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Un rapport déclassifié met en lumière la traque des anciens nazis par le Mossad


Un rapport déclassifié met en lumière la traque des anciens nazis par le Mossad

Auréolés par la capture d’Adolf Eichmann, les services secrets israéliens pensaient renouveler l’exploit avec l’« Ange de la mort », Josef Mengele, et d’autres criminels nazis en liberté. Un rapport déclassifié met en lumière leurs échecs répétés dans cette guerre de l’ombre.

Des nuages et du vent, mais pas de pluie. » Inspiré du livre des Proverbes (25:14), le titre de l’épais rapport déclassifié au printemps par le Mossad résonne comme un aveu navré. Cette somme rédigée par un vétéran du service dévoile les moyens considérables qui furent déployés, à partir de 1960, pour tenter d’arrêter ou d’éliminer quelques-uns des plus célèbres criminels nazis encore en liberté. L’agence israélienne, auréolée par la capture d’Adolf Eichmann à Buenos Aires, ainsi que par son transfert dans le plus grand secret à Jérusalem, crut dans la foulée pouvoir rééditer l’exploit.

À lire son compte rendu, il apparaît toutefois que cette guerre de l’ombre n’a livré que des résultats médiocres. Sur une douzaine de cibles prioritaires, seul Aloïs Brunner, réfugié à Damas, fut visé par deux tentatives d’assassinats au colis piégé, en 1961 et 1980, qui n’aboutirent qu’à le blesser légèrement. Quant au docteur Josef Mengele, dont les expérimentations réalisées à partir de 1943 sur des déportés juifs internés à Auschwitz firent d’emblée l’objectif numéro un du Mossad, il continua d’être traqué longtemps après s’être noyé le plus naturellement du monde au large d’une plage brésilienne…

Ce document exceptionnel, dont le contenu a été révélé début septembre par le journaliste Yossi Melman dans le quotidien Maariv, comprend des photos, des comptes rendus de filature, des transcriptions d’écoutes téléphoniques, ainsi qu’une synthèse détaillée récapitulant trois décennies d’enquête sur les traces d’anciens nazis. On y apprend que les recherches pour retrouver Mengele ont mené les limiers du renseignement extérieur israélien sur les routes de Grèce, d’Italie, de Bavière et d’Autriche, avant qu’elles ne se concentrent sur l’Amérique du Sud.

En 1962, c’est grâce au «tuyau» livré par un nostalgique du Reich qu’ils placèrent sous surveillance une communauté regroupant d’anciens nazis près de Sao Paulo. Zvi Aharoni, qui avait participé à l’identification et à la capture d’Eichmann deux ans plus tôt, fut dépêché sur place. Il crut toucher au but le 23 juillet, alors qu’il planquait aux abords d’une ferme. « Zvi a repéré une personne qui, par son allure, sa taille, son âge et son accoutrement ressemble à Mengele », écrivit le chef de l’antenne sud-américaine du Mossad. Interrogé trente ans plus tard par le journaliste Ronen Bergman, l’espion évoqua « l’excellente humeur» de l’équipe et sa certitude intacte d’avoir eu face à lui le criminel recherché. Mais sa hiérarchie, soudain très préoccupée par le développement des capacités balistiques de l’Égypte nassérienne, décida ce jour-là de suspendre l’opération pour redéployer ses effectifs.

Un manque cruel de persévérance

Yossi Chen, l’auteur du rapport sur les coulisses de cette traque, fut à l’évidence consterné par un tel manque de suite dans les idées. «On aurait pu s’attendre à ce que l’élan soit poursuivi avec force… mais ça ne s’est pas produit », déplore ce rescapé de la Shoah qui servit dans les rangs du renseignement militaire avant d’intégrer le Mossad. Son travail montre fort bien que les dirigeants successifs de l’agence, tout comme leurs premiers ministres, se sont régulièrement interrogés sur l’opportunité de poursuivre les criminels nazis à travers le monde.

Meir Amit, qui prit la tête du Mossad en 1963, somma par exemple ses hommes «d’arrêter de chasser des fantômes du passé afin de concentrer (leurs) moyens humains et (leurs) ressources sur les menaces contre la sécurité de l’État». La campagne contre les artisans de la solution finale, si elle ne cessa jamais totalement, fut mise en sommeil en 1969 sur ordre du premier ministre Levi Eshkol. Elle connut par la suite des hauts et des bas jusqu’à ce que Menahem Begin, vainqueur des législatives en 1977, ordonne au Mossad d’en refaire une priorité «afin d’amener (ces criminels) en Israël pour y être jugés – ou, si cela s’avère impossible, de les tuer ».

Pénétré d’une vision tragique de l’histoire, le chef de la droite nationaliste avait l’intime conviction qu’il s’agissait là d’une mission cruciale pour l’avenir du pays. À ses yeux, solder les comptes avec les principaux responsables de l’extermination des Juifs d’Europe constituait le meilleur moyen de faire comprendre aux ennemis arabes d’Israël qu’ils ne seraient jamais en sécurité nulle part. Les hommes du Mossad, dès lors, se relancèrent en priorité sur les traces de Josef Mengele.

La piste brésilienne s’étant refroidie, ils décidèrent au début des années 1980 de placer son fils Rolf sous surveillance. Son domicile allemand, son bureau et son téléphone furent mis sur écoute, tandis qu’une séduisante espionne fut chargée de l’approcher. Mais ces efforts se révélèrent vains. En 1985, peu après avoir fait publier une annonce promettant un million de dollars à quiconque aiderait à localiser celui que ses victimes avaient baptisé «l’Ange de la mort », le Mossad apprit qu’il était mort noyé six ans plus tôt en se baignant dans un lac au Brésil. Son corps fut exhumé mais il fallut attendre 1992 pour que des analyses génétiques menées sur son squelette permettent de l’identifier formellement. «Malgré les efforts extra- ordinaires mis en oeuvre pour tenter de le localiser, Israël échoua à punir Mengele», se désola a posteriori Yossi Chen, selon un extrait de son rapport cité par le journal Haaretz.

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Ce revers ne fut pas isolé. Le Mossad, réputé pour l’audace et l’efficacité de ses opérations, collectionna paradoxalement les infortunes tout au long de sa guerre secrète contre les anciens cadres du régime hitlérien. En novembre 1967, deux de ses hommes furent surpris par des voisins et dénoncés à la police allemande, alors qu’ils venaient de pénétrer par effraction chez la femme de l’ancien chef SS Heinrich Müller. Arrêtés en flagrant délit, ils furent condamnés à trois mois de prison. En pure perte : un historien allemand affirma bien plus tard que Müller avait en réalité péri à la fin de la guerre. Dans une veine comparable, d’importants efforts furent déployés non seulement en Allemagne, mais aussi au Congo ou à Aden, pour tenter de retrouver Martin Bormann.

Las, on apprit par la suite que l’ex-chancelier du parti nazi avait trouvé la mort le 2 mai 1945 en tentant de fuir le bunker d’Adolf Hitler. Quant au docteur Horst Schumann, qui participa à des expérimentations de stérilisation et de castration à Auschwitz, il fut bien localisé dans un village reculé du Ghana. Mais la direction du Mossad, craignant que ses agents sur le terrain ne parviennent pas à s’enfuir assez rapidement une fois leur mission accomplie, renonça à ordonner sa liquidation. L’homme fut finalement extradé vers l’Allemagne. Il écopa, en 1972, d’une peine de sept mois de prison avant d’être libéré pour raisons de santé.

« Ceux qui n’oublieront jamais »

De cette série d’opérations avortées, la plus sophistiquée fut sans doute l’assassinat programmé de Klaus Barbie et de Walter Rauff, un ingénieur qui avait conçu les chambres à gaz mobiles au service des Einsatzgruppen. Le premier avait trouvé refuge en Bolivie, le second au Chili. Après un an d’enquête et plusieurs semaines de repérages, deux équipes furent simultanément déployées à La Paz et à Santiago, tandis que le directeur du Mossad et le chef du département des opérations spéciales débarquèrent en Amérique du Sud.

Plusieurs dizaines d’agents participèrent aux préparatifs logistiques. Un quartier général fut installé à Panamá et la date du double assassinat fut fixée au 17 mars 1980. Moins de douze heures devaient séparer les deux exécutions. Le service israélien poussa le souci du détail jusqu’à rédiger un communiqué de revendication, signé «Ceux qui n’oublieront jamais», qui aurait été adressé à la presse immédiatement après l’opération. La précaution, toutefois, se révéla inutile. Lorsque les tueurs se présentèrent devant le domicile de Walter Rauff, une Chilienne surprit leur manège et se mit en tête de les chasser. Le chien de la maison, alerté par ce remue-ménage, se mit alors à aboyer. La mission fut annulée en catastrophe. Il fallut attendre 1983 pour que Klaus Barbie soit arrêté et extradé vers la France où il fut condamné pour crimes contre l’humanité à la prison à perpétuité.

On peut s’étonner que le Mossad, connu pour son goût du secret et jouissant d’un prestige sans égal, ait jugé opportun d’autoriser la publication d’archives si peu flatteuses. « Le fait que la direction du service ait choisi de ne pas mettre le couvercle sur ces documents essentiels pour la connaissance de l’histoire d’Israël et du peuple juif doit assurément être mis à son crédit, commente le journaliste Yossi Melman, qui compte parmi les meilleurs experts du renseignement israélien. Mais ce geste ne doit pas faire oublier que les dirigeants du pays ont, à l’époque, commis une grave faute morale en renonçant à faire de la chasse aux criminels nazis une priorité. »

Son confrère Ronen Bergman, dans un article publié par le New York Times, estime toutefois que l’heure est venue d’absoudre le Mossad et les responsables politiques qui prirent la décision de mettre cette traque entre parenthèses. « La capture et le procès d’Eichmann, ainsi que son exécution, ont clairement envoyé le message que le sang juif ne peut plus être versé impunément, écrit-il. À partir de là, le Mossad était fondé à laisser le passé derrière lui. Les nazis ne présentaient plus de danger. Et puis, nous ne manquons pas d’ennemis qui nous menacent aujourd’hui et continueront de le faire à l’avenir. »

Le fait que la direction du service ait choisi de ne pas mettre le couvercle sur ces documents essentiels pour la connaissance de l’histoire d’Israël et du peuple juif crédit» doit assurément être mis à son YOSSI MELMAN, JOURNALISTE SPÉCIALISÉ DANS LE RENSEIGNEMENT ISRAÉLIEN

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