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En quoi les Média se trompent et trompent sur Israël. [Part 3 /4]


En quoi les Média se trompent et trompent sur Israël. [Part 3 /4]

Par Matti Friedman  – 

Quiconque a voyagé à l’étranger comprend que le fait d’arriver dans un nouveau pays est stressant, et ce l’est d’autant plus quand vous êtes censé montrer votre expertise immédiate. Je l’ai vécu moi-même en 2008, lorsque l’Agence m’a envoyé pour couvrir l’invasion russe de la Géorgie et que je me suis retrouvé 24 heures plus tard à bord d’un convoi de véhicules militaires russes. J’ai dû admettre que non seulement je ne connaissais ni le Géorgien, ni le Russe, mais je ne savais rien non plus des éléments pertinents de l’histoire, je ne savais pas de quel côté était le nord, et plus globalement, je n’avais rien à faire là. Pour un journaliste dans semblable situation, la solution est de rester proche de collègues plus compétents et de tailler sa part de la sagesse commune.

Beaucoup de journalistes fraîchement arrivés en Israël, également à la dérive dans ce nouveau pays, acquièrent une socialisation rapide dans les cercles que j’ai mentionnés. Cela leur donne non seulement des sources et des amitiés mais un cadre tout prêt pour leurs rapports – les outils pour distiller et enchaîner des événements complexes dans un récit simple où il y a un mauvais gars qui ne veut pas la paix et un bon gars qui la veut. C’est «l’histoire d’Israël» qui a l’avantage d’être une histoire facile à rapporter.

Tout le monde ici répond sur son téléphone cellulaire, et tout le monde sait quoi dire. Vous pouvez mettre vos enfants dans de bonnes écoles et dîner dans de bons restaurants. C’est bien si vous êtes gay. Vos chances d’être décapité sur YouTube sont minces. Presque toutes les informations dont vous avez besoin, – c’est-à-dire dans la plupart des cas, des informations critiques d’Israël -, ne sont pas seulement facilement accessibles mais vous ont été déjà rapportées par des journalistes israéliens ou compilées par les ONG. Vous pouvez prétendre dire la vérité au pouvoir, après avoir choisi le seul «pouvoir» dans la région qui ne pose pas de menace pour votre sécurité.

Beaucoup de journalistes étrangers en sont venus à se considérer comme faisant partie de ce monde des organisations internationales, et en particulier comme la branche médiatique de ce monde. Ils ont décidé pas simplement de décrire et d’expliquer, ce qui est déjà assez dur, et important, mais « d’aider ».  Et c’est là que les journalistes ont des problèmes, parce qu’ « aider » est toujours une entreprise trouble, subjective et politique, rendue plus difficile si vous n’êtes pas familier avec les langues et l’histoire pertinente.

La confusion sur le rôle de la presse, explique l’un des aspects les plus étranges de la couverture de cette région, à savoir que tandis que les organismes internationaux sont parmi les acteurs les plus puissants de l’histoire d’Israël, il n’y a presque jamais de reportages sur eux. Sont-ils pléthoriques, inefficaces ou corrompus? Contribuent –ils positivement, ou font-ils du tort? Nous ne le savons pas, parce que ces groupes doivent être cités, et non couverts par des reportages. Les journalistes se croisent en allers-retours entre la BBC ou des organisations comme Oxfam. Le porte-parole actuel de l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens à Gaza, par exemple, est un ancien de la BBC. Une femme palestinienne qui a participé à des manifestations contre Israël et a tweeté furieusement contre Israël il y a quelques années, servait en même temps de porte-parole pour un bureau de l’ONU, et était très amie avec quelques journalistes que je connais. Et ainsi de suite.

Les organisations internationales dans les territoires palestiniens ont largement assumé un rôle de plaidoyer en faveur des palestiniens et de détracteur d’Israël, et une grande partie de la presse a laissé ce rôle politique supplanter sa fonction journalistique.

Cette dynamique explique l’idée derrière les choix éditoriaux qui seraient autrement difficiles à saisir, comme l’exemple que j’ai cité dans mon premier essai sur la suppression par l’Agence de Jérusalem d’un rapport sur une offre israélienne de paix avec les palestiniens en 2008, ou la décision de ne pas tenir compte du rassemblement à l’Université Al-Quds, ou l’idée que le développement par le  Hamas de vastes arsenaux d’armement à Gaza au cours des dernières années ne valait pas d’être couvert sérieusement en dépit qu’objectivement c’était l’un des scénarios les plus importants exigeant l’attention des journalistes.

Comme d’habitude, Orwell est arrivé là le premier. Voici sa description [description] de 1946 des écrivains et « compagnon de route » du journalisme communiste : « L’argument selon lequel dire la vérité serait ‘inopportun’ ou ‘ferait le jeu’ de l’un ou l’autre est ressenti comme irréfutable et  peu de gens sont gênés par la perspective que les mensonges qu’ils tolèrent vont transiter des journaux aux livres d’histoire. »

Les histoires que j’ai mentionnées seraient ‘inopportunes’ pour les palestiniens, et ‘feraient le jeu’ des Israéliens. Et donc, selon le jugement de la presse, ce ne sont généralement pas des nouvelles.

A la suite des trois semaines de guerre à Gaza en 2008-2009, ne comprenant pas encore tout à fait la façon dont les choses fonctionnaient, j’ai passé une semaine et plus à écrire un article sur des ONG comme Human Rights Watch, dont les travaux sur Israël venaient d’être l’objet d’une critique virulente publique et inhabituelle dans le New York Times par son propre fondateur, Robert Bernstein. (Le Moyen-Orient, écrivait-il « est peuplé de régimes autoritaires avec d’effroyables cas de droits humains. Pourtant, au cours des dernières années Human Rights Watch a produit beaucoup plus de condamnations d’Israël pour les violations du droit international que tout autre pays de la région. ») Mon article était modéré, toutes choses considérées, et commençait ainsi:

JERUSALEM (AP) : La relation épineuse entre Israël et ses critiques dans les organisations des droits de l’homme a dégénéré en une guerre de mots sans précédent tandis que les retombées de l’offensive israélienne à Gaza persistent dix mois après la fin des combats.

Les rédacteurs en chef ont tué l’information.

A peu près à cette époque, un groupe basé à Jérusalem du nom de NGO Monitor a été aux prises avec les organisations internationales condamnant Israël après le conflit de Gaza, et bien que le groupe fût très pro-Israël et en aucun cas un observateur objectif, il aurait pu fournir certains points de contestations partisans à nos articles en réponse aux accusations par les ONG qu’Israël aurait commis des «crimes de guerre».

Mais les ordres explicites du Bureau de reporters ont été de ne jamais citer le groupe ou son directeur, un professeur d’origine américaine du nom de Gerald Steinberg. A l’époque, en tant que rédacteur d’Associated Press, me déplaçant dans différentes zones du conflit local, avec ses myriades de fous, de sectaires et de tueurs, ce professeur fut la seule personne que j’ai vu être soumise à une interdiction d’interview.

Quand l’ONU a publié son très controversé rapport Goldstone, sur le conflit à Gaza, nous au bureau nous avons claironné ses conclusions dans des dizaines d’articles, bien qu’il y eût des débats, au moment même où le rapport montrait son incapacité à prouver son accusation principale: qu’Israël avait tué des civils à dessein. (Le directeur du premier groupe des droits de l’homme en Israël, B’Tselem, qui était critique à l’égard de l’opération israélienne, m’a dit à l’époque que cette allégation était «une atteinte compte tenu des faits», évaluation qui fut finalement appuyée par l’auteur du rapport. “Si j’avais su alors ce que je sais maintenant, le rapport Goldstone aurait été un document différent”, a écrit Richard Goldstone dans le Washington Post en Avril 2011.) Nous avons compris que notre travail n’était pas d’avoir un regard critique sur le rapport de l’ONU, ou tout autre document, mais de le faire connaître.

Des décisions de ce genre sont difficiles à comprendre si vous croyez que le rôle de la presse étrangère est d’expliquer une histoire compliquée à des gens très éloignés. Mais elles ont un sens si vous comprenez que les journalistes couvrant Israël et les territoires palestiniens ne voient souvent pas leur rôle de cette façon. Le journaliste de radio et de presse Mark Lavie, qui informait sur la région depuis 1972, était un de mes collègues à l’Associated Press, où il était rédacteur en chef du bureau de Jérusalem, puis au Caire jusqu’à son départ en retraite l’an dernier.

 (Ce fut Lavie qui le premier a appris l’offre de paix israélienne à la fin de 2008, information que ses supérieurs lui ont ordonné d’ignorer.) Israélien né dans l’Indiana, il était modéré politiquement, avait une longue expérience dans le journalisme avec plusieurs guerres à son actif  et la première Intifada palestinienne, et avait peu de raisons de se plaindre du fonctionnement des médias.

Mais les choses ont changé pour de bon en 2000, avec l’effondrement des efforts de paix et le déclenchement de la deuxième Intifada. Israël a accepté le cadre de paix du président Bill Clinton à l’automne et les palestiniens l’ont rejeté, comme Clinton l’a dit clairement.[Clinton made clear.]

Néanmoins, Lavie m’a dit récemment, que la ligne éditoriale de l’Agence, était encore que le conflit était la faute d’Israël, et les palestiniens et le monde arabe étaient irréprochables.

 À la fin de sa carrière, Lavie, reprenait au Caire, des publications israéliennes dans une agence de l’Associated Press pour le Moyen-Orient dans une tentative de rétablir l’équilibre et le contexte d’informations qu’il pensait déconnectées de la réalité. Selon ses propres termes,  l’insolent membre de la presse internationale s’était mué en  « petit juif face au déluge. » Il a écrit un livre, ‘Printemps brisé’, sur son point de vue d’observateur bien informé de la descente aux chaos du Moyen-Orient et se retira désabusé et en colère.

Les journalistes ont décidé de ne plus juste décrire et expliquer, mais «d’aider». Et c’est ce qui leur pose problème.

J’ai eu tendance à voir les défauts spécifiques que nous avons tous deux rencontrés à l’Agence comme les symptômes d’un schéma de pensée générale dans la presse, mais Lavie a pris une position plus énergique, considérant l’influence du modèle organisationnel à l’américaine comme l’un des principaux concepteurs de ce schéma de pensée. (Dans une déclaration, le porte-parole de l’Agence, Paul Colford a rejeté ma critique comme étant ‘des distorsions, des semi-vérités et des inexactitudes’ et a nié que la couverture d’Associated Press avait un parti pris contre Israël.) Ce n’est pas simplement parce que des milliers de médias utilisent du matériel de l’Agence directement, mais aussi parce que quand les journalistes arrivent dans leurs bureaux le matin, la première chose que beaucoup d’entre eux font, est de vérifier le fil de l’Associated Press (ou, de nos jours, leur flux Twitter). L’Agence est comme Ringo Starr, battant loin à l’arrière de la scène: il pourrait y avoir des artistes flashy à l’avant, et vous pourriez ne pas forcément le remarquer, mais quand Ringo arrête, tout le monde s’arrête.

Lavie croit que dans les dernières années de sa carrière, le fonctionnement de l’Associated Press en Israël a dérivé de son rôle traditionnel d’explication attentive vers une sorte d’activisme politique qui a contribué à la fois à créer et à nourrir l’hostilité croissante envers Israël dans le monde entier.

« L’Associated Press est extrêmement importante, et par son retournement, il s’est avéré qu’elle a entraîné beaucoup de monde dans son sillage », a déclaré Lavie. « C’est alors devenu plus difficile pour tout journaliste professionnel de travailler ici, juif ou non. Je rejette l’idée que mon mécontentement ait à voir avec le fait d’être juif ou israélien. Il a à voir avec mon état de journaliste « .

MATTI FRIEDMAN30 novembre 2014
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Traduction Europe Israël

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  • 4 thoughts on “En quoi les Média se trompent et trompent sur Israël. [Part 3 /4]

    1. Elia

      La maladie démocratique !
      Piège à cons !
      Le problème ? Dans ce pays il n’y a pas de règle, tout le monde s’en fout !
      On veut le détruire ! ok, même les juifs y participent !

    2. Robert Davis

      Excellent article bien qu’on savait tout cela mais comme la propagande il faut dire ces choses et les répéter des milliers,des millions de fois pour que TOUS le sachent par coeur de préférence. Le mot « AIDER »de ces imbéciles de journaleux sans cervelle et sans jugement est intéressant mais c’est encore un euphémisme. Ils n’aident pas ils AGISSENT SELON LES ORDRES DES POLITIQUES mais comme ils ne peuivent pas le dire ils utilisent le mot « aider »! LMES MEDIAS NE SONT QU UN INSTRUMENT DE GUERRE ENTRE LES MAINS DES POLITIQUES DE GAUCHE qui ne cesseront leur guerre contre la démocratie et en particulier Israel qui en est le point faible que lorsqu’un dictateur type hitler leur fermera le bec. En attendant il existe des moyens MOINS RADICAUX POUR LEUR FERMER LE BEC : QUE ISRAEL LEUR INTERDISE DES ACCES,LES MALTRAITE (ça c’est trés important c’est une chose qu’ils apprécient et craignent fort)QU ISRAEL AGISSE SANS LES ECOUTER,UTILISE LA POLITIQUE DES FAITS ACCOMPLIS. Peut-être que cela peut suffire et éviter une 3 ème guerre mondiale qui est en train d’arriver à grande vitesse.

    3. Robert Davis

      Je suis tout de même gêné par la phrase d’Orwell citée « les mensonges vont transiter des journaux à l’Histoire »!!!Je suis peut-être naif mais JE N Y CROIS PAS. Les mensonges de goebbels ont-ils transité à l’Histoire? NON, par contre ceux de Jules César oui…Ce sont les mensonges du VAINQUEUR qui transitent à l’Histoire et encore je n’en suis pas sûr du tout car aujourd’hui la vérité a des millions de véhicules alors qu’à l’époque romaine il n’y avait ni presse(celle-là…)ni internet!

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