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Israël sous les bombes : de l’impensable à la routine


Israël sous les bombes : de l’impensable à la routine

Israël sous les bombes : de l’impensable à la routine

Comment des circonstances impensables se transforment en routine. La question se pose. Certes, les bombardements font l’objet de trêves plus ou moins prolongées, mais la situation s’est suffisamment détériorée pour que des populations juives se retrouvent à nouveau à la merci du bon ou du mauvais vouloir d’éléments extrinsèques haineux.

Le général Réhavam Zéévi, membre de la 12ème Knesset, et chef du parti Moledeth, disait au moment où le Premier ministre Rabin préparait son plan de «Gaza et Jéricho d’abord» : «Si on les écoute et que l’on accepte leur recommandation, la bande de Gaza deviendra une tumeur maligne et un foyer de terrorisme mille fois plus dangereux, quand les missiles Katioucha pleuvront sur Ashkelon et Sdéroth.» (Rapport de la Knesset, 22 mars 93). Impensable.

Rabin n’y voyait que divagation hallucinogène et fantaisiste et ne cachait pas son dédain, ce qu’il confirma victorieux : «Les histoires d’horreur du Likoud, on les connaît. Ne nous avaient-ils pas promis des Katiouchas depuis Gaza?» Précisant le 24 juillet 94 que cela faisait déjà un an que le gros de la bande de Gaza était sous l’emprise de l’Olp, il affirmait : «Il n’y a pas eu une seule Katioucha et il n’y aura pas de Katiouchas. Ce ne sont que des paroles. Le Likoud a peur de la paix comme de la mort. Ils ont peur de la paix. C’est ça, le Likoud d’aujourd’hui»

Un an plus tard, Pérès prenait encore plus d’assurance pour se départir d’un rire cinématographique et déclarer : «Des voix se sont faites entendre de l’intérieur, nous menaçant de bombes et de Katiouchas qui seraient lancées de Gaza sur Ashkelon? Ont-elles été lancées?» (Pérès, 28 juin 95).

Il n’était pas bon de contester ce réalisme brillant et implacable du parti au pouvoir encensé constamment par la presse qui inondait les esprits de «processus de paix» et de «progrès décisifs dans le processus de paix». C’était tellement impensable et incontestable que l’idée de missiles tirés par les Arabes contre l’Etat juif, n’avait rien perdu de sa drôlerie dix ans plus tard : «Il a eu un argument qui voulait qu’il y aurait une menace, une menace de sauve-qui-peut, une menace sur les localités du Néguev. Je n’avais encore jamais entendu une allégation aussi ridicule que celle-là» (Meir Chetrit, octobre 2004, au cours des délibérations ayant précédé le vote de l’anéantissement du judaïsme de Gaza).

On s’était habitué en dix ans à prendre les opposants aux accords avec l’ennemi pour des mauvais perdants, des grincheux vivant en pleine science fiction, à les considérer hargneusement, avec orgueil et dédain. Allons, soyons sérieux, puisque c’est impensable. Et puisque c’est impensable, c’est impossible.

La logique de l’absurdité, de l’inconscience et de l’irresponsabilité a voulu, puisqu’en dix ans les avertissements catastrophiques et apocalyptiques contre les bombardements s’étaient révélés dans toute leur drôlerie, que l’on pousse encore plus loin les limites de l’insolent non-sens et de l’ineptie.  Les débats préliminaires au vote contre la présence juive à Gaza, y compris celle de l’armée sur l’axe de Philadelphie (désignation alors codée d’une bande sécuritaire tampon à la hauteur de Rafah), ont été une orgie de délirium trémens où de dangereux fantaisistes ont eu le pouvoir décisionnaire d’ouvrir la porte au chaos.

Ehoud Olmert, ayant réintégré le Likoud suite à ses deux mandats à la mairie de Jérusalem (93-03) – que nous retrouverons plus loin, dans la mesure où la haine contre Israël serait due selon lui à des discours qui l’attiserait – déclare (oct. 2004): «Le désengagement (sic) apportera plus de protection, de sécurité, de prospérité, et bien plus de bonheur à tous les gens qui vivent au Moyen-Orient. Ensemble, nous irons de l’avant dans le sens de l’établissement de relations différentes, d’une meilleure compréhension et de plus de confiance.» L’affabulation est à son comble. Et il n’est pas possible de dire qu’on ne pouvait pas savoir, qu’il s’agissait simplement d’une opinion et d’une conviction qui a priori auraient pu fonctionner : les bombes artisanales avaient déjà commencé à pleuvoir sur le Goush Katif, et elles s’approchaient dangereusement de Sdéroth. Mais on se confortait encore dans un grisant impensable. 

Quinze ans après, la routine semble avoir toujours fait partie de notre quotidien. Ce n’était qu’une question de temps, d’organisation, d’argent et de richesse aussi. Le temps de se perfectionner et de passer de la petite fusée artisanale proche du pétard à mèche et de très courte portée (de la barrière de Névé Dekalim aux premières maisons) aux missiles de dernier cri, made in Iran. La gaucherie des partisans de l’impensable les a empêchés de voir plus loin que le bout de leur nez et de leur nombrilisme, répondant avec moquerie et mépris à ceux qui refusaient de se laisser droguer par l’illusion de faux messianisme voyant des loups changés en montons au mauvais endroit.

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Quand le Sud du pays vit sous les bombes, ce sont 690 missiles lancés sur la population civile, attaquée début mai en pleine quiétude du Shabbat, qui sont comptabilisés ; contre 400 lors des précédents bombardements en novembre dernier. S’ils n’avaient alors fait qu’une victime, un Arabe  de Hébron qui passait par là, les terroristes de Gaza ont assassiné trois Juifs, dont un homme qui se rendait paisiblement à la synagogue. Chacun est une perte immense, outre cette vie où l’on se sent pourchassé, où l’on doit prendre toujours la fuite et échapper à la menace de mort qui plane sur nos têtes. C’est presque la moitié du pays d’Israël qui doit vivre dans la peur, dans l’impossibilité de travailler, d’étudier, bref, de revendiquer naturellement son droit à la dignité humaine.

Faire passer le confort de celui qui vous détruit avant le vôtre

On entend trop souvent vanter les possibilités de notre armée, capable d’anéantir toute entité ennemie, de ne pas lui laisser deux pierres l’une sur l’autre. On vient minimiser les effets dévastateurs de l’irresponsabilité des décideurs qui ont permis par leur aveuglement que ces bombes soient lancées. Et c’est une relativisation qui marche, car en suivant le fil des réactions sur les réseaux de la libre expression, on retombe trop souvent sur cette crainte faussement morale mais véritablement corrompue de faire des victimes supposées innocentes dans les rangs  de l’ennemi. «Il faut porter un coup décisif au Hamas, écrit-on un peu partout, mais on ne peut pas d’un autre côté toucher chez eux des civils.» C’est une prise de position inouïe, surtout quand elle hante l’esprit de futures cibles potentielles.

C’est comme si on considérait que la vie de la population d’ennemis acharnés dont la seule motivation de l’existence est sinon de nous anéantir du moins de nous nuire, de nous attrister et de nous endeuiller, était plus importante que notre propre vie et que celle de nos propres frères, femmes et enfants. C’est comme si on disait froidement à nos proches qu’on ne peut rien faire pour eux car pour garantir leur sécurité il faudrait porter un coup à la population qui nous bombarde. C’est comme si on répondait à l’envers à la question : C’est eux ou nous.

Quand les Américains ont bombardé Berlin et Dresde, ils sont partis du principe que les Allemands ne pouvaient déployer leurs troupes sur de nombreux fronts en toute quiétude et faire de la vie de pays entiers un cauchemar,  en étant pour leur part toujours dans la certitude que leurs arrières ne seraient pas touchées ou menacées. Or, non seulement les terroristes n’éprouvent aucune crainte pour leurs familles, mais ils jouissent de surcroît du privilège de les faire soigner dans les hôpitaux qu’ils visent, comme cette petite-fille de criminel soignée en Israël. Ils craignent tellement peu pour leurs civils qu’ils se cachent derrière eux, établissant leurs rampes de lancement et leur planque au milieu de leurs épouses et de leurs enfants. Leur message est clair, mais il semble qu’il ait tout de même besoin d’être décrypté : «N’est-ce pas que votre moralité vous interdit de risquer de toucher nos civils? C’est tant mieux, car ça nous permet de nous cacher derrière eux pour mieux tuer les vôtres.»

Pour qui se dirait que nous avons des dômes de fer, et que le problème ne se poserait pas de cette façon, il faut savoir que ces systèmes de défense sont fondés sur une approche humaine, stratégique et militaire logique. Un tel bouclier sert à ne pas se laisser surprendre au cas hypothétique, a priori, où tel ou tel ennemi oserait se permettre de lancer les hostilités. Dans un cadre normal, il recevrait une réponse sur mesure, soit à la véritable mesure de la puissance de l’agressé, auquel cas il n’aurait plus jamais l’occasion de recommencer, soit dans une demi-mesure qui ne lui permettrait tout au plus que de tenter sporadiquement quelques autres lancements.

Mais là, c’est une autre logique qui prévaut dans le cerveau borné de l’ennemi : «De toute façon, premièrement, ils n’attaqueront jamais nos civils. Ils reprennent les mêmes dirigeants et ils recommencent, et les candidats qui voudraient les remplacer sont encore bien meilleurs pour nous, puisqu’ils ont mis sur le terrain, quand ils étaient militaires, leurs soldats en danger tellement ils craignaient pour les nôtres. Ce qu’il faut, donc, pour plonger les civils d’Israël dans l’enfer, c’est bombarder le plus intensément possible, au-delà de la saturation de leurs systèmes.» Nous connaissons tous ces standards téléphoniques de grands médias qui s’effondrent quand une émission rencontre un trop grand succès, et que les systèmes les plus performants tombent en panne.

Des lois qui confortent l’ennemi et remodèlent sa logique de guerre

Le général de réserve israélien Ben Sion Gruber, membre du centre opérationnel de Tsahal notamment lors de l’opération Plomb fondu, a encore déclaré tout récemment que nos dirigeants savent très bien où se cachent les têtes : sous des écoles ou des hôpitaux, ou à proximité de mosquées.

Au niveau de la formation des esprits de nos soldats, on parle de la «pureté de l’arme», qui est bien loin de la pureté de l’âme du judaïsme pour qui prendre en pitié ses ennemis revient à être cruel envers ceux qui la méritent vraiment. Voici ce que l’on enseigne aux premiers échelons de la hiérarchie militaire, dans la base de formation 1, où toutes les unités combattantes sont exposées toute une semaine à cette conception de la prépondérance de la présumée innocence de l’ennemi :

«S’il y a un doute, il n’y a pas de doute». Explication : si, en tant que simple soldat, voire officier, vous tombez, au beau milieu d’un environnement hostile et en situation de guerre, sur un individu qui pourrait en vouloir à votre vie mais qui pourrait n’être qu’un simple quidam, il est clair que vous ne tirerez pas. Voilà ce qui est dit à nos fils lors de la semaine de formation qui fait partie de leur cursus.

Quand on sait que la moindre fraction de seconde est décisive, quand il faut tirer plus vite et plus efficacement que l’ennemi, la responsabilité des cadres de l’armée met en danger nos soldats en semant le doute et en les rendant hésitants. Au lieu de se rendre sur le front déterminés, ils manquent de conviction et deviennent malhabiles en plein champ de bataille.

L’ennemi le sait et en tire profit. Il en a repensé toute sa stratégie fondée sur la fourberie et la lâcheté. Au lieu d’appréhender ou d’éviter que des civils non impliqués directement ne se retrouvent sur le chemin de Tsahal, il encouragera sciemment une foule non armée à grossir le nombre. Connaissant les ordres côté israélien, cette «unité spéciale» – ce groupe non armé – viendra provoquer et narguer nos soldats, comptant sur un effet d’écran de fumée pour les déconcentrer de leur véritable objectif stratégique, les terroristes armés qui prendront tout leur temps pour viser et se dérober. Donc, au lieu de s’écarter le plus loin possible, ces «commandos» feront perdre un temps précieux à Tsahal dans l’identification des provenances de tirs, leur feront des pieds-de-nez tellement ils se sentent hors de danger. Et si ça ne marche pas, s’il arrive qu’un soldat élimine ce bouclier en même temps que le tireur embusqué, ils pourront toujours se réjouir de la «bavure», car en vertu des ordres, non seulement ce soldat de Tsahal ne serait pas accueilli en héros mais cueilli à son retour à la maison pour être jeté au cachot.

Cas de victimes d’une guerre de tranchées d’un genre nouveau

Ce qui précède n’est pas purement théorique. Cela concerne aussi bien le danger en profondeur que les efforts d’endiguement d’une armada d’assassins qui cherchent à déferler sur les villages juifs. Cette tactique qui met en mouvement ces unités non armées décrites plus haut, qui résulte donc directement de nos ordres, permet aussi à des snippers de travailler main dans la main avec cette foule «inoffensive» et de profiter de cet écran de fumée pour tirer sur nos officiers.

Le vendredi 20 juillet 18, le sergent Aviv Lévy, a été tué exactement selon cette configuration par un tireur d’élite alors qu’une force non armée détournait l’attention des soldats de Tsahal. Le 25 juillet, un autre officier a été grièvement blessé dans des circonstances semblables. Des jeunes émeutiers se sont approchés de la barrière, et l’officier leur a sommé de s’éloigner. C’est à ce moment-là qu’il a été touché et a vacillé dans la poussière, bien que son groupe eût porté des gilets pare-balles.  Un autre incident de ce type s’est produit à la mi-janvier 19. Ce qui avait dans un premier temps laissé les analystes de Tsahal dans l’expectative, se demandant si la coïncidence était fortuite, a fait place au constat d’une véritable tactique de guerre : des émeutiers sans armes font diversion, attirent les soldats dans leur rôle circonstanciel du maintien de l’ordre qui peuvent alors servir de cibles à des tireurs embusqués à distance. C’est encore ce qui s’est produit dans la suite d’incidents survenus environ dix jours après Pessah, quand un officier et une soldate ont été blessés (début mai 19).

Et ce sont également les mêmes ordres qui restent en vigueur quand nos soldats pénètrent à l’intérieur de zones de combats, où ils doivent composer au péril de leur vie avec des troupes de diversion qui peuvent tout aussi bien être armées. Mais comme le doute persiste jusqu’après le dernier moment, et que l’on nous a imprégné les cerveaux de la redoutable injonction neutralisante et mortelle : «Un doute… pas de doute…»

Le terrain préventif et judiciaire

Des collectifs civils tentent de lutter contre cet embrigadement à reculons de nos forces, et diffusent des messages clairs, où l’on peut voir en deux images ce qu’hésitation veut dire : les menottes ou le cercueil. Certes, on pourra toujours reprocher au vaillant défenseur d’Israël d’avoir fait une erreur de jugement, de ne pas avoir vu que ce qu’il avait pris pour une grenade dans la main de celui qu’il a neutralisé n’était en fait qu’un caillou. Mais ces cailloux sont transformés par les détracteurs d’Israël en or comme sous l’effet de la pierre philosophale, à l’exemple du rapport Goldstone, dont les prétendus témoignages recueillis ont mis Israël au ban des nations ou au pilori, bien que lorsque ledit Goldstone a reconnu par la suite qu’il avait été trompé, il était trop tard.

Elor Azaria avait craint que le terroriste qui venait de s’en prendre sauvagement à son compagnon d’arme, et dont il avait entamé le dépeçage vivant, n’ait eu, bien qu’il fût à terre, une ceinture d’explosifs sous le manteau qu’il portait malgré la chaleur, et qu’il ne l’actionnât. La défense avait insisté sur le fait qu’un terroriste ne peut être considéré comme neutralisé, en vertu des règles de Tsahal, qu’après un contrôle constatant soit son décès, soit l’absence de toute arme ou explosif sur le corps, ce qui n’avait pas été fait. Il était par conséquent impossible d’affirmer qu’il était véritablement hors d’état de nuire au moment où Elor a tiré. En tout état de cause, si on a préféré accuser Elor d’avoir tiré sur un terroriste déjà mort, on n’aurait pas pu alors l’accuser de l’avoir tué. Mais sa hiérarchie l’avait livré en pâture. Bougi Yaalon, alors ministre de la Défense, avant toute enquête, l’avait déjà déclaré coupable. Elor vien de publier (mars 19) un livre au titre éloquent : «Bougi, pourquoi m’avoir jeté aux chiens?»

Elor a donc choisi bien malgré lui les menottes, et il serait malhonnête de le critiquer en alléguant qu’il aurait mieux fait de ne rien faire, accusation dont ne se privent pas les spécialistes de l’après-coup absents de la scène de guerre. Qui pouvait savoir dans le feu de l’action que le terroriste ne portait pas en fait d’explosifs?

Les formateurs de la base 1 préconisent le choix du cercueil. Ils privilégient l’hommage rendu au héros de la maîtrise de soi qui a donné sa vie pour ne pas risquer une erreur d’appréciation, et non pas ce tireur qui aurait pu s’en tirer sans user de son arme. Mais d’où vient cette mentalité qui rappelle trait pour trait une certaine attitude dans une Europe verseuse d’une larme pour les victimes du nazisme et très en colère contre ce Juif qui met en déroute son persécuteur?

Le cheminement

Le dilemme israélien se conçoit sous deux angles opposés. Si le dénominateur commun à tous les Israéliens veut qu’ils ne soient pas dupes et restent conscients du danger incarné par la présence massive de cette minorité hostile qui ne cache pas sa haine, les deux aspirations divergentes tendaient respectivement à la mettre en route pour des contrées où elle serait en osmose avec ses semblables ; et à les intégrer, les respecter, les rendre israéliens, jusqu’à ce qu’ils renoncent à leur animosité viscérale envers les Juifs. Les deux démarches recherchaient la paix. La première, assez facile à comprendre, voulait que l’absence d’ennemis sanguinaires impliquât automatiquement l’absence du risque d’attentats ; la seconde, nettement moins évidente, tendait à les pacifier et à susciter en eux un sentiment de reconnaissance (entre autres, les Arabes en Israël jouissent d’un niveau de vie, d’une instruction et de soins médicaux aux antipodes de ce que proposent les pays du même nom).

Mais soixante-et-onze ans après l’indépendance, ils continuent à cracher dans la soupe et à considérer la résurrection de la nation d’Israël comme une catastrophe qu’ils marquent avec haine et agressivité. Il est vrai qu’il s’en est fallu de peu que Rommel arrive en Palestine juive pour y apporter sa part de solution finale. Sa défaite à enlever de pain de la bouche qui salivait déjà en savourant par avance la curée.

En revanche, les partisans de l’intégration et de la pacification n’ont pas voulu reconnaître le problème démographique, étant par ailleurs bien conscients qu’une majorité arabe empêcherait à la longue la pérennité de la souveraineté et de la présence juive en Israël. Une interview sur ABC News confronte deux partisans de ces visions qui s’opposent : le rabbin Meir Kahana, et le membre du Likoud susnommé Ehoud Olmert.

Meir Kahana, Réhavam Zéévi, Guéoula Cohen…

Ce dernier ne se contente pas de ne pas voir le problème démographique. Et, alors qu’il reconnaît sans détours l’animosité d’une population arabe qui perpètre quotidiennement son florilège d’attentats contre des Juifs, il identifie les causes de cette haine dans le discours du rabbin Kahana, qui selon lui exacerberait les sentiments de frustration. Pour le rabbin, cette haine est la cause et son discours le constat. L’intervieweur semble objectivement plus enclin à accepter le bon sens du discours du rabbin, mais il fait part de son incompréhension quant à la faiblesse de l’impact de ses positions en Israël. C’est là que l’on comprend que les dés sont pipés, quand le rabbin déclare qu’il est interdit de radio et de télévision en Israël.

Quand il cherche à entrer à la Knesset, une loi est vite mise en place pour interdire aux doubles nationaux l’éligibilité. Il renonce à sa nationalité américaine et entre à la Knesset. Mais, vue la pertinence de son discours, et le risque conséquent de le voir prendre de l’importance aux yeux des électeurs, sa dénonciation de la haine du secteur arabe en général lui vaut une nouvelle loi qui l’interdit de se présenter. En bref, on lui reproche son racisme contre les antijuifs.

Lorsque la  campagne électorale pour la 12ème Knesset bat son plein, le message du pouvoir est clair. Point d’alternative. Il n’est plus question d’écarter ou d’intégrer une population qui n’éprouve aucune sympathie ni reconnaissance pour l’idéal sioniste. Il faut se résigner. Seul le parti Molédeth tente encore de défendre l’idée du transfert. C’est son chef cité plus haut, Rehavam Zéévi, qui utilisera ce terme (טרנספר) orthographié en hébreu, afin de calmer les esprits qui s’effraient à l’idée de devoir se séparer de ce bouillon de culture d’où s’échappent presque quotidiennement des tueurs. Il n’est pas aussi populaire que le rabbin Kahana, mais en dépit de ses faibles chances, et de la crainte de nombreux électeurs de perdre leur vote, il entre avec deux mandats.

Une autre militante intervient : Guéoula Cohen. Elle a participé à la lutte contre les autorités du Mandat britannique qui avait corrompu sa mission et oublié que la Palestine lui avait été confiée en vue d’y préparer l’avènement du Foyer Juif. Arrêtée par la police britannique en pleine émission radiophonique clandestine, sa troisième tentative d’évasion sera la bonne. Ancienne membre du Lehi, puis du Likoud, elle fonde le parti de la Tehiya (résurrection). Il réunit religieux et laïcs autour de l’idéal et de la revendication sans concessions du lien d’appartenance entre le peuple juif et sa terre.

Au cours d’un meeting électoral dans la localité de Bet-El, en 88, ses paroles mesurées lui valent la question suivante d’une auditrice : «Puisque vous revendiquez notre droit de vivre où bon nous semble sur notre terre, et sachant qu’en certains lieux, c’est dangereux, voire impossible, pourquoi ne préconisez-vous pas le déplacement de la population qui nous en empêche?»

Elle explique qu’elle marche sur des œufs, un peu comme si elle expliquait le principe éliminatoire du jeu du «ni oui, ni non». Puis, elle se met à rêver à haute voix : «Ah, eh oui! Tout le monde aimerait se réveiller un beau matin et constater qu’ils ne sont plus là! Quel monde paisible tout à coup! Mais voilà… la nuit passe, on se réveille, ettttt!» Elle lève les yeux au ciel, écarte les paumes de ses mains dans un geste d’impuissance. Son effet lyrique est vite interrompu quand la questionneuse complète sa phrase : «et ils sont encore plus nombreux.» Le parti tellement rassembleur obtiendra trois sièges.

Les électeurs sont canalisés. Le message du système est clair : «Non, vous ne serez pas débarrassés de vos ennemis. Vous n’aurez plus d’autre choix que de les dissuader ou de les amadouer».

L’Israélien moyen, si on peut se permettre cette désignation, n’est donc pas nécessairement naïf. Bien qu’on lui laisse entendre que la carte de la dissuasion a été jouée sans succès (Rabin est ministre de la Défense quand éclatent les émeutes arabes de 87, voir «Gaza, la Paix perdue» ©), le public choisit la droite de Shamir. Mais les médias ne sont pas synchrones et poursuivent leur propagande, soutiennent qu’il faut du courage pour faire la paix, pour parler avec ses ennemis, pour surmonter les vieilles rancœurs. Shamir est présenté comme un vieux bourru, borné sans retour. Mais…

Tant et si bien que Shamir accepte le principe des discussions de Madrid, mascarade où les modérés – tout est relatif – qu’il accepte comme partenaires font le va et vient entre la table des négociations et le couloir où ils reçoivent les ordres des chefs des organisations terroristes. Shamir, dans un chant du cygne politique désespéré mais accroché à ses valeurs comme aux angles de l’autel, déclarera : «Mes successeurs politiques signeront peut-être des accords avec les terroristes, leur accorderont un pied-à-terre mais, avec moi, ils n’auront pas un pouce.» Avec son ministre du Logement, Sharon, ils lancent une dernière tentative de peuplement en allant jusqu’à doubler dans certains quartiers juifs de Judée-Samarie le nombre de logements.

Le fruit est mûr. Il ne reste plus qu’à le cueillir : la mascarade précitée est mise à profit par Rabin : «Pourquoi parler avec des intermédiaires? Je vous promets la fin de cent ans de conflit en ouvrant enfin la porte au dialogue».

La suite est connue : les factions terroristes sont introduites et armées. Les attentats suicident ainsi importés mettent fin à la paix de facto. Un argumentaire nouveau se met en place : ce n’est pas la faute d’Arafat mais de ses opposants (la suite montrera le contraire), il faudra beaucoup de patience car l’enjeu en vaut la chandelle ; ainsi que de nouveaux concepts : les ennemis de la paix – les tireurs et auteurs d’attentats à la bombe – et les opposants à la paix – tout Israélien qui remet en cause le principe-même de cet acoquinement avec les pires assassins antijuifs contemporains.

Les autorités tempèrent les exécutions massives de civils israéliens en fermant pour quelques jours l’accès aux Arabes des territoires. Mais chaque fois que quelques jours de tranquillité s’écoulent, on ouvre les passages, et c’est encore un autobus, un restaurant, la terrasse d’un café, qui se transforment en scènes de carnage. Un ami me disait : «Evite autant que tu le peux de te retrouver sur la voie publique le dimanche à Jérusalem et le lundi à Tel-Aviv». Ironie du désespoir, tel a été en effet le schéma concret des accords de paix. Cette situation contre laquelle le gouvernement était impuissant, a fait chuter sa cote de popularité à moins de 20%. Le Premier ministre ne pouvait plus se produire en public, sans que ce public ait été préalablement minutieusement sélectionné, comme le soulignait l’animateur radio Adir Zik dans son émission hebdomadaire d’Arouts Chéva, la septième chaîne, qui émettait clandestinement d’un chalutier au large de Haïfa (et d’une antenne de relai à Bet-El).

A aucun stade, le gouvernement n’a reconnu son erreur, admis avoir pu s’être trompé quelque part. Il n’a fait que se convaincre de son propre slogan jouant entre les ennemis et les opposants à la paix. La radio abondait en ce sens. Pourtant, Rabin prit une décision : puisqu’il était question d’un échange de paix et de territoires, Israël continuerait à livrer la marchandise qu’après que l’Olp ait lui aussi tenu ses engagements. Rabin s’est arrêté à «Gaza et Jéricho d’abord». Son message devenait : «Pas de paix, pas de territoire».

Son assassinat allait faire d’une pierre deux coups : a. Le remontée fantastique de la popularité du parti travailliste, l’opinion ayant réagi non plus avec son cerveau mais avec ses tripes, ce qui a légitimé en parallèle une véritable chasse aux sorcières contre toute autorité morale revendiquant les droits du peuple juif sur l’ensemble de son sol national ; b. Le Premier ministre intérim a disposé de six mois pour effectuer le retrait de Tsahal des grandes villes d’occupation arabo-musulmane (celle-ci ayant peu à peu liquidé la composante arabo-chrétienne de Bethléem), sans aucune paix en échange.

Effet Netanyahou

En 96, Netanyahou a battu Pérès. D’aucuns diront miraculeusement. Le nouvel adage disait : «On s’est endormi avec Pérès et on s’est réveillé avec Netanyahou». Le peuple déçu n’assista pas au retournement escompté : les terroristes ne furent pas appréhendés ou chassés, ceux qui les avaient introduits ne furent pas jugés pour intelligence avec l’ennemi. Et pourtant, Netanyahou félicita le journaliste d’Aroutz 7 venu l’interroger suite à sa victoire, car il savait pertinemment que cette radio était le seul contrepoids d’un système médiatique monolithique, qui répétait continuellement le verset : «Tu as assassiné, et tu as aussi hérité». Mais il ne fit pas le ménage. Les journalistes terrorisés reprirent bien vite du poil de la bête.

Et il fallut près d’un an pour que la vaste campagne de construction du gouvernement Shamir-Sharon, dont les appartements avaient été scellés par Rabin-Pérès, furent enfin mis en vente au profit de jeunes familles.

Aujourd’hui, coup sur coup, Netanyahou se fait réélire par son peuple. On s’endort avec son opposant dédoublés ou quadruplés, avec Herzog-Livni, ou Gantz-Lapid-Ashkénazi-Yaalon et on se réveille avec Netanyahou. Des pressions terribles sont exercées de l’extérieur pour tenter d’empêcher sa réélection. Des budgets énormes sont engagés, comme pour le V15 avant la 18ème Knesset, et des tentatives presque d’ingérence font que certains monarques reçoivent ses opposants pour tenter de faire pencher la balance contre lui.

Mais on peut se demander pourquoi il fait l’objet d’un tel acharnement depuis l’étranger.  Il n’a pas reconquis Gaza pour y réinstaller les Juifs expulsés. Il n’a pas démantelé l’autorité encore exercée à ce jour par ce chef terroriste du Fatah qui interdit au nord de Jérusalem l’accès et le passage à tout Juif. Alors, pourquoi est-il tellement diabolisé par les antisionistes/antisémites? Il est simplement permis de comprendre que les autres, en l’occurrence ce parti à quatre têtes, serait bien plus catastrophique pour Israël…

C’est le doigt de D.

Quand les bombardements massifs submergent les systèmes de défense, que les systèmes et autres dômes les plus sophistiqués sont débordés, et que les missiles pleuvent comme des grêlons, les ennemis d’Israël, constatant qu’en novembre dernier, leur unique victime réelle comptait parmi la population pour laquelle a priori ils attaquent Israël, pourraient honnêtement se dire : «C’est le doigt de D.»

Une approche naïve des temps nouveaux nous fait croire qu’en cas de reconnaissance de l’implication divine, le méchant admettra la vérité. Mais à quel moment l’ennemi réagit en conséquence et déclare : «Fuyons devant les enfants d’Israël, car D. fait la guerre pour eux»?

Il n’est absolument pas évident que reconnaître pour un ennemi d’Israël que D. combat pour lui le pousse à reconnaître son tort. Ce serait oublier qu’avant que la question d’Israël ne se posât pour lui, il pouvait construire une tour à Babel pour arriver jusqu’aux cieux et le combattre, ou encore, comme le Laban biblique, protester en campant sur ses positions, en restant sûr de son droit, et en considérant Jacob et sa famille comme ses esclaves, ne renonçant pas mais s’inclinant devant la force. Que les criminels qui occupent la bande de Gaza dont ils ont fait une rampe de lancement de missiles pour bombarder Israël reconnaissent le doigt de D. ne changera rien à leur entêtement, pas plus que tous leurs soutiens à travers le monde. Ils continueront de se conforter dans leur position de forces du mal. Ils se sentent en mesure sinon de s’opposer du moins de harceler le rassemblement des exilés d’Israël et leur restauration en tant que nation libre sur leur terre, et ils poursuivront leur guerre contre D., tel Amalek s’attaquant au peuple progressant dans le désert vers la terre d’Israël et marchant derrière Moshé, son berger.

© Yéochoua Sultan pour Europe Israël News

 

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  • 4 thoughts on “Israël sous les bombes : de l’impensable à la routine

    1. Robert Davis

      Les plus grands ennemis d’Israel ce ne sont pas les arabes mais LES POLITICARDS D ISRAEL tout comme en europe. Ne parlons même pas du demeuré rabin qui était de gauche mais olmert et les autres ne furent pas mieux et Netanyahu du centre gauche fait exactement la même politique même s’il est assez intelligent pour ne pas le proclamer comme le demeuré rabin! Tant que les arabes ne seront pas expulsés Israel n’aura pas la paix, le problème c’est comment expulser le PM? s’il risque d’être remplacé par la gauche on est obligés de le garder nilly Willy!

    2. Robert Davis

      Je me demande si le problème de ces maudits politicards ne vient as du fait qu’ils ne savent pas analyser l’après expulsion des arabes? que croient ces idiots? que le ciel va leur tomer sur la tête ainsi que le croyaient les gaulois? les gaulois étaient excusables vu qu’à l’époque on ne savait strictement rien du cosmos, on pouvait TOUT imaginer mais ces crétins de politicards ne comprennent-ils pas QU IL N Y AURA PAS D AUTRE REACTION QUE DES PROPIOS ANTI ISRAELIENS ORDINAIRES? àmon avis ce ne sera même pas le cas car les propos anti Israelont un but qui est d’empêcher Israel de BOUGER. Une fois que ce sera fait tous comprendront que c’est FINI ils ne peuvent plus rien faire et ils se tairont et même approuveront pour ne pas avoir l’air bêtes et impuissants.

    3. Robert Davis

      Conclusion: le responsable de ces roquettes qui s’abattent sur Israel c’est Netanyahu. D’ailleurs les politicards ne sont pas payés pour penser comme le peuple mais pour penser la politique au delà et ne pas craindre les réactions des actions bien pensées, ils sont protégés contre presque tout. Le PM semble craindre pour lui même, d’être « morigéné »(?) par l’étranger et non pour les citoyens qui reçoivent les roquettes!!!

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