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Les Israéliens et les barbecues de Yom HaAtsmaout ; un symbole de patriotisme


Les Israéliens et les barbecues de Yom HaAtsmaout ; un symbole de patriotisme

Le barbecue est l’activité principale des Israéliens pour fêter le jour de l’Indépendance. Ce passe-temps national est devenu plus élaboré ces dernières années, mais indique toujours les racines austères de la nation

Jeudi matin à 5h30, 68e Yom HaAtsmaout en Israël, Yuval Iluz a posé sa marque sur un carré de l’aire de pique-nique de la forêt Charuvit dans les collines de Judée, entourant son domaine improvisé de guirlandes de drapeaux israéliens bleus et blancs, disposant des matelas de plage pour le « coin relaxation », installant un grand grill à gaz à plusieurs niveaux, et un château gonflable pour les enfants.

« J’ai pris la responsabilité d’organiser moi-même cette année », a dit Iluz, qui possède une entreprise de climatisation et a l’équipement nécessaire pour trimballer et installer un château gonflable de trois mètres de haut dans un parc national situé à 22 kilomètres de son domicile.

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Les parents d’Iluz, trois frères et sœurs et leurs familles, 25 personnes en tout, se rassembleront pour le barbecue, et même s’ils auraient facilement pu se retrouver dans l’un de leurs jardins, ou dans le sien, avec sa piscine, ils ont choisi de rejoindre le reste de la nation israélienne jeudi, apportant tout sauf le proverbial évier de cuisine.

« Nous choisissons d’aller dans les parcs nationaux », a déclaré Iluz, 45 ans, qui vit dans le moshav [village] Arugot, où lui et ses frères et sœurs ont grandi. « Cela donne une atmosphère plus festive, d’être avec la nation israélienne. »

Le concept de créer une maison temporaire loin de la maison, au milieu de centaines ou de milliers d’autres célébrants, est ce que le chercheur Nir Avieli, maître de conférences au département de sociologie et d’anthropologie de l’université Ben-Gurion du Néguev, appelle être « seul ensemble ».

Les Israéliens veulent être avec le reste de la nation, et ils « se rassemblent pour être seuls ensemble », a-t-il dit, en étant, bien sûr, certains de réserver le bon terrain de l’aire de pique-nique pour la journée.

Avieli a étudié la culture du barbecue israélien ces huit dernières années.

La tendance à marquer un territoire temporaire est ce qu’Avieli appelle l’habitude du « mur et du château d’eau », faisant référence aux sionistes des années 1930 qui installaient une nouvelle implantation en dressant ses murs et sa tour dans la nuit, assurant que l’implantation ne serait ensuite pas détruite par les Britanniques en raison de la loi ottomane qui stipulait qu’aucune construction dont le toit était terminé ne pouvait être détruite.

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Avieli indique Dgania Alef, le premier kibboutz du pays situé sur les rives du lac de Tibériade. En 1910, a-t-il dit, deux hommes et deux femmes ont pris la zone, connue sous le nom d’Umm Juni, au milieu de la nuit et ont marqué leur propriété sur le terrain appartenant à un village arabe existant. (Le site internet de Dgania Alef raconte l’histoire différemment, affirmant qu’en 1907, le fonds Keren Kayemeth, le JNF-KKL, a acheté tout ce qui appartenait à Umm Juni et était situé à l’est du Jourdain.)

« C’est comme ça que les juifs ont construit Israël, c’est comme ça qu’ils ont construit le moshav et c’est comme ça qu’ils construisent maintenant les avant-postes dans les implantations, a-t-il dit. Et cela continue avec le mangal [le barbecue portatif]. Ils placent une légère barrière et disent : ‘c’est à moi pour la journée’. »

Dans les parcs nationaux d’Israël, les gens démarquent leur aire de pique-nique avec des drapeaux, des hamacs suspendus à des arbres voisins, et des matelas de plage, ces grands tapis en plastique qui sont assez solides pour s’assoir et dormir, et se roulent facilement pour être stockés.

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Au barbecue d’Iluz, la famille sera aussi facilement reconnaissable pour leurs t-shirts bleus et blancs imprimés : « Vous ne choisissez pas votre famille, mais cela marche pour nous, les Iluzim »

« J’ai tout donné cette année », a dit Iluz.

La famille a mis en place des célébrations aussi sophistiquées depuis des décennies, depuis que Yuval Iluz était petit et que ses parents les emmenaient au lac de Tibériade pour le barbecue.

Le festin somptueux qu’ils apportent avec eux n’est qu’une partie de l’histoire, a dit Iluz.

Il a fait une liste de sauces et de salades que ses parents et ses frères et sœurs doivent apporter, partageant entre les cinq familles le houmous, le tahini, les aubergines, la matboucha, la salade Turquie épicée, la salade de choux crémeuse (opposée à la salade de chou piquante), la salade de poivrons rouges grillés, la salade de tomates et concombres et la salade de concombre à l’aneth.

Un des frères est responsable des gâteaux fait maison, d’autres du papier journal et des boissons, et il a pris la responsabilité de la viande, fournissant des plateaux de viande hachée en kebab et de pargiot (cuisses de poulet désossées), ainsi que de l’entrecôte et des steaks Asado qui seront cuits « sur un énorme grill qui a plusieurs niveaux », a dit Iluz.

Et oui, Iluz sera celui qui gèrera le grill.

Les préparations compliquées entourant un barbecue installé dans un parc public ne sont pas inhabituelles pour beaucoup de familles israéliennes pour Yom HaAtsmaout (ou pendant Pessah ou Souccot, deux fêtes qui font souvent sortir des maisons les locaux). La plupart n’inclut pas un château gonflable, mais il y a ceux qui accrochent des hamacs aux arbres, apportent des générateurs pour allumer la télévision et ouvrent des bouteilles de vins israéliens à boire avec leurs steaks bleus.

Tout est lié aux changements de la société israélienne, a dit Avieli. Le kumzitz, le terme yiddish faisant référence au feu de camps d’autrefois, où le café était bouilli et les pommes de terre et les oignons étaient placés dans les flammes et cuits pendant que des amis s’asseyaient autour du feu et chantaient, était une des activités préférées des combattants du Palmach, pré- et post-étatique, qui « était austère et modeste » par nature, a-t-il dit.

Un kumzitz de l'époque du Palmach, où l'accordéon et le chant accompagnaient parfois un feu de joie avec des pommes de terre chaudes cuites dans les braises. (Crédit : autorisation des archives du Palmach)

Un kumzitz de l’époque du Palmach, où l’accordéon et le chant accompagnaient parfois un feu de joie avec des pommes de terre chaudes cuites dans les braises. (Crédit : autorisation des archives du Palmach)

Ces premiers pionniers et leurs familles sont devenus les capitalistes bourgeois du pays, a-t-i expliqué, « ceux qui sont riches et ne font plus le kumzitz de cette manière. »

Les touches sophistiquées et extravagantes montrent aussi l’influence des Etats-Unis, a dit Avieli, qui est en ce moment chercheur invité de l’institut d’Israël au Middlebury College dans le Vermont, et a récemment écrit sur les relations israélo-américaines, un autre élément qui joue d’après lui un rôle dans les rituels du Yom HaAtsmaout des Israéliens.

« C’est l’imitation des Etats-Unis, a-t-il dit. Les Etats-Unis aiment l’élaboration. Ils ont des équipements différents pour tout, peu importe la taille de votre maison, elle est toujours remplie d’objets. »

Pour les Israéliens, dit Avieli, cette abondance d’équipements et de nourriture est un marqueur social, que ce soit le nombre de salades servies ou le genre de viande grillée sur le barbecue. Pour les Israéliens, c’st un symbole de réussite.

Ou peut-être un symbole de combien les choses ont changé.

Jusqu’aux années 1980, les Israéliens fêtaient généralement Yom HaAtsmaout en assistant à des évènements publics et des foires locales, des danses folkloriques et des chansons, des randonnées, des visites de bases militaires et en regardent le concours national sur la Bible à la télévision.

Maintenant, griller de la viande sur le feu – al haEsh – est devenu l’activité par excellence de cette journée.

Les Israéliens appellent le barbecue un mangal, un terme turc qui désignait à l’origine un bol de bronze rempli de charbon et utilisé pour chauffer ou cuire.

Avieli, qui a observé les rituels de mangal depuis huit ans au parc Sacher de Jérusalem, a plus d’une explication pour sa popularité croissante.

« Les morceaux de viande grillée sont des morceaux d’Israélites distillés, des représentations symboliques et matérielles de la façon dont beaucoup d’Israéliens expérimentent leur identité nationale », a-t-il écrit dans Un mur et un grill : les barbecues de Yom HaAtsmaout.

Des spirales de fumées et l'odeur de la viande grillée dans le parc Sacher de Jérusalem, pour le 63e Yom HaAtsmaout du pays en 2011. (Crédit : Sophie Gordon/Flash 90)

Des spirales de fumées et l’odeur de la viande grillée dans le parc Sacher de Jérusalem, pour le 63e Yom HaAtsmaout du pays en 2011. (Crédit : Sophie Gordon/Flash 90)

Les messages plus profonds du barbecue ont été remarqués par des universitaires dans le monde entier. La culture du barbecue serait une imitation des cow-boys américains et australiens, ou des gauchos, les cow-boys des sociétés brésilienne, argentine et uruguayenne. La viande sur le grill représente souvent l’argent et le pouvoir, ainsi que la virilité et la conquête de l’espace.

Et alors que de simples grilles métalliques étaient autrefois le type de barbecue le plus utilisé, les appareils de cuisine d’extérieur ont grandi en taille, et en prix.

Selon le site internet de ventes d’occasion israélien Yad2, il y a eu en avril 58 218 recherches de grills d’occasion, une hausse de 73 % par rapport au mois précédent, avec des prix allant de 80 shekels (19 euros) à 4 500 shekels (1 070 euros) pour un grill à gaz à plusieurs niveaux.

Mais tout le monde n’a pas le même besoin d’être « seul ensemble », de griller de la viande et de manger des salades au milieu de milliers de personnes dans un parc national.

Elinor Cohen, qui a grandi et vit toujours dans le quartier de Talpiot Est, à Jérusalem, se rendra avec son mari, ses enfants et des amis à la mer Morte, où ils feront une randonnée dans les collines arides – et auront un barbecue pour le déjeuner.

« Pour le bien de la tradition, il y aura un grill, là où il devra être, mais ce n’est pas la raison principale de la fête », a-t-elle dit.

Pour Cohen, qui travaille au ministère de la Justice, Yom HaAtsmaout parle de la fierté d’être Israélien.

« J’ai toujours mis des drapeaux sur la maison et les voitures, et je fais toujours un gâteau spécial », a-t-elle dit. Cohen a posté des photos de son jardin décoré et des petits gâteaux à glaçage bleu et blanc sur un groupe Facebook destiné aux mères de Jérusalem. « Mais je pense que cette année, il y a moins de drapeaux sur les voitures, il y a moins une atmosphère de fête, peut-être à cause de ce qu’il se passe, et cela me met en colère. Les Israéliens fiers doivent être forts. »

Cohen a écrit un poème pour accompagner ses photos de gâteaux glacés et de jardin décoré, appelant les autres à sortir les drapeaux et à célébrer la journée.

Finalement, le même désir conduit Iluz et son barbecue de l’extrême de Yom HaAtsmaout, ainsi que les énormes étoiles de David bleues et blanches qu’il place chaque année sur sa maison.

« Nous, les juifs, avons beaucoup de fêtes, mais Yom HaAtsmaout est très spécial, a-t-il dit. En 68 ans, nous avons fait ce que beaucoup de pays n’ont pas réussi à faire, en technologie, en science, et en puissance militaire. Nous sommes dans une position géographique difficile, et même s’il y a beaucoup de choses que nous pouvons améliorer, nous avons bien fait, et c’est pour ça que je veux le fêter. »

Source : Jessica Steinberg – Timesofisrael







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