Présent en Israël, en Judée Samarie (Cisjordanie), à Gaza et à Jérusalem-Est depuis le début des années 1980, le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD-Terre Solidaire), la « première ONG  française de développement », affirme que son activité en Israël « se concentre sur la promotion des droits de l’homme et des peuples » et privilégie ainsi le partenariat avec plusieurs ONG israéliennes qui, selon l’association,  « travaillent au dialogue avec les Palestiniens des territoires ».

Du côté palestinien, l’association française déclare apporter son soutien aux ONG palestiniennes dont  « la priorité est l’éducation au dialogue intercommunautaire, à la paix et à la non-violence ».

Pourtant, une analyse de nombreuses organisations israéliennes et palestiniennes récipiendaires du soutien financier de CCFD-Terre Solidaire permet de s’interroger sur la nature du dialogue recherché.

En effet, tout en brandissant l’étendard des droits l’homme, certaines de ses ONG partenaires promeuvent un agenda anti-israélien flagrant, voir antisioniste, qui ne peut trouver oreille qu’à un public en marge de la société israélienne et aux plus politisés des palestiniens.

Exemples d’ONG israéliennes et palestiniennes bénéficiant du soutien financier du CCFD- Terre Solidaire1:

  • De-Colonizer – montant inconnu à ce jour.

En 2016, CCFD-Terre Solidaire a financé l’ONG israélienne De-Colonizer qui considère « qu’il est temps de renoncer au sionisme et…qu’Israël doit reconnaître sa responsabilité historique dans l’expulsion des Palestiniennes, et réparer cette injustice en accordant à touTEs les réfugiéEs leur inaliénable droit au retour » ( Une application d’un droit au retour signifierait dans les faits l’élimination d’Israël comme état de nation du peuple juif). Dans une tribune à l’« Humanité», Eitan Bronstein Aparacio et Éléonore Merza fondateurs et directeurs de De-Colonizer déclarèrent que l’ «occupation n’est que le point culminant d’un projet qui commence à l’aube de l’immigration sioniste. La ségrégation entre ‘colons’ et autochtones, au nom de la ‘rédemption’ de la terre, était une ligne directrice qui devait atteindre sa forme ultime : l’établissement d’un État juif en expulsant les Palestiniens et en les transformant en réfugiés au cours de la Nakba».

Ce financement  dont le montant est inconnu à ce jour, avait pour but la réalisation de la carte « Colonialisme en destru(a)ction », qui selon ses auteurs « recense l’ensemble des localités palestiniennes, juives et syriennes détruites depuis les premières vagues de migration sioniste (fin du 19ème siècle) ». Selon De-Colonizer, cette carte « montre le continuum historique de la persistance du projet colonial jusqu’à nos jours et le futur qu’il nous dessine s’il n’y a pas de mobilisation internationale substantielle pour exiger l’arrêt de la colonisation israélienne ».

Le 19 avril 2018, Eitan Bronstein Aparacio s’exprima à Atlit (ville située située à l’intérieur des frontières reconnues internationalement de l’État d’Israël) dans le cadre de la « Marche du Retour » en des termes sans équivoques:

« Merci de me laisser vous parler en hébreu ici. Ce n’est pas si évident. Parce que c’est la langue des occupants et des colons venus d’Europe pour établir un Etat juif dans lequel  seuls les juifs  peuvent être de véritables citoyens. Je voudrais parler de l’acte de demander pardon… C’est en fait une demande proche du véritable sens du mot « Jihad » qui est l’expression d’un effort constant, un effort qui ne fait pas de pause dans sa quête de justice pour nous tous. Le mot « Jihad » a une interprétation négative en occident et en Israël, sans comprendre réellement sa signification pour la culture arabe et en Islam ». (0’43 »- 2’37 »)

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«… les bases de notre maison, à nous, ce soi-disant magnifique foyer juif sont, par essences, défectueuses. Il a été fondé  dans le pêché, il n’est pas moral et il se maintient grâce aux pouvoirs politique et militaire d’Israël et de ses alliés internationaux. Il n’a pas de base solide. Sa force est une illusion qui s’effondrera  dès que la situation politique changera ». (4’43 »- 5’05 »)

  • Zochrot: 605 007 NIS (approximativement 150 000 euros) depuis 2013.

Fondée en 2002 par ce même Eitan Bronstein Aparacio,  Zochrot affirme vouloir « sensibiliser le public à la Nakba palestinienne ». Dans les faits, l’organisation israélienne s’aligne sur la rhétorique de la conférence de Durban, proférant de multiples accusations contre l’Etat Israël, y compris des accusations d’ « épuration ethnique », de «destructions continues des localités palestiniennes » et de « massacres ».  A cela, Zochrot exprime son soutien à « une solution à un état »,  ou bien à « une Palestine débarrassée du sionisme ». Zochrot fait même référence au « système sioniste ethnicisé et racialisé » d’Israël.

Affirmant être « engagé dans la diffusion de l’information, le plaidoyer politique… et l’analyse critique des sociétés palestinienne et israélienne ainsi que du conflit israélo-palestinien », AIC, comme son nom l’indique, est un centre qui diffuse une information alternative et militante. Ses informations font la promotion permanente d’un discours anti-israélien, y compris la nécessité d’une « soi-disant résistance palestinienne » pour « mettre fin à l’occupation », l’opposition à la normalisation avec Israël qui pourrait s’assimiler à une « trahison de la patrie » et la mise en avant des campagnes discriminatoires BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) contre Israël.

Michel Warschawski, co-fondateur et actuel dirigeant d’AIC, est un ancien leader de l’organisation trotskiste antisioniste « Matzpen, ». Il fut emprisonné dans les années 90 pour avoir publié des tracts relatifs au Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), une organisation terroriste désignée comme telle par les États Unis, l’UE, et Israël. Dans une chronique de 2016, il n’hésitât pas à déclarer que « le racisme est dans l’ADN de la culture et de la politique israéliennes, et dans le concept même d’Etat juif ». Il affirma aussi « qu’il faut rejeter sans équivoque l’idée même (et l’existence) d’un Etat juif, quelles que soient ses frontières ».

  • Who Profits– 40 017 NIS (approximativement 10 000 euros) en 2017.

Fondée en 2007 en réponse à l’appel palestinien au BDS, Who Profits cherche à exposer « l’implication commerciale des compagnies israéliennes et internationales dans le contrôle israélien continu sur les terres palestiniennes et syriennes ». Ceci, au travers de sa base de données contenant plus de 500 entreprises israéliennes et internationales qui, selon l’ONG, « profitent de l’occupation ». C’est par le biais de cette base de données et son appel continu au public « d’identifier les entreprises susceptibles d'[y] être incluses », que Who Profits se positionne comme source importante pour les campagnes discriminatoires BDS, les différentes investigations menées dans le cadre de la Responsabilité Sociale D’entreprise (RSE) au sujet de violations présumées des droits de l’homme, commises par des sociétés opérant en Israël ou au-delà de la ligne d’armistice de 1949 et l’élaboration d’une liste noire et discriminatoire par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies des entreprises opérant au-delà de la ligne d’armistice de 1949.

  • Emek Shaveh: 181 046 NIS (approximativement 43 000 euros) depuis 2015.

Composée de quelques archéologues, Emek Shaveh affirme « travailler à empêcher la politisation de l’archéologie dans le contexte du conflit israélo-palestinien ». Pourtant,  les rapports de l’ONG arborant l’adresse électronique « alt-arch » ou archéologie alternative, indiquent que son opposition à la politisation de l’archéologie est très sélective, rendant l’organisation elle-même politisée.  De manière constante, Emek Shaveh promeut des faits déformés et des positions non fondées qui mettent en avant le narratif palestinien de la victimisation et d’une agression israélienne unilatérale.

C’est ainsi que Yonathan Mizrachi, directeur d’Emek Shaveh, compara les recherches archéologiques israéliennes aux tunnels terroristes du Hamas, déclarant : « ces tunnels, comme ceux du Hamas, sont creusés sous un lourd manteau de secret. Comme pour le Hamas, ils [les tunnels/les fouilles archéologiques israéliennes] servent d’outil pour résoudre le conflit israélo-palestinien. … Cependant, alors que les tunnels du Hamas sont décrits comme servant des objectifs terroristes, ces tunnels ont été autorisés par la Cour suprême d’Israël, et toutes les branches de l’Etat ont été mobilisées pour les soutenir ».

Parmi la douzaine d’ONG palestiniennes percevant les financements du CCFD-Terre, au moins cinq (Palestinian Counseling Center (PCC), Palestinian women working society for development (PWWSD), Groupe de tourisme alternatif (ATG), Arab Center for Agricultural Development (ACAD) et Culture and Free Thought Association (CFTA)) sont signataires de l’appel palestinien au BDS (2005). Le boycott étant d’Israël étant prohibé par la France et ses militants sont régulièrement condamnés par les juridictions françaises pour provocation à la haine et à la discrimination.

De plus, PCC, Palestinian Medical Relief Society (PMRS), PWWSD, ACAD et CFTA sont aussi membres de l’organisation parapluie Palestinian NGO Network (PNGO), une plateforme qui interdit à ses membres de signer des accords de financements qui incluraient des clauses antiterroristes (l’adhésion au PNGO est aussi conditionnée à cette même interdiction). En effet, pour le PNGO, la clause antiterroriste « ignore le droit des Palestiniens à la résistance contre l’occupation israélienne ».

Un voyage d’étude propagandiste

CCFD-Terre Solidaire publia en 2016, à la suite d’un voyage d’étude de bénévoles de l’association,  le carnet de voyage « Déplacements des populations- Expropriations, évictions, et regroupements des populations palestiniennes », qui accuse faussement Israël de pratiquer des déplacements forcés contre les populations palestiniennes des territoires disputés et de Jérusalem, ainsi que les arabes israéliens vivant en Israël. Cet ouvrage, au-delà de ses témoignages partisans et biaisés, se base sur des sources politisées dont de nombreuses ONG, telles que ZochrotAdalahB’TselemEmek Shaveh et Sadaka-Reut.

Ci-dessous, quelques exemples d’affirmations figurant dans le livret:

  • Le livret rapporte que le processus de rénovation de la ville israélienne de Saint Jean d’acre est « un moyen de faire pression sur les habitants [arabes israéliens] pour qu’ils partent ». Selon la guide du groupe, « la gentrification existe ailleurs dans le monde mais ici, c’est la stratégie pour remplacer une population par une autre. Jusque dans les années 80, la politique était de détruire ce qui est arabe; maintenant, c’est la stratégie de gentrification qui prend place ». (p.12)
  • Toujours à Saint Jean d’acre, le livret décrit « l’implantation de ‘colons idéologiques’ (de Gaza et d’Hébron) et de jeunes qui viennent de terminer leur service militaire en Cisjordanie [qui] cherche à créer une tension entre les familles juives et palestiniennes qui jusque-là  pouvaient vivre plus paisiblement ». Dans ce contexte, les participants à ce voyage déclarèrent: « Nous sommes un peu interloqués de découvrir la présence de colons à l’intérieur d’Israël ». (p.15)
  • Le livret cite un chef bédouin qui affirme que sa communauté fut expulsée du Néguev en 1951 à la suite du refus de leurs chefs « que les jeunes servent dans l’armée israélienne ». Cette affirmation est en totale contradiction avec le fait que l’incorporation des bédouins dans l’armée israélienne se fait sur la base d’un volontariat. Pire, sans émettre la moindre réserve, le livret rapporte une grave accusation proférée par ce même chef bédouin qui affirme que les colons ont « empoisonné l’eau». (p.54)

En France, CCFD-Terre Solidaire participe aussi aux campagnes anti-israéliennes. C’est ainsi qu’en 2015 et 2017, l’association a cosigné respectivement aux côtés de la Fédération Internationale des ligues des Droits de l’Homme (FIDH), l’Association France Palestine Solidarité (AFPS), la Ligue des droits de l’Hommes (LdH) et Al-Haq, les rapports contre la société française de télécommunication Orange et les banques et compagnies d’assurance françaises. Ces associations demandèrent alors au gouvernement français d’intervenir auprès des institutions financières françaises afin qu’elles « se désengagent sans délai de tout lien financier avec le système bancaire israélien ».

En 2016, CCFD-Terre Solidaire, membre de la Plateforme des ONG françaises pour la Palestine, a perçu environ 4.5 millions d’euros de « subventions et autres concours publics », soit 11% de ses ressources courantes.

Source: NGO Monitor