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Le “gang de Roubaix” annonçait les djihadistes d’aujourd’hui


Le “gang de Roubaix” annonçait les djihadistes d’aujourd’hui

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Dans son livre « Les mercenaires du calife« , le reporter Régis Le Sommier retrace l’itinéraire des djihadistes de Paris, Bruxelles et Istanbul, lointains descendants des membres du gang de Roubaix démantelé au mitan des années 1990.

Riche d’une expérience forgée sur plusieurs théâtres de guerre, il a observé l’expansion et le déclin d’Al-Qaïda en Europe puis la naissance de Daech. Un même destin attend l’Etat islamique qui, une fois la défaite militaire acquise, pourrait bien renaître de ses cendres.

Daoud Boughezala. Dans Les mercenaires du calife (La Martinière, 2016), vous consacrez de nombreuses pages à un réseau terroriste démantelé en 1996 : le tristement célèbre « gang de Roubaix ». En quoi cette filière préfigure-t-elle l’itinéraire des djihadistes de ces dernières années ?

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Régis Le Sommier. J’accorde une place importante au gang de Roubaix car Jean-Louis Debré, alors ministre de l’Intérieur, avait parlé d’une « affaire de droit commun vaguement teinté d’islamisme ». Or, en étudiant les profils de Lionel Dumont et Christophe Caze, les deux principales figures du gang, on s’aperçoit que ces deux individus sont exactement l’inverse : des islamistes radicaux teintés de droit commun. On les appelait le « gang de Roubaix » un peu comme il y avait à l’époque le « gang des Lyonnais » mais le moteur de leur action n’était pas du tout l’enrichissement. Il s’agissait déjà de faire le djihad dans une configuration ultrareligieuse. La conversion de Dumont à la suite de son service militaire en Somalie puis le reste de sa vie expliquent cette entrée dans la radicalité. En ce sens, ces « ch’tis de l’islam » ont été des précurseurs car ils ont mis leurs savoir-faire de délinquants au service du djihad. C’est un élément que l’on retrouve dans le profil des frères Bakraoui auteurs de l’attentat de Bruxelles le 22 mars 2016.

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Vous retracez l’itinéraire des auteurs des attentats de Paris, Bruxelles, Istanbul, etc. Hormis leur idéologie, qu’ont en commun ces soldats du djihad ?

On retrouve le même maillage étroit. J’explique sur tout un chapitre pourquoi Molenbeek est considérée comme la base arrière du djihad en Europe, non pas tant parce que ce quartier prête comme d’autres à la radicalité islamiste mais parce qu’un certain nombre d’individus  liés au terrorisme y transitent. On y retrouve un terreau communautaire de Marocains pour la plupart originaires du Rif qui parlent le même dialecte entre eux. Dans ce maillage étroit entre individus qui se connaissent très bien, émergent des figures qui influencent les autres comme Abdelhamid Abbaoud. Ce dernier s’est singularisé par son charisme, voire son courage car il a été le premier à partir  pour la Syrie. Sa logique a consisté à dire : « Mon père a fait une migration économique, je fais une migration spirituelle. Mon père est devenu un entrepreneur propriétaire de deux magasins à Molenbeek, moi je vais au nom du Coran partir faire le djihad en Syrie. »

Depuis quand Molenbeek est-elle la plaque tournante du terrorisme en Europe ?

Depuis le 9 septembre 2001, lors du premier attentat commis par un djihadiste originaire de Molenbeek : l’assassinat du commandant Massoud. Par la suite, tous les individus liés de près ou de loin au terrorisme en Europe sont passés par Molenbeek.  Cela n’empêche pas une diversité d’itinéraires. Il existe notamment des contrastes énormes entre les terroristes du 13 novembre, tels que Samy Amimour, ancien de la RATP, ou Mohamed Abrini, petites figures qui ont commencé comme « chouf » dans le tric de drogue avant de grimper les échelons.

Votre livre démontre cependant que les terroristes du 13 novembre ne sont pas tous des petites frappes, mais parfois des individus économiquement bien intégrés…

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Il y a en effet de véritables cadres de l’Etat islamique comme l’artificier des attentats de Paris et Bruxelles, Najim Laachraoui, quelqu’un de parfaitement intégré qui a fait des études brillantes. Un événement s’est produit dans sa vie qui l’a fait basculer dans la radicalité, chose qui n’est pas arrivée à son frère. L’ex-otage français en Syrie Didier François m’en a beaucoup parlé. Il a côtoyé Laachraoui qui menait les négociations au nom de son « émir ». C’était un homme extrêmement brillant, qui occupait une place hiérarchique plus élevée que les opérateurs de base. Ce genre de profil est symptomatique d’un accident de vie, comme un échec universitaire, qui l’a peut-être fait renier l’Occident.  Des Ben Laden et des Mohamed Atta ont eu des parcours voisins, comme beaucoup de djihadistes de la première époque d’Al-Qaïda, lesquels ont eu un contact avec l’Occident dont ils ont épousé les valeurs avant de se retourner contre lui.

Bien que vous connaissiez la capacité de résilience de l’EI, dont la première mouture a été défaite militairement en Irak entre 2006 et 2010,  vous pensez aujourd’hui que les revers militaires de l’Etat islamique annoncent la « déroute idéologique » de Daech. Pourquoi un tel optimisme ?

La perte du califat va enlever une capacité d’attraction phénoménale à Daech. Sur les dix années de guerre en Afghanistan (2001-2011), une quarantaine de djihadistes français étaient partis combattre sur le terrain. Or, rien qu’en deux ans d’Etat islamique, le total de nos djihadistes enrôlés par Daech a dépassé le millier de combattants ! Dès lors qu’Aboubakr Al-Baghdadi a décrété le califat le 29 juin 2014, cela a créé un électrochoc et une aimantation autour de cette terre de djihad. Cette assise territoriale inédite a bousculé les frontières (Irak, Syrie) et a attiré les djihadistes comme jamais Al-Qaïda n’était parvenu à le faire dans son sanctuaire afghan. Ben Laden avait certes préparé les attentats du 11 septembre dans ses camps comme Kandahar où passaient nombre de djihadistes mais l’organisation de l’E.I est d’une ampleur inédite. Dans la région d’Al-Bab, près de la frontière turque, Daech avait installé sa structure préparant les attentats et envoyant les djihadistes à l’étranger (Amn Al-khariji) sous l’autorité du Syrien Al-Adnani. Si, en cas de défaite militaire, le califat revient « dans le désert sans villes », selon l’expression d’Al-Adnani, l’E.I passera par une période similaire à celle qu’a traversée Al-Qaïda en Irak entre 2006 et 2010 à la suite du revirement des tribus sunnites des provinces de Ninive et Salaheddine. Daech ne disparaîtra pas mais pourrait s’« al-qaïdaïser » en devenant une organisation terroriste internationale déterritorialisée.

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Hélas, de toute évidence, le danger persistera car l’E.I a montré un grand professionnalisme dans la préparation des attentats et la mobilisation de jeunes musulmans…

Je vous répondrai par un symbole : en juillet dernier, le dernier fabriquant de magnétoscopes a fermé boutique ; or, la VHS était l’arme de prédilection de Ben Laden dans la clandestinité. On a changé d’époque. Le recrutement se faisait avec des liens humains très forts ; la conversion nécessitait du contact. Aujourd’hui, tout cela se passe extrêmement rapidement grâce aux réseaux sociaux et aux messageries électroniques. Cette nouvelle ère permet sans doute à l’E.I de conserver une capacité de nuisance et de mobilisation même quand il aura perdu sa base arrière syro-irakienne.  Mais cette base arrière reste néanmoins fondamentale : religieusement, le califat est le souhait d’une majorité de sunnites, qui pour la plupart n’a toutefois pas cru au projet d’Al-Baghdadi.

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Journaliste québécois, pro-atlantiste, pro-israélien,pro-occidental



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