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Tranche de vie parisienne: « Toi je vais te baiser »


Tranche de vie parisienne: « Toi je vais te baiser »

TEMOIGNAGE

Hier soir, j’ai pris le métro, comme chaque jour.

Et fidèle à mes habitudes, je n’ai pas mis les écouteurs, fidèle à mes habitudes, je me suis installé dans un coin de la rame à moitié vide et j’ai observé les gens. Ceux qui rentraient du boulot, ceux qui partaient à l’apéro, ceux qui allaient au restaurant, au cinéma, ceux qui n’allaient nul part mais qui étaient là, tout de même.

J’étais là, occupé à observer mes compagnons de voyage de quelques minutes quand je les ai vus, à l’autre bout, contre la vitre. De loin, on aurait pu penser que c’était un jeune couple en train de se disputer. L’homme se tenait à quelques centimètres de la jeune femme, la main sur son poignet et il semblait être parti dans un long monologue pour la convaincre de rester. J’essayais d’imaginer ce qu’il avait bien pu faire pour qu’elle l’ignore à ce point. Sûrement une histoire de tromperie. C’est ce que j’ai cru, au début. Mais quelque chose dans le regard de l’homme m’a fait changer d’avis. Alors, je me suis approché de quelques mètres, tout doucement. La jeune femme avait le visage tourné vers la vitre, elle semblait tétanisée. Je me suis approché encore, pour écouter ce que l’homme lui disait, collé à elle. (Toi j’vais te baiser tu sais oh oui j’vais te baiser salement et tu vas aimer ça hein bien sûr que tu vas aimer ça mmh allez t’écoutes ce que j’dis petite pute réponds petite salope j’sais que tu en as envie je l’ai vu dans ton regard de petite chienne en chaleur fallait pas porter une jupe si t’es pas intéressée ouais toi j’vais te baiser…) La jeune femme ne disait rien, le regard fixé sur son reflet, sans sourire, pétrifiée.

Autour d’eux, les gens rentraient du boulot, partaient à l’apéro, allaient au restaurant, au cinéma, et il y avait ceux qui n’allaient nul part mais qui étaient là, tout de même. Et personne ne semblait remarquer ce qu’il se passait sous leurs yeux, chacun dans leurs bulles, trop occupés à lire, (Toi j’vais te baiser) à écouter de la musique ou à détourner le regard, prêts à changer de métro dès que les portes s’ouvriraient. L’homme se collait de plus en plus, sa main sur la cuisse de la jeune femme, (Toi j’vais te baiser), je pouvais voir ses doigts ramper sur sa peau, essayer de s’infiltrer remontant toujours plus haut sous la jupe et la jeune femme ne disait toujours rien, (Toi j’vais te baiser), le rouge au front, aussi immobile qu’une statue de cire dont la volonté venait de fondre.

Que faire, détourner le regard, (réagis) se persuader qu’ils sont en couple, (réagis), que ce ne sont pas mes histoires, partir, prendre le métro suivant, (réagis) après tout, je ne suis pas à quelques minutes près, (oui mais la jeune femme ne semble pas bien aller du tout) je vais descendre, je ne vais pas m’en mêler, (RÉAGIS PUTAIN). C’est fou comme la peur nous paralyse dans ces moments-là, vraiment.

Mais je me suis assis à côté d’eux et tout en croisant le regard de la jeune femme, je lui ai dit, Hey Camille! Ça faisait un bail que je ne t’avais pas vue! Comment ça va, ma cousine? puis me tournant vers l’homme, avec un grand sourire, je ne vous dérange pas, j’espère? Ces quelques mots ont suffit à la jeune femme pour reprendre vie, et comprenant ce que je tentais de faire m’a suivi dans ma brève comédie familiale. L’homme a immédiatement retiré sa main, comme si les fils de sa marionnette venaient de se couper, comme s’il venait de se brûler au contact de la peau de la jeune femme. Sans un regard, il s’est levé, et il est sorti de la rame sans se retourner.

Après m’être assuré que la jeune femme allait bien également, je suis parti aussi.


(Je n’ai pas écrit ce texte dans le but de me glorifier pour un acte citoyen qui devrait être quelque chose de banal. J’ai écrit ce texte pour montrer qu’avec quelques mots, on peut renverser une situation, on peut intervenir et ne pas regarder une agression se dérouler sous nos yeux sans rien faire. J’ai écrit ce texte pour donner encore un témoignage de plus sur le harcèlement de rue, dans les transports en commun, pour montrer que cette oppression sur les femmes n’est pas un mythe.

Ah et pour parer à toute remarque bien conne, non je n’ai pas pris son numéro de téléphone, non je ne lui ai même pas demandé comment elle s’appelait. L’important était qu’elle aille bien, point.

Bref, réagissez, ne laissez pas de telles situations devenir banales.

Vincent Lahouze
Source: ACPR





Journaliste pigiste Franco-israelien, titulaire d'un master d'histoire du Moyen-Orient à l'université de Jérusalem



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  • 8 thoughts on “Tranche de vie parisienne: « Toi je vais te baiser »

    1. Claire

      Bel acte de courage, intelligent, car avec ce genre d’individu on risque bien sûr un coup de couteau ou autre réaction dangereuse. Mais combien, pendant ce temps, ne sont pas intervenus?
      Si tous les citoyens réagissaient en masse lorsqu’ils sont témoins de scènes de harcèlement, ils seraient moins nombreux. Mais après des décennies de décervelage et d’abrutissement généralisés, réagir contre l’oppression, quelle qu’elle soit, devient de plus en plus difficile, d’autant que la plupart des hommes français n’ont pas fait de service militaire et ne savent donc pas se défendre physiquement et encore moins défendre les plus faibles.

    2. lyse

      Merci à l’auteur de ce témoignage pour sa compassion innée et naturelle.
      Mais c’est à portée des femmes aussi. Lorsque je vois un gamin ou une gamine harcelée, j’interviens en inventant aussi ce genre d’histoire, du genre « eh, x, ton père te cherche, je l’ai vu derrière le coin, il arrive…et surtout, toujours faire semblant que l’on n’a pas remarqué l’agressivité qui plane dans l’air.

    3. Salmon

      je ne reste pas immobile et quoi qu’ilnen soit je ne laisse pas faire
      en bas de chez moi , un monsieur agé frappé une jeune fille en la traitant de tou je suis intervenue , vous croyez que le bar où c’est passé l’agréssion a bougé que nénni , en plus c’est moi qui suis passée pour agréssive !

    4. Pinhas

      Bravo à vous Monsieur , vous avez eu le bon réflexe .

      Il faut lancer une campagne de sensibilisation pour que les voyageurs comprennent que tous ensemble face à ces prédateurs nous les tenons en respect .

      Si ces salopards savent qu’en tentant de s’en prendre à une personne dans le métro ou le bus il risquent de se faire maîtriser , ils y regarderont à deux fois avant de passer à l’acte .

      Plus de caméras serait également une bonne chose .

    5. michel boissonneault

      je suis un homme qui aime la justice et le respect , vous avez sauver l’honneur des hommes bon et confronté cette merde ….. merci d’avoir aider cette femme

    6. Frank Giroux

      Je n’ai pas votre sagesse, j’ai malheureusement le réflexe de frapper à l’instant même ou je devine une agression, question de millisecondes et je suis en mode défensif. Ce n’est pas toujours recommandé.

      Enfin, ce n’est pas votre cas, félicitations pour votre intervention réussie.

    7. sergeb

      Quel bel acte de civisme, l’on devrait tous et toute être responsable de l’autre
      pour moi c’est une marque de civisme. Prêter assistance a personne en danger
      ce que l’on doit être fier de soi après avoir si bien agi.
      Honneur a vous MONSIEUR.

    8. GOIN

      c’est quand même surprenant que la personne de votre histoire se soit laissé
      tripoter sans réagir? c’est vraiment curieux? à sa place j’aurais réagit violemment et je ne l’aurais surement pas le laisser me toucher?

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