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Graves tensions sans précédent entre l’Arabie saoudite et l’Iran après l’exécution du religieux chiite Nimr Al-Nimra


Graves tensions sans précédent entre l’Arabie saoudite et l’Iran après l’exécution du religieux chiite Nimr Al-Nimra

L’Arabie saoudite savait que l’exécution d’un dignitaire chiite allait provoquer la colère de l’Iran et mettre en péril les fragiles négociations pour un cessez-le-feu au Yémen et en Syrie qui doivent reprendre prochainement à Genève. L’exécution du Cheikh Nimr Baqr al-Nimr procède d’un calcul bien pesé mais hautement risqué, sans doute précipité par la mort il y a quelque jour du chef rebelle syrien Zahran Alloush.

C’est ce qu’affirme Georges Malbrunot, journaliste au Figaroet spécialiste du Moyen-Orient. L’élimination de l’homme qui dirigeait «l’armée de l’islam» soutenue par Riyad a sonné la sortie de l’Arabie saoudite du jeu syrien. Un revers de plus. Peut-être un revers de trop. «Les Saoudiens paniquent parce qu’ils sont entourés de pays où les chiites dominent», explique Marcel Boisard, ancien sous-secrétaire général de l’ONU.

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Sursaut d’orgueil

Menacé à ses frontières, effrayé à l’idée de voir l’Iran chiite dicter sa loi, le clan des Saoud, déjà en quasi guerre avec l’Iran au Yémen, serait tenté par la politique du pire. C’est l’analyse du politologue Antoine Sfeir, fondateur des Cahiers de l’Orient, qui voit également dans les derniers événements une sorte de sursaut d’orgueil des Saoudiens. «L’Arabie saoudite, qui se voyait en Vatican du sunnisme, se radicalise pour essayer de conserver sa place», explique Antoine Sfeir.

Le 2 janvier, l’Arabie saoudite n’a pas seulement exécuté un Cheikh chiite, elle a aussi procédé à une exécution de masse – la plus importante depuis 1980 – en éliminant d’un coup 46 opposants, pour la plupart proches d’Al-Qaida. Un exemple qui vaut avertissement. «La monarchie se sent trahie par l’Etat islamique qu’elle a nourri dans son sein et qui tente de se retourner contre elle», relève Antoine Sfeir.

Faiblesses et angoisses

Les coups de menton de l’Arabie saoudite révèlent ses faiblesses et ses angoisses. La décision de procéder à l’exécution d’un leader religieux chiite et de dizaines d’opposants doit être analysée à l’aune des rivalités de pouvoir au sein de la monarchie. Pour Richard Labévière, fondateur du site prochetmoyen-orient.ch, le roi Salmane et surtout son fils Mohammed ben Salman, en conflit larvé avec le ministre de l’Intérieur Mohammed ben Nayef pour la succession, «font de la surenchère pour asseoir leur pouvoir».

Une compétition qui ressemble de plus en plus à une course contre la montre, la baisse des cours du pétrole et des revenus du royaume augmentant le risque de soulèvements au sein de la population. Reste à savoir qui va tirer profit de cette situation de crise ouverte entre l’Iran et l’Arabie saoudite. «Au final, il risque de n’y avoir qu’un gagnant: l’Etat islamique», redoute Marcel Boisard. Une crainte que partage Richard Labévière, pour qui ces événements «tombent au plus mauvais moment».

Le 2 janvier 2016, le ministère de l’Intérieur saoudien a annoncé que le Royaume avait exécuté 47 personnes, [1] sunnites et chiites, pour divers chefs d’accusation, parmi lesquels la commission d’actes de terrorisme et l’incitation au terrorisme, l’adhésion à l’idéologie tafkirie, des attaques contre des organes militaires et de sécurité, l’assassinat d’officiers de sécurité et de civils et des agissements visant à porter atteinte à l’économie, à la réputation et aux intérêts saoudiens, ainsi qu’aux relations avec “les pays frères et alliés”. [2]

Parmi les personnes exécutées, 43 étaient sunnites, membres d’un groupe affilié à Al-Qaïda qui a agi dans le royaume en 2003-2004, prenant pour cibles l’armée et les organes de sécurité ainsi que les installations pétrolières. La figure la plus marquante parmi les sunnites exécutés est celle de Fares Aal Showil, alias Al-Zahrani, considéré comme l’un des dirigeants et des principaux idéologues du groupe.

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Les quatre autres personnes exécutées étaient des chiites, et notamment le chef religieux opposant au régime Nimr Baqr Al-Nimr, à la tête de la contestation chiite en Arabie saoudite, réputé pour ses critiques envers le régime saoudien et son soutien à l’Iran. [3] En 2012, il s’était réjoui de la mort du prince héritier, Nayef bin Saoud bin Abd Al-Aziz, [4] et dans l’un de ses sermons, il avait explicitement prêté allégeance à l’Iran. [5] En juillet 2012, Al-Nimr avait été arrêté dans la ville chiite d’Al-Awamiyah, dans la région d’Al-Qatif à l’est de l’Arabie saoudite, accusé d’incitation contre la famille royale et de fomenter des troubles au sein de la population chiite de la ville. En octobre 2014, un tribunal saoudien l’avait condamné à mort pour avoir “déclenché la fitna [guerre intestine] communautaire” dans le royaume et avoir désobéi au roi pour créer le chaos et renverser le régime. Par la suite, la cour d’appel et la Cour suprême saoudienne ont rejeté l’appel d’Al-Nimr contre la sentence. [6]

Le cheikh Nimr Baqr Al-Nimr (Photo : alalam.ir)

Le cheikh Nimr Baqr Al-Nimr (Photo : alalam.ir)

Un mufti saoudien : Les exécutions sont autorisées par le Coran et la sunna

Le Conseil des grands oulémas, organe religieux suprême de l’Arabie saoudite, a exprimé son soutien aux exécutions, et son chef, le mufti saoudien Abd Al-Aziz bin Abdallah Aal Al-Sheikh, a affirmé qu’elles étaient “fondées sur le Coran et la Sunna”. Il a ajouté que “les sentences étaient conformes à la charia, et que [leur validité] ne fait aucun doute, car ce sont les punitions énoncées dans le Coran qui s’appliquent à tous…” Il a aussi fait l’éloge de l’indépendance et de l’équité du système judiciaire saoudien, soulignant que chaque condamnation capitale était examinée par plus de neuf juges. [7]

La presse saoudienne : La sécurité du royaume est une ligne rouge ; il s’agit d’une victoire de la justice

La presse saoudienne s’est aussi ralliée aux défenseurs des exécutions, en particulier celle du cheikh chiite Nimr Al-Nimr. Selon des titres en une, la justice a été faite et la sécurité du royaume préservée. De même, d’après des éditoriaux dans les journaux gouvernementaux, les exécutions étaient justifiées. Pour eux, la sécurité nationale est une “ligne rouge” et les terroristes qui ont tué des personnes innocentes méritaient la mort ; tous les verdicts et les sentences ont été rendus au terme d’un procès équitable, démontrant l’équité de la justice saoudienne, et l’exécution des 47 terroristes, tant sunnites que chiites, s’inscrit dans le cadre de la guerre saoudienne contre le terrorisme, laquelle ne “fait pas de distinction de religion, de secte ou de sexe”, car “chacun est égal devant la justice et la loi” [8].

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« La justice a été faite” (Al-Sharq, Arabie saoudite, 3 janvier 2016)
 

« La justice a triomphé, le royaume est sauvé” (Al-Riyadh, Arabie saoudite, 3 janvier 2016)

Une caricature justifie les exécutions par une citation du Coran (2:179) : « Dans [cette loi de] rétribution, il y a votre vie” (Al-Sharq, Arabie saoudite, 3 janvier 2016)

Notons que les analystes saoudiens et les éditorialistes ont également exprimé un soutien massif aux exécutions. Pour Tariq Al-Homayed, ancien rédacteur en chef du quotidien saoudien basé à Londres Al-Sharq Al-Awsat, elles étaient nécessaires afin de protéger l’Arabie saoudite des extrémistes et des terroristes qui menacent sa sécurité. Et de souligner que les accusés ont bénéficié d’un procès équitable et non expéditif, alors qu’eux-mêmes n’avaient jamais accordé à leurs victimes un seul moment pour s’enfuir. Il a aussi souligné le fait que les Saoudiens ne devaient pas tenir compte des critiques de l’Iran et d’autres pays, la sécurité de l’Arabie saoudite étant plus importante. [9]

Le journaliste Daoud Al-Shiryan a écrit dans le quotidien saoudien basé à Londres Al-Hayatqu’Al-Nimr était un “agent iranien” et que “son projet n’était pas différent de celui d’Ossama Ben Laden ».[10] Le journaliste progressiste Mansour Al-Nuqidan a justifié les exécutions et appelé les chiites saoudiens à “aider les autorités à empêcher les adolescents et les jeunes gens de tomber dans l’abysse du terrorisme et l’enfer de l’extrémisme politique”. [11]

Article du quotidien Okaz : « Il n’y aura aucun compromis ou négligence lorsqu’il s’agit de la sécurité de la patrie » (Okaz, Arabie saoudite, 3 janvier 2016)


Une photo dans le quotidien Al-Watan montre Al-Nirm (à droite) et Aal Showil côte à côte, pour prouver que l’Arabie saoudite opère sans distinction contre les terroristes chiites et sunnites (Al-Watan, Arabie saoudite, 3 janvier 2016).

* E. Ezrahi est chercheur à MEMRI ;  H. Varulkar est directrice de recherche à MEMRI.

Notes :

[1] Selon le communiqué, les exécutions ont été menées dans 12 provinces d’Arabie saoudite. Dans quatre d’entre elles, les condamnés ont été fusillés, tandis que les autres ont été décapités.

[2] Al-Iqtisadiyya (Arabie saoudite), 2 janvier 2016.

[3] Al-Iqtisadiyya (Arabie saoudite), 2, 3 janvier 2016; Al-Watan (Arabie saoudite), 3 janvier 2016.

[4] Voir MEMRI TV clip n° 3483, Saudi Shiite Cleric Nimr Al-Nimr Rejoices in the Death of Saudi Crown Prince Nayef: « He Will Be Eaten by Worms and Suffer the Torments of Hell in His Grave », 27 juin 2012.

[5] Voir MEMRI Enquête et analyse n° 482, Recent Rise in Sunni–Shi’ite Tension (Part III): Sectarian Strife in Arabie saoudite, 24 février 2009.

[6] Al-Quds Al-Arabi (Londres), 25 octobre 2015.

[7] Al-Iqtisadiyya (Arabie saoudite), 2 janvier 2016, Okaz (Arabie saoudite), 3 janvier 2016.

[8] Al-Riyadh, Okaz (Arabie saoudite), 3 janvier 2016.

[9] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), 3 janvier  2016.

[10] Al-Hayat (Londres), 4 janvier 2016.

[11] Okaz (Arabie saoudite), 4 janvier 2016.





Journaliste québécois, pro-atlantiste, pro-israélien,pro-occidental



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  • 3 thoughts on “Graves tensions sans précédent entre l’Arabie saoudite et l’Iran après l’exécution du religieux chiite Nimr Al-Nimra

    1. .m.משה ז

      Malbrunot n’y connait rien en matière de géostratégie, pour lui, le journalisme, c’est les palaces 5*, d’ailleurs son soi-disant enlèvement était bidonné dès le départ par la bande à Chirac, juste histoire de se faire de la petite monnaie et financer les amis musulmans du président.

      C’est chaud, mais quand c’est chaud, c’est normal, ils ne sont pas d’accord depuis 1’500 ans.

      Pour le moment, le terrorisme et l’invasion de l’Europe passe avant le reste, c’est du cinéma pour les grands pacificateurs, la vache kerry, le ruscoff et les bouffeurs de dattes et quelques bouffeurs de pistaches qui s’emmerdent dans leurs palais remplis d’épouses importées !

      Une guerre directe entre les golfeurs les dresseurs de shahs casserait l’excellente ambiance en Syrie et au Yemen, on ne change pas un cheval qui gagne, il faut savoir une chose avec les enturbannés, ils ne sont jamais pressés et sont trop occupés à compter les caravanes pendant que les clébards se descendent des bouteilles de whisky 12 ans d’âge.

      Si ça devait péter, ça aurait pété ce matin,après quelques palpitations ils ont finalement choisi la voie de la destruction lente déjà bien installée et tout à fait satisfaisante.

      Les saoudiens vont tranquillement demander une livraison de bombes prêtes à l’emploi à leur vassale pakistanais et l’Iran va continuer ses expériences de petit chimiste avec de temps à autres des explosions inexplicables !

      Le moyen-Orient sera nucléarisé officiellement d’ici 3 mois et le mollah barak-hussein, à force de vouloir le bien de ses « frères » aura semé une pagaille apocalyptique !

    2. .m.משה ז

      Par contre, ils ne seraient pas contre un énorme bordel au Liban !

      Juste histoire de se calmer les nerfs !

    3. .m.משה ז

      La Russie est a court de devises, ils payent les fruits et les légumes qu’ils achètent à Israël avec des lingots !

      D’ailleurs le court de l’or a rejoint celui des pop-corn !

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