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Interview d’Evelyne Gougenheim, première candidate féminine à la présidence du Consistoire Central


Interview d’Evelyne Gougenheim, première candidate féminine à la présidence du Consistoire Central

INTERVIEW

Nous avons rencontré Evelyne Gougenheim qui est la première femme à se présenter à l’élection à la présidence du Consistoire Central.

Son père était Président de la Communauté de Sarreguemines qui comptait à l’époque environ 150 familles. Depuis 2005, Evelyne Gougenheim s’est impliquée dans la vie communautaire mais aussi dans un rapprochement avec Israël. Elle a fait de nombreux volontariats civils en Israël. Son cœur bat pour Israël !

Evelyne Gougenheim a été élue en 2009 Administrateur au Consistoire de Paris, sur la liste de M. Mergui. En novembre 2015, elle s’est fortement mobilisée contre la réforme des statuts qui prévoyait d’enlever le droit de vote aux adhérents et donateurs et donc toute possibilité de contrôle.

Evelyne Gougenheim  est administrateur du Consistoire Central  et c’est à ce titre qu’elle a pu poser sa candidature.

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Depuis 2015, elle est également  Vice-Présidente de la Confédération des Juifs de France et Amis d’Israël.

Jean-Marc Moskowicz : Vous vous présentez à l’élection à la présidence du Consistoire Central qui se déroulera le 19 juin ?

Evelyne Gougenheim: j’ai déposé ma candidature officielle qui a été validée. Etonnamment il n’y a pas d’autre candidat que celle de Joël Mergui.

Les gens sont assez surpris de ne pas trouver d’autres candidats précédemment. Les règles ont changé tous les

Ne peuvent s e présenter que l’un des 26 membres siégeant au central.

JMM : Est-ce la première fois qu’une femme se présente à cette élection ?

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EG : c’est la toute première fois. Et cela a un petit peu surpris et décontenancé au niveau de la commission électorale et auprès des administrateurs qui ont tentés de trouver des arguments « halakhiques » pour que je ne puisse pas me présenter, sans succès.

D’autant plus qu’au Consistoire nous répétons que la loi du pays s’applique qui en France est pour légalité femme/homme et la parité. Il n’aurait pas été possible de faire une telle discrimination.

JMM : Si vous êtes déjà élue et que vous siégez il aurait été difficile de vous interdire de vous porter candidate à la présidence.

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EG : Selon un Rabbin une femme pouvait être administratrice mais pas présidente.

JMM : Votre candidature a donc été validée. Si vous vous présentez à la présidence que souhaitez vous faire ou changer, quel est votre programme ?

EG : Mon programme s’inscrit dans mon engagement pris depuis plusieurs mois pour essayer de normaliser la situation au sein du Consistoire de façon à être plus proche des règles habituelles de fonctionnement de toute institution.

La première partie de mon programme porte sur la gouvernance, la transparence de l’institution, sur l’exercice d’une réelle démocratie, sur le contrôle, sur les procédures électorales.

A titre d’exemple sur l’opacité qui règne actuellement au Consistoire, on ne m’a donné le listing des électeurs que 10 jours après avoir validé ma candidature et en fait j’ai appris qu’on ne m’avait pas donné le bon listing des électeurs, qu’il en existe un autre et qu’on me donnera le 19 mai, soit 22 jours ouvrables avant la date des élections. Cela veut dire que le corps électoral risque de changer jusqu’à un mois avant la date de l’élection. Cette pratique est pour le moins étrange.

Théoriquement la liste électorale devrait être arrêtée avant la date de dépôt des candidatures à la présidence.

En revanche, l’autre candidat a en sa possession tous les emails et tous les téléphones des électeurs…

JMM : Il y aurait donc de grands électeurs pour élire le président ?

EG : Oui effectivement parce qu’il y a également les suppléants sans qu’on sache comment fonctionne l’articulation entre titulaires et suppléants, car les suppléants ne savent de qui ils sont suppléants.

Il reste pas beaucoup d’interrogation sur la procédure électorale ce qui est vraiment dommage.

On a déjà eu le 29 novembre un vote qui s’est passé dans une cacophonie monstrueuse et là s’il y avait à nouveau des incidents pour cette élection cela discréditerai l’institution.

JMM : Et en dehors d’éclaircir le fonctionnement du Consistoire, que souhaitez vous apporter au Consistoire Central si vous êtes présidente ?

EG : Je pense que du fait même que je suis une femme j’interviendrai un petit moins dans les domaines religieux ce qui permettra de rééquilibrer la parole du Grand Rabbin de France et des Rabbins en général avec celle de ceux qui sont normalement les « laïcs » au sein du Consistoire. Ce serait un grand changement parce qu’aujourd’hui on ne voit essentiellement que la parole du Président qui a pris énormément d’espace.

Le Consistoire devrait se construire et vivre autour des Rabbins et je pense que lorsqu’on attend une parole de la Communauté Juive on attend plus une parole de Rabbin qu’une parole de laïc quel qu’il soit.

JMM : Effectivement on attend la parole du Grand Rabbin qui est élu pour porter la voix du Judaïsme.

EG : Aujourd’hui on voit que dans le dernier guide de Pessah par exemple l’éditorial du Président apparaît avant celui du Grand Rabbin de Paris. C’est une façon de faire mais je ne suis pas sûre que ce soit la mission du Consistoire de mettre ainsi en avant le côté laïc.

JMM : Si l’on comprend bien l’organisation du Consistoire, il regroupe les institutions religieuses, les synagogues, les communautés mais sous une administration laïque.

EG : Le Consistoire Central est en fait une fédération des consistoires des 13 régions élus par les communautés qui viennent siéger au conseil d’administration.

Mais par exemple, le Consistoire de Marseille n’assiste plus au conseil du Consistoire Central depuis plusieurs mois alors qu’il est le deuxième consistoire de France.

JMM : Pour quelle raison ?

EG : Ils semblent que les membres du Consistoire de Marseille sont venus aux réunions mais ne les ont pas trouvées suffisamment constructives pour perdre une journée entière à venir.

Le problème est que le Conseil d’administration n’administre plus grand chose aujourd’hui : nous n’avons pas de dossiers, on prend très rarement de décision. Le Conseil d’administration est devenu un organe d’enregistrement de choses qui sont décidés ailleurs, on ne sait pas par qui. On nous les présente en nous disant « c’est comme ça, votez ».

Joël Mergui a façonné sont Conseil d’administration et tout passe sans débat.

Les gens qui étaient motivés et voulaient faire avancer les choses et débattre ont compris que ce n’était pas le lieu aujourd’hui.

La gouvernance pousse énormément de choses. Il ne s’agit pas de chose anodine car cela touche le fonctionnement profond de l’institution.

A titre d’exemple, aujourd’hui on ne sait pas ce qui se passe à Strasbourg ou à Lyon si on parle par exemple des enfants issus de mariages mixtes dans les Talmuds Torah. On ne sait pas s’il existe une cohérence dans les pratiques, ni quel est le plus petit dénominateur commun à toutes ces communautés.

Cela veut dire qu’il n’y a pas un Consistoire Central mais des Consistoires avec des pratiques différentes.

Le Consistoire Central est devenu la parole du président qui se déplace et qui apparaît sur les photos officielles.

Ce qui peut arranger certaines communautés puisqu’adhérer au Consistoire n’engage pas à grand chose. Les communautés locales bénéficient de l’image nationale du Consistoire mais sont tout à fait autonomes.

Heureusement tous les représentants des communautés sont des gens dynamiques et dévoués qui agissent pour le bien de leur communauté.

JMM : Est-ce que cela ne pose pas un problème de cohésion voire de pratiques différentes d’un consistoire à l’autre ?

EG : Tout à fait. Aujourd’hui le Consistoire Central n’est pas orienté vers les communautés mais plus vers la communication de son Président.

JMM : Envisagez vous de faire évoluer quelques situations parfois difficiles comme le guet ou les conversions d’enfant dont le père est Juif mais pas la mère ?

EG : J’aimerai dans un premier temps étudier ce qui se fait et ce qui pourrait devenir un minimum de position commune. On voit par exemple dans certaine communauté les enfants issus de mariages mixtes aller au Talmud Torah et pas dans d’autres. Cela pose un problème de cohérence qui peut être très mal vécu.

Il faudrait arriver à apporter une réponse et au moins des pratiques communes.

JMM : Cela peut effectivement devenir un drame pour certains et on ne voit guère d’évolution pour le moment.

EG : C’est vrai, je connais par exemple une famille où l’un des fils a pu faire sa Barmitsva et par l’autre. Cela a des conséquences douloureuses et profondes qui touchent à la famille et à l’identité. On a besoin d’apporter un minimum de réponse.

Il ne s’agit pas d’apporter « une ligne » ferme et définitive mais qu’il y ait un minimum et créer des passerelles qui permettent de voyager à l’intérieur des communautés.

JMM : Concernant le guet que faudrait il faire évoluer ?

EG : Je pense qu’il faudrait tout d’abord un état des lieux, on ne sait pas par exemple le nombre de dossiers en suspend. On nous dit que les difficultés pour obtenir le guet ne concernent que très peu de cas, mais ce sont souvent des drames et des situations douloureuses.

A parti de cet état des lieux, le Consistoire sous l’égide du grand rabbinat pour faire une médiation pour régler les problèmes de guet non délivrés.

Et si les Rabbins n’arrivent pas à concilier avec les parties, il devrait peut-être exister un délai maximal à partir duquel on considère que l’on est dans une situation de blocage. Aujourd’hui on ne sait pas à quel moment on peut considérer qu’il existe un problème pour la délivrance du guet. Il serait constructif de déterminer un délai raisonnable après le divorce civil pour que le guet soit donné et considérer qu’au delà de ce délai il y a un problème.

Tout cela est à débattre pour rapprocher la parole des Rabbins.

Je pense qu’il faut créer un minimum de cadre de référence.

JMM : Parlons maintenant de votre campagne électorale.

EG : Ma campagne démarre assez difficilement en raison du listing incomplet et erroné, de numéros de téléphone absent et qu’on m’annonce que j’aurai un autre listing le 19 mai.

Par ailleurs, la commission électorale a interdit la publicité écrite, dans la presse et dans les radios.

JMM : Alors comment espère-t-il que vous fassiez campagne si tous les moyens de communication vous sont interdits ?

EG : Les électeurs sont répartis dans toute la France et il paraît impossible de se déplacer dans toutes les villes de France pour les rencontrer.

C’est ce que l’on appelle la « prime au sortant »… Mais cela ne m’empêchera pas de commencer à travailler sur mon listing erroné. Heureusement je sais que la Communauté à une capacité à transmettre l’information et je sais que tout circule très vite et donc je fais confiance à ce système en attendant le nouveau listing du 19 mai.

Mais si l’on me donne un listing papier alors que le Président sortant possède le listing email, ce serait vraisemblablement un motif d’annulation des élections.

Il est très étonnant de se voir interdit de faire campagne pour cette élection. Par exemple la newsletter du Consistoire ne mentionne que le Président Joël Mergui.

On se trouve dans un réel problème d’équité et de rapport de force difficile à accepter. Je précise que cette campagne se déroule pendant la période de l’Omer, période très délicate où sont mort les 24 000 étudiants de Rabbi Akiva. Donc le candidat comme moi qui se manifeste est montré du doigt en cette période douloureuse.

Comment oser créer une polémique électorale en cette période ?

C’est d’ailleurs l’une de mes propositions de changer la période des élections afin qu’elles puissent se tenir plus sereinement.

En résumé, les pratiques électorales que l’on m’impose sont des pratiques d’un autre âge qui ne devrait pas exister au Consistoire.

JMM : Revenons à votre programme si vous le voulez bien.

EG : Je souhaite revenir sur le vote de la résolution à l’UNESCO qu’il ne faut pas hésiter à qualifier de négationnisme religieux et historique. Cela relève de la même négation que la Shoah. Cette résolution a profondément heurté la communauté juive.

Je propose dans mon programme une façon un peu différente d’aborder notre présence en France, qu’elle soit moins dans la complainte mais plus dans la contribution à la société française notamment en terme d’éducation.

La France a un vrai problème avec son école, selon une récente enquête de l’éducation nationale 20% des élèves de 3ème ne savent pas retrouver un film dans un cinéma. Il y a donc une situation dramatique.

Si les Juifs veulent jouer un rôle, nous devons participer à l’effort d’enseignement, d’éducation. Dans nos communautés partout en France de nombreux bénévoles sont prêts à participer à cet effort vers la jeunesse française.

Il y a énormément de bénévoles dévoués dans notre communauté, mais il n’y a très peu de communication vers les communautés.

Il faut que le Consistoire soit plus ouvert, plus transparent et qu’il œuvre plus en direction des communautés.

JMM : Pour revenir à la résolution votée à l’UNESCO, que pensez vous du traitement qu’en a fait le Consistoire ?

EG : Le Grand Rabbin a fait un article dans le Figaro.

JMM : Oui réservé aux abonnés et seulement le 8 mai alors que la résolution a été votée le 14 avril.

EG : C’est vrai que la Communauté n’a pas compris ce silence ou ces réactions timides et tardives, les gens étaient prêts et auraient voulu manifester leur désaccord.

Je propose que le 5 juin à l’occasion de Yom Yerushalaïm on organise une grande manifestation pour chanter et danser Jérusalem, peut être devant l’UNESCO ou le mur de la paix.

© Propos recueillis par Jean-Marc Moskowicz pour Europe Israël News







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  • 4 thoughts on “Interview d’Evelyne Gougenheim, première candidate féminine à la présidence du Consistoire Central

    1. Salmon

      Je souhaite danser et chanter pour Yom Yerushalaïm

      Le Consistoire de Marseille , j’ai envie de pleurer !!!!!!!!!!!!!!!!!!!

    2. alauda

      Que cette vénérable Institution napoléonienne élise une femme serait une bonne chose, pas seulement pour la communauté israélite de France du reste. En matière d’éducation, elle a des idées.

    3. Salmon

      Un consistoire ça sert à quoi ?

      En 1940 le Consistoire avait donné les Juifs aux nazis avec leurs listes

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