toute l'information et l'actualité sur Israel, sur l'Europe, les news sur Israël et le Moyen Orient

.

Histoire : Des Juifs américains contre l’envoi de nourriture aux Juifs d’Europe en 1941


Histoire : Des Juifs américains contre l’envoi de nourriture aux Juifs d’Europe en 1941

HISTOIRE

Des Juifs orthodoxes sommés par le Congrès de « cesser ce racket de colis qui nourrit la machine de guerre de Hitler »

C’est l’histoire incroyable et affligeante arrivée à des Juifs orthodoxes. Pendant l’été 1941, alors que les Etats-Unis sont encore neutres, ils envoient des colis de nourriture aux Juifs polonais enfermés et affamés dans les ghettos nazis. Une organisation dépendant du Congrès Juif Américain s’y oppose par la force.

Agudath Israel of America est une modeste organisation de Juifs orthodoxes très religieux. Ils estiment être des hommes que la providence a acheminés vers les côtes américaines dans le but d’aider leurs frères dans le danger. Des liens très forts les unissent aux Juifs d’une Europe de l’Est où vivent encore des membres de leur famille. Ils font parvenir régulièrement des colis aux ghettos polonais.

Pendant l’été 1941 ils sont forcés d’interrompre l’envoi de ces secours humanitaires. Le Joint Boycott Council, créé en 1933 par le Congrès Juif Américain (CJA), est passé à l’action afin que, dans une Amérique encore neutre, le blocus anglais du Reich soit strictement appliqué. Il installe des piquets devant les bureaux d’Agudath Israel pour, selon Joseph Tennenbaum, le président de l’organisation de boycottage,   « faire cesser ce racket de colis de nourriture » et éviter « de nourrir la machine de guerre de Hitler ». Il ajoute : « Tout ce qui peut entraver l’effort de guerre britannique est contraire aux intérêts des Juifs ».

Loading...

Tennenbaum ajouta l’invective au boycott. Il qualifie Agudath Israel « de mauvaise herbe malade, transplantée d’une terre étrangère dans l’environnement libéral américain ».[1] De son côté Stephen Wise, le prestigieux président du Congrès Juif Mondial (CJM), veut à tout prix éviter « de tout mettre en danger du fait de ce misérable trafic ».[2] Ces mots n’auraient jamais dû être prononcés, cette diatribe augure mal de l’union des Juifs d’Amérique à la veille de la Shoah.

Heureusement, sur place, confronté aux réalités, le docteur Abraham Silberschein qui dirige RELICO, l’organisme spécial d’assistance aux victimes de la guerre, créé par le bureau du Congrès Juif Mondial de Genève, ne tient pas compte du boycott. Il expédie discrètement 1500 colis par semaine vers les ghettos polonais jusqu’à la déportation et l’extermination de leurs occupants.[3] Une misère étant donné les besoins vitaux des centaines de milliers de Juifs emprisonnés. Et pourtant, comme l’écrit Gerhart Riegner, le représentant à Genève du CJM,           « cette activité n’était pas bien vue par les autorités du Congrès Juif Mondial à New York. Celles-ci sont intervenues à plusieurs reprises pour y mettre fin, puisque cette action était en contradiction avec le blocus économique des Alliés ».[4]

A New York, le 1er mars 1943, le Congrès Juif Américain (CJA) réunit 37 000 personnes au Madison Square Garden aux cris de : « Arrêtez Hitler tout de suite ! »[5] Les orateurs exigent l’envoi de nourriture et de médicaments dans les camps et ghettos sous contrôle nazi. Mais ils ajoutent immédiatement « tout en tenant strictement compte de la guerre économique conduite contre les Etats agresseurs ».[6] Ils vouent eux-mêmes à l’échec leurs propres demandes. Cette politique ambivalente sera longtemps poursuivie par le CJA et son extension internationale le Congrès Juif Mondial (CJM).

Au cours de l’American Jewish Conference d’août 1943, le rabbin Abba Hillel Silver, le chef le plus radical du mouvement sioniste américain, est allé plus loin. Il estime que si l’on n’arrive pas à créer un Etat juif, il devient inutile d’essayer d’envoyer de la nourriture aux masses affamées des ghettos juifs. Pour lui, l’absence d’un Etat juif où se réfugier condamne les générations juives futures à d’autres camps de la mort.[7] Les opérations de secours deviennent alors secondaires.

Plus tard les dirigeants du CJM comme du CJA ont modifié leur politique et interviennent pour demander au gouvernement des dérogations officielles au boycott, dérogations qui leur sont systématiquement refusées. Un exemple. Au cours d’un long entretien avec Breckenridge Long, du State Department, le 16 septembre 1943, Nahum Goldmann, un dirigeant du CJM et de l’Agence juive, demande au gouvernement américain d’accepter l’envoi de dix millions de dollars destinés à financer des secours alimentaires distribués par l’intermédiaire du CICR. Ce projet est rejeté. Pour le State Department « un tel projet détruirait l’efficacité du blocus allié de l’Europe (…) il contribuerait à l’effort de guerre nazi parce qu’aucun contrôle effectif n’existerait sur la distribution des colis ».[8] Toujours la même demande, toujours la même réponse. Les dirigeants juifs ne sont-ils pas conscients qu’ils n’obtiendront aucune dérogation et qu’ils doivent agir autrement ?

Il faut attendre début 1944 pour que la situation se dénoue lentement. Le CJM demande au gouvernement un soutien massif pour le Comité International de la Croix-Rouge : « Des navires pour transporter des approvisionnements vers les camps d’internement (…), un assouplissement du blocus allié, des colis d’alimentation vers les camps de travail, des fonds alliés. »[9] Ce programme met de longs mois à se réaliser. Ce n’est qu’à la fin de l’année, quelques mois avant la victoire, que d’importants approvisionnements alliés arrivent. Le chaos indescriptible qui règne alors dans ce qui reste du Reich rend problématique l’acheminement de ces secours arrivés si tardivement.

Learn Hebrew online

L’historien Naomi Cohen donne une explication à ce manque d’engagement de la communauté juive américaine. Pour lui, « la plupart des Juifs américains avaient accepté la position anglaise et américaine qu’il n’y avait réellement rien à faire pour sauver les Juifs sous la loi nazie, si ce n’était de gagner rapidement la guerre ».[10] On était loin du militantisme des orthodoxes. « Lorsqu’il s’agit de sauver des vies juives, nous les rabbins n’avons pas le droit d’être incompétents. (…) Suivant les commandements de la Torah, nous sommes prêts à violer de nombreuses lois (…) pour sauver des vies », disait le Rabbin Eliezer Silver, fondateur du Vaad Hatzalah.[11] Il n’a pas été suivi.

© André Chargueraud, historien, pour Europe Israël News

[1] PENKOWER Monty Noam, The Jews were expendable. Free World Diplomacy and the Holocaust, University of Illinois Press, Urbana and Chicago, 1983, p. 123. Il s’agit ici de secours et non de sauvetages.

Loading...

[2] Wise pense à ses relations privilégiées avec Roosevelt.

[3] Ibid. p. 124.

[4] RIEGNER Gerhart, Ne jamais désespérer ; soixante années au service du peuple juif et des droits de l’homme, Editions du Cerf, Paris, 1998, p. 113.

[5] BREITMAN Richard , KRAUT Alan, American Refugee Policy and European Jewry , 1933-1945, Indiana University Press, Bloomington, 1987, p. 176.

[6] FEINGOLD Henry L, The Politics of Rescue : The Roosevelt Administration and the Holocaust , 1938-1945 Rutgers University Press, New Brunswick N J, 1970, p. 187.

[7] BERMAN Aaron, Nazism, the Jews, and American Zionism. 1933-1945, Wayne State University Press, Detroit, 1990, p. 115.

[8] FRIEDMAN Saul, S. No  for the Oppressed: United States Policy Toward Jewish Refugees 1938-1945, Wayne University Press, Detroit, 1973, p. 192.

[9] PENKOWER Monty Noam, The efforts of the American Jewish Congress and the World Jewish Congress in the years of the Holocaust, in FINGER Seymour Maxwell éd., American Jewry and the Holocaust : A Report by the Research Director, his Staff and Independant Research Scholars Retained by the Director for the American Jewish Commission on the Holocaust, Holmes and Meier, New York, 1984, p. 10.

[10] FINGER, op. cit. p. 33.

[11] KRANZLER David, Orthodox ends, Unorthodox means, the Role of Vaad Hatzalah and Agudath Israel during the Holocaust in FINGER, op. cit. p. 25.

 







Avertissement de modération: Nous vous rappelons que vos commentaires sont soumis à notre charte et qu'il n'est pas permis de tenir de propos violents, discriminatoires ou diffamatoires. Tous les commentaires contraires à cette charte seront retirés et leurs auteurs risquent de voir leur compte clos. Merci d'avance pour votre compréhension.

Signalez un commentaire abusif en cliquant ici


Merci de nous signaler les commentaires qui vous semblent abusifs et qui contiendraient des propos:
  • * Antisémites
  • * Racistes
  • * Homophobes
  • * Injurieux
  • * Grossiers
  • * Diffamatoires envers une personne physique ou morale

  • 7 thoughts on “Histoire : Des Juifs américains contre l’envoi de nourriture aux Juifs d’Europe en 1941

    1. Aline1

      Les temps passent sans donner de leçons à ces juifs « honteux ».

      Honteux vis à vis de leur Pays d’accueil qu’ils doivent respecter, c’est logique et normal – mais venir en aide à des personnes visiblement dans un grand désarroi, c’est ne trahir personne.

      Nous avons les mêmes aujourd’hui, hélas !

    2. meller danielle

      cela est une question tres dure
      1>il fallait envoyer de la nourriture a ces pauvres gens
      2>je suppose que cette racaille nazis aurait vole cette nourriture et l envoye en Allemagne
      DE CE FAITE MA REPONSE EST NEUTRE

    3. Asher Cohen

      Par principe le peuple Juif doit, et l’Histoire l’a toujours montré, ne compter que sur lui-même. Comme l’avait écrit Pinsker en 1882, nous avons payé très cher, en 1939-45, la perte de NOTRE CONSCIENCE NATIONALE JUIVE, et nos ennemis ont bien profité de la désunion qui en a résulté.

      Maintenant, je crois nécessaire de rappeler que Roosevelt n’a pas mis 9 jours après le Débarquement Anglo-Américain du 8 novembre 1942 en AFN, pour déclarer clairement, dès le 17 novembre 1942, qu’il ne cautionnait pas les Lois Raciales Antijuives, que les Français ont maintenues en Algérie pendant encore une année de plus; et exiger clairement la libération de tous les Juifs internés par les Français dans les camps de la mort du Sahara. Il faut aussi rappeler combien les organisations Juives Américaines (AJC, JLC, etc..) ont été virulentes pour forcer De Gaulle l’antisémite à restituer leurs Droits, Liberté et Biens, aux Juifs d’Algérie. Chacun interprêtera les faits à sa manière.

    4. Armand Maruani.

      Ne pas généraliser ,

      Il faut rendre justice à l’American Jewish Joint Distribution ( JDC ) ce qui appartient à la JDC .

      Avant la guerre. la montée d’Hitler au pouvoir en 1933 a été suivie de près par le passage des lois de Nuremberg en Allemagne, un ensemble de restrictions onéreuses que les Juifs dépouillés de leurs droits et les moyens de subsistance humains fondamentaux. Le soutien de JDC est devenu essentiel à la survie des Juifs. Canaliser fonds par le biais des organisations de secours juives locales, JDC soins subventionnés médicaux, les écoles, la formation professionnelle, des programmes de protection sociale, et les premiers efforts d’émigration. le soutien JDC serait éventuellement étendu aux communautés juives nazie annexé l’Autriche et la Tchécoslovaquie occupée. Il ne fallut pas longtemps avant que l’escalade de la persécution par Hitler des Juifs a l’aide d’émigration de la JDC une priorité. JDC a fourni une aide d’urgence aux réfugiés bloqués; couvert les frais de déplacement et les frais d’atterrissage; et l’hébergement de voyage sécurisés et des visas tout importants pour les pays de refuge. À la fin de 1939, les organisations JDC soutenus ont aidé certains 110.000 Juifs émigrent d’Allemagne-30.000 en 1939 seul.
      Sécurisation Safe Havens. En 1940, JDC était encore capable d’aider les réfugiés en transit dans plus de 40 pays. La commune a ouvert des refuges et des soupes populaires pour des milliers de réfugiés juifs en Pologne, en aidant quelque 600.000 en 1940. Il a également les hôpitaux subventionnés, les centres de garde d’enfants, et des programmes éducatifs et culturels. Même les fournitures Pâque ont été expédiés but in.The de cela était de fournir aux réfugiés une aide de survie tout en essayant d’assurer un refuge permanent pour eux aux États-Unis, en Palestine, et en Amérique latine. Une colonie agricole juive a été fondée avec un financement JDC à Sosua, situé en République dominicaine.
      Le déclenchement d’une guerre en décembre 1941: JDC devient une organisation clandestine. Avec l’entrée des Etats-Unis dans la guerre suivante Pearl Harbor en décembre 1941, JDC a dû changer radicalement engrenages. Pas plus permis d’opérer légalement dans les pays ennemis, les représentants JDC ont exploité une variété de connexions internationales pour acheminer l’aide aux Juifs vivant dans des conditions désespérées sous le linceul du nazisme. siège en temps de guerre ont été mis en place au point mort de Lisbonne, Portugal.
      De Lisbonne, JDC affrété des navires et financé des missions de sauvetage qui se sont déplacés avec succès des milliers de réfugiés hors de danger. Certains ont fait à Shanghai, en Chine, où JDC a parrainé un programme de secours pour 15.000 réfugiés en provenance d’Europe centrale et orientale. En Europe, JDC dirigé des fonds pour soutenir 7.000 enfants juifs dans la clandestinité. La commune a également travaillé avec Œuvre de Secours aux Enfants (OSE) pour soutenir et sauver les enfants. Par exemple, il a aidé plus de 1000 enfants émigrent en Suisse et en Espagne. D’autres enfants ont fui vers l’Amérique, avec l’aide de la commune et d’autres organisations, telles que HIAS.

      Ne pas oublier que la JDC a aidé par ailleurs l’OSE dans son action pour le sauvetage des enfants Juifs pendant et aprés guerre .

      ( traduction de Wiki JDC )

    5. Michel Tangy

      Je me disais aussi… L’angoisse m’avait saisi au fur et à mesure de la lecture de vos explications : vous deviez être atteint d’une forme de gâtisme du bloggeur, qui va nous priver définitivement de votre verve 🙂 enfin, que ce soit Google ou les orthodoxes américains, l’essentiel est que votre prose, elle, reste intacte.
      Quant au dilemme vécu par le JCA, je crois que son action en tant que responsable communautaire lui commandait de faire de la realpolitik, avec ce que cela comporte d’amoralité.

    6. Michel Tangy

      Je me disais aussi… L’angoisse m’avait saisi au fur et à mesure de la lecture de vos explications : vous deviez être atteint d’une forme de gâtisme du bloggeur, qui va nous priver définitivement de votre verve 🙂 enfin, que ce soit Google ou les orthodoxes américains, l’essentiel est que votre prose, elle, reste intacte.
      Quant au dilemme vécu par le JCA, je crois que son action en tant que responsable communautaire lui commandait de faire de la realpolitik, avec ce que cela comporte d’aœmoralité.
      Enfin, last but not least, qui peut croire un instant que ces pourrituresi de nazis n’auraient pas intercepté les colis à leur profit ?

    Laisser un commentaire

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *