A mesure que s’approche le vote prévu courant septembre au Congrès américain censé ratifier l’accord de Vienne signé en juillet dernier entre les six grandes puissances mondiales et l’Iran sur son programme nucléaire, la tension monte à Jérusalem et à Washington où chacun affûte ses arguments en prévoyant divers scénarios politico-diplomatiques.

« Permettez-moi de clarifier le fait qu’Israël n’est pas opposé au programme nucléaire civil de l’Iran, mais à son programme nucléaire ! », a déclaré Netanyahou le 29 aout dernier lors de sa visite à Florence en Italie, tout en ajoutant :« Malheureusement, l’accord signé avec Téhéran lui permet de préserver et même de développer ses énormes infrastructures nucléaires tout à fait inutiles pour un authentique programme civil  – notamment ses très nombreuses centrifugeuses dernier-cri  qui lui permettront  d’enrichir quand bon lui semblera autant d’uranium qu’il voudra -, mais qui sont vitales pour fabriquer des armes atomiques. Ce qui mènera sous peu l’Etat islamique d’Iran, engagé depuis longtemps dans un soutien systématique au terrorisme, sur le seuil de la possession d’un arsenal nucléaire global… ».

Une déclaration analysée à Jérusalem en tant que réplique directe à l’accusation très polémique lancée la veille par le président Obama à l’adresse notamment des organisations juives américaines, selon laquelle tous les adversaires américains et étrangers de l’accord de Vienne seraient « opposés à l’existence de toute capacité nucléaire  de la part des Iraniens ». Obama avait aussi précisé que l’accord du 14 juillet a permis de fixer de « nombreuses restrictions » au programme nucléaire iranien « qui empêcheront Téhéran de continuer à soutenir massivement le terrorisme mondial et  de se doter de l’arme nucléaire lors des quinze prochaines années ». Ce qui, selon Obama, permettra à ses successeurs et à la communauté internationale « de  pouvoir prendre des mesures de  riposte en cas de violation de ce pacte par l’Iran ».Et d’ajouter en voulant se montrer rassurant : « Il ne s’agit certainement pas ici de normaliser maintenant nos rapports avec l’Iran ! ». Et de préciser qu’il appelait ardemment de ses vœux « un rapide réajustement des positions de Jérusalem » concernant ses critiques de l’accord de Vienne.

Le coordinateur américain des sanctions en visite en Israël

Dans ce contexte fait d’attente fébrile et de tensions entre Washington et Jérusalem, précisons aussi qu’Adam Szublin, le coordinateur des sanctions sur l’Iran, au sein de l’administration Obama, devait terminer le 31 aout une visite de trois jours en Israël pour faire le point sur  l’accord nucléaire avec Iran, en rassurant Israël  sur le fait que Washington va « intensifier » ses sanctions contre le Hezbollah, tout en s’opposant aux « activités malveillantes » de l’Iran. Une perspective confirmée le 28 aout par Obama qui avait lui aussi promis de « très sévères sanctions contre le Hezbollah »… en forme de « compensation » pour Israël à l’accord de Vienne passé avec l’Iran…

Parmi les responsables israéliens qu’a rencontrés Szublin : Dore Gold, directeur général du ministère israélien des Affaires étrangère, Yossi Cohen, conseiller à la Sécurité nationale et Yuval Steinitz, ministre de l’Énergie et principal conseiller de Netanyahou sur le dossier iranien.

« Nous allons renforcer les sanctions contre le Hezbollah et les Gardiens de la Révolution iraniens, a déclaré Szubin, dans une interview publiée avant cette visite dans le New York Times,  et veiller même à ce qu’elles soient de plus en plus dures ».

Rappelons que le gouvernement Netanyahou tout comme l’opposition de gauche en Israël et de nombreuses organisations juives américaines s’opposent à l’accord de Vienne, comme le font aussi la plupart des membres républicains du Congrès – lequel devrait se prononcer courant septembre sur ce pacte.

Près de 200 anciens hauts-officiers de l’US. Army appellent le Congrès à s’opposer à cet accord

Dans une « lettre ouverte » publiée le 26 aout dernier dans le Washington Post  et adressée au président de la Chambre des Représentants, John A. Boehner, et au président du Sénat, Mitch McConnell, quelque 200 ex-militaires américains de hauts-rangs (généraux et amiraux)  ont exhorté les Congressistes à rejeter l’accord de Vienne en expliquant qu’« il  met en danger la sécurité nationale des Etats-Unis ». Parmi les signataires, on trouve un ancien directeur du Conseil à la Sécurité nationale dans l’administration de Ronald Reagan et l’adjoint au sous-secrétaire d’Etat à la Défense sous George W. Bush.

Dans cette lettre rendue publique une semaine après qu’un autre groupe de plusieurs dizaines d’ex-officiers US. aient quant à eux appelé à soutenir ce traité comme « la seule manière d’empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire »,  on peut lire notamment : « Loin d’empêcher l’Iran de fabriquer des bombes atomiques, cet accord lui permettra de devenir beaucoup plus dangereux, rendra le Moyen-Orient encore plus instable et introduira de nouvelles menaces pour les intérêts américains et ceux de nos alliés ».

Les signataires dénoncent aussi dans ce document la faiblesse du système d’inspections de l’Agence Internationale à l’Energie Atomique (AIEA), l’existence  d’« annexes secrètes entre l’AIEA et l’Iran », tout en rappelant que les milliards de dollars supplémentaires que l’Iran va encaisser dans le sillage  de la levée des sanctions vont  « accentuer le terrorisme, aggraver l’instabilité au Moyen-Orient et menacer la sécurité d’Israël et des Etats-Unis ».  Et d’ajouter : « Tel qu’il est construit, ce ‘Plan d’Action Final Conjoint’ (Joint Comprehensive Plan of Action – JCPOA) ne parviendra pas à ‘barrer toutes les voies’ permettant l’acquisition d’armes nucléaires par l’Iran. Au contraire, il fournit de fait à ce pays  une voie légitime pour y parvenir, simplement celle du respect de l’accord. Ainsi, le JCPOA permet-il de préserver et d’améliorer toutes les infrastructures dont les Iraniens ont besoin pour produire une bombe nucléaire. En particulier, Téhéran est autorisé à poursuivre l’enrichissement de l’uranium, à développer et à tester des centrifugeuses avancées, ainsi qu’à continuer ses activités sur son réacteur à eau lourde d’Arak produisant du plutonium. Prises ensemble, ces concessions permettent aux Iraniens, au pire, de disposer d’une option immédiate pour le seuil nucléaire  et au mieux d’une première capacité nucléaire dans une décennie. (…)  Selon notre opinion de professionnels, loin d’être une alternative à la guerre, le JCPOA permettra sans doute au régime iranien de poursuivre la guerre qu’il a engagée contre nous depuis 1979 avec des risques beaucoup plus élevés pour nos intérêts nationaux de sécurité ».

Le conseiller du N° 1  du parlement iranien prône la destruction d’Israël

Dans le flot de déclarations agressives et menaçantes des dirigeants iraniens à l’encontre d’Israël prononcées depuis la signature de l’accord de Vienne – clairement qualifiées le 1 septembre d’« inacceptables » par la chancelière allemande, Angela Merkel -, citons celles de Hussein SheikhoIeslam, actuel conseiller du président du parlement iranien et ex-membre du groupe de preneurs d’otages ayant donné l’assaut en 1979  à l’ambassade des USA à Téhéran, qui a précisé : « Notre position contre toute reconnaissance du régime usurpateur sioniste na pas du tout changé : Israël doit être détruit, et c’est là notre slogan principal en la matière ! ».

Une petite phrase prononcée  en réaction aux déclarations du ministre britannique des Affaires étrangères, Philip Hammond, qui avait salué le 23 aout à Téhéran lors de  la réouverture de l’ambassade de son pays (fermée depuis près de 4 ans après un saccage quasi-total) le rétablissement des relations Londres-Téhéran en relevant« l’amélioration régulière de ces liens depuis l’élection en 2013 du président modéré Hassan Rohani ». 

Richard Darmon pour Hamodia
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