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Livre : L’antisionisme, symptôme du suicide de l’Europe


Livre : L’antisionisme, symptôme du suicide de l’Europe

Dès l’introduction de son livre : Géopolitique de la Question Juive, Gilles Falavigna s’interroge sur les mobiles irrationnels de l’antisionisme, qu’il présente comme un invariant traversant les siècles sous des formes successives (à peine) mutantes.

D’abord, il tient à dire qui il est, de quel point de vue il part et construit sa quête (qui ne date pas d’hier, puisque j’en garde encore des souvenirs de lycée!). Gilles revendique son angle d’attaque « extérieure », car l’attrait est justement d’illustrer ce qui fonde la relation entre Juifs et Non-Juifs (peu importe les termes plus ou moins élégants pour en traiter) et surtout pas, à aucun moment, de se substituer. La démarche est suffisamment rare pour l’illustrer et la souligner. Chacun à sa place et les vaches rousses ou « sacrées » seront bien gardées! Mais encore faut-il reconnaître et comprendre à quel point l’existence de l’autre, l’identité nous construit. Et d’autre part, à force de se pencher sur le sujet et de chercher, on est rapidement surpris de découvrir sa connaissance intime de la spécificité et des facettes de « l’histoire » (visible et moins visible) juive, comme le produit du travail ciselé d’un diamantaire d’Anvers. C’est aussi le rapport entre ce monde physique bien réel et cette « septième » dimension de l’étoile de David, non moins essentielle, qui permis au grand roi de triompher de ses ennemis…

Les médias sont, bien sûr, essentiels dans cette inflation, hors de toute raison, d’un grief multiséculaire qui s’apparente vite à la haine : pourquoi ne pas s’exciter, de manière identique, à l’encontre du Tadjikistan ou de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, puisque les proportions de la population d’Israël ou de ces contrées (+ ou – 8 millions d’habitants) sont de même ordre?

Israël, à l’inverse, prend toute sa surface comme identité structurante de l’histoire ou comme Nation par excellence. Ainsi, avant même sa longue confrontation avec le Christianisme -que symbolise le Combat de Ya’acov avec l’Ange, représentant Esav, son frère, autour d’un conflit ancestral sur le droit d’aînesse – le peuple juif s’affronte déjà à quatre empires et, très certainement le plus dangereux d’entre eux, l’empire grec. Car, en effet, le monde grec ne veut pas tant exterminer les Juifs en tant que tels, comme d’autres s’y essaieront souvent- mais plutôt dissoudre le substrat de l’identité nationale juive pour l’absorber, assimiler sa grandeur (proche d’une consommation culturelle de type « anthropophagique »). Contre toute attente, ce peuple, ses croyances ne sont pas solubles dans les empires ni aucune autre construction politique ou idéologique censée les assimiler.

Qu’importe les empires, les dominations politiques, idéologiques, le vrai miracle de Hanoukah est que l’identité nationale ou, plutôt, cette religion de la Nation persiste, au-delà des épreuves, des séparations, de l’isolement, plus tard des ghettos, pogroms, etc., jusqu’aux camps de la mort. La force de l’Israël métaphysique est de ne pas se réduire à un découpage territorial qui, malgré toutes les épreuves, demeure inscrit dans l’ADN et continue d’être sanctuarisé, tel le Michkan au milieu du désert et la Présence au coeur des Hommes. Le judaïsme est l’abécédaire d’Israël et vice-versa, le lieu toujours à chercher d’une rencontre incomparable, génératrice du lien et héritière de la loi. Le combat d’Israël est, de tout temps, à la fois métapolitique : dans le rapport à D.ieu (ou à l’Ange et à l’Autre), à la quête de vérité, à l’étranger,

et géopolitique : les Juifs emmènent leur terre, leurs institutions, ce Temple détruit à reconstruire avec eux, en Exil. La Torah est leur carte, leur mappemonde, et la promesse d’une réalisation totale qui les dépasse et concerne les autres 70 nations, auxquelles ils doivent apporter leurs lumières, comme une huile que l’on presse dans l’inconfort et la confrontation aux obstacles comme autant de jalons.

Pour les autres religions en construction, le Christianisme, 6 siècles plus tard l’Islam, Israël reste le point de référence inexpugnable, le grand frère qu’il faudrait déposséder de son héritage direct, auquel se substituer : sans cette destruction d’Israël, il devient impossible de faire valoir sa propre légitimité, la valeur de son message à nul autre comparable. La réduction du Juif à l’errance ou/et à la dhimmitude est impérative pour l’affirmation du dogme et pourtant aucune des deux religions sacralisant la mort (sous la forme de la croix ou du sabre) ne vient jamais à bout de la judéïté comme une sorte de rapport à la réalité irréductible, au-delà des inversions de rôles, de places et des fantasmes.

Gilles Falavigna nous dévoile les secrets bien gardés de l’éclosion de l’Europe à la Renaissance, s’inspirant du souvenir exalté de la Grèce et de la Rome antiques, nostalgique d’une grandeur perdue. Y a t-il un hasard au fait que la première oeuvre imprimée par Guttenberg soit la Bible? La réforme musicale, elle-même, serait inspirée de l’accord mélodique du Hazan, le chantre-officiant à la synagogue. La Renaissance est, essentiellement italienne, à une époque où, chassés d’à peu près tous les royaumes d’Europe par un ensemble de décrets et de bulles papales toutes plus horrifiantes les unes que les autres, les Juifs se regroupent vers le Nord de l’Italie, à l’exception des grands centres marchands, où on les perçoit comme concurrents. Les Franciscains qui ont fait voeu de pauvreté se font leurs pires ennemis. Etrangement, c’est la ghettoïsation, en particulier à Venise, la nouvelle Mitzraïm (Egypte) qui va permettre le renforcement culturel et à des Juifs illustres de rayonner dans toute l’Europe, alors que l’étroitesse des lieux pousse à des hardiesses architecturales peu communes (immeubles de 7 étages, synagogues improbables…). L’exercice duPidyon Shevouyim, le rachat des prisonniers -otages-esclaves des Maures et des autres-, symbolise alors cette préservation de l’identité dans l’adversité omniprésente et la conscience que le destin des uns dépend de l’effort et de la solidarité de tous les autres.

Mais là où le livre surprend le plus et où il transparaît dans toute son actualité, c’est dans son analyse de ce qu’il conçoit comme « l’antisionisme » fondamental d’Hitler et des siens, les Nazis. Car ce renversement de perspective nous rapproche du sens véritable de ce terme à notre époque. Nous ne cessons d’en minimiser ou euphémiser la portée, comme s’il était un dernier avatar d’un vieil antisémitisme finissant, d’origine christo-européenne, dont les siècles nous émanciperaient au fil du temps. L’antisionisme, selon notre époque, serait la période de convalescence d’un antisémitisme antique qui n’aurait que trop duré. Or, l’essentiel de l’antisémitisme est d’empêcher tout retour du peuple à sa terre, à sa légitimité, à sa grandeur et puissance réelles…

D’abord, Hitler n’était pas foncièrement « raciste » où s’il l’était c’était de façon extrêmement sélective. Ainsi a t-il existé des régiments de SS-Africains ou Antillais, mais le cas le plus flagrant d’absence d’un tel rejet a priori (d’autres « races »), c’est l’alliance fervente de la croix-gammée et du croissant de l’Islam, la fascination réciproque que le Führer cultivait avec, entre autres, le Grand Mufti de Jérusalem, Hajj Muhammad Amin al Husseini. Les recherches historiques les plus poussées, comme celles de l’Allemand Matthias Küntzel tendent à démontrer que, sans l’aiguillon permanent d’Al-Husseini, d’une part, et des Frères Musulmans d’Egypte autour d’Al-Banna, de Ramadan père et d’autres, les Etats Arabes, à eux seuls, n’étaient pas aussi avides qu’on l’a cru, de déclencher les conflits armés de 1948 pour faire avorter le projet d’Etat Juif. Il a fallu la ferveur et le fanatisme religieux pour déclencher réellement la guerre dite « d’Indépendance », mais qui aurait dû être la seconde guerre d’extermination et la continuation logique et définitive de la précédente (1933-1945). Ainsi l’axe était-il formé « d’Aryens » nazis certes, mais aussi de latins italiens et espagnols et d’asiatiques avec les Nippons. La dimension occultée est celle des récepteurs et admirateurs arabo-musulmans d’Hitler. Même si cela nous choque, Hitler, au-delà de la lecture des travaux de Gobineau était-il plus raciste que son époque,  ou en voulait-il plus particulièrement à un peuple, une nation déjà pré-constituée et « inassimilable », pour le meilleur, mais surtout, pour lui, pour le pire?

Le Nazisme repose d’abord sur une notion géopolitique, celle de l’espace vital, qu’il faut vider des Juifs, des slaves et tout ceux qui sont censés limiter l’expansion de la nation pangermanique aryenne.

D’autre part, Hitler se perçoit (lui et l’Allemagne) comme l’agressé d’une vaste conspiration d’une nation juive qui peut être répartie à travers le monde, notamment aux Amériques et en Angleterre, mais aussi en Russie Soviétique, la phase la plus destructrice, selon lui du « projet cosmopolite ».

Contrairement à ce qu’ont pu ou voulu croire les Alliés, à la même époque, la persécution des Juifs n’avait rien d’une question « secondaire » ou accessoire -contre une cinquième colonne-, dans le plan nazi. Et en même temps que le régime hitlérien combattait les empires français, anglo-saxons ou soviétique, il menait bien une guerre dans la guerre, une guerre fondamentale ou « métapolitique », une fois encore, contre les Juifs. A tel point, on le sait, que plutôt que d’acheminer des chars sur le front russe par chemin de fer, les instructions étaient, prioritairement parfois, encore et toujours de déporter jusqu’au dernier Juif d’Europe. Telle était la grande Oeuvre du nazisme.

Non, dit Gilles Falavigna, l’antisionisme n’est pas une version amoindrie, politisée de l’antisémitisme « racial » ou religieux (antijudaïsme) qui le précède, mais son expression la plus destructrice et la plus forte. L’antisionisme actuel n’est pas une résistance arabo-musulmane contemporaine à la transposition d’une nation étrangère, d’origine globalement « européenne » sur une terre où ces ressortissants n’auraient faits que trouver refuge, mais, essentiellement, l’empêchement de reformer la nation juive, au risque d’énoncer la vérité et la réalité de la Loi, les contours de l’identité, refoulés à travers les siècles.

Cette prodigieuse histoire de l’inversion et de la substitution à l’identité primordiale a conduit Gilles Falavigna et son amie Marie à provoquer la rencontre avec l’un de ceux qui cultivent le mieux le rapport à la partie « cachée de l’iceberg », en la personne du Rav Dynovisz. Parmi les récits passionnants que cette amitié de long terme l’ont amené à découvrir, celle de l’étrange exfiltration du Rabbi de Loubavitch, d’Union Soviétique à Varsovie en passant par… Berlin (par l’intermédiaire improbable de l’Amiral Canaris), la Norvège et la Finlande en plein conflit, vers les Etats-Unis. Comment les Juifs de Gour, de Belz et de Satmar ont-ils faits, quel mal se sont-ils donnés, pour préserver leurs Rabbins prestigieux, mais cachés, malgré les convois et l’élimination quotidienne des plus exposés, -ce qu’étaient précisément les Rabbins, en tant que tenant de l’âme du peuple et de sa constitution, la Torah… ? Tous n’ont pas, loin de là, survécu, mais parfois, comme dans le cas du Rabbi de Loubavitch, les « hasards » paraissent trop troublants pour ne pas y voir  l’action de l’Invisible dans l’histoire, au moment où les Juifs, vraisemblablement, ont le plus désespéré de l’abandon qui semblait être le leur…

Ainsi la géopolitique ne se réduit jamais à un simple rapport d’intérêts et de forces « mécaniques » à un moment donné, entre les Etats. Elle s’inscrit dans un espace identitaire et symbolique plus vaste en recherche de construction de Sens, où le tragique et le miracle se le disputent et où le pire est toujours à redouter.

A moins que les Nations, reconnaissant l’antériorité constructive qui leur fait défaut, à travers les manques de leur propre histoire, n’accorde à celle des Juifs la place qui lui revient, au coeur du monde de l’action…

Par Marc Brzustowski.

co-auteur, avec Gilles Falavigna de  : Daesh et Hamas les deux Visages du Califat (aux Editions Dualpha)







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