« Les troupes israéliennes auraient avancé de 20 mètres au-delà de la Ligne bleue, à Bastara, dans le secteur des fermes de Shebaa, mardi et ont, un peu plus tard, tiré en direction de soldats libanais, qui inspectaient cette violation des accords », selon un communiqué de l’armée libanaise. Bastara est le lieu d’un attentat mené par les Hezbollah, par une mine posée le long d’une route, en mars de l’an dernier.

Un peu plus tard, dans la journée, un soldat israélien a été blessé, dans un incident de tir, près de Quneitra, sur les hauteurs deu Golan.Il n’y a pas eu de réplique israélienne, mais selon les reportages des médias israéliens, ce tir est traité comme délibéré, plutôt que comme résultat d’une balle « perdue » provenant des combats incessants autour de Quneitra.

Il n’y a pas de preuve tangible que ce tir sur le Golan soit une forme de représailles du fait de l’incursion israélienne précédente. Mais la coïncidence entre les deux évènements est conforme à un modèle clair qui s’est mis en place depuis décembre 2013, dans lequel des secteurs du Golan sont utilisés comme théâtre de représailles faciles à démentir, à cause des évolutions impliquant le Hezbollah ou la ligne bleue du Liban.

L’objectif de l’offensive en cours dans le Sud Syrien est d’installer une plus ferme  implantation de l’Iran et du Hezbollah sur le Golan. Cette opération d’appelle « Les Martyrs de Quneitra »en référence aux 12 morts du Hezbollah et de l’Iran tués, dont deux commandants de terrain et un Général iranien Mohammad Allahdadi,tués en janvier par une frappe de drone israélien.

Les opérations de combat sont dirigées par le Corps des Gardiens de la Révolution iranienne, et l’essentiel des forces d’attaque est composé de membres du CGRI, de combattants du Hezbollah et de forces auxiliaires d’Irak et d’Afghanistan. Les réseaux sociaux ont posté de nombreuses photos et clips vidéo, montrant les terroristes chi’ites tués, dont des combattants afghans et du Hezbollah et au moins deux officiers des Gardiens de la Révolution.

Iranian-Troops-850x445-1728x800_c

 

Abu, Ali, combattant chevronné du Hezbollah, qui a servi  dans de multiples batailles en Syrie, confirme ce commandement du CGRI dans l’offensive et l’engagement de nombreux hommes de troupe iraniens.

« L’Iran sera tellement près des Israéliens qu’il n’aura plus besoin de missiles à longue portée pour les tuer », déclare Abu Ali.

« Le Golan va être la nouvelle ligne de front contre les Juifs ».

Il ajoute que la construction des tunnels et bunkers sur le Golan est entrepris depuis un an environ, apparemment dans une tentative de reproduire les installations du Hezbollah au Sud-Liban, avant 2006. Selon lui, Allahdadi (le Général) menait justement un tour d’inspection de ces nouvelles installations, lorsqu’il a été foudroyé par les drones d’Israël.

Abu Ali décline l’invitation à donner plus de détails sur ce travail d’infrastructures, mais rappelle : « Pensez à Maron al-Ras… Nous ne pouvons pas combattre les Israéliens à découvert, parce que nous ne pourrions pas durer une minute, c’est pourquoi nous employons des tunnels ».

« Le Hezbollah a construit des réseaux substantiels de tunnels et de bunkers tout autour du sommet de la colline du village de Maroun al-Ras et les avait utilisé pour freiner la progression de l’armée israélienne en 2006 ».

L’offensive dans le sud syrien est sous l’observation minutieuse des Israéliens, qui s’inquiètent de cette nouvelle ligne de front planifiée le long de leur frontière nord-est, à un moment où le Hezbollah démontre plus d’assertivité tout le long de la ligne bleue.

Une source de la sécurité du Sud Liban a déclaré qu’Israël évalue que « la surveillance opérationnelle » effectuée par le Hezbollah le long de la Ligne Bleue « a atteint les niveaux observés en 2006 ».

Depuis des mois, Israël s’est plaint que la FINUL n’en faisait pas assez pour réduire les violations de la résolution 1701 par le Hezbollah. En janvier, Israël a déposé devant le Conseil de Sécurité de l’ONU une liste détaillée de 1233 violations de cette résolution, depuis le début juin 2014 jusqu’à la fin décembre. Ce n’était pas le premier rapport de ce genre, mais le plus détaillé et il couvrait la période de temps la plus longue.

Ce rapport semble avoir été publié pour réfuter les prétentions, fi  décembre du Commandant de la FINUL, le Major-Général Luciano Portolano, disant que les casques bleus n’auraient été témoins d’aucun transfert d’armes dans le secteur du Sud-Liban.

Une analyse minutieuse de ces données révèle qu’au moins 643 de ces violations font référence à des hommes armés repérés à proximité de la Ligne Bleue.

Ce rapport de fait pas mention du type d’armes transportées, soulevant la probabilité de l’apparition de membres des renseignements vêtus en civil.

Et parmi ces 643 exactions, 183 relèvent des hommes armés repérés dans la zone des fermes de Shebaa.

Le plus grand nombre d’hommes en armes observés en un seul mois en proximité des fermes de Shebaa, l’a été en septembre, lorsque le Hezbollah préparait le terrain à son embuscade à la bombe, sur un bord de route du 7 octobre, qui se voulait être des représailles pour la mort d’un de ses ingénieurs, qui tentait de neutraliser un engin piégé d’écoutes et de transmission israélien, lorsqu’il a explosé.

En trois occasions, des hommes armés se sont glissés à travers la ligne bleue, dans les fermes de Shebaa. L’un des incidents s’est déroulé le 5 octobre, au cours duquel les soldats israéliens ont tiré et blessé un homme habillé en soldat libanais. Les deux autres, étaient le 1er et le 23 décembre.

De façon intrigante, les journaux libanais ont rapporté, le 2 décembre de bruyantes explosions et des éclats de mitrailleuses lourdes, en provenance des fermes de Shebaa, le jour précédent, en les présentant comme l’écho de manœuvres israéliennes.

Ailleurs, le long de la Ligne bleue, ce rapport révèle des indices d’activité, impliquant des hommes armés et de patrouilles de reconnaissance du Hezbollah, à l’ouest d’Aita Shaab, une étendue de dix kms entre Yaroun et Aitaroun, à l’Est de Mais al-Jabal et une étendue de 2, 5 kms entre le village israélien de Manara et jusqu’au nord de la colline de Sheikh Abbad, en face de Houla.

Nicholas Blanford| The Daily Star

Adaptation : Marc Brzustowski Jforum