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Amos Oz : terre et paix. Décorticage d’une citation-clé


Amos Oz : terre et paix. Décorticage d’une citation-clé

La magie d’Oz

Est-il nécessaire d’avoir connu la vie et lu l’œuvre d’un auteur pour en déchiffrer la pensée et les tendances politiques? Amos Oz restera l’écrivain contemporain par excellence des sept premières décennies de l’Etat d’Israël, n’ayant eu que neuf ans le jour de l’indépendance. Par ses nombreuses déclarations et entretiens, Amos Oz nous épargne le fastidieux labeur de la lecture ou de l’étude de ses textes. Nous allons nous pencher ici sur un passage digne d’un résumé de fiche de lecture, qui est un condensé de la doctrine de l’écrivain israélien favori des médias, et qui en dit long sur sa considération de l’attache qu’il semble simultanément défendre et contester, entre Israël, le peuple, et Israël, la terre.

Si Finkielkraut, le penseur français, s’est vivement érigé contre le principe qui précède, s’il s’est plaint récemment de voir son imposant travail de recherche simplifié voire caricaturé, parce que d’indénombrables non-lecteurs résument l’homme d’une manière simpliste par le prisme de telle ou telle allocution filmée, il reste néanmoins honnête pour l’observateur neutre de se faire une idée d’après quelques phrases émanant du propre crû d’un auteur, à condition cependant qu’elles ne soient pas isolées de leur contexte ou déformées, sans qu’il ne soit besoin de procéder à un travail de doctorat en passant au peigne fin tous ses romans, biographies, articles etc.

Or, il se trouve qu’Amos Oz, en symbiose avec le parti Meretz, qui lui réserve la 116ème place de sa liste électorale en 2003, ne reflète pas l’opinion de la société israélienne dans son ensemble. Proche de Pérès et du parti travailliste jusqu’au début des années 90, il tourne à gauche et se rapproche de Choulamit Aloni, qui considère les habitants juifs de Judée-Samarie comme des étrangers dans leur propre patrie.

 C’est lui qui avait personnellement réduit son approche géopolitique en quelques traits de plume où sont traités côte à côte le lien du peuple d’Israël à sa terre et la concurrence sanglante que lui oppose un monde arabo-musulman impitoyable qui tente d’en effacer sinon l’existence en général, du moins d’en réduire localement la présence. Les termes aux allures de postulat et de logique improbable ne peuvent être démontrés et compris qu’en faisant intervenir le contexte et les a priori d’une conceptualisation politico-médiatique consternante et déconcertante pas toujours en phase avec la réalité sur le terrain :

«Il faut comprendre que pendant tout ce temps, sont menées ici, des deux côtés, deux guerres, menées par des hommes : il y a la guerre du peuple palestinien, qui veut être libre sur sa terre, et qui dans le principe représente une guerre juste que tout homme irréprochable doit soutenir, même s’il réprouve les moyens auxquels ils ont recours dans cette guerre. Et il y a une seconde guerre, nationaliste, islamique, destinée à prendre du peuple juif son droit à l’autodétermination, et c’est une guerre où Israël a absolument raison, et elle doit elle aussi être soutenue par tout homme irréprochable.[1]»

Cette déclaration est à première vue surprenante. La trouver tout à fait logique est le symptôme de la décérébration voulue par un travail de sape vieux de cinquante et un ans pour Oz ou l’Israélien moyen et de trois de plus pour ses instigateurs. Une petite explication de texte s’impose. On relèvera tout d’abord des termes a priori synonymes : «peuple palestinien», «peuple juif», «Israël».

Les bons élèves de la désinformation contesteront ce constat. Pourtant, quand l’empereur Hadrien tente d’effacer le nom de Yéhouda de sa terre, il n’aura pas d’autre inspiration pour trouver une appellation de substitut, que de reprendre le nom d’un envahisseur d’origine crétoise, le Philistin. La Palestine est née, mais son lien avec Yéhouda n’est pas mort, car la tentative avorte. En effet, désormais, puisque le pays change de nom, son peuple est automatiquement désigné lui aussi par ce néologisme, et le Judéen devient Palestinien. Il gardera ce sobriquet jusqu’à la veille de son indépendance qui renaîtra de ses cendres, ce que confirme la quasi-totalité des institutions juives présentes en terre d’Israël, à l’exemple de la banque de Palestine rebaptisée banque Nationale (Leumi).

Or, puisque le Palestinien reprend en 48 son nom Israël, cette désignation pour lui provisoire redevient vacante pour la seconde fois. La première, c’était à la disparition de ce premier ennemi acharné d’Israël, quand le Philistin s’est éteint sans laisser de traces ou presque. C’est donc au Kremlin que sont jetées les bases d’un néo-peuple voué à usurper la place d’Israël, en l’an 64 du siècle dernier, comme le révéla intégralement Ion Mihai Pacepa, lieutenant général du bloc soviétique exilé par la suite en Occident. Et c’est ce «peuple palestinien», groupuscule terroriste arabo-musulman constitué autour d’une charte appelant explicitement à l’anéantissement, qui vient donner une seconde chance à Hadrien dans sa tentative, en appliquant le nom de substitution de la terre d’Israël à un autre groupe censé devenir peuple de la terre d’Israël à la place du peuple d’Israël, ce qu’Amos Oz admet comme légitime.

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Ce stratagème est une variation sur le thème des tentatives d’accaparement de l’identité de l’autre, dont l’une des formes oubliées, à l’heure de gloire du catholicisme, a consisté à dire à Israël : «Vous n’êtes plus le peuple du Livre, car nous prenons votre place». Comme on le voit, celle de l’antisionisme vient lui dire aujourd’hui : «Vous n’êtes plus le peuple de la Terre, car nous prenons votre place».

Donc Oz accepte l’imposition de ce «peuple palestinien» qui n’est autre qu’un ramassis d’individus censé devenir le nouveau peuple palestinien en aspirant à supplanter l’ancien.

Cette compréhension de son texte ne vient que partiellement éclairer notre lanterne. Car sa première articulation est on ne peut plus claire : même si le néo palestinien a recours à des méthodes meurtrières et immorales, dignes des pires antisémites que la planète n’ait jamais portés, il faut néanmoins serrer les dents, avaler la pilule (et la couleuvre) et approuver son combat, car la fin qui se veut noble justifie en quelque sorte les moyens. La défense contre lesdites méthodes est dépréciée et sa légitimité ravalée au rang de l’instinct de conservation.

Cette première clarification étant faite, ce qui exige explication, à présent, c’est l’affirmation contradictoire qui intervient juste après, selon laquelle une seconde guerre refuserait au peuple juif son droit à l’autodétermination. Quelle autodétermination reste-t-il donc après ce qui vient d’être établi? Car si le peuple palestinien n’est plus le peuple d’Israël, cette dernière proposition laisserait donc entendre que ce néo peuple palestinien, devenu peuple palestinien à la place de l’ancien peuple palestinien, accepterait sans contester (puisqu’il n’est pas selon Oz mêlé à cette seconde guerre) le droit du peuple juif à se définir, ou s’autodéterminer, en tant que tel. Ce qui voudrait donc dire que ces bons princes accepteraient l’idée d’un peuple d’Israël uniquement spirituel ou théorique, qui aurait le droit soit de se sentir lié internationalement à partir de tous les points de son exil, leur nation restant alors dans le cadre du virtuel, soit de se réunir géographiquement ailleurs, à condition que cela se passe en dehors de la terre d’Israël.

C’est là qu’une nouvelle donne imposée par une propagande made in extrême gauche d’Israël intervient : et c’est à présent la dernière articulation du raisonnement qui permet de nouveau de ne pas être dans l’incompréhension la plus absolue vis-à-vis du raisonnement d’Oz : la ligne verte en langue israélienne. Il s’agit de la frontière provisoire qui a tenu pendant dix-neuf ans, pendant la période qui a démarré à la guerre d’indépendance et pris fin à l’issue de la guerre des Six jours.

Une théorie farfelue s’est mise à déprécier la terre sainte, où les yeux du peuple juif convergent depuis deux mille ans, pour la transformer en une sorte de bien de consommation qui peut se monnayer et se marchander sous la formule commerciale des «territoires contre la paix». C’est magique : on vous donne les territoires, et vous nous donnez la paix. Idée totalement coupée de toutes les contingences terrestres et imaginaires, car en admettant qu’un ou des roitelets accordent sincèrement la paix en échange du centre de la patrie d’Israël, qui garantit sur le moyen terme que ses successeurs ou les révolutionnaires qui le renverseront se sentiront engagés par lesdits traités? Et qui nous dit qu’il ne risque pas lui-même, ledit roitelet, de se démentir? Israël n’a-t-il pas dans son historique un «nouveau roi qui n’avait pas connu Yossef?», et qui a pu n’être qu’une seule et même personne, comme l’explique Rachi?

Bien sûr, rassuraient les partisans de cette formule magique d’échange miraculeux entre terre et paix : «Si ça ne marche pas, on leur rentre dedans et on reprend tout». Or, l’histoire de ce dernier quart de siècle a montré qu’Israël ne reprenait jamais les territoires quand la contrepartie non seulement n’était pas livrée, mais qu’il obtenait en échange de chaque parcelle cédée une recrudescence de la violence et des actes de guerre à son égard. L’Olp a été introduite au cœur de la terre d’Israël, mais les milliers de victimes juives innocentes n’ont jamais décidé aucun gouvernement israélien à reprendre ses droits. Il en est de même pour Gaza : le terrain a été cédé contre la paix tacitement, officieusement, mais jamais les bombardements intensifs qui se sont ensuivis n’ont décidé le leadership à se dire que, tout compte fait, ce n’étaient pas les Juifs qu’il fallait expulser de Gaza, puis à en tirer les conclusions concrètes.

Donc, pour Oz, et pour la logique de sa tirade, une ligne de démarcation autorise l’existence parallèle de deux peuples palestiniens, chacune consistant en une guerre bien distincte qu’il convient d’approuver. Le problème de cette conception des mondes parallèles, c’est qu’elle n’affecte aucunement l’intellect des partisans de l’autre Palestine. Cette conception de la maison d’étude de la gauche puis de l’extrême gauche israélienne, défendue pendant un demi-siècle par Shimon Pérès, conçoit que si Israël se contracte pour exister exclusivement dans les frontières de 1948, le monde arabe et les néo-Palestiniens subiront une métamorphose surréaliste et seront les loups qui soudainement se mettront à paître avec les agneaux. Il est dangereux pour les non-initiés de lire et d’interpréter fabuleusement les prophéties bibliques. Car tout ce qu’ont fait les apprentis magiciens d’Oz ne s’est soldé que par une aggravation de la situation de guerre.

Le combat des néo-Palestiniens consiste dans l’aspiration à occuper toute la terre d’Israël et à en «chasser l’occupant sioniste». Les sigles des différentes organisations usurpatrices arborent pourtant, sans ambigüité aucune, une carte qui reprend trait pour trait les contours de la carte d’Israël. En outre, l’Olp a été fondée trois ans avant la reprise par Israël de sa souveraineté sur la Judée-Samarie et Gaza, sans compter le Golan et le Sinaï qui ne figurent pas sur la carte de ladite organisation négationniste, dans le sens où elle nie à Israël son droit à vivre sur son sol.

Il faut croire qu’Oz n’est pas à une affabulation près, car cet anachronisme ne semble pas le déranger, et c’est comme s’il accordait aux organisations terroristes la faculté de divination, car, comme précité, si cette organisation n’a pour objectif que de se contenter des territoires libérés par Israël en 67, c’est qu’elle savait trois ans avant ce qui allait se passer.

Une autre déclaration d’Oz, consignée elle aussi par la presse, fustige la volonté politique qui ne conçoit la paix pour Israël que par l’extirpation de ses entrailles d’une population haineuse dont les attaques n’ont rien à envier aux agissements des antisémites les plus acharnés. Comme le rabbin Kahane avait bousculé la pensée bienpensante en parlant de l’urgence d’une expulsion de cette nébuleuse qui produit chaque jour son quota d’attaques antijuives, le général de réserve Réhavam Zéévi, surnommé Gandhi, à la tête de son parti Molédeth, parlait plus délicatement en 88 d’un transfert.

Voici ce qu’avait déclaré Oz en réaction :

«Face à l’idée d’expulsion et d’exil des Arabes, surnommée chez nous dans un langage mensonger «transfert»… nous devons nous ériger et dire avec véhémence et simplement : c’est une idée irréalisable car nous ne vous laisserons pas expulser les Arabes même si nous devons scinder le pays et l’armée. Même si nous devons nous allonger sous les roues des camions (…) ou faire sauter les ponts. Un exil massif par la force n’aura pas lieu, car nous l’empêcherons… La droite israélienne doit savoir que si elle tente de réaliser certains actes, elle entraînera la dislocation de l’Etat.»

 Inutile de chercher chez cet auteur une relation équitable ou un peu de sentiments de solidarité envers ses frères juifs expulsés en masse de Goush Katif. Meir Gross, directeur à la retraite du centre universitaire Lifschitz, et pigiste sur Aroutz 7, avait relevé en 2005, à l’époque de l’anéantissement de cette zone désertique reverdie, le manque d’empathie des habitants de localités du pourtour de Gaza envers les expulsés auxquels ils n’ont pas tendu «du pain et de l’eau». Les bonnes consciences accusatrices qui voyaient dans les habitants juifs de Gaza la source de tous les maux et de toutes les haines ennemies, se sont retrouvées sur le front à leur place. Pour ses frères juifs, Monsieur Oz ne s’est pas couché sous les roues des camions.

En tout état de cause, il s’est toujours considéré sioniste. Il critiquait les gens de son camp qui n’étaient pas ou plus sionistes. La nuance n’est pas évidente, et semble trop subtile au premier abord. C’est pourtant sa revendication personnelle en tant que sioniste qui explique la dernière articulation de la précédente citation : le droit du peuple juif à l’autodétermination, ce qui est défendu par Israël : il réfutait catégoriquement l’exigence des Arabes d’inonder les frontières étriquées d’Israël de 48 par des millions d’arrière-descendants de réfugiés ou de présumés réfugiés.

On peut s’interroger sur la solidité et l’efficience de ce tracé géographique dans la théorie qui impose une distinction entre deux terres là où il n’y en a qu’une. Cette distinction est circonstancielle et absolument pas fondamentale. D’autant que la grande tolérance d’Oz obtient l’effet inverse de ce qu’il pourrait escompter.

Le maintien par la menace et le recours à la force, au prix de la dislocation de l’Etat, n’est pas perçu à l’étranger comme une grande noblesse de cœur, prête à supporter des «moyens» que la conscience humaine réprouve. Il est appréhendé comme le symptôme de l’attitude d’un homme qui a quelque chose à se reprocher : à savoir que si la terre lui appartient, pour quelle raison se coucherait-il sous les roues des camions en prenant le parti de ses ennemis contre ses frères? Oz exprime sciemment ou non l’aveu que la terre ne lui appartiendrait pas, tandis que son explication alambiquée qui voit une séparation là où il n’y en a pas n’est pas retenue par l’opinion ou, si elle n’est, c’est encore plus grave. Au contraire, l’expulsion et l’exil de l’ennemi seraient perçus pour finir avec compréhension quand la non-violence et le ménagement de l’autre passent pour de la faiblesse et un manque d’intime conviction. Un Israélien conquérant, comme il l’a montré au monde entier lorsque ses frontières se sont élargies entre 1947 (l’ultime plan de partage) et 1948 sans soulever de contestations, aurait fait pencher la balance en sa faveur et l’on eût dit : «Puisque c’est sa terre, pourquoi voulez-vous qu’il s’accommode d’une présence tellement hostile et menaçante?»

Qu’on le veuille ou non, l’observation objective confirme que le plus violent est le plus convaincant. Les attaques les plus antisémites ont été largement commentées comme des actes de désespoir où la victime devient la propre responsable de sa situation.

Quant à la «ligne verte» dont nous évoquions plus haut l’insignifiance, la considérer comme effective ne changerait rien et ne jouerait pas en faveur d’Israël, car cela nous ramènerait au schéma de la Mishna : «Deux personnes revendiquent un même talith en arguant : « Il est entièrement à moi », on le partage en deux parties égales. Que l’un en revendique la totalité et l’autre le quart, le premier en obtient les trois quarts et l’autre le quart.»[2] Oz revendiquait la moitié. Cette revendication où le quart tend vers zéro n’est probablement pas étrangère au succès et aux flatteries obtenues par l’auteur çà et là en dehors de la terre d’Israël[3], auprès de publics non désintéressés.

© Yéochoua Sultan pour Europe Israël News

[1] Propos recueillis pour le journal Haaretz du 6 septembre 2002. (La traduction se veut proche du texte original et en reprend les répétitions : être mené, mené ; ou le terme «guerre», qui apparaît pas moins de six fois).

[2]  Talmud, traité Baba Méciya, chapitre 2, Michna 1.

[3]  Allusion au titre d’un livre d’Amos Oz : «Ça et là en terre d’Israël».







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  • One thought on “Amos Oz : terre et paix. Décorticage d’une citation-clé

    1. la juive zélée

      au final la terre et paix n’existe pas puisque les gens se centrent sur Israel alors que partout sur la Terre règne la guerre,l’insécurité,la délinquance,et souvent il suffit d’un regard de travers pour provoquer tout ça…souvent les gens se font agresser dans la rue pour seulement un regard qu’ils n’auraient pas du avoir en raison de leur appartenances multiples…qui sait d’où il vient?

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