi dépressif. » Les attentats du 13 novembre 2015 n’arrangeront rien au moral de l’universitaire.

Comme Gilles Kepel, Bernard Rougier pense que les phénomènes de radicalisation en France s’inscrivent dans le prolongement logique d’une « révolution salafiste » qui a eu lieu dans les pays musulmans et qui a réactivé le patrimoine sunnite le plus conservateur et littéraliste. En établissant un « continuum » entre salafisme et djihadiste, les deux universitaires s’opposent à des confrères comme Olivier Roy . Pour Rougier, c’est toute la manière d’étudier le phénomène qu’il faut changer : « L’islam de France était un champ universitaire à part. Il y avait d’un côté les spécialistes du Moyen-Orient qui parlaient arabe, et de l’autre ceux de l’Europe qui ne parlaient pas arabe. Celui qui a fait le lien, c’est Gilles Kepel, qui a fait sa thèse sur les mouvements islamistes en Egypte, avant de travailler sur les banlieues françaises. Il est impossible de comprendre cet islamisme en France sans avoir une connaissance pointue du Moyen-Orient et du Maghreb. Parce que tout se fait dans l’interaction entre les deux rives de la Méditerranée ! »

Rupture avec la société. Le chercheur fustige aussi « l’idéologie dominante » au sein des sciences humaines, largement inspirée par un marxisme crépusculaire : « On remplace la figure de l’ouvrier par celle de l’immigré, on survalorise les facteurs sociaux et les discriminations territoriales… Kepel ou moi ne nions pas le facteur social, mais il y a une rencontre entre les logiques sociales européennes et les logiques idéologiques moyen-orientales qui doit être étudiée. L’investissement religieux des quartiers est fait de manière stratégique et pensée. Hélas, par démagogie ou par volonté d’avoir des postes aux Etats-Unis, des intellectuels français se plient aux normes de la « political correctness »… »

Pour Rougier, les quatre forces principales de l’islamisme- tablighis, Frères musulmans, salafistes et djihadistes – sont différentes, mais toutes encouragent une rupture avec la société française. Mais il ne faut pas se tromper : cette « conquête » est avant tout celle de l’islamisme sur l’islam. Une étude menée par des chercheurs strasbourgeois documente une « salafisation » des livres confessionnels : un tiers des ouvrages étudiés (31 %) offrent un discours de nature normative et juridique, tandis que d’autres présentent l’islam comme « la vraie religion » face à un Occident décadent et agresseur. C’est ainsi, rappelle Rougier, qu’idéologues intégristes et identitaires d’extrême droite sont finalement les meilleurs alliés du monde : tous essaient de nous faire croire que l’islamisme, c’est l’islam. Depuis quelques années, ils peuvent compter sur la complicité d’une partie croissante de la gauche décoloniale, pour qui la critique de l’islamisme relève de l’islamophobie, apportant une caution inespérée aux fous de pureté de toute sorte…

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  • 4 thoughts on ““Territoires conquis de l’islamisme”, quand les journalistes découvrent que l’islam radical gagne du terrain en France

    1. moi de france

      LES JOURNALISTES DECOUVRENT TIENT DONC
      NOUS ONT LE SAIS DEPUIS LONGTEMPS ONT AURAIT DU ETRE JOURNALISTE

    2. robert davis

      Excellent livre et excellent commentaire. Cependant il faut comprendre le principe de la pr utiisé depuis 60 ans par les gaullistes et la gauche pour comprendre: si vous dites 1 milliard de fois que 1+1 font 8 vous pourrez vous évertuer à corriger l’erreur vous n’arriverez à RIEN. IL FAUT REPETER 1 MILLIARD DE FOIS LA VERITE POUR QUE LES GENS VOUS ECOUTENT ET VOUS COMPRENNENT.C’est pourquoi je dis bravo à l’auteur et au commentateur, répétez, répétez et répétez encore et ne dites pas « tiens ce c. a enfin compris que 1+1 ne font pas 8 »

    3. robert davis

      Moi de France: Nous on le sait (et non nous ont le sais…) depuis longtemps et…EUX AUSSI LE SAVENT DEPUIS AUSSI LONGTEMPS mais eux font de la pr nous on a longtemps été trop c. pour en faire.Peut-être que les c. c’est nous!

    4. Jacques B.

      « … « La boucle était bouclée, ce qui m’a plongé dans un état quasi dépressif.  » Les attentats du 13 novembre 2015 n’arrangeront rien au moral de l’universitaire. »

      et plus loin : « C’est ainsi, rappelle Rougier, qu’idéologues intégristes et identitaires d’extrême droite sont finalement les meilleurs alliés du monde : tous essaient de nous faire croire que l’islamisme, c’est l’islam »

      Mon pauvre Rougier, présenté comme une référence par les médias, tu risques de perdre le moral encore plus à l’avenir, quand tu auras compris (mais un peu tard, vu ton aveuglement) que l’islam et l’islamisme, C’EST EXACTEMENT LA MÊME CHOSE.

      On est bien barrés avec des « spécialistes » comme ça, tiens. Ils découvrent l’eau tiède avec 15 ans de retard et ils continuent de croire au père Noël, l’islam qui serait différent de l’islamisme.

      90% des Français pensent avec raison que nos gouvernants n’en font pas assez contre l’islam conquérant : forcément, plus de 10.000 fichés S en liberté, l’assassin de Mme Halimi même pas jugé, le cœur des renseignements français attaqué par un de ses agents qui fait 4 morts en plein jour et surtout… pas d’amalgame, surtout ne rien changer…

      On fonce dans le mur à 100 km/h et on accélère, voilà ce qu’on fait, avec ce genre d’approche et de « responsables ».

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