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Pourquoi je deviens Juif et pourquoi vous le devriez aussi. Par Nick Cohen journaliste britannique


Pourquoi je deviens Juif et pourquoi vous le devriez aussi. Par Nick Cohen journaliste britannique

C’est la question posée par Nick Cohen, célèbre journaliste britannique non-juif (malgré son patronyme) et encore récemment considéré « de gauche ».

Son histoire personnelle le mène à conclure que l’antisémitisme n’a rien à voir avec les juifs et tout à voir avec le pouvoir.

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Et d’insister : Cela m’a pris, dit-il, quarante ans pour devenir juif. Enfant, je ne l’étais pas et non seulement car je n’avais jamais mis les pieds dans une synagogue. La famille de mon père avait abandonné leur religion ; de surcroit, ma mère et ma grand-mère n’étaient juives non plus ; en conséquence, conformément aux principes juifs orthodoxes de descendance matrilinéaire, je ne pouvais pas être juif.

Je n’avais de juif que le patronyme « Cohen ». Une fois j’ai demandé à mes parents pourquoi ne pas l’avoir changé. Après avoir répondu, à juste titre, que l’on ne devrait jamais tenter d’apaiser les racistes, ils avouèrent avoir cru que c’en était fini de l’antisémitisme lors des années 1960. Après Hitler, pensaient-ils, l’humanité verrait sans doute où menait la haine la plus folle et déciderait une bonne fois pour toutes d’en finir.

Mes parents, au moins pendant les années 1960, ne croyait pas Bertolt Brecht disant « Le ventre est encore fécond, d’où surgit la bête immonde ». Moi non plus, pendant un certain temps. J’étais et je reste un athéiste qui sait que le communautarisme et la politique identitaire écrasent l’individualité. Je n’avais aucune envie de rejoindre une tribu, surtout pas religieuse.

Pourtant il n’y avait aucun moyen d’échapper au « Cohen ».

Ayant commencé à constater que l’antisémitisme débordait assez loin de l’extrême gauche pour atteindre le cœur de l’opinion publique au point de menacer d’empoisonner le « Labour », équivalent britannique du PS français, j’ai honte d’avouer avoir été tenté par deux ignobles solutions.

Je pourrais, ai-je pensé, ne pas me satisfaire d’opposer l’occupation israélienne de la « rive ouest » en réclamant le soutien aux gauchistes israéliens et aux palestiniens qui voulaient une solution pacifique et juste pour les deux peuples. Je pourrais surenchérir en me comportant comme un personnage grotesque d’une satire de Howard Jacobson, le célèbre écrivain brossant les portraits de juifs britanniques comme lui, faits de doutes, de contradictions sinon de haine de soi. Ceci rassurerait  les fanatiques que leur « antisionisme » (à savoir, leur appel à la destruction totale de l’unique Etat juif au monde) n’était nullement, et de loin, raciste….

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Heureusement pour mon amour-propre je ne suis jamais tombé aussi bas. Lorsque j’entends de juifs annoncer leur haine de l’existence même d’Israël, je soupçonne, sous leurs vociférations, une silencieuse supplication adressée aux islamistes et aux néo-nazis qui pourraient les agresser : « Je ne suis pas comme les autres. Ne vous en prenez pas à moi ».

Mais malheureusement je rassurais ceux qui demandaient (et les autres) que, malgré les apparences contraires, je n’étais pas juif. Et ce fut tout aussi déshonorant. J’avais l’air d’un noir essayant de passer pour blanc ou d’un Allemand tentant de convaincre la Gestapo d’une erreur dans la paperasse.

J’ai fini par arrêter tout ça ; par comprendre que le racisme modifie votre perception du monde et de vous-même. Vous en devenez ce que vos ennemis prétendent que vous êtes. Et sauf vouloir me couvrir de honte, il fallait que je devienne juif. Drôle de juif d’ailleurs : militant athéiste qui se trouvait dans l’obligation d’appeler un ami pour demander que diable « mazel tov » pouvait bien  signifier. Mais un juif quand même.

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Vu que l’une des plus hautes ambitions libérales consiste à trouver assez de sympathie à l’égard d’autrui pour s’imaginer à quoi ressemble sa vie, vous devriez, vous aussi, devenir juifs. Déclarer s’être converti au judaïsme ou avoir redécouvert votre « héritage » juif et voir la réaction. Ce n’est pas seulement que, si vous appartenez à la classe moyenne aisée, vous pourriez en souffrir du racisme pour la première fois ; ce qui, en soit, serait une expérience enrichissante. MAIS vous pourriez aussi apprendre la leçon essentielle que l’antisémitisme n’a rien à voir avec les juifs. Comme le viol, il a tout à voir avec le pouvoir.

Que la théorie antisémite du complot soit déployée par de nazis allemands ou par de dictateurs arabes, des antidreyfusards français ou de clercs saoudiens, l’argument est toujours le même. Toutes ces belles choses, la démocratie, l’égalité des droits humains, la liberté de l’expression et de la presse ; tous ces « supposés droits » ; ne sont que des escroqueries derrière lesquelles se cache une machination par les secrets maîtres juifs du monde.

Faute de se rappeler la fantaisie antisémite développée aussi crument par les empires tsariste et nazi il est impossible de comprendre comment le « Labour », le parti travailliste britannique,  passablement centriste au demeurant, est en danger de devenir aussi teinté que « Ukip » (le parti eurosceptique britannique, considéré comme populiste et d’extrême droite) par les racistes qu’il attire.

Mais interrogez-vous combien d’activistes, institutions ou universitaires gauchisants accepteraient une version plus raisonnable.

Les gouvernements occidentaux, disent-ils, sont la source principale des maux du monde. Le « lobby israélien » contrôle la politique étrangère occidentale. Israël lui-même est la cause fondamentale de toutes les terreurs du proche Orient, de la guerre d’Iraq à l’Etat Islamique. Le racisme « poli » transforme les juifs, encore et toujours, en démons ayant le pouvoir surnaturel de manipuler et de détruire de nations. Comme expliquait récemment la ministre suédoise des affaires étrangères, Margot Wallström, qui se considère comme féministe plutôt qu’une complotiste raciale, les attaques islamistes à Paris furent de la faute des israéliens occupant la Rive Ouest…

Interrogez-vous aussi sur la bizarre indulgence à l’égard d’extrémistes religieux d’ultra-droite par de gens qui, par ailleurs, se prennent pour de libéraux et gauchistes. La foi que les juifs alimentent l’islam radical leur permet de détourner le regard des superstitions et des refus tyranniques de l’égalité des droits. Ils sont opposés à Israël et c’est tout ce qui compte.

Ma plume au vitriol aurait pu décrire en détail à quel point mes amis juifs gauchisants sont dégoûtés du fait que de membres du Labour aient pu (en septembre) élire Jeremy Corbyn chef du parti, malgré son soutien pour un prêtre anglican liés à de sites extrémistes accusant les juifs du 11 septembre ; et malgré sa défense d’un islamiste ayant recyclé, du fond du tas de fumier médiéval, la calomnie du meurtre  rituel, attribuant aux juifs la tradition de diner du sang d’enfants chrétiens.

Mais même si un Labour repentant expulsait un antisémite ou deux ou imposait la discipline sur les haïsseurs de juifs au club du Labour de la prestigieuse université d’Oxford,  je ne vois pas comment ses chefs pourraient se retourner contre la vision du monde complotiste qu’ils partageaient pendant de décennies. Ils en renonceraient à tout ce qu’ils croyaient jadis.

Ayant averti, dès les années 2000, des ténèbres de plus en plus envahissantes à gauche, je ne donne pas cher pour les chances du changement. Si vous criez sans cesse « au feu » et les pompiers n’arrivent jamais, vous tendez à croire que la maison brûlerait jusqu’au sol. Mais la familiarité est peut-être génératrice de mépris et je ne suis pas forcément le meilleur juge.

Si députés et membres du Labour veulent que le parti rompe avec un passé ayant généré des alliances entre gauchistes et réactionnaires religieux qui nient les droits humains universels et haïssent chaque valeur chère au centre-gauche, ils devraient apprendre à traiter tous les racismes à égalité.

Ils devraient se familiariser un peu avec l’Histoire de l’Europe et comprendre que la gauche n’a aucune immunité garantie contre l’idéologie fasciste. Ils devraient reconnaitre l’antisémitisme pour ce qu’il est et comprendre pourquoi il mène toujours au despotisme et au désespoir.

En résumé ils devraient, comme moi, même brièvement, devenir juifs.

Nick Cohen pour le « Guardian » de Londres

Traduction adaptée par Kalman Schnur pour Europe Israël News

*Image à la Une: Bertolt Brecht a mis en garde le monde contre la complaisance après la mort de Hitler. Photo: Corbi







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  • 2 thoughts on “Pourquoi je deviens Juif et pourquoi vous le devriez aussi. Par Nick Cohen journaliste britannique

    1. Kalman SCHNUR

      Précisez donc, Cécilia (Dupont ? Soit…), ce qui vous chagrine dans la traduction?
      Avez-vous lu le texte d’origine (en Anglais) ?

      Sachant qu’il est dans un langage assez simple (c’en est même surprenant) et il appartient à la traduction d’être aussi conforme que possible à l’origine ; certainement pas de « l’améliorer ».

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