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Georges Bensoussan : « Jamais nous n’avions vu un tel déchaînement de violence physique et de libération de la parole antisémite en France »


Georges Bensoussan : « Jamais nous n’avions vu un tel déchaînement de violence physique et de libération de la parole antisémite en France »

 

L’historien, auteur en 2012 de « Juifs en pays arabes. Le grand déracinement 1850-1975 », souligne les racines culturelles et politiques de l’antijudaïsme contemporain en France.

Actualité Juive: Quelles sont les caractéristiques de l’antisémitisme qui parcourt les banlieues françaises ? 
Georges Bensoussan : C’est un antisémitisme culturel, d’origine maghrébine, très ancien et antérieur à la colonisation. Il est relatif à la condition de dhimmi, une condition inférieure marquée souvent par l’humiliation et la violence.
Contrairement à la légende, il n’y a jamais eu de véritable lune de miel entre Juifs et Arabes et ce n’est pas l’État d’Israël qui l’a rompue. Il y eut certes des périodes de coexistence mais toujours marquées par un sentiment d’anxiété.
En revanche, il est vrai que la colonisation française a aggravé le ressentiment arabe contre les Juifs. En Algérie surtout, la colonisation a renforcé le ressentiment antijuif de la population car du jour au lendemain les Juifs ont été faits français par le décret Crémieux. En conséquence, le Juif, qui fut toujours une figure d’opprimé dans le monde maghrébin, devenait d’un seul coup un supérieur. Cela a constitué une source de colère et de frustration. Cette émancipation du Juif a profondément insupporté ce que j’appelle « l’économie psychique du monde arabo-musulman », parce que le dominant n’accepte jamais l’émancipation du dominé.
 
Les populations du Maghreb, venues très nombreuses et qui ont parfois et jusqu’aujourd’hui connu de gros problèmes d’intégration, ont vu dans l’émancipation du signe juif, dans l’intégration des Juifs à la société française, tout ce qui pouvait aggraver leur ressentiment. Ce facteur-là n’est pas assez pris en compte par les médias occidentaux qui ignorent cette histoire de longue durée.
 
A.J. : L’État français peut-il être dépassé par cet antisémitisme populaire ? 
G.B. : L’appareil d’État est irréprochable. Du côté de l’opposition, Bruno Le Maire parmi d’autres l’est également. Mais les responsables politiques prennent en charge le problème très tard, surtout à gauche.
Aujourd’hui on peut craindre qu’il ne soit trop tard tant la violence est installée et la population d’origine maghrébine nombreuse.
La grande crainte des politiques, c’est la résurgence des émeutes de 2005 et la crainte d’une nouvelle guérilla urbaine. Ils font de nombreux efforts pour contrer la violence antijuive, mais il faut savoir aussi que dans ces situations difficiles, la lâcheté n’a jamais assuré la paix civile.
Or une grande partie des élites politiques et surtout médiatiques craint de nommer les choses, en particulier quand elle évoque des « incidents de fin de manifestation » à propos des tentatives de pogrom rue de la Roquette, à Sarcelles et rue des Rosiers.
A.J. : La situation des Juifs de France est-elle en partie comparable à ce qu’ont vécu les Juifs des pays arabes au milieu du XXe siècle ?
G.B. : Non, ce n’est pas comparable. Dans les pays arabes, ce sont aussi les appareils d’État qui ont fait partir sournoisement les Juifs, en les poussant peu à peu au départ. En France, en revanche, la société commence à prendre en compte ce qui se passe et l’appareil d’État est solidaire. Mais ce qui s’est passé en juillet peut parfaitement être compris comme un signal, en particulier pour la population la plus jeune, je pense en particulier aux jeunes parents.
Une ligne rouge a été franchie. A cinq reprises en deux semaines, on a assisté à des tentatives de mini-pogroms en France. Jamais nous n’avions vu un tel déchaînement de violence physique auquel a participé la libération de la parole antisémite.
Une libération qui, stimulée par l’extrême droite – Soral, Dieudonné, Jean-Marie Le Pen – permet de faire tomber les derniers tabous nés de la Seconde Guerre mondiale.
La cause palestinienne semble la seule pour laquelle les Français d’origine maghrébine descendent défiler. Or d’autres causes arabes pourraient mobiliser, mais celle-ci est la seule dans laquelle ils affrontent des Juifs. Or dans l’économie psychique de ce monde, le Juif est toujours marqué par l’infériorité et la soumission, et son émancipation bouscule son schéma mental. A fortiori avec l’Etat d’Israël.

«L’antisémitisme dans les banlieues est devenu aujourd’hui un code culturel» 

A.J. : Existe-t-il dans le monde ashkénaze des précédents historiques qui rappelleraient notre situation ?
G.B. : Si l’on prend l’exemple de l’antisémitisme russe du tournant du XIX-XXe siècle, l’attitude de l’Etat y était nettement différente. Le déchaînement russe a été favorisé par la police et le pouvoir. En France, le déchaînement est aujourd’hui autonome et tient à la massivité de la population d’origine maghrébine dont le ressentiment se cristallise sur la Palestine. La violence, elle, est le fait d’une minorité dangereuse et active.
En revanche, du côté des émeutiers, les ressemblances sont nombreuses. Beaucoup de ceux qui cassent sont en situation d’échec social, habités par un profond ressentiment et portés par une frustration typique du lumpenprolétariat. C’est le profil de ceux qui ont constitué en Allemagne les S.A., des casseurs, des voyous qui donnent une couleur politique à leur frustration.
On nous dit qu’ils ne sont qu’une minorité, mais ce sont précisément les minorités qui sont toujours à l’origine des violences.
L’antisémitisme dans les banlieues est devenu aujourd’hui un code culturel comme il l’était au XIXe siècle en France. Mais c’est aussi un code d’intégration culturelle car les émeutiers antijuifs comme on l’a vu à Sarcelles ne sont pas forcément d’origine maghrébine. La population immigrée en échec d’intégration, au chômage, s’est coulée dans le moule de l’antijudaïsme maghrébin et voit dans le signe juif le signe de la réussite, de l’argent, mais aussi d’une modernité qui la fascine et qu’elle déteste en même temps (je pense à l’émancipation des femmes).
 A.J. : Est-ce que cet antisémitisme populaire pourrait prendre des formes encore plus radicales dans notre pays ?
G.B. : Oui. Nous ne sommes qu’au début d’un processus. La pesanteur démographique est du côté des émeutiers qui ont pour eux le nombre, qui savent qu’ils font peur et que dans ce pays le principe d’autorité même est de plus en plus contesté.
Mais l’erreur des Juifs est de croire qu’ils sont enfermés dans un tête-à-tête avec ces extrémistes. Alors que la majorité de la population française se montre au contraire inquiète par cette évolution qui ne concerne pas les Juifs seuls.
En effet, ce que cette masse silencieuse sent confusément, c’est que lorsque vous remplacez un drapeau français par un drapeau algérien comme à la suite des matchs de l’Algérie au mois de juin, c’est l’idée même de France qui est menacée.
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  • 2 thoughts on “Georges Bensoussan : « Jamais nous n’avions vu un tel déchaînement de violence physique et de libération de la parole antisémite en France »

    1. Meir Ben-Hayoun

      Et oui cher Georges Bensoussan qui êtes pourtant quelqu’un de très sérieux et aux analyses très pertinentes, ça c’est, entre autres, la récompense aux intellectuels qui ont soutenu la création de Jcall comme vous. Au lieu de calmer la donne, votre propension à vouloir forcer la main à Israel d’accepter la solution suicidaire de deux Etats, cela n’a fait qu’exciter contre vous et contre les Juifs les pro palos en Europe. Mais ça vous le saviez déjà. On vous l’a dit et répété à souhait lorsque vous avez signé Jcall, de sorte que vous ne pouvez pas aujourd’hui dire qu’on ne vous l’avait pas dit. Vous Georges Bensoussan et les autres signataires de Jcall, vous avez à votre insu favorisé indirectement et partiellement ce déchainement antijuif que vous aviez cru éviter en jetant en pature à l’ennemi arabe des parties d’Eretz Israel et nos maisons.

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