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Frère Tariq Ramadan, l’autre procès


Frère Tariq Ramadan, l’autre procès

Cette mise en examen de conscience concerne la complicité, voire la collaboration avec une formidable machine de guerre menée par lui au nom des Frères musulmans.

Cette époque est étrange. Il semble que l’intransigeance envers certain.es soit à la démesure de l’indulgence qui fut accordée à d’autres.

Comment s’offusquer de la propagation dans notre jeunesse d’une parole conspirationniste islamiste alors même que pendant près de 20 ans, des medias, des « intellectuels » l’ont encensée?

Tariq Ramadan sera jugé mais hélas, il ne le sera pas pour cela…

L’incroyable impunité dont les prédateurs sexuels ont pu jouir si longtemps appartient peut-être déjà au passé. Passant à côté d’un mouvement historique et politique, certains, en inversant les rôles n’ont cru y voir qu’un mouvement de « délation généralisée ».

Tariq Ramadan s’est retrouvé parmi les « victimes » de cette libération de la parole…

Quand on lit le récit glaçant des présumées proies de frère Tariq, on se dit qu’il nous faudra peut-être définitivement demander pardon aux porcs car, on ne reproche à aucun d’entre eux, je crois une telle bassesse, d’une telle cruauté.

L’autre procès

Ceux qui ont permis la gloire de ce prédicateur islamiste ignoraient peut-être sa haine pathologique et personnelle des femmes bien que celle-ci soit au centre de l’idéologie islamiste… Il aura pourtant fallu beaucoup de cette « indulgence hexagonale » pour la considérer comme « libertinage », un « libertinage » toutefois qui ne l’empêchait pas de réfléchir sérieusement au bien fondé de la « lapidation des femmes adultères »…

Ramadan est désormais mis en examen pour ces faits et la justice tranchera mais il y a pourtant un autre procès qu’on voudrait voir s’ouvrir même si celui-ci n’a pas sa place dans un tribunal.

Ce procès ou plutôt cette mise en examen de conscience concerne la complicité, voire la collaboration avec une formidable machine de guerre menée par lui au nom des Frères musulmans.

Il interroge l’abandon pour ne pas dire l’immolation d’une partie de notre jeunesse livrée pieds et poings liés à ces marchands de haine que sont les islamistes et dont Ramadan aura été la figure la plus subtile, la plus aboutie, la plus dangereuse.

Car aucun intellectuel digne de ce nom ne pouvait décemment méconnaître l’idéologie, la genèse, l’histoire des Frères musulmans, cette organisation politico-religieuse fasciste qui fut fondée en 1928 par Hassan El Banna et dont le petit fils Tariq ramadan a toujours fièrement revendiqué la filiation politique.

Leur alliance avec le fascisme et le nazisme, la diffusion par leur soins dans le monde arabe de « mein Kampf » et des « Protocole des sages de Sion ». Leur haine des Juifs, des femmes, des démocrates est inscrite au cœur de leur programme.

Pendant près de vingt ans, des philosophes, des responsables associatifs et politiques, des chevaliers de la presse libre, des grands medias ont adoubé Tariq Ramadan. Celui qui fut étranger à toutes les luttes antiracistes de notre pays fut soudainement propulsé, encensé sur tous les plateaux télés et medias où la haine fait vendre. Avec l’argent du Qatar et la bénédiction ou le silence d’élus de tous horizons politiques qui ont cru pouvoir troquer la paix sociale contre un peu de religion, Ramadan et ses acolytes ont labouré nos banlieues, parlé à des jeunes à qui plus personne ne s’adressait.

Une alliance avec l’extrême droite islamiste

Ramadan fut même introduit dans les forums sociaux organisés par la gauche radicale et les altermondialistes où, pour la première fois, une idéologie d’extrême droite étrangère et hostile à tous les combats d’émancipation s’y voyait offrir une indécente tribune.

De l’université aux maisons de quartier en passant par des mosquées et les plateaux télé, partout cette parole mortifère a trouvé des relais, des complicités jusqu’aux plus hautes autorités morales et intellectuelles de notre pays.

Ceux-là pourtant ne souffraient d’aucune relégation sociale ou raciste, ils n’étaient pas comme la plupart des jeunes Maghrébins, pris dans un vertige identitaire, avides d’une parole déculpabilisante… Face aux crimes islamistes, Ramadan et ses complices leur offrirent ce cadeau empoisonné « ce n’est pas nous, c’est eux ! ».

La mésalliance qui, depuis près de vingt ans s’est nouée entre une partie de la « gauche radicale » et l’islamisme relève d’une trahison qui n’aura guère eu d’équivalent dans l’histoire.

Cette mésalliance eut un prix ; l’abandon des Juifs, des droits des femmes, des homosexuels, des démocrates du monde arabe. (On se souvient de l’indécente charge d’universitaires français contre Kamel Daoud). Il y eut aussi le sacrifice de l’intelligence et de la réflexion : plutôt qu’une critique du capitalisme, on opta pour une vision simpliste (tout est la faute de l’Amérique et d’Israël) si proche des thèses complotistes et antisémites.

Les résistant.es qui dénoncèrent l’imposture des islamistes furent la cible de calomnies puis de menaces. Charlie Hebdo en est mort.

Le droit de cité du conspirationnisme

Nombreux furent ceux qui refusèrent de respecter la minute de silence, ils n’étaient pas « Charlie » et, dans la même foulée, ne furent pas non plus « Juifs de l’hyperchacher »…

Bénéficiant de tribunes dans des grands journaux et autres medias, des philosophes, des intellectuels, de sociologues, des journalistes se mirent à recouvrir de leur propre chahut celui de jeunes qu’ils avaient contribué à déboussoler. L’Etat français était complice, l’islamophobie généralisée avait conduit à ces extrémités…

Pourtant, contrairement aux jeunes générations à qui l’on avait fait croire que « critiquer une religion c’était du racisme », eux savaient très bien qui étaient Wolinski, Maris, Cabu et Charb. C’est en toute conscience et à l’abri de leurs privilèges qu’ils abandonnèrent Charlie, les Juifs et tous les autres… *

Ces discours ont eu droit de cité, ils furent au plus haut niveau relayés.

Comment dès lors s’étonner qu’une partie de notre jeunesse en ait été contaminée?

La haine des Juifs au cœur du discours islamiste

Depuis près de 20 ans, l’explosion de la parole antisémite, des agressions puis des crimes ont fait l’objet d’une occultation. Elle le fut, sans surprise, par ceux-là même qui promouvaient Ramadan et son discours. Ce furent encore les mêmes qui crièrent à la liberté d’expression pour Dieudonné, relayant les insinuations antisémites du « deux poids, deux mesures ».

Lors des crimes antisémites (Ilan Halimi, enfants de Toulouse, clients de l’hypercacher) ) l’effroi national ne se transforma guère en mobilisation citoyenne. Partout où ils se trouvaient, les amis de Tariq Ramadan s’employèrent à scier les courroies de transmission de la solidarité à l’égard des Juifs. Si cette solidarité s’était manifestée, alors des milliers de familles juives n’auraient peut-être pas quitté le pays.

Désarroi à gauche

Abandon et trahison furent hélas le lot de nombreux militants politiques et associatifs. Pris en otage entre un souci louable de ne point stigmatiser encore les plus fragiles, (populations d’origine ouvrière et immigrée) et l’envie légitime d’en découdre avec la « vermine fasciste » et islamiste, ils se virent sommés de taire leur indignation. Certains, trop peu nombreux, ont osé protester ; dans les syndicats, les partis politiques, les associations, même au Mrap, (si joliment rebaptisé par Charb, le « Mouvement pour le Respect Au Prophète »). D’autres, désemparés, sont partis sur la pointe des pieds, le plus souvent.

La détresse des Juifs de notre pays, le désarroi de militants humanistes eut aussi pour corollaire la solitude voire l’abandon des Français issus de l’immigration africaine et maghrébine. Rebaptisés « musulmans », la plupart d’entre eux virent leur parole et leur identité confisquée, pris en étau entre le racisme de l’extrême droite et la terreur de voir leurs propres enfants basculer dans ce nihilisme meurtrier, le seul que dans leur immense compassion, leur amis autoproclamés leur offraient en guise d’avenir.

Le mot même « musulman » fut une prise de guerre sémantique et idéologique de l’islamisme, comme s’il y avait une « connivence culturelle » entre une Albanaise, un Ouïgour et un Malien….

Le discours islamiste porté par Ramadan et ses amis se fit ainsi le supplétif du retour de l’imaginaire colonial, (« musulmans » était le mot employé par l’administration coloniale). Imaginaire que dans le même mouvement, ils se firent un plaisir de dénoncer …

C’est ainsi que depuis près de 20 ans, des Français d’origines diverses se sont vu offrir une forme de débaptisation, une mise « hors la France » grâce à cette identité largement fantasmée.

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Alors même que nous avions tous et toutes besoin d’horizon, d’espoirs, d’utopies positives, une gauche égarée dans ses extrêmes se mit à renier les combats d’émancipation qui avaient fait son identité. Le coût pour les femmes et les filles allait aussi être colossal, jusqu’à certaines « féministes » d’un nouveau « genre » qui loin des combats de leurs ainées se mirent à « oser » le relativisme culturel ; la parité pour les unes, le voile pour les autres. Leur abandon assumé de leurs sœurs des cités, livrées aux lois des caïds puis à celle des islamistes est venue offrir une définition paradoxale de ce que peut être aujourd’hui le « féminisme blanc »…

La lâcheté et l’abandon auront été le formidable cadeau offert à l’extrême droite, renforcée par l’incroyable aubaine d’un discours identitaire désormais adoubé et partagé.

Charb, Tignous, Bernard Maris le répétaient: sur l’échiquier politique, l’islamisme se situe au bas mot à l’extrême droite. Or c’est à cette alliance contre nature que les amis de Ramadan ont œuvré pendant des années. De manière fort inédite dans l’histoire, une gauche dite « radicale » s’est acoquinée avec ceux qui prônaient l’esclavage des femmes, le refus, jusqu’au meurtre, de l’éducation des filles, l’assassinat des homosexuels, la haine des Juifs, le complotisme antisémite et le nettoyage ethnique.

Et pour avoir amarré cette terrible mésalliance à la volonté de justice sociale, à la défense intransigeante d’une presse libre et indépendante, à la révolte toujours nécessaire face aux malheurs du monde et celui si terrible qui touche aujourd’hui les réfugiés, pour avoir si durablement confondu les valeurs et sali encore une fois un idéal de fraternité déjà bien entamé par les trahisons du siècle, ceux-là devraient peut-être rendre des comptes.

Il est peut-être temps de répondre de frère Tariq.

*Brigitte Stora est l’auteure de « Que sont mes amis devenus : les Juifs, Charlie puis tous les nôtres » éditions le Bord de L’Eau





Journaliste franco-israélien spécialisé dans la psychologie et la communication politique depuis 2003.



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