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L’islamisme est-il en déclin ?


L’islamisme est-il en déclin ?

Un nombre croissant de jeunes arabes oscille entre le doute et l’athéisme.

L’auteur de cet article explique que les horreurs de l’État islamique, et des autres terroristes se réclamant de l’islam, ont un effet tangible mais peu documenté : un nombre croissant de jeunes arabes se détourneraient de l’islamisme, et même de l’islam.

Au-delà de l’avancée effrayante de l’État islamique au Moyen-Orient, une révolution plus tranquille se déroule. L’islamisme est en train de perdre son attrait auprès des jeunes arabes, dont plusieurs oscillent entre le doute et l’athéisme.

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Devant l’Université du Caire, se dresse la statue «Renaissance de l’Égypte» (souvent utilisée pour décrire l’Égypte) représentant une paysanne qui soulève son voile en touchant le Sphinx. Elle a été créée en 1920 par le célèbre sculpteur égyptien Mahmoud Mokhtar et symbolise l’espoir de la modernité après une longue période de colonisation.

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Aujourd’hui, quatre-vingt-dix ans plus tard, des femmes commencent à enlever leur voile.

Tout comme au début des années 1920, ce changement n’est pas encore perceptible dans les rues des quartiers populaires du Caire, mais il l’est déjà dans les quartiers plus opulents de la ville. De la même manière, beaucoup de jeunes femmes voilées suivent une nouvelle tendance: montrer quelques mèches de cheveux. Comme pour leurs homologues iraniennes, porter le foulard de cette manière est une façon de protester contre le but même du voile: couvrir la chevelure d’une femme.Cette tendance «laïque» semble contredire les nouvelles que l’on reçoit quotidiennement du monde arabe. Aujourd’hui, tous les yeux sont rivés sur l’État islamique. Après les horreurs des Talibans en Afghanistan et d’Al-Qaïda partout dans le monde, le monde est choqué devant une version extrême et barbare de gouvernance islamique par le règne de la terreur en Syrie et en Irak. L’État islamique est en train de devenir un phénomène du monde arabe en tant que des groupes en Algérie, en Égypte et au Yémen ont voué allégeance au nouveau califat. Il semble n’y avoir aucune limite à la croissance de l’extrémisme dans le monde musulman.

 

Egypte-cairo

Des jeunes égyptiens débattent d’athéisme dans une mosquée du Caire, février 2013 (photo de Mohamed Abdelfattah, via Twitter)

 

Par conséquent, la question est la suivante : y a-t-il davantage de gens qui deviennent extrémistes, où les extrémistes deviennent-ils plus extrêmes?

Pour répondre à cette question nous devons nous référer à l’histoire. Avec la défaite humiliante des Arabes dans la guerre contre Israël en 1967, la plupart des idéologies non-islamistes sont mortes. Le panarabisme, le socialisme et le sécularisme du président Gamal Abdel Nasser d’Egypte sont morts au champ de bataille, tout comme le libéralisme de ses prédécesseurs. Le monde arabe est tombé dans une crise d’identité, ouvrant la voie à la seule idéologie restante: l’islamisme ou l’islam politique conservateur.

L’Arabie Saoudite a utilisé ce momentum et ses pétrodollars nouvellement acquis après la crise pétrolière de 1973 pour répandre le salafisme, ou l’islam sans modernité. Les Frères musulmans ont également regagné du terrain. La Confrérie a été fondée en 1928, quatre ans après l’abolition du califat par Atatürk de Turquie. Son principal objectif était (et continue d’être) la restauration de ce califat. Ceci ne pouvait être réalisé qu’en se débarrassant des dictateurs arabes soutenus par l’Occident.

Les révolutions arabes de 2011 ont été une occasion en or pour les islamistes. Sachant que les jeunes révolutionnaires étaient trop inorganisés et idéalistes, les islamistes ont pris le pouvoir. L’ensemble du monde arabe observait l’Égypte, où pour la première fois, les Frères musulmans étaient en mesure de mener à bien leur projet d’organiser une société islamiste. Ils ont lamentablement échoué.

L’impact psychologique sur le monde arabe ne doit pas être sous-estimé. À l’exception d’Ennahda en Tunisie, qui a modéré son parcours, mais a quand même perdu les élections, beaucoup d’islamistes dans d’autres pays touchés par le réveil arabe sont devenus plus extrêmes. L’échec des Frères musulmans en Egypte les a convaincus que la démocratie et l’islamisme ne sont pas la voie à suivre. Le monde arabe est tombé dans une nouvelle crise d’identité.

L’État islamique offrait une réponse à cette crise en allant plus loin : en réinstallant le califat et en abolissant une autre décision européenne, à savoir les frontières nationales du Moyen-Orient. C’est un projet attrayant pour les islamistes désillusionnés et les aventuriers qui tentent d’échapper à leur crise d’identité personnelle. Mais le nombre de combattants et de partisans étrangers demeure plutôt restreint.

Ce qui arrive à la majorité silencieuse dans le monde arabe est beaucoup plus important. Et ici, la tendance inverse commence lentement à se manifester clairement. Les chauffeurs de taxi sont moins nombreux à placer un exemplaire du coran en vue dans leur voiture. De plus en plus de femmes retirent leur voile. La jeune génération révolutionnaire participe également moins souvent aux prières à la mosquée. La plupart d’entre eux se contentent de dénoncer l’islam politique prêché dans plusieurs mosquées. D’autres vont plus loin et flirtent avec l’athéisme. Le gouvernement égyptien n’aime pas cette tendance, et une équipe spéciale de la police a même été créée à Alexandrie pour arrêter les athées.

Comme il n’existe pas d’enquête crédible sur ces tendances et sur les raisons les expliquant, on peut, pour le moment, s’en remettre à des histoires personnelles à même d’être représentatives. L’une de ces histoires est celle d’une famille conservatrice de la ville de Port-Saïd en Egypte. Deux sœurs dans la trentaine, Marwa (36 ans) et Heba (31 ans), ont découvert juste après la chute du président Mohamed Morsi, que les livres avec lesquels elles avaient grandi étaient imprimés et distribués par les Frères musulmans. Choquées d’apprendre cela, elles ont commencé à repenser toutes les idées qu’elles s’étaient formées et à remettre en question la base même de leur religion. «Ce n’est qu’après la chute de Morsi que j’ai découvert que Hassan Al Banna (le fondateur des Frères musulmans) avait écrit la préface du livre ‘Vivre selon le sunnisme’. J’ai grandi avec ce livre. Maintenant, je commence à douter de tout», dit Marwa. Leurs voiles ont commencé à devenir «trendy», puis ils ont disparu la semaine dernière.

Il y a de nombreuses histoires comme celles de Marwa et de Heba. Elles montrent ce qui se passe sur le terrain dans le monde arabe. La jeune génération révolutionnaire se sent trahie par les islamistes ; elle leur tourne le dos, et souvent, elle rejette aussi la religion. Quand le pouvoir et la religion sont confondus, les jeunes semblent rejeter les deux à la fois. C’était déjà le cas en Iran et c’est ce qui se passe maintenant dans le monde arabe. Comme la génération actuelle représente 50% de la population arabe, cette tendance est probablement la véritable révolution silencieuse qui transforme le monde arabe.

Le groupe d’extrémistes de l’État islamique est petit en comparaison. Plus important encore, la plupart des Arabes musulmans rejettent sa prétention à représenter le vrai Islam. En conséquence, leur terreur (comme ils l’ont montrée à nouveau avec la vidéo du meurtre de Peter Kassig, le siège à Sydney, et le meurtre de dizaines d’écoliers au Pakistan) n’auront qu’un seul effet: accélérer la tendance au déclin de l’islamisme dans le monde arabe.

 

Source : Islamism is losing currency, par Koert Debeuf, Free Arabs, 15 décembre 2014.

Traduction par Poste de veille 

 

L’auteur, Koert Debeuf, un analyste du monde arabe et un blogueur vivant au Caire, est l’auteur du livre Inside the Arab Revolution: Three Years on the Front Line of the Arab Spring.

 







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  • 3 thoughts on “L’islamisme est-il en déclin ?

    1. pactole

      L’islamisme est en plein déclin de toute évidence, ça se voit dans le comportement extrême des Djihadistes, ils sont aux aboies et reculent un peu partout. Pourtant la lutte contre les Islamistes continuera encore pendant 30 ans, le temps qu’une nouvelle génération plus pacifique les remplace.

    2. Dorilée50

      L’islamisme est une vue de l’esprit occidental. Il n’y a pas un coran vert clair et un coran vert foncé et tous les musulmans lisent le même. Sauf à nettoyer ce recueil d’horreurs et extraire tous les passages contraire aux règles de l’Humanité, ceux qui le lisent continueront à propager cette idéologie mortifère. Quant aux  » fous d’allah, je ne vois pas d’autre solution que de les éliminer physiquement. Pour ceux qui ont le cœur bien accroché voici une bonne raison :
      http://www.infobae.com/2014/11/17/1609281-el-estado-islamico-se-radicaliza-y-difunde-video-su-ejecucion-mas-salvaje

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