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Michel Onfray : le Gilet jaune Eric Drouet est l’idiot utile de Mélenchon, idiot utile de l’islamo-gauchisme


Michel Onfray : le Gilet jaune Eric Drouet est l’idiot utile de Mélenchon, idiot utile de l’islamo-gauchisme

On connait bien la stratégie du coucou qui vole le nid des autres pour y pondre ses œufs. C’est vieux comme les oiseaux, donc comme le monde avant les hommes. Il n’y a pas de raisons qu’en politique ce tropisme ne se manifeste, puisque c’est un monde dans lequel une cervelle d’oiseau suffit pour faire carrière.

Je suis l’aventure des gilets-jaunes avec la même émotion que celle avec laquelle j’aurais regardé les premiers moments de la Révolution française. Avec émotion et avec crainte aussi. J’ai assez lu d’Histoires de cette période pour savoir que la légende est écrite à la fumée des cierges et que ce sont les vainqueurs qui tiennent la plume.

Comme ce sont les pauvres qui se sont soulevés en 1789 et se sont trouvés dans la rue pour revendiquer du pain pour leur famille, du lait pour leurs enfants et des bougies pour leurs masures, et non l’abolition de la monarchie pour la remplacer par la république, on se doute qu’il n’y eut pas parmi eux des hommes ou des femmes à même d’écrire le détail de leur aventure qui s’est terminée en spoliation. D’autant plus que ceux qui l’auraient pu ont été guillotinés par Robespierre et les siens. On le dit peu, mais la Terreur fut aussi un instrument d’écriture de l’Histoire par les guillotineurs. Les enragés ont été raccourcis par le prétendu Incorruptible; leur histoire l’a été par la même occasion. Leur historiographie est maigre comme un pauvre affamé.

Les révolutions prennent toujours le nom de leurs récupérations. Ce sont donc les gagnants de la récupération, les jacobins, les bourgeois et leurs intellectuels, qui ont écrit l’histoire de la Révolution française. On s’en doute, ils n’ont pas détaillé les modalités de cette récupération. Quand on commet un crime, la plupart du temps on cache les traces de son forfait.

Nous assistons, hélas, je le crains, à la même entreprise: les parasites de la politique politicienne sont sortis de leurs cloaques avec pour objectif de sucer le sang du peuple afin de pouvoir se reproduire -comme habituellement dans le cas d’un ver parasite.

Les premiers temps du mouvement des gilets-jaunes ont été, je m’en souviens, accueillis avec mépris par tous les partis politiques de gauche. C’était le programme commun du mépris qui réunissait la République en marche et la France insoumise, le Nouveau Parti anticapitaliste et le Parti socialiste. Mélenchon & BHL, Coquerel & Goupil, Hamon & Attali, même combat. La gauche, tout à son amour de l’idée de Peuple en même temps qu’à sa haine du peuple concret, parlait d’une seule voix.

Le Rassemblement national et Debout la France ayant compris plus tôt que les autres qu’il y avait là du gibier pour leurs potences, y sont allés de leur soutien. Il n’en a pas fallu plus pour que la gauche estime que le mouvement était une affaire de fascistes avinés qui votaient pour les Le Pen: les fâchés étaient des fachos pour utiliser le langage des communicants de Mélenchon.

La cervelle d’oiseau ne connaissant que deux boutons, Bien & Mal, Gauche & Droite, et, depuis peu, Progressistes & Nationalistes, les oiseaux dits de gauche ont, à cette époque, estimé que les gilets-jaunes faisaient partie du camp du mal, de la droite, donc ce l’extrême-droite, et des nationalistes. Si ces gilets-jaunes n’avaient eu qu’une seule tête, cette gauche qui fait semblant d’être de gauche mais finit toujours par voter Maastricht au second tour, eut aimé la lui trancher dans ces premiers jours-là.

Mais voilà, les choses ont duré…

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Mélenchon qui fit une petite mais longue carrière en apparatchik du Parti socialiste comme sénateur (et zélateur de Maastricht…) se voit depuis longtemps au plus haut de l’affiche en compagnie de ses héros: Robespierre, Lénine et Castro pour prendre des références qu’il lui est difficile de nier tant il les revendique. Il aime aussi « Drouet » parce que ce nom fut celui du délateur de Louis XVI, un homme qui a rendu possible le meurtre de ce roi, celui de sa femme et la mort de son jeune fils Louis XVII!  Il y a en effet matière à transformer cet indicateur de police en grand homme! On a les héros qu’on peut…

Le patron de la France insoumise se veut président de la République, chacun l’a compris. Il n’a pas digéré de ne pas l’être et estime que sa quatrième position lors des dernières présidentielles, après Macron, puis Marine Le Pen, puis Fillon, est illégitime. Il préfère l’illusion sur lui-même qui le sécurise à cette réalité qui lui renvoie de lui une image qui ne lui convient pas. L’aspirant chef au commandement général n’aime pas constater que la troupe n’en veut même pas comme caporal.

Vexé et battu, hargneux et revanchard, il a opté dans les premiers mois qui ont suivi l’élection présidentielle pour une stratégie de premier opposant à Macron. L’homme ne manque pas de talent oratoire, c’est un bon client pour les audiences: il est plus fait pour la télévision que pour l’Histoire -disons qu’il est plutôt fait pour l’histoire de la télévision. Car, vouloir entrer dans l’Histoire en dénouant sa cravate avant de prendre sa place au palais Bourbon ou de s’y faire filmer en compagnie d’un paquet de nouilles était un peu court. Bien pour le journal de vingt-heures, mais nul pour prendre place dans l’histoire de France. Lui qui voulut savoir où siégeait Jaurès dans l’Assemblée nationale pour poser ses fesses où furent celles du député de Carmaux a le goût des bas morceaux, or, le cerveau n’en fait pas partie.

Ensuite, il a fantasmé sur la convergence des luttes. Une mayonnaise sociale qui n’a pas pris. Au PCF, on le craint, car on a besoin de lui pour ne pas disparaître plus encore. A la CGT, idem. Mariage de carpe syndicale et de lapin politique, cette chimère a fait long feu. Mélenchon annonçait un million de personnes dans la rue, il a fallu bien du talent à ses communicants pour diffuser des plans serrés de la Bérézina et laisser croire que ce filet d’eau dans le ruisseau c’était la Volga annoncée!

Pour les observateurs les plus avertis de la chose politique, il y eut également des signes qui n’ont pas trompé. Voici la question qui se pose à Mélenchon: pour gagner les présidentielles, faut-il opter pour la ligne union de la gauche, ce qui oblige au baiser russe sur la bouche des islamo-gauchistes, ou opter pour la ligne souverainiste, ce qui veut dire penser les flux migratoires en regard de ceux qui en font les frais les premiers, les plus pauvres, les plus modestes, les plus socialement exposés, les plus déshérités des citoyens? Choisir cette ligne, ce serait obligatoirement en finir avec l’irénisme de gauche qui consent à la misogynie, à la phallocratie, à l’antisémitisme, à l’homophobie, au bellicisme, pourvu que ces appels à la haine soient enrobés dans le drapeau vert de l’Islam politique. Voici le dilemme.

Mais Jean-Luc Mélenchon a tranché. Il a opté pour la ligne islamo-gauchiste de Clémentine Autain contre la ligne souverainiste de Djordje Kuzmanovic qu’il a évincé de son parti avec François Coq. Ce choix engage pour la suite. Il faut à l’Iznogoud de la Cinquième République donner des gages à sa composante islamo-gauchiste.

Le petit peuple de gens modestes que j’aime et qui se trouve à l’origine de la révolte des gilets-jaunes est en train de se faire voler sa révolution par la gauche institutionnelle qui se sert, s’en sert et les dessert. Cette gauche qui méprise le peuple, mais, dans l’Histoire, y recourt toujours de façon démagogique et seulement verbale, l’utilise comme un marchepied -exactement comme les seigneurs demandaient jadis à leurs domestiques de se mettre à genoux afin d’utiliser leurs dos pour grimper sur leurs chevaux.

Marine Le Pen, qui aspire à une dissolution de l’assemblée nationale afin de rentrer en majesté à Matignon en cas de victoire, attend son heure. C’est la plus maligne, mais pas la moins désintéressée. Dupont-Aignan joue la même carte en se disant qu’un succès de Marine Le Pen pourrait lui valoir le poste parce qu’il semble plus présentable. Mais Dupont-Aignan est un énarque qui fut rocardien, puis RPR, puis UMP bien longtemps. Enfin, un jour, il n’a pas exclu que Marine Le Pen soit… son premier ministre en cas de succès aux présidentielles! Aucun de ces ceux-là ne défend le Frexit; aucun des deux ne ferait donc mieux que Mitterrand ou Chirac, Sarkozy ou Hollande, sinon Macron. Pour le petit peuple en souffrance, ils ne présentent pas plus de garantie que Mélenchon -je ne parle pas de Besancenot qui, lui, a les faveurs de Jérôme Rodrigues, ou l’inverse…

L’option islamo-gauchiste de Mélenchon est donc relayée par Éric Drouet qui le fascine. Mais on ne sait lequel des deux se trouve le plus fasciné par l’autre! Je ne connais pas le corpus idéologique et intellectuel de Drouet. J’ai lu quelques-uns de ses messages dans leurs jus -orthographe, grammaire, style, syntaxe…  Entre Drouet et la totalité de l’équipe de la France insoumise, riche des millions perçus lors de la présidentielle, mais aussi d’équipes de communicants, d’informaticiens, de développeurs, d’idéologues, de doctrinaires, de community managers, d’économistes, de fiscalistes, de juristes, d’intellectuels, de hackers, je ne suis pas sûr qu’Éric Drouet soit en position d’influencer Jean-Luc Mélenchon. En revanche, je suis sûr et certain du contraire. Cette stratégie de la convergence des luttes entre gilets-jaunes et Banlieues est celle du vieux briscard de la politique politicienne. Clairement.

Porté par les médias qui ne vivent que du buzz, aimé par Macron parce qu’il radicalise le mouvement donc le décrédibilise et le vide de ses sympathies, courtisé par Mélenchon parce qu’il est facile à séduire et à circonvenir, Éric Drouet est un idiot utile de la gauche qui est-elle même une idiote utile de l’islamo-gauchisme qui, lui, pour le coup, est le cheval de Troie d’un fascisme vert appelé à prendre la suite dans l’Histoire de sa formule brune, nationale-socialiste, et rouge, marxiste-léniniste. Camus nous avait prévenu à la fin de La Peste: les rats contaminés ne sont jamais bien loin…

Michel Onfray

 

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