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Oser dénoncer l’antisémitisme arabo-musulman


Oser dénoncer l’antisémitisme arabo-musulman

Ayant pointé du doigt un antisémitisme arabo-musulman qui ne cesse de gagner du terrain dans les banlieues françaises, l’historien Georges Bensoussan fait l’objet d’une campagne odieuse de délégitimation de la part d’intellectuels et d’associations refusant obstinément d’entendre parler de cette forme d’antisémitisme aux proportions inquiétantes.

Historien et responsable éditorial du Mémorial de la Shoah de Paris, Georges Bensoussan travaille depuis de nombreuses années sur les questions liées à l’antisémitisme, et tout particulièrement à l’antisémitisme arabo-musulman.

En 2002, il avait dirigé le livre Les territoires perdus de la République. Antisémitisme, racisme et sexisme en milieu scolaire (éd. Mille et une nuit/Fayard). Il s’agissait d’un recueil de témoignages d’enseignants faisant tous état du climat d’intolérance, d’antisémitisme et de ressentiment anti-français qui s’installe dans ces écoles de banlieue à forte composante maghrébine.

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Accueilli dans une indifférence relative, ce livre a tout particulièrement retenu l’attention d’intellectuels de gauche et de la gauche radicale qui ne dissimulent pas le mépris qu’il leur inspire. Georges Bensoussan ne serait qu’un « xénophobe », voire un « raciste », en quête de sensationnalisme, faisant preuve d’un manque total de rigueur scientifique. Des reproches identiques sont adressés à Georges Bensoussan dix ans plus tard, lorsqu’il publie sa somme Juifs en pays arabes : le grand déracinement 1850-1975 (éd. Tallandier), un livre richement documenté sur les racines et les particularités de l’antisémitisme arabo-musulman.

Figure rédemptrice de l’immigré

Cette mouvance intellectuelle de gauche aux contours flous n’est prête à parler d’antisémitisme que s’il porte le label de l’extrême droite.

« Ces intellectuels ont des ennemis préférentiels », observe Georges Bensoussan. « Lorsqu’on désigne d’autres sources d’antisémitisme, de racisme, d’homophobie, ou de régression démocratique, ils ne veulent pas l’entendre, parce que cela ne correspond pas à leurs schémas de pensée ».

Une question se pose : pourquoi cette mouvance intellectuelle de gauche se refuse-t-elle à parler d’antisémitisme arabo-musulman ? « La figure de l’immigré qu’on réduit à l’immigration maghrébine a pris la suite de la figure rédemptrice du prolétaire d’hier et du colonisé d’avant-hier, et ce même si ces populations ne sont plus immigrées depuis plus de trois générations », fait remarquer Georges Bensoussan.

« Cette figure rédemptrice est, par définition, innocente. Ces intellectuels ont donc du mal à imaginer qu’un dominé puisse être aussi dominateur, raciste, antisémite et violent ».

Sur cette vision de la figure rédemptrice du colonisé se greffe la mauvaise conscience coloniale. « Toute une gauche continue de vivre dans le fantasme de la guerre d’Algérie qui n’aurait jamais pris fin, quand bien même cette guerre s’est terminée il y a 53 ans. Cette guerre est bien documentée par l’historiographie et elle est reprise dans les programmes scolaires. Ils entretiennent malgré tout l’idée qu’elle n’est pas finie et que nous sommes face à une population d’origine immigrée encore victime du colonialisme », déplore Georges Bensoussan. Cette vision fausse est ponctuée par une troisième idée fondamentale : la culpabilité de l’Occident.

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« L’homme blanc doit donc constamment se flageller, comme s’il y avait une virginité ontologique des populations arabo-musulmanes », relève Georges Bensoussan. « Aucune histoire n’est virginale.

Et cette manière biaisée de mettre exclusivement l’accent sur la traite atlantique en passant sous silence les traites africaines et arabes traduit bien cette vision ».

Si ces intellectuels de gauche se refusant de parler d’antisémitisme arabo-musulman n’ont jusqu’à présent jamais attaqué frontalement Georges Bensoussan, ils ont enfin trouvé un prétexte pour lancer la grande offensive de délégitimation. Lors de l’émission « Répliques » (France Culture) du 10 octobre 2015 consacrée au sens de la République, Georges Bensoussan a dénoncé l’anti-sémitisme arabo-musulman à partir de la métaphore de l’antisémitisme qu’on tète au sein de la mère, en paraphrasant les propos très durs de Smaïn Laacher, sociologue d’origine algérienne, qui déclarait dans le documentaire Profs en territoires perdus de la République diffusé sur France 3 le 22 octobre 2015 : « Cet antisémitisme est dans l’espace domestique et il est quasi naturellement déposé sur la langue, déposé dans la langue. Une des insultes des parents à leurs enfants quand ils veulent les réprimander, il suffit de les traiter de Juif. Mais ça, toutes les familles arabes le savent. C’est une hypocrisie monumentale que de ne pas voir que cet antisémitisme, il est d’abord domestique (…) il est là, il est dans l’air que l’on respire » !

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Racisme biologique

Suite à cette émission, des pétitions circulent et demandent au CSA de con­damner les propos de Georges Bensoussan en l’accusant de racisme biologique et en interpellant le Mémorial de la Shoah pour qu’il le sanctionne. Même le Mouvement contre le racisme et l’amitié entre les peuples (MRAP) menace de faire citer Georges Bensoussan devant le tribunal correctionnel pour injure raciste. « Ils s’en prennent à moi parce que j’ai pointé du doigt un antisémitisme arabo-musulman à partir d’une image culturelle qui est celle du lait de la mère, et qui n’a donc rien d’une image biologique », insiste Georges Bensoussan. Les propos de Smaïn Laacher, bien plus durs et plus radicaux, ne présentent pas non plus le moindre caractère biologique. Mais paradoxalement, c’est à Georges Bensoussan qu’ils vont s’en prendre pour l’accuser d’essentialisme, de racisme et de présentation simpliste d’une réalité complexe.

Cette polémique apporte un éclairage nouveau sur le magistère intellectuel que la gauche tient depuis longtemps en France. « Ce magistère se transforme en ce moment en terrorisme intellectuel. Plus le réel leur donne tort, plus ces intellectuels enragent », estime Georges Bensoussan. « Quand je leur fais remarquer qu’un opprimé peut être aussi un oppresseur et que la réalité est complexe, ils m’accusent paradoxalement de simplisme. Comme ils raisonnent en termes de bien et mal, de vice et de vertu, de blanc et de noir, ils ont du mal à accepter cette complexité. Et quand ils sont vraiment à court d’arguments, ils recourent à la condamnation olfactive : vos idées sont nauséabondes ».

Ces intellectuels scrutant l’islamophobie partout ne cessent d’accuser Georges Bensoussan d’essentialiser les populations arabo-musulmanes. « C’est entièrement faux dans la mesure où je parle de culture », s’insurge Georges Bensoussan. « Et la culture, ça se dépasse et ça se transcende. Ce n’est qu’une étape dans la vie d’un individu ou d’une société. Contrairement à la biologie, personne n’est lié par le sang à une culture, quelle qu’elle soit. On peut donc en sortir. Si j’essentialisais, je dirais alors que les Maghrébins sont génétiquement racistes ou antisémites. Ce qui n’est pas le cas et je ne l’ai jamais dit. Je n’ignore pas que de nombreux musulmans ont échappé à cette pesanteur antisémite ». Cette accusation de racisme et d’essentialisme est une manière de discréditer Georges Bensoussan et tous ceux qui évoquent cette forme d’antisémitisme. Mais cette stratégie fonctionne de plus en plus mal et s’avère même contreproductive. L’antiracisme qui est un combat nécessaire et légitime suscite de plus en plus la lassitude générale.

Faire le jeu de…

Il est surtout étonnant que des gens intelligents et cultivés soient à ce point obsédés par une vision idéologique. Ces intellectuels de gauche, tout particulièrement ceux de la gauche radicale, ne veulent pas entendre parler de cet antisémitisme qui dérange leurs certitudes, tout comme ils refusent d’entendre qu’une partie de la population arabo-musulmane est en train de faire sécession.

« Ce type de réaction fait écho à ce qui se passait dans les années 1950, lorsqu’on découvrait la réalité du système soviétique et que des intellectuels ne voulaient rien entendre », suggère Georges Bensoussan. « On avait beau leur apporter des preuves précises, rien n’y faisait, parce que c’était “faire le jeu de” l’impérialisme ou de la bourgeoisie. Cette pensée de gauche militante a toujours fonctionné en termes de “faire le jeu de”. La vérité passant ainsi au second plan ». Aujourd’hui, il s’agit de ne pas faire le jeu de l’extrême droite. « C’est terrible, car dans cette logique du “ne pas faire le jeu de”, la vérité n’est plus qu’une variable d’ajustement et non plus une valeur fondamentale », conclut Georges Bensoussan. « C’est comme cela que des intellectuels s’enferment dans un système porté à la croyance et non pas à l’examen critique ».

« Une polémique en forme de curée »

Georges Bensoussan qui se trouve accusé, ni plus ni moins, d’être sinon raciste, en tout cas essentialiste. Et pourquoi ? Tout simplement parce qu’il a osé souligner l’existence d’un habitus (et non d’un gène !) antijuif typiquement musulman à la manière d’un Jules Isaac qui dénonça, un habitus antisémite typiquement chrétien. Et comment lui donner tort ? Le basculement d’un Mohamed Merah ne trouve-t-il pas l’une de ses sources dans le discours familial, mieux maternel ? Les principaux vecteurs de l’antisémitisme contemporain ne sont-ils pas aujourd’hui les jeunes issus de l’immigration ? Evidemment pas tous les jeunes, mais une minorité active de ces jeunes qui ont tôt fait de transformer certains établissements scolaires en « Territoires perdus de la République », pour reprendre le titre de son maître livre.

Son constat est le fruit de milliers de rencontres avec des professeurs d’histoire-géo, issus de tous les coins de l’hexagone. Avec cette polémique en forme de curée, je commence enfin à comprendre pourquoi il a choisi, en 2002, de signer son livre d’un nom d’emprunt, Emmanuel Brenner.

Nicolas Zomersztajn et Joël Kotek

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  • 4 thoughts on “Oser dénoncer l’antisémitisme arabo-musulman

    1. lanah

      Ces pseudo-intellectuels qui sigmatisment e essentialisent le constat de bon sens de Georges Bensoussan , qui en fait que relayer le Rapport de 2004 de Jean-Pierre Obin sur les signes et les manifestations d’appartenance religieuse dans les établissements scolaires devraient avoir présent à l’esprit le fait que l’Eglise catholique elle aussi a stigmatisé les Juifs durant 1965 ans soit jusqu’au Concile de Vatican II. Les Musulmans a leur tour ont repris cette stigmatisation antijuive chrétienne par opportunisme politique, car elle leur sert de dérivatif au ressentiment de masses écrasées par les pouvoirs politiques du Moyen-Orient, jusqu’à nos jours. Le déni de réalité de ces pesudo-intellectuels de la pseudo-gauche nous leur répondons par les propos d’un véritable intellectuel de gauche : Emile Zola :

      « Depuis quelques années, je suis la campagne qu’on essaye de faire en France contre les Juifs, avec une surprise et un dégoût croissants. Cela m’a l’air d’une monstruosité, j’entends une chose en dehors de tout bon sens, de toute vérité et de toute justice, une chose sotte et aveugle qui nous ramènerait à des siècles en arrière, une chose enfin qui aboutirait à la pire des abominations, une persécution religieuse, ensanglantant toutes les patries.

      Et je veux le dire.

      D’abord, quel procès dresse-t-on contre les Juifs, que leur reproche-t-on ?

      Des gens, même des amis à moi, disent qu’ils ne peuvent les souffrir, qu’ils ne peuvent leur toucher la mains, sans avoir à la peau un frémissement de répugnance. C’est l’horreur physique, la répulsion de race à race, du blanc pour le jaune, du rouge pour le noir. Je ne cherche pas si, dans cette répugnance, il n’entre pas la lointaine colère du chrétien pour le Juif qui a crucifié son Dieu, tout un atavisme sécu¬laire de mépris et de vengeance. En somme, l’horreur physique est une bonne raison, la seule raison même, car il n’y a rien à répondre aux gens qui vous disent : « Je les exècre parce que je les exècre, parce que la vue seule de leur nez me jette hors de moi, parce que toute ma chair se révolte, à les sentir différents et contraires. »

      Mais, en vérité, cette raison de l’hostilité de race à race n’est pas suffisante. Retournons alors au fond des bois, recommençons la guerre bar¬bare d’espèce à espèce, dévorons-nous parce que nous n’aurons pas le même cri et que nous aurons lé poil planté autrement. L’effort des civilisations est justement d’effacer ce besoin sauvage de se jeter sur son semblable, quand il n’est pas tout à fait semblable. Au cours des siècles, l’histoire des peuples n’est qu’une leçon de mutuelle’ tolérance, si bien que le rêve final sera de les ramener tous à l’universelle fraternité, de les noyer tous dans une commune tendresse, pour les sauver tous le plus possible de la commune douleur. Et, de notre temps, se haïr et se mordre, parce qu’on n’a pas le crâne absolument construit de même, commence â être la plus monstrueuse des folies.

      J’arrive au procès sérieux, qui est surtout d’ordre social. Et je résume le réquisitoire, j’indique les grands traits. Les Juifs sont accusés d’être une nation dans la nation, de mener à l’écart une vie de caste religieuse et d’être ainsi, par-dessus les frontières, une sorte de secte internationale, sans patrie réelle, capable un jour, si elle triomphait, de mettre la main sur le monde. Les Juifs se marient entre eux, gardent un lien de famille très étroit, au milieu du relâchement moderne, se soutiennent et s’encouragent, montrent, dans leur isolement, une force de résistance et de lente conquête extraordinaire. Mais surtout ils sont de race pratique et avisée, ils apportent avec leur sang un besoin du lucre, un amour de l’argent, un esprit prodigieux des affaires, qui, en moins de cent ans, ont accumulé entre leurs mains des fortunes énormes, et qui semblent leur assurer la royauté, en un temps où l’argent est roi.

      Et tout cela est vrai. Seulement, si l’on con¬state le fait, il faut l’expliquer. Ce qu’on doit ajouter, c’est que les Juifs, tels qu’ils existent aujourd’hui, sont notre oeuvre, l’œuvre de nos dix-huit cents ans d’imbécile persécution. On les a parqués dans des quartiers infâmes, comme des lépreux, et rien d’étonnant à ce qu’ils aient vécu à part, conservant tout de leurs traditions, resserrant le lien de la famille, demeurant des vaincus chez des vainqueurs. On les a frappés, injuriés, abreuvés d’injustices et de violences, et rien d’étonnant à ce qu’ils gardent au cœur, même inconsciemment, l’espoir d’une lointaine revanche, la volonté de résister, de se maintenir et de vaincre. Surtout on leur a dédaigneuse¬ment abandonné le domaine de l’argent, qu’on méprisait, faisant socialement d’eux des trafi¬quants et des usuriers, et rien d’étonnant à ce que, lorsque le régime de la force brutale a fait place au régime de l’intelligence et du travail, on les ait trouvés maîtres des capitaux, la cer¬velle assouplie, exercée par des siècles d’héré¬dité, tout prêts pour l’empire.

      Et voilà qu’aujourd’hui, terrifiés devant cette oeuvre d’aveuglement, tremblants de voir ce que la foi sectaire du moyen âge a fait des Juifs, vous n’imaginez rien de mieux que de retourner à l’an mille, de reprendre les persécutions, de prêcher de nouveau la guerre sainte pour que lés Juifs soient traqués, dépouillés, remis en tas, avec la rage dans l’âme, traités en peuple vaincu parmi un peuple vainqueur !

      En vérité, vous êtes des gaillards intelli¬gents, et vous avez là une jolie conception sociale !

      Eh quoi ! vous êtes plus de deux cents mil¬lions de catholiques, on compte à peine cinq millions de Juifs, et vous tremblez, vous appelez les gendarmes, vous menez un effroyable vacarme de terreur, comme si des nuées de pillards s’étaient abattues sur le pays. Voilà du courage !

      Il me semble que les conditions de la lutte sont acceptables. Sur le terrain des affaires, pourquoi ne pas être aussi intelligents et aussi forts qu’eux ? Pendant le mois que je suis allé à la Bourse, pour tâcher d’y comprendre quelque chose, un banquier catholique me disait, en parlant des Juifs : « Ah ! monsieur, ils sont plus forts que nous, toujours ils nous bat¬tront. » Si cela était vrai, ce serait vraiment humiliant. Mais pourquoi serait-ce vrai ? Le don a beau exister, le travail et l’intelligence, quand même, peuvent tout. Je connais déjà des chrétiens qui sont des Juifs très distingués. Le champ est libre, et, s’ils ont eu des siècles pour aimer l’argent et pour apprendre à le gagner, il n’y a qu’à les suivre sur ce terrain, à y acquérir leurs qualités, à les battre avec leurs propres armes. Mon Dieu ! oui, cesser de les injurier inutilement, et les vaincre en leur étant supé¬rieur. Rien n’est plus simple, et c’est la loi même de la vie.

      Quelle satisfaction orgueilleuse doit être la leur, devant le cri de détresse que vous poussez ! N’être qu’une minorité infime et nécessiter un tel déploiement de guerre ! Tous les matins, vous les foudroyez, vous battez désespérément le rappel, comme si la cité se trouvait en péril d’être prise d’assaut ! A vous entendre, il fau¬drait rétablir le ghetto, nous aurions encore la rue des Juifs, qu’on barrerait le soir avec des chaînes. Et ce serait chose aimable, cette qua¬rantaine, dans nos libres villes ouvertes. Je comprends qu’ils ne s’émotionnent pas et qu’ils continuent à triompher sur tous nos marchés financiers, car l’injure est la flèche légendaire qui retourne crever l’œil du méchant archer. Continuez donc à les persécuter, si vous voulez qu’ils continuent à vaincre !

      La persécution, vraiment, vous en êtes encore là ? Vous en êtes encore à cette belle imagination qu’on supprime les gens en les persécutant ? Eh ! c’est tout le contraire ; pas une cause n’a grandi qu’arrosée du sang de ses martyrs. S’il y a en¬core des Juifs, c’est de votre faute. Ils auraient disparu, se seraient fondus, si on ne les avait pas forcés de se défendre, de se grouper, de s’en¬têter dans leur race. Et, aujourd’hui encore, leur plus réelle puissance vient de vous, qui la rendez sensible en l’exagérant. On finit par créer un danger, en criant chaque matin qu’il existe. A force de montrer au peuple un épouvantail, on crée le monstre réel. Ne parlez donc plus d’eux, et ils ne seront plus. Le jour où le Juif ne sera qu’un homme comme nous, il sera notre frère.

      Et la tactique s’indique, absolument opposée. Ouvrir les bras tout grands, réaliser socialement l’égalité reconnue par le Code. Embrasser les Juifs, pour les absorber et les confondre en nous. Nous enrichir de leurs qualités, puisqu’ils en ont. Faire cesser la guerre des races en mêlant les races. Pousser aux mariages, remettre aux enfants le soin de réconcilier les pères. Et là seulement est l’œuvre d’unité, l’œuvre humaine et libératrice.

      L’antisémitisme, dans les pays où il a une réelle importance, n’est jamais que l’arme d’un parti politique ou le résultat d’une situation économique grave.

      Mais, en France, où il n’est pas vrai que les Juifs, comme on veut nous en convaincre, soient les maîtres absolus du pouvoir et de l’argent, l’antisémitisme reste une chose en l’air, sans racines aucunes dans le peuple. Il a fallu, pour créer une apparence de mouvement, qui n’est au fond que du tapage, la passion de quelques cerveaux fumeux, où se débat un louche catho¬licisme de sectaires, poursuivant jusque dans les Rothschild, par un abus de littérature, les descendants du Judas qui a livré et- crucifié son Dieu. Et j’ajoute que le besoin d’un terrain de vacarme, la rage de se faire lire et de conquérir une notoriété retentissante, n’ont certainement pas été étrangers à cet allumage et à cet entre¬tien public de bûchers, dont les flammes sont heureusement de simple décor.

      Aussi quel échec lamentable ! Quoi ? depuis de si longs mois, tant d’injures, tant de délations, des Juifs dénoncés chaque jour comme des voleurs et des assassins, des chrétiens même dont on fait des Juifs quand on les veut at¬teindre, tout le monde juif, traqué, insulté, condamné ! Et, au demeurant, rien que du bruit, de vilaines paroles, des passions basses étalées, mais pas un acte, pas un coin de foule ameuté, ni un crâne fendu, ni une vitre cassée ! Faut-il que notre petit peuple de France soit un bon peuple, et sage, et honnête, pour ne pas écouter ces appels quotidiens à la guerre civile, pour garder sa raison, au milieu de ces excitations abominables, cette demande jour-nalière du sang d’un Juif ! Ce n’est plus d’un prêtre que le journal déjeune chaque matin, mais d’un Juif, le plus gras, le plus fleuri qu’on puisse trouver. Déjeuner aussi médiocre que l’autre, et pour le moins aussi sot. Et, de tout cela, il ne reste que la laideur de la besogne, la plus folle et la plus exécrable qui soit à faire, la plus inutile aussi, heureusement, puisque les passants de la rue ne tournent même pas la tête, laissant les énergumènes se débattre comme des diables dans de louches bénitiers.

      L’extraordinaire est qu’ils affectent la préten¬tion de faire une oeuvre indispensable et saine. Ah ! les pauvres gens, comme je les plains, s’ils sont sincères ! Quel épouvantable document. ils vont laisser sur eux : cet amas d’erreurs, de mensonges, de furieuse envie, de démence exa¬gérée, qu’ils entassent quotidiennement ! Quand un critique voudra descendre dans ce bourbier, il reculera d’horreur, en constatant qu’il n’y a eu là que passion religieuse et qu’intelligence déséquilibrée. Et c’est au pilori de l’histoire qu’on les clouera, ainsi que des malfaiteurs sociaux, dont les crimes n’ont avorté que grâce aux conditions de rare aveuglement dans les¬quelles ils les ont commis.

      Car là est ma continuelle stupeur, qu’un tel retour de fanatisme, qu’une telle tentative de guerre religieuse, ait pu se produire à notre époque, dans notre grand Paris, au milieu de notre bon peuple. Et cela dans nos temps de démocratie, d’universelle tolérance, lorsqu’un immense mouvement se déclare de partout vers l’égalité, la fraternité et la justice ! Nous en sommes à détruire les frontières, à rêver la communauté des peuples, à réunir des congrès de religions pour que les prêtres de tous les cultes s’embrassent, à nous sentir tous frères par la douleur, à vouloir tous nous sauver de la misère de vivre, en élevant un autel unique à la pitié humaine ! Et il y a là une poignée de fous, d’imbéciles ou d’habiles, qui nous crient chaque matin : « Tuons les Juifs, mangeons les Juifs, massacrons, exterminons, retournons aux bûchers et aux dragonnades ! » Voilà qui est bien choisir son moment ! Et rien ne serait plus bête, si rien n’était plus abominable !
      Qu’il y ait, entre les mains de quelques Juifs, un accaparement douloureux de la richesse, c’est là un fait certain. Mais le même accaparement existe chez des catholiques et chez des protestants. Exploiter les révoltes populaires en les mettant au service d’une passion religieuse, jeter surtout le juif en pâture aux revendications des déshérités, sous le prétexte d’y jeter l’homme d’argent, il y a là un socialisme hypocrite et menteur, qu’il faut dénoncer, qu’il faut flétrir. Si, un jour, la loi du travail se formule pour la vérité et pour le bonheur, elle recréera l’huma¬nité entière ; et peu importera qu’on soit Juif ou qu’on soit chrétien, car les comptes à rendre seront les mêmes, et les mêmes aussi les nou¬veaux droits et les nouveaux devoirs.

      Ah ! cette unité humaine, à laquelle nous devons tous nous efforcer de croire, si nous voulons avoir le courage de vivre, et garder dans la lutte quelque espérance au cœur ! C’est le cri, confus encore, mais qui peu à peu va se déga¬ger, s’enfler, monter de tous les peuples, affamés de vérité, de justice et de paix. Désarmons nos haines, aimons-nous dans nos villes, aimons-nous par-dessus les frontières, travaillons à fondre les races en une seule famille enfin heu¬reuse ! Et mettons qu’il faudra des mille ans, mais croyons quand même à la réalisation finale de l’amour, pour commencer du moins à nous aimer aujourd’hui autant que la misère des temps actuels nous le permettra. Et laissons les fous, et laissons les méchants retourner à la barbarie des forêts, ceux qui s’imaginent faire de la justice à coups de couteau.

      Que Jésus dise donc à ses fidèles exaspérés qu’il a pardonné aux Juifs et qu’ils sont des hommes !
      Emile Zola

    2. MisterClairvoyant

      Merci a vous deux pour exprimer le non sens de l’antisémitisme: des chrétiens depuis 2000 ans et des musulmans depuis 14 siècles qui ont exterminé les juifs de Médina parce qu’ils refusaient de se convertir à l’islam.
      Merci encore pour l’extrait d’Émile Zola, qui est un juste réquisitoire en défense des juifs et à charge (comme il le fallait) contre tous les antisémites de son époque.

    3. zanaroff

      De toute façon l’antisémitisme se nourrit de tout. Il est plus que millénaire. Bref, les juifs ne sont pas plus riches ni intelligents que les autres. Il y a des riches partout et des pauvres partout. Les arabes avec leur pétrole sont tellement plus riches et on ne critique pas ce fait. Les juifs sont mal aimés parce que peuple élu par Dieu. Les juifs apportent le Messie, la lumière du monde. C’est l’adversaire, le malin qui déteste cette élection messianique et qui prend tous les prétextes pour les discréditer. Si ils sont plus intelligents que la moyenne, c’est parce qu’ils étudient la THORA et qu’ils sont reliés à Dieu par la prière et l’esprit de Dieu lui même les enseigne. Le reste n’est que vanité. Vanité des vanités. A quoi sert de gagner le monde si l’on perd son âme ? Et Babylone, que va t’il en rester quand Dieu l’aura jugé ???

    4. Simon Néhmé

       » oser  » ? Ca a été déjà fait il y a longtemps, sauf ceux – et celles – qui l’ont fait ont été , simplement, massacrés si ce n’est pour certains physiquement, pour d’autres professionnellement, pendant que les amoureux de cet antisémitisme historique ont bien été gratifiés des meilleurs postes, enrichis bien gracieusement,et continuent leur poison en la matière. Ne donnons pas de noms, mais les comptes entre les parties se feront, qu’ils en soient rassuré(e)s.

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