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Licra: de l’autodéfense juive au djihad judiciaire. Le procès Bensoussan, une honte pour l’antiracisme


Licra: de l’autodéfense juive au djihad judiciaire. Le procès Bensoussan, une honte pour l’antiracisme

OPINION

Le procès très médiatisé intenté par le CCIF à l’historien Georges Bensoussan, accusé de « racisme » pour avoir dénoncé un antisémitisme culturel dans des familles arabes en France, marque sans doute la fin d’une époque pour l’antiracisme en général, et pour la LICRA en particulier. En joignant sa voix à celle du sulfureux « Collectif contre l’islamophobie en France », la LICRA s’est associée à une campagne d’intimidation, mettant gravement en cause la liberté de penser, comme l’a déclaré le philosophe Alain Finkielkraut – témoin cité pour sa défense par Georges Bensoussan – qui a réagi en donnant sa démission du comité d’honneur de la LICRA. Comment l’association, fondée pour défendre les Juifs, en est venue à prêter main forte au « djihad judiciaire » dirigé contre un intellectuel juif, spécialiste de l’histoire de la Shoah?

La LICA est née autour d’un procès, qui a défrayé la chronique dans la France des années 1920: celui de  Samuel Schwarzbard, assassin de Simon Petlioura, le responsable des sanglants pogromes ukrainiens de 1919. Quand il apprend que Simon Petlioura vit à Paris, Schwarzbard, Juif originaire de Bessarabie et ancien militant anarchiste engagé dans la Légion étrangère, décide de venger les victimes des hommes de Petlioura. Le 25 mai 1926, il abat celui-ci près du boulevard Saint Michel. Au cours d’un procès retentissant, il est défendu par l’avocat Henry Torrès, qui obtiendra son acquittement. Parmi les nombreux journalistes qui suivent l’événement se trouve un jeune chroniqueur judiciaire, Bernard Lecache. Celui-ci décide de mobiliser l’opinion publique en faveur de Schwarzbard et fonde la « Ligue contre les pogroms », à laquelle adhèrent des personnalités influentes comme Victor Basch, Léon Blum, Albert Einstein ou Paul Langevin, dont plusieurs témoignent lors du procès.

Après l’acquittement de l’assassin de Petlioura, la « Ligue contre les pogroms » se transforme en Ligue internationale contre l’Antisémitisme (LICA). Au début des années 1930, la LICA revendique l’autodéfense contre l’antisémitisme et ses membres n’hésitent pas à faire le coup de poing contre les « camelots du Roy » et autres organisations d’extrême-droite, comme le rappelle l’historien Emmanuel Debono1, citant des documents de l’époque: « Lors des incidents qui nous mirent aux prises avec les camelots du Roy [militants de l’Action française], nous avons pu voir, durant trois heures d’horloge, une armée de policiers laisser hurler à ses côtés des centaines d’énergumènes qui mêlaient à leurs imprécations contre les juifs des cris de mort. (…) Nous devons faire notre police nous-mêmes ».

Le tournant des années 1990

Dans les années 1950 et 1960, la LICA demeure attachée à la défense des Juifs et de l’Etat d’Israël, prenant notamment parti à l’occasion des procès antisémites en URSS (affaire des Blouses blanches) et à Prague (procès Slansky) et contre le négationnisme (procès Rassinier), mais aussi contre l’apartheid en Afrique du Sud ou la ségrégation raciale aux Etats-Unis. Le changement sémantique de 1979, qui voit la LICA devenir officiellement la LICRA, ne fait qu’entériner une réalité ancienne : la LICA était dès l’origine vouée au combat contre le racisme et contre l’antisémitisme. Mais c’est dans les années 1990 et 2000 que se produira le véritable tournant. Le fragile équilibre maintenu entre la lutte contre l’antisémitisme et le combat antiraciste devient de plus en plus difficile à tenir, au fur et à mesure qu’émerge en France une réalité nouvelle, dérangeante et peu conforme aux schémas simplistes de l’idéologie antiraciste des années Mitterrand.

Cette réalité est précisément celle que dénoncent les auteurs des Territoires perdus de la République, dans leur livre paru en 2002, dirigé par Georges Bensoussan, qui se fonde sur des enquêtes de terrain menées depuis le début des années 1990. Comment concilier antiracisme et défense des Juifs en France, quand les auteurs des agressions antijuives viennent souvent des « minorités visibles », et sont donc eux aussi considérés a priori comme des victimes par l’idéologie antiraciste ? Pour résoudre cette équation délicate, la LICRA se livre à un périlleux exercice d’équilibriste, tentant de rester fidèle à sa vocation première, tout en faisant cause commune avec les autres associations antiracistes, marquées politiquement à l’extrême-gauche, comme le MRAP ou la LDH.

Cela ne l’empêche pas de prendre parfois ses distances et de marquer son indépendance, notamment à l’occasion du procès intenté à Daniel Mermet pendant la deuxième Intifada, à la suite de propos antisémites d’auditeurs de son émission sur France Inter. Cette indépendance d’esprit s’est encore manifestée récemment, quelques semaines avant le procès de Georges Bensoussan. On a ainsi pu lire dans un dossier consacré aux « pseudo-antiracistes » du Droit de vivre, le journal de la LICRA, des propos sans équivoque de son président, Alain Jakubowicz, dénonçant les « faux-amis de l’antiracisme », comme les Indigènes de la République, qui instrumentalisent la concurrence des mémoires. Un autre article dénonçait… le CCIF, accusé de manipuler le concept d’islamophobie, qualifié d’imposture par le président de la Licra ! Comment comprendre alors le revirement effectué à l’occasion du procès Bensoussan ?

 

En réalité, ce n’est pas la première fois que la Licra s’associe au CCIF – qu’elle dénonce par ailleurs – dans des actions en justice. Cela s’est produit notamment lors des nombreux procès intentés à Riposte Laïque, mais aussi à Eric Zemmour. Comme à l’époque du Mrap de Mouloud Aounit, les divergences politiques entre la Licra et d’autres associations antiracistes ou anti-islamophobie s’effacent ainsi à l’entrée des prétoires. Selon certaines explications, l’actuel président de la Licra a voulu redorer le blason de l’association, après une période de déclin relatif, en l’associant à des combats très médiatiques, sans craindre de s’exposer aux critiques (comme lors du procès pour racisme anti-blancs de 2012). Mais cette fois-ci, la « vieille dame » de l’antiracisme français est allée trop loin. En prétendant interdire à Georges Bensoussan de faire son travail d’intellectuel, au nom d’une vision dévoyée de l’antiracisme, elle donne raison à l’historien, lorsqu’il dénonce « ces procès à répétition [qui] constituent un test de la résistance de la nation ». En sacrifiant ses principes fondateurs à des considérations politiques ou médiatiques à court terme, la Licra a perdu son âme.

Par Philippe Karsenty et Pierre Lurçat
Maire-adjoint de Neuilly ; avocat

Causeur

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  • 4 thoughts on “Licra: de l’autodéfense juive au djihad judiciaire. Le procès Bensoussan, une honte pour l’antiracisme

    1. rachel

      Il faut creer un comite pour la defense des chretiens et juifs et on comptera les points et en plus, je crois que c est deja fait, on recense, les agressions, les violences verbales, physiques, allant jusqu au meurtre mais y a pas beaucoup d emotion et ce ccif met en opposition, le simple fait de s exprimer, j ai le droit de dire que j aime pas la charia qu on impose de fait, on a quand meme le droit de dire que cette religion est anti femme et anti tout, anti liberte et qu on se fait chier dedans ,meme un musulman il se fait chier dedans, sans oser le dire alors moi qui suis de l exterieur, j ai le droit de le dire et en disant ca je ne tue pas, c est la France qui m a inculquee le droit de m exprimer, j aime, j aime pas. Oui tous les islamistes radicaux sont des desequilibres et non tous les desequilibres ne sont pas terroristes, alors un peu de respect pour les malades mentaux.

    2. RODODHENDRON

      c’est quoi cette juge au décolleté plongeant ? C’est un prétoire pas la promenade de DEAUVILLE en été . Je suis loin d’être prude et rien ne lui interdit d’aller en monokini à la plage ou de faire du naturisme si ça lui chante . Mais là je considère que ce n’est pas digne ni opportun . Sans avoir une robe qui va jusqu’au cou et encore moins un niqab elle aurait pu s’habiller avec un peu plus de goût tout simplement par respect pour le lieu et l’événement.

    3. blum

      Merci, Messieurs Karsenty et Lurçat, pour cet utile rappel de l’histoire de la Lica devenue Licra.
      C’est bien là le noeud du problème.
      Je l’ai perçu, dès 1983, date à laquelle j’ai RESILIE mon adhésion à la LICRA.
      Dans ma lettre, j’expliquais à son directeur ( M. Gaubert, je crois), que les protégés de la Licra n’étaient plus les Juifs, mais leurs agresseurs, ainsi que je l’avais observé, dans mon milieu professionnel), précisant que les musulmans et portugais, à cette époque-là, se sentant impunis, ( Mitterrand venait d’être élu, souvenez-vous) , insultaient, exerçaient maintes violences sur leur entourage de jeunes et d’adultes, sans que quiconque osât manifester quelque répréhension, par crainte de paraître raciste.
      Comme le journal de la Licra que je recevais, régulièrement, ne mentionnait pas ce phénomène , par conformisme, et lâcheté , je résiliai donc mon adhésion au ‘ DROIT DE VIVRE » qui ne s’appliquait déjà plus aux Français de souche, ni aux Juifs dont beaucoup, faut-il le rappeler, venaient à peine de trouver refuge en France, exilés des pays arabes épris d’entre-soi mahométan.

    4. dsl

      RODHODENDR
      qu’avez vous contre le décolleté de la juge ? ,

      il est adorable ce décolleté de la Juge !

      ca rend moins dramatique l’ambiance déjà execrable de la situation …sans enlever le sérieux de la discussion !

      amicalement

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