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L’affaire Elor Azaria au regard du droit israélien et du Tsedek hébraïque,  par Pierre Lurçat


L’affaire Elor Azaria au regard du droit israélien et du Tsedek hébraïque,  par Pierre Lurçat

צִיּוֹן בְּמִשְׁפָּט תִּפָּדֶה וְשָׁבֶיהָ בִּצְדָקָה

Le verdict rendu par la cour d’appel militaire dans l’affaire Elor Azaria est l’occasion de réfléchir sur un des sujets les plus importants pour l’avenir de l’Etat d’Israël : celui des normes juridiques auxquelles doivent obéir les soldats de Tsahal, et plus généralement de l’état actuel du système judiciaire israélien. Les réactions de nombreux hommes politiques, qui ont appelé à gracier Azaria, et le sentiment général exprimé par de vastes secteurs du public, au lendemain du rejet de l’appel formé par le jeune soldat contre sa condamnation en première instance, montrent que la population israélienne a largement conscience qu’il existe un problème, ou pour dire les choses plus crûment, qu’il y a “quelque chose de pourri” dans le système judiciaire israélien.

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Ce sentiment général, qui s’était exprimé lors des manifestations violentes après la première condamnation d’Elor Azaria (manifestations que les médias avaient utilisées pour tenter de dépeindre ceux qui le soutiennent comme des “extrémistes”), traduit l’écart grandissant entre les normes existantes, telles qu’elles sont appliquées par les tribunaux israéliens, et le grand public, écart qui est en soi problématique. Dans une démocratie, en effet, la justice est censée exprimer la volonté générale (elle est “rendue au nom du peuple” selon l’expression française). Lorsque les décisions de justice ne sont même plus comprises par le peuple, c’est un des fondements de la démocratie qui est menacé. Or c’est bien de cela qu’il s’agit aujourd’hui ; nous avons affaire, dans le cas Azaria, à un verdict incompréhensible pour le commun des citoyens israéliens.

En effet, au-delà de la frange restreinte des représentants des “élites” judiciaire, médiatique ou académique, qui se sont félicités de cette “victoire de l’Etat de droit”, une grande partie – sinon la majorité – du peuple israélien a ressenti, de manière plus ou moins explicite, que ce jugement était une absurdité, voire une monstruosité, tant sur le plan moral que politique. La condamnation d’Elor Azaria représente en effet un danger pour la sécurité d’Israël et pour la capacité de dissuasion de son armée, dont les soldats sont aujourd’hui menacés par l’épée de Damoclès de procès reposant sur les images tronquées et les accusations fallacieuses de B’tselem et des autres organisations d’extrême-gauche financées par les ennemis d’Israël.

Comme l’a expliqué le Professeur Israël Aumann, qui a obtenu le Prix Nobel pour ses travaux en matière de théorie des jeux, au lendemain de la condamnation d’Elor Azaria, celle-ci risque de mettre en danger la sécurité la sécurité nationale. « Le point crucial de la théorie des Jeux, ce sont les incitations que vous générez par vos mouvements, et quand les juges prennent ce type de décisions, ils s’adressent aux soldats et aux civils de la nation, [mais] cela raconte aussi quelque chose à l’oreille de l’ennemi. Ce que vous dites au soldat c’est « Ne fonces pas droit dans les problèmes. Si tu te trouves à un endroit où il y a une attaque, tu ferais mieux de te mettre à courir. Pas à cause de l’attaque terroriste de l’ennemi,mais à cause [des juges] qui sont assis dans un tribunal ».

Aux yeux de nombreux Israéliens, Azaria a été la victime d’un procès-spectacle. Sa condamnation était courue d’avance, ayant été prononcée par l’ancien chef d’état-major Moshé “Boogy” Ayalon avant même le début du procès, et elle repose entièrement sur des arguments juridiques, qui n’ont pas pris en compte toutes les dimensions – politique, militaire et morale – de cette affaire pour Israël. Or, lorsqu’elle applique exclusivement le droit, l’institution judiciaire, censée rechercher la justice, se transforme rapidement en “machine judiciaire” qui applique des normes abstraites, coupées des réalités concrètes dans lesquelles vivent les citoyens de l’Etat d’Israël, et prononce des verdicts de condamnation reposant sur des considérations apparemment fondées sur le strict plan du droit, mais absurdes du point de vue de la morale et du sens commun.

Comme dit l’adage latin, “Summum jus, summa injuria” : l’application stricte du droit est souvent synonyme d’injustice. Pour reprendre les catégories de la pensée hébraïque, il s’agit d’un jugement qui relève de la “justice de Sodome” et pas du Tsedek véritable. Il est significatif à cet égard que l’avis minoritaire, au sein du panel élargi qui a condamné Azaria, était favorable à une peine encore plus lourde… Il ne s’est donc pas trouvé un seul juge pour réclamer que le soldat soit innocenté, ce qui pose problème du point de vue du droit hébraïque, où une condamnation ne saurait être prononcée à l’unanimité.

Ce procès et cette condamnation illustrent ainsi un phénomène lourd de conséquences pour l’avenir d’Israël : à savoir, un écart grandissant entre les normes du droit israélien et le Tsedek, la justice authentique telle qu’elle s’exprime dans les textes de la Tradition et dans leur interprétation. Il suffisait d’écouter l’auteur du “Code éthique de Tsahal”, le professeur Asa Kasher, déplorer le soutien du public envers Elor Azaria et affirmer que la peine prononcée à son encontre était trop clémente (!), pour réaliser à quel point les normes en cours dans l’Etat d’Israël contemporain sont éloignées de la justice et de la morale juive authentiques, celles de la Torah et des Prophètes, développées par le droit juif au cours des siècles.

Dans mon livre La trahison des clercs d’Israël, je montre comment une poignée d’intellectuels juifs pacifistes, réunis au sein de Brith Shalom dans les années 1920, ont réussi à influer de manière décisive sur le débat politique et intellectuel, en imposant leurs conceptions radicales au sein de l’université hébraïque de Jérusalem, puis d’une large partie des élites israéliennes. Ces intellectuels, qu’on pourrait qualifier de “post-sionistes” avant l’heure, ont notamment assis l’idée que la réussite du projet sioniste devait être mesurée exclusivement à l’aune de son attitude envers ses ennemis Arabes (qualifiés de “voisins” ou de “proches”, selon une terminologie fallacieuse qui évacue la notion même d’ennemi). En d’autres termes, ils ont fondé la conception devenue aujourd’hui dominante en Israël et en Occident, selon laquelle les droits de l’autre (l’ennemi) passeraient avant ceux du proche véritable (le concitoyen). Cette morale pseudo juive d’inspiration néo-kantienne et chrétienne est aujourd’hui tellement répandue en Israël qu’il paraît évident qu’un terroriste à terre ne doit pas être neutralisé et empêché de nuire définitivement, mais qu’il a le droit d’être soigné, détenu dans des conditions luxueuses et remis en liberté au bout de quelques années pour reprendre ses activités meurtrières…

(à suivre)

Pierre Lurçat

* Avocat et écrivain.







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  • 10 thoughts on “L’affaire Elor Azaria au regard du droit israélien et du Tsedek hébraïque,  par Pierre Lurçat

    1. Salmon

      en matière de justice Israël deviendrait aussi gauchiste que la France ???
      c sùr là c’est pas bon si un terroriste a plus de droit que la victime

    2. rachel

      Et puis si on commence a etre pour la peine de mort pour les terroristes, on a pas a les soignes. Dans notre democratie, tout va pour les agresseurs. Si tu m agresses, tu n as pas le droit au soins, si tu ne m agresses pas, tu as le droit aux soins.

      Shabbat shalom

    3. Edmond Richter

      Voici le mail que j’ai envoyé à Asa Kasher:

      Mr. Asa Kasher,

      1) You have a contradiction in your article: http://forward.com/opinion/337841/i-wrote-the-idf-code-of-ethics-heres-my-take-on-the-hebron-shooting/

      « YES, THE TERRORIST WAS AN ENEMY, but soldiers are required to treat a terrorist wielding a knife as a criminal, NOT AS AN ENEMY in a battlefield. »

      2) As far as I know enemies without uniform or a spy are immediately shot by all the armies in the world

      3) Why is a terrorist wielding a knife treated as a criminal and not as an enemy without uniform who should be immediately shot dead???

      4) Terrorist who are taken as prisoners can be freed (Shalit) and again kill (Kuntar)

      5) It is known that your ethic code is responsible for the death of some israeli soldiers AND THIS IS UNACCEPTABLE!

      6) A terrorist who wants to kill mothers and children, even babies (Family Fogel) have no right to human dignity

      7) I suggest you to wear an israeli soldier uniform one day every month and be affected in dangerous places without any special protection so that you remember how it feels for

      the soldiers and then, perhaps, you’ll rewrite your ethic code

      8) By rewriting it you should have the participation of soldiers AND the participation of soldier’s mothers

      9) I’m sorry but your ethic code is terribly WRONG and responsible for the death of israeli soldiers. You share that responsibility and that culpability.

      Shabbat Shalom

      Edmond Richter

      http://alyaexpress-news.com/soldat-dhebron-edmond-richter/

      http://alyaexpress-news.com/kapara-elor-azaria-bouc-emissaire-edmond-richter/

    4. Edmond Richter

      Cher Pierre Lurcat (désolé mais mon clavier n’a pas de « C cédille ». Merci pour votre article ainsi que pour votre livre « La trahison des clercs d’Israel » qui est très riche, très documenté et bourré de références. Malgré que je sois très informé j’ignorais « le coup d’Etat constitutionnel » d’Aharon Barak, sa vision TOTALITAIRE (page 128) et la quasi-DICTATURE de la Cour Suprême (page 129).
      J’ai entamé dans Facebook les « CHRONIQUES DU MASOCHISME ISRAÉLIEN » et cité la décision ILLÉGALE de la Cour Suprême concernant l’éligibilité de Hanin Zoabi. Ma theorie est que nos élites israéliennes ont conservé intérieurement la mentalité du Ghetto: Que vont dire les Goyim??? Nous devons être hyper irreprochables

    5. Circonstances exténuantes

      Article profond. Dommage que le reste de la page soit tellement polluée avec des liens très en-dessous du niveau des articles et de l’esprit d’équité et d’information honnête du site.

    6. Une voix d'Alsace

      Rappelons (je recopie Wikipédia) que « les conventions de La Haye (1899 et 1907) et de Genève (1949) accordent la qualité de belligérant[s] aux francs-tireurs à condition qu’ils se présentent en formation militaire et aient à leur tête un chef responsable pour ses hommes, qu’ils portent un signe distinctif reconnaissable à distance et enfin qu’ils portent les armes ouvertement et reconnaissent les lois de la guerre », ce qui n’est évidemment pas le cas des excités qui sortent un poignard de sous leur djellaba et se précipitent sur le premier venu en criant : « Allah est grand ! » Le terroriste palestinien pouvait fort bien n’être que légèrement blessé et il aurait frappé violemment un soldat israélien venu le secourir, mais cela aurait été parfaitement légitime aux yeux des bienpensants.

    7. Christian De Lablatinière

      @ Circonstances exténuantes : il s’agit de liens publicitaires nécessaires à faire vivre le site. A moins que vous soyez un généreux donateurs qui nous permettent d’enlever les publicités ????
      Qui sait ?

    8. Salmon

      je croyais le droit Israélien était calqué sur le droit halakhique !

      le 1er Ministre et Lieberman demande la sortie de ce vénérable soldat
      heureusement
      Israel doit libéré ce soldat , ce qui renforce l’ennemi sinon !

    9. Armand Maruani

      Elor Azaria un gamin au service de son pays qui n’a fait que son devoir au risque de sa vie .

      Israël devrait être fier de lui et le décorer en conséquence car il est un exemple .

    10. Wright

      Suis d’accord av deux premiers commentaires
      Le troisième relève plus de notions que je qualifierai d’humanistes, où sont- elles en accord av des principes religieux
      Je ne sais pas et ne juge pas,
      Ne connaissant ni le droit d’Israël co état ni le droit de la torah.
      Mais les 2 1er commentaires me semblent plus logiques
      Parfois on se perd ds des notions juridiques.
      Je connais un couple israélien qui en a raz le bol
      Et pourtant des gens qui réussissent leur vie.
      Mais on e atteint du meme syndrome de compassion dont certains et meme un très fatigant nombre abuse ici en Fr.
      Bref si j’étais israélienne je crois que j’en aurai assez de ces intelecrueles post sionistes dt vous parlez qui décrivent le voisin par ce qualificatif qui déplait à certains.
      Et jai bien compris pourquoi cette résistance au processus de paix
      Netanyahou et autre.
      Bien que ne condamnant pas pour leur opinion les gauchistes qui veulent s’entendre av les autres.
      Bref je ne vis pas ds un monde de bisounours et je suis pour un peu de rigueur a legard de certains abrutis en Fr
      Et pas de populisme et pas dantisemitisme de ma part
      Juste une incompréhension totale de ce bordel a à ciel ouvert cad le vivre ensemble
      La ou les juifs nous ont jamais posé de pb,pourquoi nous leur avons nous posé
      Et 2e point,pourquoi les autres sont incapables de s’adapter a l’occident
      Les juifs ne mangent pas la meme chose que moi chrétienne mais ne mont jamais traité de porc meme a la même table
      Par contre j’ai été traitée de porc par des musulmans à plusieurs reprises
      Jemploierai bien un autre terme pour eux mai je respecte votre politik et me confesse,j’ai pas envie d’être inquiété juridiquement

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