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Livre: Une romance entre un SS et une juive à Dachau, le roman qui passe mal…


Livre: Une romance entre un SS et une juive à Dachau, le roman qui passe mal…

Le monde de la romance n’échappe pas aux polémiques que ses écrits sont susceptibles de déclencher. Le livre de Kate Breslin, For Such a Time, paru en avril 2014 chez Bethany House, a pris son temps, mais voici qu’il se fait remarquer. Le pitch ? Une histoire d’amour entre une détenue juive et un soldat nazi, dans un camp de concentration. Diablement sexy, en effet.

Roman qui parle de l’Holocauste, certes, écrit par une auteure qui se revendique chrétienne, et publiée dans une maison d’édition chrétienne, il s’agit d’une réécriture du Livre d’Esther. Ce texte de l’Ancien Testament raconte comment le grand vizir Haman, sous le règne de Xerxès 1er, tente d’exterminer les juifs. Or, Esther, favorite du roi, est juive. Elle échappera avec les siens au massacre grâce à l’intervention de son cousin Mardochée.

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Évidemment, dans le roman de Kate Breslin, l’amour entre Aric, l’Allemand, Hadassah, la juive, est impossible, sinon, aucun intérêt. Le bourreau SS aura donc recours au Nouveau Testament, pour amorcer la conversion sa prisonnière. Et voilà une histoire, qui depuis quelques semaines, fait frémir la communauté des auteurs de romance.

Le livre est en effet revenu sur le devant de la scène après avoir été récompensé par deux RITA Awards, qui saluent « l’excellence dans la fiction romance », explique la Romance Writers of America, qui attribue les prix. Les titres de meilleur premier roman et meilleure romance originale accordés à Such A Time ont attiré l’attention sur un livre qui, paru voilà plus d’un an, n’avait manifestement pas fait tant de vagues que cela à sa sortie.

Certains pointent que le récit abuse du conflit historique, pour renforcer un modèle centré sur la chrétienté. D’autres voient dans le comportement du soldat un abus intolérable de son pouvoir. Mais dans tous les cas, difficile de voir un soldat nazi incarner la figure d’un héros romantique, et plus encore de profiter du génocide pour tenter d’introduire une pareille passion.

Sarah Wendell, auteure de romance, s’est fendue d’une lettre à l’organisation, pour expliquer combien la seule sélection de ce livre était devenue choquante au sein de la communauté de lectrices qu’elle anime, Smart Bitches, Trashy Books. « Je sais que chacun d’entre vous veut faire avancer la réputation et la communauté professionnelle de la romance et des femmes qui en écrivent. La nomination de ce livre ne produit aucun de ces effets », conclut-elle.

Ici ou là, on peut également lire des critiques portant exclusivement sur la dimension religieuse, plus problématique encore. Puisque l’auteure et sa maison revendiquent une orientation chrétienne, le récit prendrait des allures de tentative de conversion, plus ou moins contrainte. Et par conséquent, dévoilerait « un antisémitisme violent et dangereux. Il glorifie et rachète un nazi tout en privant cette femme de tout et la forçant à se convertir au christianisme pour que son acte puisse être considéré comme une rédemption ».

Il est vrai qu’Aric est assez troublant : ce commandant SS décide que, bien qu’élevée dans une famille juive, Hadassah n’est pas juive à ses yeux. Blonde aux yeux bleus, il va choisir de la sauver de la mort à Dachau, en l’engageant comme assistante personnelle. Finalement, on en revient à la bonne vieille trame de la secrétaire qui sort avec son patron. La Shoah, en trame de fond, n’est là que pour la couleur locale…

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Et tout cela sans même prendre en compte la réalité historique des camps, les conditions de vie des prisonniers, qui laissent peu de place à un coup de foudre. Souvent assimilée à l’enfer sur Terre, la vie dans ces endroits où tout le monde se faisait raser le crane dès son arrivée, ne semble guère propice aux histoires d’amour. Cette analyse n’est pas isolée, et conclut, comme d’autres, au fait que le livre de Kate Breslin n’est que « violence et destruction ».

Le RWA, qui réunit logiquement les auteures de romance américaine ne s’est toujours pas exprimé sur cette polémique, dont il serait à l’origine. Les membres de son jury sont pourtant largement invités à s’expliquer sur ce choix, et le justifier. L’auteure au centre de la polémique n’a rien dit non plus, par ailleurs. Après tout, c’est la qualité littéraire qui est jugée, pas la décence…

Bon à noter :
Le pitch du livre n’a pas manqué de rappeler le film de Liliana Cavani, sorti en 1974 en Italie, Portier de nuit. Effectivement, il s’agit dans cette histoire d’une relation SM entre un officier SS et une prisonnière juive, qui se retrouvent presque par hasard, en 1957 en Autriche. Lui est portier dans un hôtel ; elle a survécu et fait unbeau mariage, mais les souvenirs rejaillissent immédiatement.

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Loin, très loin, de ces histoires de conversion, et de salut permis par le renoncement à la religion juive – et surtout, loin d’une histoire du romance. Cavani retraçait plutôt le syndrome de Stockholm, et la fascination pour le bourreau, tout en faisant résonner l’horreur nazie, à travers les jeux sexuels tortueux de ses deux protagonistes.

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Journaliste québécois, pro-atlantiste, pro-israélien,pro-occidental



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  • 7 thoughts on “Livre: Une romance entre un SS et une juive à Dachau, le roman qui passe mal…

    1. Alauda

      La romancière américaine doit être une sacrée cruche pour écrire pareilles fadaises. Comment l’argument visant à faire reposer cette intrigue « amoureuse » pourrait-il s’appuyer sur le Livre d’Esther ? S’il est une figure patriotique féminine dans la bible, c’est bien Esther, elle sauve son peuple de la tyrannie d’un général en chef qui abuse de son pouvoir.
      Passer de cette épopée extraordinaire à une intrigue à l’eau de rose… bénite, il faut vraiment tenir une bonne couche d’idées tordues dans le cerveau.

      Sur une biographie en anglais, on lit en substance que « Kate aime créer des histoires montrant comment l’amour de Dieu rapproche deux cœurs ensemble ». Un cœur de SS porté à sauver une fille choisie avec des yeux trop bleus pour être juive, c’est déjà bien ambigu.
      Quant à la visée apologétique du roman, permettant à un nazi de se racheter par la puissance du salut chrétien, c’est un terrain plus que miné. Si le subconscient de l’auteure ressent de la culpabilité, qu’elle cherche dans son arbre généalogique.

      Conseil à ces dames américaines qui ont besoin de lecture : Hannah Arendt, au moins elle sait de quoi elle cause.

    2. Red13

      Je suppose que l’auteur trouve qu’Avatar est autrement plus crédible ?

      Faire un roman avec un roman, fallait oser…

    3. Armand Maruani

      Oui Alauda vous avez raison :  » Un cœur de SS porté à sauver une fille choisie avec des yeux trop bleus pour être juive  » .

      La Fortunée d’Elie Kakou n’aurait eu aucune chance .

    4. Jacques

      Ce genre de roman me fait le même effet que « les bienveillantes » de Jonathan Littell, qui avait fait un carton en France en 2006, et que j’avais refusé d’acheter, du fait de son côté malsain, limite complaisant envers le bourreau nazi sujet du livre.

      Il y a des gens qui sont fascinés par la perversité ou à tout le moins l’ambiguïté sur des sujets gravissimes, c’est bien dans l’air du temps. Ce genre de « littérature » participe de la banalisation du mal, et après les pompiers pyromanes viennent se plaindre que tout crame.

    5. Alauda

      @Jacques,
      Il n’y a pas la moindre visée apologétique dans «les Bienveillantes» que j’ai parcouru sans pouvoir aller au bout et qui n’utilise pas l’histoire en fond d’écran comme ce roman de gare. Jonathan Littell semble interroger son lecteur : de quel côté auriez-vous penché ?

      Par ailleurs, l’argument de cette romancière m’a rappelé un souvenir théâtral : Ghetto (1986) de Joshua Sobol. Au moment où le SS harcèle la chanteuse et que ses perles tombent sur la scène, j’ai éprouvé un étrange sentiment de malaise, comme si le réel rejoignait la fiction. Recevant le lendemain des saltimbanques qui participaient au spectacle, ils m’ont confirmé que les lourdes avances de l’acteur ne se jouaient pas seulement sur le planches.

      Le rapport ne saute pas aux yeux. Pourtant je le vois mais ne pourrais le formuler que sous la forme d’une question : comment une relation de séduction, voire d’amour, peut-elle se nouer entre un bourreau et sa victime ? Les spécialistes répondront.

      L’auteur se dit chrétienne (de quelle branche ?). Elle dit avoir été touchée par la tragédie juive mais ne trouve rien de plus intelligent que de choisir un SS pour convertir une juive à sa foi. Cherchez l’erreur. On est là à la frontière du désir et de la perversion.

    6. Jacques

      Alauda : ah bon ? J’avais lu à l’époque plus d’un commentaire de lecteur et/ou critique qui disaient le malaise ressenti in fine, celui d’une forme de « compréhension » du bourreau, du coup et vu tout le raffut fait autour de ce bouquin, ayant lu et entendu suffisamment de vrais témoignages, j’avais jugé parfaitement inutile, pour ne pas dire plus, de l’acheter. Du reste il semble qu’aux USA ce livre n’ait pas marché du tout, contrairement à la France, précisément pour cette raison.

      Le livre « au fond des ténèbres » de Gitta Sereny, étude sociologique et factuelle minutieuse et implacable sur le responsable du camp de Treblinka, Franz Stangl, et dans lequel l’auteure se garde bien d’entrer dans une quelconque compassion à l’endroit du bourreau, voilà un témoignage remarquable à mes yeux. Terrible quant à la nature humaine et au caractère inexplicable et diabolique de la Shoah, sans doute parce que dénué de toute artificialité.

    7. Alauda

      @Jacques,
      Je n’avais pas lu de commentaires de ce livre. Est-ce qu’on rentre dans la «compréhension» du bourreau ? J’ai zappé beaucoup de pages, mais il y a des passages à vomir, donc j’en suis sortie avec l’idée qu’un salaud reste un salaud.
      Je prends en note votre référence pour un moment où j’aurai le courage de replonger dans cette terrifiante histoire.

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