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Gilles-William Goldnadel – Alep : l’encre antipathique


Gilles-William Goldnadel – Alep : l’encre antipathique

Soutenir Assad est non seulement immoral, mais irréaliste, s’emporte l’avocat Gilles-William Goldnadel. Qui s’étonne du silence des médias français…

Autant l’écrire tout de suite, je ne me fais pas l’ombre d’une illusion. Dans ce conflit syrien inextricable et confus, ma parole est inaudible. Et le message écrit qui va suivre est pratiquement illisible, d’autant plus qu’il est écrit à l’encre antipathique. Mais je l’écris tout de même. Pour me regarder sans honte et prendre date.

Le message scellé dans une bouteille lancée dans la mer des sarcasmes est le suivant : la prétendue realpolitik – à la mode aujourd’hui, plus à droite qu’à gauche, et qui exige que même lorsque les enfants d’Alep, dans les hôpitaux et dans les écoles, expient les fautes qu’ils n’ont pas commises, il faille soutenir Assad – est non seulement immorale, mais irréaliste. Elle est évidemment totalement immorale, car trop c’est trop. Un régime dictatorial et sanguinaire qui cible délibérément et spécifiquement des écoles et des hôpitaux et envoie sur eux les gaz et des tonneaux incendiaires est insoutenable et inexcusable. Mais ceux qui me connaissent savent que je ne souhaite pas particulièrement être enterré au paradis des moralistes désincarnés et que je sais surtout l’enfer pavé des meilleures intentions.

Mais c’est sur le terrain du réel que j’entends contester l’expertise supposée des défenseurs de la realpolitik. Tout d’abord, à Alep, l’organisation État islamique et ses détestables suppôts sont pratiquement absents. Dans la ville martyre, c’est principalement le front al-Nosra qui combat Assad et ses supplétifs iraniens et hezbollahis. Entre ces deux rivaux islamistes radicaux utilisant la terreur – l’un sunnite, l’autre chiite –, notre cœur moral et notre cerveau raisonnant ne sauraient balancer d’une quelconque manière.

La Syrie est condamnée à tout jamais à être divisée

Je sais bien, et mes amis à droite me le serinent souvent, que le régime bassiste syrien est plus tolérant à l’égard de la minorité chrétienne que les islamistes de tout poil. Je leur donne raison et j’en sais quelque chose. Qu’on me permette l’anecdote : en ma qualité de président de France-Israël, j’avais invité au début de la guerre civile une sœur syrienne d’origine palestinienne venue dire à l’assemblée que quand bien même elle n’approuvait pas le régime cruel d’Assad, elle le préférait aux bourreaux islamistes qui détruisaient les églises et massacraient les fidèles à la croix. Qu’avais-je fait là ! Je ne sais plus quel folliculaire de La Règle du jeu, la revue de BHL, m’accusa ni plus ni moins d’être un suppôt du régime. Moi qui, pratiquement dans le désert depuis plus de 20 ans, reprochait à Hafez puis à son rejeton les massacres commis en masse à Hama ou ailleurs dans l’indifférence la plus totale d’un journal du soir qui à l’époque disait officiellement et le bien et le mal…

Mais pour autant, et alors même que quoi qu’il arrive désormais, la Syrie est condamnée à tout jamais à être divisée, est-on tenu de délivrer un chèque en blanc à la radicalité chiite, à l’Iran obscurantiste des mollahs et au Hezbollah terroriste ? Mes amis de droite me serinent encore que Churchill, pourtant anticommuniste de bon aloi, avait bien dû choisir Staline plutôt que Hitler. C’est vrai, et il avait eu raison. Sauf que.

Sauf que c’était après avoir vainement bataillé contre les pacifistes irréalistes britanniques qui avaient refusé de s’armer contre Hitler.

Sauf que, Staline, au moment du choix churchillien déchirant, était infiniment moins puissant que Hitler. Dans notre présente espèce, l’État iranien et le Hezbollah sont infiniment plus puissants que le pseudo État islamique sur le recul et non présent à Alep.

Sauf que, après Stalingrad, et contrairement à la crédulité (déjà) de son allié américain, Churchill commençait à envisager Staline avec une méfiance redoublée.

Une offre politique entre le mauvais et le mauvais

À présent que l’organisation État islamique recule partout, il est temps de regarder avec une égale méfiance la radicalité islamiste chiite. Je l’ai dit, je me fais peu d’illusions sur mes chances d’être entendu. D’autant plus que l’on dira que mes sympathies pour Israël ne sont pas pour rien dans l’envoi de cette bouteille en Méditerranée.

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Et on aura parfaitement raison. On voudra bien pardonner effectivement le fait que le régime de Téhéran – qui fait graver sur ses missiles balistiques, dans l’indifférence absolue du monde, « Israël doit être détruit » – ne m’inspire pas une sympathie ou une confiance illimitée. Mais lorsqu’on s’intéresse de près au drame du Proche-Orient, il n’est pas impossible d’avoir quelques intuitions d’ores et déjà confirmées pour partie.

Même s’il est antipathique et cruel de le faire observer : l’offre politique au sein du monde arabo-islamique est encore aujourd’hui entre le mauvais et le mauvais. Raison pour laquelle je n’ai jamais cru au printemps arabe, contrairement à tous les bons esprits qui m’accablaient alors et parlent avec la même assurance aujourd’hui.

Qu’il me soit enfin et surtout permis, avec une immense amertume, de constater que les défenseurs autoproclamés des droits de l’homme, ceux que j’appelle les islamo-gauchistes, qui étaient descendus en masse dans les rues de Paris pour crier leur haine d’Israël – quand ce n’était pas des juifs – sous le prétexte de la guerre à Gaza déclenchée par le Hamas, se sont mis aux abonnés absents durant toute la durée du grand massacre.

Deux poids, deux mesures

Que l’on s’en souvienne : quand les Arabes sont massacrés par des Arabes, quand des musulmans sont massacrés par d’autres musulmans et non par des Occidentaux chrétiens ou juifs, ils ne méritent pas qu’on mette le nez dehors.

Il y a quatre ans, l’ensemble des journaux télévisés ouvraient systématiquement sur le conflit israélo-palestinien, il est vrai qu’il était plus sûr pour un journaliste d’être présent à Gaza – dès lors qu’il était docile à l’égard du Hamas – plutôt qu’à Alep. Dans ce cadre médiatique et intellectuel déjà bien psychologiquement balisé, les diplomates, les politiques, l’ONU n’entendaient précisément regarder le conflit que sous un angle prétendument purement moral… Et pourtant…, les missiles islamistes partaient de Gaza, les boucliers humains existaient déjà à Gaza, et les frappes chirurgicales israéliennes ne visaient pas les hôpitaux. Pour imparfaites, elles étaient autrement moins meurtrières et bouchères que celles du camp Assad et de ses alliés.

Je prends date, vous dis-je.

Il est des jours où la morale rejoint le droit et l’intérêt. Même un point de vue tristement et dramatiquement réaliste ne saurait nous faire abandonner ces enfants d’Alep qui sont aussi les nôtres.

Gilles-William Goldnadel est un avocat franco-israélien, président de l’Association France-Israël.

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  • 5 thoughts on “Gilles-William Goldnadel – Alep : l’encre antipathique

    1. Aline1

      C’est vrai, tout cela est très triste pour le peuple syrien, les enfants syriens…

      Mais comme vous le dites Mr Goldnadel, le choix est entre le ‘mauvais et le mauvais »…

      C’est un crève cœur, je ne connais pas la réalpolitik, et tout ce que la Russie peut faire derrière une Victoire pour Assad, mais devant tant de morts déjà, qu’on finit – hélas – par se dire, qu’il vaut mieux agir vite comme Poutine, avec beaucoup de dommages collatéraux –

      En fait-on moins depuis ces années qui trainent et où les morts s’amoncellent ? Peut-être, moins d’un coup, mais sur le long terme ?….Quelle macabre comptabilité, oui, je sais…

      Mais hélas, on en est là, et si cela traîne, encore combien de temps ?combien de morts ? combien de migrants errants, se noyant, reçu plutôt mal que bien par les peuples européens ? (et il faut se mettre aussi à la place des européens)…Combien de dommages collatéraux avec le temps ?

      C’est comme une rage de dents, faut-il l’arracher d’un coup et faire beaucoup saigner, ou souffrir longuement sans saignements, mais avec des élancements incessants ?

      Je ne vous reconnais pas ici, Mr Goldnadel – Car la solution n’est évidente pour personne, et franchement, c’est un sujet que pour une fois, à votre place, j’aurais totalement laissé à la responsabilité des Gouvernants et pas aux élites, ni quelqu’un même d’aussi censé et logique que vous…

      A votre place, j’aurai rongé mon frein, de côté, sans m’en mêler.

      Je sais cela ne paraît pas courageux – mais voilà, vous vous êtes exprimé, mais vous voyez une solution meilleure qu’une autre ?

      Non ! en tout cas, je n’ai pas cru saisir cela dans votre note.

      Merci de ce cri, en tout cas, nous sommes nombreux à l’avoir en nous – mais c’est un cri étouffé, car nous ne voyons pas de lumière.

    2. Malcolm Ode

      Et pourtant…, les missiles islamistes partaient de Gaza, les boucliers humains existaient déjà à Gaza, et les frappes chirurgicales israéliennes ne visaient pas les hôpitaux. Pour imparfaites, elles étaient autrement moins meurtrières et bouchères que celles du camp Assad et de ses alliés.

      C’est la culture de la mort qui veut dominer la culture de la vie.

      Vive Israël!

    3. MisterClairvoyant

      Mon analyse est différent.
      La Syrie paie le plus fort pour ne pas se soumettre aux diktats du Printemps arabes.
      A combien de milliers de morts on arrête la guerre en Syrie pour faire la Paix et pas La Guerre ?
      Car j’ai le sentiment que l’on demande des trêves pour réarmer les rebelles, plus que pour soigner les blessés ou nourrir les civils pris au piège comme boucliers humains par tous les mouvements islamistes. Depuis près de 6 ans la SYRIE est meurtrie, saignée à blanc disloqué, détruite, coupé en fiefs, comme la Libye, etc. Avec 300 000 morts, détruite et des millions de déplacés et des migrants. Sont Bachar et ses alliés qui doivent déposer les armes, ou la rébellion et ses alliés qui ont perdu la guerre?
      Une Syrie laïque et unie à reconstruire, sera mieux pour elle et pour Israël, qu’une Syrie confessionnelle en « mode charia ».
      Et je pense que Donald Trump ira dans ce sens

    4. Ratfucker

      Que peut donc signifier une victoire obtenue par la supériorité aérienne et les blindés? Qui se chargera d’occuper le terrain? L’armée syrienne est exsangue, même sa principale composante ethnique alaouite ne répond plus à l’appel. Les troupes étrangères de soutien, Hezbollah, Pasdarans, mercenaires chiites pakistanais et afghans, vont se retrouver dans la situation bien connue de force d’occupation coloniale, harcelée continuellement et n’échapperont pas au cycle terrorisme/répression qui peut durer des années, jusqu’à l’ethnocide comme au Tibet, ou une résurrection islamiste comme en Afghanistan.
      Autant de héros tombés pour la gloire d’Allah qu’on ne reverra pas sur le Golan.

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