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Je suis français, juif et je songe à partir en Israël, mais pas à cause de « Charlie »


Je suis français, juif et je songe à partir en Israël, mais pas à cause de « Charlie »

Un mois après les attentats des 7 et 9 janvier, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a appelé les juifs européens à s’installer en Israël. Au sein de la communauté juive, certains ne supportent plus le climat qui s’est installé en France, tandis que d’autres ne veulent pas renoncer. C’est le cas de Raphaël Cékiraf. Il explique son point de vue.

Je suis de confession juive et je suis né en France. C’est mon pays maternel. Mais j’ai aussi vécu neuf ans en Israël et j’ai la double nationalité. C’est mon pays culturel, spirituel.

Un jour, je repartirai là-bas. Mais pas maintenant. Quand je le ferai, ce ne sera pas en réponse au climat qui règne en France.

Je suis revenu ici pour remplir une mission : celle de transmettre le judaïsme. Aujourd’hui, je suis à la tête d’une association d’étudiants juifs.

Au vu de la situation actuelle, je me sens d’autant plus utile en France en ce moment. Alors, je refuse de réagir sur le coup de l’émotion.

Je ne veux pas fuir, mais au contraire, résister, même si, en France, la situation devient de plus en plus dangereuse pour les juifs.

« Mets ta casquette et range tes fils »

 Ici, on ne peut pas montrer que l’on est de confession juive. Je vis à Paris, je porte la kippa quotidiennement et il y a des endroits où je ne vais pas, comme certaines stations de métro. Pour ma propre sécurité et celle de mes enfants, je limite mes déplacements.

Tout ceci n’est pas nouveau. Les juifs n’ont pas attendu Mohammed Merah et Amédy Coulibaly pour se sentir en danger. Quand j’étais petit, ma mère me disait :

« Mets ta casquette et range tes fils. »

Elle voulait que je cache ma kippa et que je dissimule mes tsitsit, ces « franges » que l’on retrouve sur les vêtements, car elle savait que cela pouvait être dangereux pour moi.

Comme bon nombre de personnes de confession juive, j’ai toujours eu droit à des remarques, des regards et même des insultes. On m’a souvent traité de « sale juif ».

Aujourd’hui, les insultes concernent de plus en plus Israël. Par exemple, on m’a déjà traité d’ »assassin d’enfants ».

Je refuse d’avoir peur

 Même si cette situation n’est pas nouvelle, il est vrai que le climat se dégrade de plus en plus. Les événements récents sont d’ailleurs la conséquence de cette détérioration.

Depuis la Shoah, il y avait eu comme une légère accalmie. Aujourd’hui, c’est reparti, sous une forme différente, plus liée à Israël qu’au judaïsme. C’est en tout cas ce que nous a prouvé l’attentat du 9 janvier, perpétré contre l’Hyper Cacher de la Porte de Vincennes.

Ce jour-là, c’était l’entrée du chabbat. Comme je n’utilisais pas l’électricité, je n’avais pas télévision, de radio ou de téléphone pour me tenir informé de l’actualité.

Je n’ai appris ce qu’il s’était passé que le samedi soir. C’est à ce moment-là aussi que j’ai su qu’un membre de mon association, Yoav Hattab, avait été retenu dans l’Hyper Cacher.

Quand on m’a dit qu’il faisait partie des victimes d’Amédy Coulibaly, l’émotion a été très forte.

Je ne peux pas décrire ce que j’ai ressenti. Il n’y a pas de mot assez puissant. Une chose est certaine : il y avait beaucoup de tristesse. Mais je refuse d’avoir peur.

Je retournerai en Israël quand ce sera le moment

 Depuis ce jour, de nombreux juifs ont quitté la France. Pour certains, c’était un projet de longue date. Pour d’autres, ce projet a été accéléré par les événements.

Pour moi, partir sur un coup de tête n’est pas la bonne solution. Je pense qu’il ne faut pas se sauver.

Le jour où je quitterai la France, je ne le ferai pas parce que je m’y sens obligé. Je le ferai avec motivation, parce que j’aurai fini ce que j’avais à faire en France.

Je le ferai aussi pour éduquer mes enfants dans une vie juive épanouie, dans laquelle il ne sera pas nécessaire de cacher son identité.

En Israël, il n’y a aucun problème à être juif. Ici, je dois réfléchir avant chacun de mes déplacements. Je me demande par exemple dans quel jardin je vais pouvoir amener mes enfants pour qu’ils soient en sécurité. En Israël, nous pourrions aller où l’on veut sans réfléchir.

Partir, sans fuir, est un bon choix. Mais fuir, c’est donner raison à ceux qui nous font du tort. Alors je ne retournerai pas en Israël tout de suite.

Propos recueillis par Anaïs Chabalier

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