toute l'information et l'actualité sur Israel, sur l'Europe, les news sur Israël et le Moyen Orient

.

Kamel Daoud : Ce pourquoi je ne suis pas « solidaire » de la Palestine


Kamel Daoud :  Ce pourquoi je ne suis pas « solidaire » de la Palestine

Non, je ne suis pas « solidaire » de la Palestine. Le mot solidaire est entre guillemets. Car il a deux sens. D’abord non à la « solidarité » sélective. Celle qui s’émeut du drame palestinien parce que se sont des Israéliens qui bombardent. Et qui, donc, réagit à cause de l’ethnie, de la race, de la religion et pas à cause de la douleur.

Celle qui ne s’émeut pas du M’zab, du Tibet ou de la Kabylie il y a des ans, du Soudan, des Syriens et des autres douleurs du monde, mais seulement de la « Palestine ». Non donc à la « solidarité » par conditionnement religieux et « nationaliste ». Cette « solidarité » qui nuit à la victime et au solidaire parce qu’elle piège la Palestine comme « cause arabe et musulmane », dédouanant le reste de l’humanité par appropriation abusive. La « solidarité » qui se juche sur l’histoire d’un peuple malmené et presque sans terre au nom de la haine de l’autre. Cette « solidarité » concomitante que le chroniqueur a vomi dans les écoles, les manuels scolaires, les chants et l’arabisme et l’unanimisme religieux.

Le drame palestinien a été « arabisé » et islamisé à outrance au point où maintenant le reste de l’humanité peut se sentir débarrassé du poids de cette peine. C’est une affaire « arabe » et de musulmans. Cette solidarité qui a transformé un drame de colonisation entre clashs de religions, de haines et d’antiques mythologies exclusives. Cette solidarité VIP que le chroniqueur ne veut pas endosser, ni faire sienne. Cette « solidarité » qui préfère s’indigner de la Palestine, mais de chez soi, et ne rien voir chez soi de la « palestinisation » du M’zab ou du Sud ou des autres territoires du monde. Cette solidarité au nom de l’Islam et de la haine du juif ou de l’autre. Cette solidarité facile et de « droit public » dans nos aires. Qui au lieu de penser à construire des pays forts, des nations puissantes pour être à même d’aider les autres, de peser dans le monde et dans ses décisions. Cette « solidarité » pleurnicharde et émotive qui vous accuse de regarder le mondial du Brésil au lieu de regarder Al Jazeera. Cette « solidarité » facile qui ferme les yeux sur le Hamas et sa nature pour crier à l’indignation, sur les divisons palestiniennes, sur leurs incapacités et leurs faiblesses au nom du respect aux « combattants ». Au nom de l’orthodoxie pro-palestinienne que l’on ne doit jamais penser ni interroger.

Non donc, je ne suis pas solidaire de cette « solidarité » qui vous vend la fin du monde et pas le début d’un monde, qui voit la solution dans l’extermination et pas dans l’humanité, qui vous parle de religion pas de dignité et de royaume céleste pas de terre vivante ensemencée.

Si je suis solidaire, c’est par une autre solidarité. Celle qui ne distingue pas le malheur et la douleur par l’étiquette de la race et de la confession. Aucune douleur n’est digne, plus qu’une autre, de la solidarité. Et solidarité n’est pas choix, mais élan total envers toutes et tous. Solidarité avec l’homme, partout, contre l’homme qui veut le tuer, le voler ou le spolier, partout. Solidarité avec la victime contre le bourreau parce qu’il est bourreau, pas parce qu’il est Israélien, Chinois ou Américain ou catholique ou musulman. Solidarité lucide aussi : que l’on cesse la jérémiade : le monde dit « arabe » est le poids mort du reste de l’humanité. Comment alors prétendre aider la Palestine avec des pays faibles, corrompus, ignorants, sans capitaux de savoir et de puissance, sans effet sur le monde, sans créateurs ni libertés ?

Comment peut-on se permettre la vanité de la « solidarité » alors qu’on n’est pas capable de joueur le jeu des démocraties : avoir des élus juifs « chez nous », comme il y a des élus arabes « chez eux », présenter des condoléances pour leurs morts alors que des Israéliens présentent des condoléances pour le jeune Palestiniens brûlé vif, se dire sensible aux enfants morts alors qu’on n’est même pas sensible à l’humanité. Je suis pour l’autre solidarité : celle totale et entière et indivise. Celle qui fait assumer, par votre dignité, au reste du monde, sa responsabilité envers une question de colonisation, pas de croyances. Celle qui vous rehausse comme interlocuteur, négociateur et vis-à-vis. Celle qui vous impose la lucidité quant à vos moyens et votre poids, à distinguer votre émotion de vos élans. Celle qui commence par soi, les siens pour justement mieux aider l’autre, partout, dans sa différence comme dans sa communauté. La solidarité avec le chrétien pourchassé en Irak et en Syrie, des musulmans de Birmanie, des habitants de l’Amazonie ou du jeune encore emprisonné à Oum El Bouaghi pour un casse-croute durant un ramadan.

Les images qui viennent de Gaza sont terribles. Mais elles le sont depuis un demi-siècle. Et nos indignations sont encore aussi futiles et aussi myopes et aussi mauvaises. Et nos lucidités et nos humanités sont aussi rares et mal vues. Il y a donc quelque chose à changer et à assumer et à s’avouer. La « solidarité » n’est pas la solidarité.

Ce que fait Israël contre Gaza est un crime abject. Mais nos « solidarités » sont un autre qui tue le Palestinien dans le dos.

Que les amateurs des lapidations se lèvent donc : c’est la preuve que mis à part les jets de cailloux, ils ne savent rien faire d’autre.

Kamel Daoud

Learn Hebrew online

source : Chronique parue dans Le Quotidien d’Oran, avec l’aimable autorisation de l’auteur





Journaliste canadien indépendant. Spécialiste des questions sur l'islamisme, le terrorisme, la géopolitique, et sur le conflit Israélo-arabe.



Avertissement de modération: Nous vous rappelons que vos commentaires sont soumis à notre charte et qu'il n'est pas permis de tenir de propos violents, discriminatoires ou diffamatoires. Tous les commentaires contraires à cette charte seront retirés et leurs auteurs risquent de voir leur compte clos. Merci d'avance pour votre compréhension.

Signalez un commentaire abusif en cliquant ici


Merci de nous signaler les commentaires qui vous semblent abusifs et qui contiendraient des propos:
  • * Antisémites
  • * Racistes
  • * Homophobes
  • * Injurieux
  • * Grossiers
  • * Diffamatoires envers une personne physique ou morale

  • 8 thoughts on “Kamel Daoud : Ce pourquoi je ne suis pas « solidaire » de la Palestine

    1. michel boissonneault

      moi aussi je ne suis pas solidaire mais pas pour les mêmes raison ….
      dans les années 2000 il y avait de la pression pour une paix durable si Israel quittait gaza et il y avait eu tant de promesse , le résultat fut que les attaques ont continuer avec en prime des milliers de missiles surtout la ville de sdérot y a gouter avec des missiles de jour comme de nuit , 16 ans plus tard les palos ont aucune gène pour dire haut et fort que jamais ils vont reconnaître Israel + des attaques de toute sorte comme couteau et auto donc j’ai fait mon choix et c’est Israel

    2. Frati

      Bravo Kamel Daoud, c’est grâce à des personnes comme vous que nous réussirons, juifs et arabes à faire la paix, vous avez très bien analysé la situation, et bien remis à leur place tous ces pro-palestiniens anti-sionistes antisémites le plus souvent, qui ne font parler que leur haine et pour qui le monde pourrait brûler que cela ne ferait rien si les juifs n’étaient pas dans le coup, j’espère que ce discours sera lu par des palestiniens et que cela leur donnera des idées, ils en ont besoin si des fois ils voulaient se décider de penser par eux-mêmes et d’agir pour eux-mêmes, car ce ne seront pas les autres qui le feront pour eux, les autres, ils profitent de leur passivité devant les crimes de leurs dirigeants qui les ont mené en bateau depuis des dizaines d’années en s’en mettant plein les poches.

    3. Ixiane

       » Le crime contre GAZA est abject  » alors qu’Est-ce qu’il propose ??? se laisser faire sous les roquettes envoyées sur Israël ?? Il est bizarre ce type !! Il voit la connerie des arabes, mais ne prend pas position dans un cas particulier !!! les roquettes gazaouis sont légitimes d’après lui , et Israël doit courber le dos sous les bombes !!!

    4. Tsion

      En effet, pourquoi si bien parler par finir par accuser Israël d’abjection ? Est ce une manière d’excuse ? Israël se défend , point barre, et je n’accepte pas les critiques de Daoud ou d’autres. Cher Kamel, il faut choisir son camp !

    5. Remember

      J’ai vécu (et vis) en Algérie et depuis ma tendre enfance, on m’a fait croire à coup de chansons et de documentaires tournant en boucle tout au long de JT à ne plus en finir qu’Israël était un monstre sanguinaire qui allait très bientôt s’occuper de notre cas, aussitôt avoir finis avec la Palestine, j’imaginais alors les pauvres palestiniens dans des sous-sols, humiliés et torturés nuit et jour par des bourreaux sans cœurs, plus tard, j’ai grandi et appris deux choses très éloignées l’une de l’autre dans les faits, mais bizarrement très similaires dans mon esprit :
      1- qu’un jour les arabes sont venus chez nous en Afrique du nord nous apporter l’islam (quelle générosité d’avoir parcouru tout ce chemin rien que pour nous!), je me suis alors demandé : après avoir ramené et délivré leur noble message de paix, pourquoi sont-ils toujours là ? pourquoi nous obligent-ils à parler leur langue ? A Adopter leur coutumes ? à porter leur noms et prénoms, et surtout renier ce que nous avons toujours été, fait et accompli ? Est ce donc ça leur fameux message de paix ?
      2- J’ai aussi appris que les juifs vivaient depuis longtemps au moyen orient et en Afrique du nord (ils ne sont pas venu des ténèbres finalement) et qu’ils sont non seulement légitimes en Israël, mais aussi en Irak, en Egypte et même en Arabie Saoudite dont ils ont été chassés. Je me suis alors demandé pourquoi ont-ils été chassés et pas nous ?
      La réponse m’a rempli d’admiration envers ce peuple d’un coté, de l’autre, de tristesse et d’amertume envers le mien : les juifs n’ont jamais tourné le dos à ce qu’ils sont, c’est ce qui fait qu’ils méritent vraiment le titre de peuple élu (même si je crois pas trop à ces mythes religieux) car malgré leur nombre insignifiant comparé aux autres, ils n’ont jamais accepté de négocier (on ne négocie pas ce que l’on est !).
      C’est ce qui fait que je serais toujours solidaires avec les juifs, même entourés de plus de quarante millions de personnes qui pensent le contraire que moi (parce qu’ils ne savent penser autrement), et si je pouvais, j’irais de ce pas aller vivre parmi ce peuple courageux et rêveur, aussi vieux que moderne, parce qu’il représente l’un des derniers peuples dignes et authentiques au monde.

    6. Saɛid le Kabyle

      Très bonne analyse! Effectivement, nous ne pourrons pas être solidaire avec une « solidarité » basée sur les émotions et l’appartenance à une religion ou autres! Les arabes sont victime d’une ignorance et d’un endoctrinement religieux extrémiste! L’algérien ne se sent pas indigné par rapport à ce qui se passe au bout de son nez, mais il est par rapport à ce qui se passe à des milliers de Km, une contradiction flagrante!

    7. nabile karim

      Kamel Daoud est vraiment logique, son analyses est a beaucoup de hauteur d’esprit. pas terre à terre.Moi mon problème c’est Hamas!!! Arafat a bien résolu le problème non? Pourquoi Hamas, les islamistes prennent les armes quand tout est réglé ,enfin presque.Un proverbe d’Alger dit que « lorsque la guerre est terminé, ils ont sorti les canons ». Et puis Hamas doit avoir un peu pitié des enfants qu’ils envoient à la mort. Salutations d’Alger.

    Laisser un commentaire

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *