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Terrorisme islamiste : D’un piège à l’autre


Terrorisme islamiste : D’un piège à l’autre

Les lendemains prévisibles d’un rouge janvier. Beaucoup a déjà été dit et écrit sur les attaques terroristes qui ont frappé la France en ce début d’année. Nos intellectuels ont délivré des analyses finalement assez convergentes (n’est pas évoqué ici le cas des journalistes-militants-rééducateurs). Il semble même que ce drame ait réveillé un peuple jusque-là incroyablement amorphe, parfois oublieux voire dénégateur de sa propre réalité, en tout cas bien silencieux. Ainsi ce drame a-t-il permis de répondre, en négatif, à une question maladroitement posée quelques années plus tôt par les pouvoirs publics au sujet de la nature de notre identité nationale. Face à de multiples protestations, plus ou moins inspirées, on se souvient que cette identité avait été ramenée à son plus petit dénominateur commun : La possession de la carte du même nom.

On se rappelle surtout de ce pétard mouillé lancé par l’exécutif d’alors : La proposition de déchoir de leur nationalité les binationaux en cas d’homicide contre un représentant de l’autorité publique. Voilà où nous en étions de la France…

Depuis ce rouge janvier, nous y voyons plus clair.

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La France, c’est la liberté de conscience, d’opinion, d’expression.

La France, c’est donc la laïcité, garante de celles-ci. La France, ce ne peut être que l’assimilation, corollaire de l’égalité et de la fraternité telle que nous les concevons.

La France, ce n’est même pas le droit au blasphème puisqu’il n’y a pas de blasphème pour elle : Les Français se sont en quelque sorte hissés, non pas nécessairement au-dessus de la foi, mais au-dessus du blasphème.

La France, c’est le goût du débat et de la contestation.

La France, c’est cette propension au sursaut, dans les instants critiques (et surtout dans ceux-là).

La France, c’est aussi cette liberté de ton et d’esprit teintée d’humour et d’autodérision. Comme souvent, la langue portait en elle sa part de vérité : La Gaule est aussi une affaire de gauloiseries, et le pays des Francs une terre de franchise.

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Pour toutes ces éminentes raisons, il se trouve qu’effectivement, nous ne sommes ni l’Allemagne, ni l’Algérie, ni l’Angleterre, ni les Etats-Unis, ni l’Espagne, ni même l’Italie. Nous sommes la France. Qui par ailleurs n’est pas l’Europe. Et il semble que le monde nous ait reconnus comme tels.

Bien-sûr, il peut sembler ironique et paradoxal qu’une attaque contre un journal antipatriotique ait réactivé le sentiment national. Mais cette ironie est le propre de toutes les tragédies.

Rappelons ici le déroulement de la tragédie (source Wikipédia) : « Des personnages de rang noble (Cabu, Marris, Wolinski… Ndlr) sont impuissants face aux forces supérieures qui les manipulent (le retour de l’Histoire, Ndlr). L’enchaînement des événements et le dénouement nécessairement dramatique relèvent d’une fatalité implacable, qui peut sembler injuste, inique et bien au-delà de l’endurance humaine (…). Cela en fait un genre à portée édifiante. » Et de fait, ces événements nous ont paru injustes et nous ont édifiés.

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Une question essentielle semble éludée : Celle des conséquences électorales de ces événements

Beaucoup a déjà été dit et écrit. Beaucoup aura encore à l’être, notamment sur l’hypothèse, moralement déplaisante mais intellectuellement tentante, d’un parricide contre Charlie Hebdo (même si l’enfant serait ici très certainement illégitime et non reconnu). Mais nous pressentons déjà, quoi qu’il en soit, que ces agressions feront date, de même que les grandes marches des 10 et 11 janvier.

Oui, beaucoup a déjà été dit et écrit, mais curieusement une question essentielle semble éludée, peut-être par pudeur ou par peur : celle des conséquences électorales de ces événements, c’est-à-dire de leur traduction politique. Car il est hautement vraisemblable que le Front national sorte plus puissant encore qu’il ne l’était hier de ce rouge janvier.

On objecte que dans ce moment d’unité nationale, le FN a donné le sentiment de tergiverser. C’est exact. Mais les immenses marches des 10 et 11 janvier ont aussi révélé, par leur amplitude et leur composition, les limites mêmes de cette cohésion nationale. En ne mobilisant pas « les quartiers », elles ont ouvert les yeux de leurs propres participants (et même des médias !) sur une fracture non pas sociale mais culturelle, pour ne pas dire identitaire, à laquelle beaucoup refusaient de croire. Une fracture désormais ouverte entre des Français également meurtris ou touchés, par-delà leur grande diversité d’âge, de conditions et d’opinions, par les tueries de janvier, et d’autres Français ne se sentant pas plus concernés que cela par ces funestes attaques, furent-elles commises au nom de leur religion.

Les réactions hostiles observées dans des dizaines d’établissements scolaires lors de la minute de silence du 8 janvier midi (ainsi que sur les réseaux sociaux) avaient déjà dessillé bien des yeux. Celles consécutives, toujours en France, au dévoilement de la une du Charlie Hebdo des survivants devaient agir comme une piqûre de rappel : celle d’une vaccination, très chère payée, contre l’angélisme. Ainsi, quelques jours après les massacres, des Français pouvaient-ils être authentiquement choqués, cette fois-ci, par un dessin humoristique pourtant de nature pacifique (« tout est pardonné »). Un dessin par ailleurs très christique, ce qui illustre au passage la prégnance du catholicisme dans notre France sécularisée, allant jusqu’à atteindre ses détracteurs les plus vindicatifs…

Politiquement, ce rouge janvier est l’onde de départ d’une vague qui pourrait bien les emporter

Passé la stupeur, il est vraisemblable que le Front national, qui truste de longue date des positions assez carrées et très lisibles sur, ou plutôt contre l’immigration, l’islamisation, l’ouverture des frontières, les interventions militaires droits-de-l’hommistes, la défection des élites, la repentance nationale, le laxisme judiciaire, le multiculturalisme, etc., récolte les fruits d’une si longue et si patiente moisson. Il en ira ainsi d’autant plus facilement que la violence des faits que nous venons de subir, parce qu’ils ont touché des personnalités publiques donc familières, a frappé les esprits plus violemment encore que d’autres crimes tout aussi abjects déjà commis, sur notre sol, au nom du même obscurantisme. Politiquement, ce rouge janvier achève de détruire les réflexes discursifs des partis dits de gouvernement. Il invalide tout ou partie de leurs actions et décisions passées. Il est l’onde de départ d’une vague qui pourrait bien les emporter.

Parce qu’il a aussi trusté l’idée patriotique elle-même, notion qui semble profondément étrangère voire suspecte au personnel politique en place, le Front national captera mécaniquement les effets électoraux de ce sursaut défensif (car nous sommes attaqués), vital (car nous sommes menacés) et identitaire (car nous sommes menacés pour ce que nous sommes) qu’une majorité de Français appellera instinctivement de ses vœux. Et comme si l’enjeu identitaire ne suffisait pas, le Front national agira comme la voiture-balai de tous les perdants, de plus en plus nombreux, d’une mondialisation économique et d’une déréglementation libérale à propos desquelles ses dirigeants auront beau jeu de dire qu’ils sont les seuls à n’y avoir pris aucune part.

Le FN va continuer de progresser et on continuera de crier au fascisme qui monte.

Mais comment convaincre que ce mouvement politique serait antidémocratique quand il est depuis quarante ans de toutes les élections et qu’il est de surcroît le parti le plus « populaire » (au sens social du terme) de l’échiquier politique ?

Ou qu’il serait antirépublicain, quand celui-ci ancre ses discours sur les champs fertiles de la République originelle (l’assimilation, la laïcité, la souveraineté) que lui ont si facilement abandonnés lesdits partis républicains ?

La question est posée ici sincèrement et gravement. Si quelqu’un a la réponse, qu’il la livre !

Subsidiairement, que pèseront les provocations d’inspiration antisémite de son fondateur face au nouvel antisémitisme qui tue ici et maintenant ?

Qu’importera l’« ADN » supposé du Front national face au développement des menaces, dangers et méfaits de l’internationale djihadiste, ce nouveau totalitarisme ?

Car il faut bien comprendre que non seulement le fondamentalisme islamiste vient de ravir au FN sa qualité d’ennemi public numéro un, mais qu’en plus, celui-là apparaît précisément comme l’adversaire le plus résolu de celui-ci. Avec l’aide des abstentionnistes, sociologiquement très proches de l’électorat frontiste, le FN est bel et bien en capacité d’accéder au pouvoir par les urnes, face à l’un ou l’autre des tenants du désastre. La voilà, la réponse dérangeante à cette question des conséquences que nul n’ose se poser, et pour cause.

La France se paye le luxe d’une guerre civile autour de la question d’un Front national parvenant aux affaires

Bien entendu, on peut espérer que la donne politique laisse apparaître de nouvelles lignes, de nouveaux hommes, de nouveaux clivages. Un Dupont-Aignan à 50 %, on voudrait bien y croire. Mais l’hypothèse d’un FN accédant par les urnes au pouvoir, parce qu’elle est crédible, et en ce qu’elle pourrait induire, doit être dès maintenant considérée.

Car qu’adviendrait-il alors ?

Que telle ou telle sous-pipole, en mal de notoriété ou au faîte de sa gloire, quitte le territoire national est une chose. Mais que, tandis qu’une guerre « civilisationnelle » globale la menace, de l’extérieur et de l’intérieur, la France se paye le luxe d’une guerre civile autour de la question d’un Front national parvenant aux affaires, voilà le risque qui se profilerait. Voilà l’authentique piège dont personne ne nous parle.

Ce piège n’est donc pas celui de l’amalgame. D’abord, l’amalgame, c’est un peu celui qui le suspecte qui l’établit, et de fait, personne n’a songé à réclamer l’interdiction d’être musulman en France.

Ce piège qui nous guette, chacun peut l’observer, chacun peut le ressentir dans son être, c’est celui de la confusion.

Car tout se passe en effet comme si la défense de notre identité nationale devait irrémédiablement conduire au nazisme, ce qui, dans le cas français, est un contresens historique, politique et philosophique. Tout se passe comme si la France était condamnée à ne plus être elle-même, c’est-à-dire telle que nous la définissions plus haut – libre, indépendante, frondeuse, séductrice, exigeante, généreuse – sous peine de fascisme.

Pour expliquer la prééminence de ce piège de la confusion, peut-être est-il utile de rappeler que depuis trente ans, celui-ci est surtout le fruit d’un confusionnisme actif. Qu’il est une conséquence voulue et escomptée de la stratégie de la diabolisation du Front national et du cordon sanitaire. Une stratégie électoralement fructueuse, et extrêmement cynique venant d’un ancien de Vichy : François Mitterrand.

Une manœuvre à laquelle Jean-Marie Le Pen apportât, il est vrai, tout son concours, peu soucieux en cela de sa responsabilité devant la France. Ainsi, ce cordon sanitaire ne fût-il jamais que la laisse par laquelle le maître tenait bien en main sa créature à lui, notre bête immonde à nous.

Surmonter leurs différences et leurs différends pour combattre ensemble au service de leur liberté

Bref, une seule question devrait nous hanter : Comment faire pour que ce piège confusionniste ne se retourne pas le cas échant, non plus contre le parti socialiste comme il le fit le 21 avril 2002 (scénario toujours riant de l’arroseur arrosé), mais contre la paix civile toute entière (scénario catastrophe du contre-feu qui embrase tout) ?

Comment éviter que par un mimétisme abusif et ravageur, une victoire régulière du parti frontiste aux élections nationales n’incite un certain nombre de Français, de souche ou d’ailleurs, à « entrer en résistance » ?

Peut-être, précisément, en commençant par sortir des visions fantasmatiques et en évoquant la Résistance dans sa réalité.

Car en juin 1940, les premiers résistants formaient en vérité un rassemblement très disparate. C’est la fameuse phrase du Général de Gaulle : « A Londres, je n’ai trouvé que la cagoule et la synagogue », comprendre des nationalistes et des Juifs.

Pendant ce temps, l’assemblée du Front Populaire (les « progressistes » d’alors) votait à Paris les pleins pouvoirs à Pétain.

Parmi les résistants de l’intérieur, communistes et royalistes menaient la même guerre, même s’ils faisaient parfois maquis à part. Pour le dire en une phrase, des opposants politiques et des adversaires présumés surent surmonter leurs différences et leurs différends pour combattre ensemble au service de leur liberté, de leurs valeurs, de leur identité communes.

Le cas échéant, saurons-nous aussi faire le choix du rassemblement et de la clairvoyance ? Saurons-nous dire qui, d’un parti élu affirmant vouloir sauver la France, n’eut-il pas notre confiance, ou d’un mouvement terroriste, obscurantiste ayant juré sa perte, est l’ennemi vrai ?

Ou bien suivrons-nous le chemin hasardeux et sanglant de l’Espagne des années 30, qui vit les luttes fratricides entre anarchistes, communistes et républicains favoriser grandement l’avènement de leur ennemi vrai ?

Espagne qui paya en outre cette division du prix exorbitant de la guerre civile.

Poser la question ainsi, c’est sans doute y répondre. C’est aussi concevoir, à regret sans doute, que la Résistance de demain sera, dans cette configuration, sans doute moins héroïque et romantique que celle des années 40. Mais l’histoire ne repasse pas les plats. A l’avenir, le maquis sera peut-être au djihad.

Source : Causeur, par Vincent Pailhol

 





Psychosociologue, consultant sur les questions de conflits, crises, violences et débriefing dans tous les secteurs où ces problèmes se posent.



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