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La doctrine Netanyahou, par Guy Millière


La doctrine Netanyahou, par Guy Millière

Les opérations d’Israël contre le Hamas ont commencé il y a cinquante jours. Une trêve se met en place, mais une trêve n’est pas la fin des hostilités, surtout avec une organisation telle que le Hamas.

Des tirs d’obus depuis Gaza ont eu lieu jusqu’au dernier moment, et ils ont tué.

Il y a eu trop de morts israéliens. Chaque mort me bouleverse. Mais je ne peux regarder la photo du petit Daniel Tragerman sans que des larmes montent dans mes yeux. J’aimerais, comme tous les Israéliens, voir une issue définitive prendre forme. Je sais que ne sera pas le cas. Je sais qu’il règne de la frustration de ne pas voir d’issue définitive prendre forme.

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Dans l’absolu, un écrasement total du Hamas serait légitime et justifié. Et dans l’absolu, je suis favorable à cet écrasement. Je l’ai écrit. Cet écrasement impliquerait de réduire Gaza à l’état de décombres.

Cela dit, se poserait alors la question du statut ultérieur de Gaza. Une réoccupation israélienne ne peut qu’être écartée, car elle serait coûteuse en vies israéliennes (entrer dans un nid de frelons implique des risques) : elle impliquerait, en outre, une mobilisation et des coûts très importants pour Israël. Replacer Mahmoud Abbas à Gaza, comme cela est souhaité ici ou là (et comme lui-même l’espère) serait, tout bien pesé, une très mauvaise idée, qui conduirait à une relance forcenée des exigences occidentales d’un réenclenchement rapide du « processus de paix ».

Je m’efforce, en ce contexte, de comprendre l’attitude de Binyamin Netanyahou, quand bien même je sais qu’elle est, sans doute, difficile à comprendre.

Cette attitude me semble dictée par le monde tel qu’il est et par le Proche-Orient tel qu’il est. Je pense qu’il existe ce que je pourrais appeler une « doctrine Netanyahou », et j’explique en détail cette doctrine dans le prochain numéro d’Israël Magazine.

Binyamin Netanyahou sait que l’Europe est en position (lâche) d’apaisement, qu’elle rêve de réenclencher rapidement le « processus de paix », et de placer Mahmoud Abbas en position d’homme providentiel. Il sait que l’administration Obama est sur des positions aussi viles et lâches que l’Europe. Il sait, en somme que l’Europe et les Etats Unis voudraient imposer l’avancée à marche forcée vers un « Etat palestinien » à Israël en confiant celui-ci à Mahmoud Abbas. Il sait que le Hamas, même écrasé totalement à Gaza, ne disparaîtrait pas de l’équation, car ses chefs politiques sont au Qatar. Mahmoud Abbas a montré lui-même que ce qui le séparait du Hamas est très mince.

Binyamin Netanyahou sait aussi qu’Israël a deux alliés tactiques régionaux, l’Egypte et l’Arabie Saoudite, dont les dirigeants se sentent aussi trahis qu’Israël par l’Europe et les Etats Unis. Il sait que l’alliance (implicite) d’Israël avec l’Egypte et l’Arabie Saoudite ne tient que tant que la « question palestinienne » est quasiment hors jeu (aucun pays arabe ne peut se permettre de paraître négliger la « question palestinienne » si elle est au centre de la table), et il sait que la « question palestinienne » restera quasiment hors jeu tant que le « processus de paix » ne sera pas sérieusement réenclenché.

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Il choisit donc un statu quo, destiné à laisser à Gaza un Hamas affaibli, largement désarmé, mutilé (des coups très sévères ont été portés au Hamas, et on peut penser qu’il a tiré ces dernières heures, de manière forcenée, comme on tire ses dernières cartouches) mais pas mort, car il sait qu’un Hamas affaibli, largement désarmé, mais pas mort, sera un obstacle au réenclenchement rapide du « processus de paix ».

Il choisit ce statu quo, car ce statu quo préserve l’alliance tactique Israël Arabie Saoudite Egypte, empêche le réenclenchement rapide susdit, et entrave les pressions européennes et américaines sur Israël.

Binyamin Netanyahou, surtout, voit ce que ne veulent obstinément pas voir les dirigeants européens et américains : ce qu’on appelle en anglais « the big picture », la grande image, autrement dit, l’image d’ensemble.

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Il voit que le danger pour Israël ne vient pas seulement de Gaza et du Hamas, de la volonté européenne et américaine de faire pression sur Israël aux fins d’avancer vite vers un « Etat palestinien », mais vient aussi et surtout des forces djihadistes amassées autour d’Israël, et qui ne sont pas que le Hamas, mais aussi le Hezbollah, le Front al-Nusra, l’Etat Islamique, avec, en arrière plan, l’Iran et le Qatar.

Il voit que la situation régionale est extrêmement instable et que des fronts peuvent s’ouvrir au Nord et à l’Est, si la Jordanie était déstabilisée.

Il voit que l’alliance tactique avec l’ Arabie Saoudite et l’Egypte lui assure la tranquillité au Sud, des appuis s’il devait agir sur un autre front.

Il voit que la « question palestinienne » n’est pas l’urgence de l’Arabe Saoudite et de l’Egypte, qui comptent sur Israël pour faire face aux forces djihadistes qui les menacent aussi, elles, Arabie Saoudite et Egypte.

Il voit que l’Europe et les Etats Unis veulent avancer à marche forcée sur la « question palestinienne », parce que dirigeants européens et américains espèrent apaiser les forces djihadistes en créant un Etat palestinien confié à Mahmoud Abbas quasiment à tout prix et en sacrifiant Israël.

Et il voit que l’Arabie Saoudite et l’Egypte n’ont pas plus d’illusions qu’Israël sur la possibilité d’apaiser les forces djihadistes et pas plus de dilection qu’Israël présentement à voir se créer un Etat palestinien confié à Mahmoud Abbas quasiment à tout prix, en sacrifiant Israël.

Je m’efforce de comprendre l’attitude de Binyamin Netanyahou quand bien même je sais qu’elle est, sans doute, difficile à comprendre, disais-je.

On ne peut la comprendre sans comprendre « the big picture ». Dans ma chronique d’Israël Magazine, je parle de « longue guerre », et j’explicite les circonvolutions d’un enchevêtrement complexe.

Je parle de « doctrine Netanyahou ».

La doctrine serait très différente, sans doute, si la situation était très différente, mais la situation est ce qu’elle est.

Les forces djihadistes enflamment tout le Proche-Orient, et ce n’est sans doute qu’un début. L’Iran et le Qatar sont à la manœuvre en arrière plan. Israël se bat pour sa survie face aux flammes des forces djihadistes.

L’Arabie Saoudite et l’Egypte se battent pour leur survie aussi et sont, pour l’heure du côté d’Israël.

Le monde occidental n’est pas du côté d’Israël, et prêt à sacrifier Israël en espérant satisfaire les forces djihadistes et les calmer. Le monde occidental veut utiliser pour cela la « question palestinienne » et Mahmoud Abbas.

La « question palestinienne » n’est ni la priorité d’Israël, ni la priorité de l’Arabie Saoudite ou de l’Egypte. Binyamin Netanyahou, les dirigeants saoudiens, le maréchal Sissi, savent qui est Mahmoud Abbas.

Un Hamas affaibli, largement désarmé, mutilé, mais pas mort à Gaza est, temporairement, la moins mauvaise solution dans cette situation.

On se retrouve dans ce type de situation quand il y a, à la Maison Blanche, un Président qui peut  reprendre sa partie de golf moins de dix minutes après avoir parlé de l’assassinat de James Foley, et qui a plus de sympathie pour le Qatar et l’Iran que pour Israël.

On se retrouve dans ce type de situation quand il y a au pouvoir en Europe des carpettes achetées en solde par le Qatar et prêtent à servir de paillasson à l’Iran, pour peu que celui-ci signe quelques contrats.

Des « négociations » vont avoir lieu. Je ne doute pas que Binyamin Netanyahou sera inflexible sur ce qui compte pour que le Hamas reste affaibli, largement désarmé, mutilé : une demande de désarmement complet du Hamas contrôlable par Israël. Je ne doute pas qu’il refusera toute concession sur le statut de Gaza tant que ce désarmement complet ne sera pas obtenu : pas de reconstruction sans désarmement et sans maintien de contrôles stricts aux frontières de Gaza. Je ne doute pas qu’il refusera tout reprise de quelque « processus » que ce soit tant que le Hamas sera dans  l’ombre de Mahmoud Abbas. Je ne doute pas que le désarmement complet du Hamas, contrôlable par Israël, ne sera pas obtenu. Je ne doute pas que le Hamas restera dans l’ombre de Mahmoud Abbas.

Gaza aurait pu être détruit davantage par Israël : ne pas avoir détruit Gaza davantage évite, de surcroît, à Israël d’être confronté à des chantages « humanitaires » dictés par l’ « urgence », chantages que le monde occidental aimerait exercer.

Le Hamas a fait la fête à Gaza, en disant qu’il a gagné. Il n’a rien gagné du tout. Il a presque tout perdu. Sa survie ne tient qu’à un fil, que Binyamin Netanyahou n’a pas voulu couper, pour les raisons que je viens d’exposer.

La population de Gaza fait la fête : il y a de quoi. Trois cent mille personnes à Gaza avaient un logement et n’ont plus que des ruines où habiter. Sept mille missiles divers ont  été tirés vers Israël et le Hamas a tué soixante dix Israéliens (ce qui est beaucoup trop, mais sans aucun doute très en dessous de ce que le Hamas espérait en tirant sept mille missiles divers). Mille terroristes djihadistes ont été tués, ce qui en fait mille de moins. Des boucliers humains par centaines ont été tués aussi. Plusieurs dirigeants importants du Hamas ont été éliminés. Tous les tunnels d’attaque contre Israël ont été détruits. Joie ! Il y a vraiment de quoi faire la fête à Gaza.

De tirs peuvent-ils reprendre de Gaza vers le Sud d’Israël ? Ce n’est pas impossible, hélas. Le Hamas peut rêver d’autres « victoires » : quelques milliers de maisons supplémentaires détruites à Gaza. Quelques centaines de terroristes djihadistes supplémentaires et quelques dirigeants du Hamas envoyés de vie à trépas. Je suis sûr que Binyamin Netanyahou est prêt à donner ce type de « victoires » au Hamas.

 © Guy Millière pour Dreuz.info.







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  • 7 thoughts on “La doctrine Netanyahou, par Guy Millière

    1. DANY83270

      devant les menaces de plus en plus précises pour sa survie, l’Etat d’Israël ne pourra pas faire l’économie d’ une « bombinette » balancée sur la gueule des terroristes qui veulent rayer ce petit pays de la carte du Proche-Orient pour mettre les islamistes à sa place; ça suffit de tergiverser parce que ce sera eux ou nous !

    2. klein

      Tant que la veulerie de l’occident subsistera ! Israël ne peut agir autrement !
      Un antisémitisme larvé sourd en occident ! les juifs d’Europe s’en rendent compte ! ils auraient raison de fuir ? Nous aurions à perdre l’essence m^eme de notre civilisation étant abandonné de ceux là même qui ont construit nos élites !
      C’est une catastrophe pour nos civilisations ! combien de prix Nobel juifs ! combien de prix Nobel musulmans ! Le juif tire l’ Humain vers le haut ! le musulman le réduit à l’esclavage ! Et je suis fier d’être goy et de dire ça !

    3. Dan

      Moi qui vous lis depuis des années. Je n’ai pas eu l’impression cette fois que c’était vous.
      Bibi n’a aucune. Stratégie. IL SUBIT UN CHANTAGE. D’OBAMA
      QUELLE EST CETTE CHOSE QUI EFFRAIE TANT BIBI. SI ELLE ÉTAIT CONNUE DU MONDE ET D’ISRAËL. ???? Sûrement. Quelque chose DE BIEN DÉGUEULASSE LES ANCIENS DIRIGEANTS D’ISRAËL. ONT PRÉPARÉ. LA NATION. A CET AUJOURDH´UI. EN. DÉVELOPPANT LA PUISSANCE THERMONUCLÉAIRE D’ISRAËL. ILS N’AVAIT PAS PENSÉ
      QU’UN MALADE TEL BIBI. FERAIT DE CETTE PUISSANCE SALVATRICE.
      UN. VULGAIRE CHIFFON.
      CAR SOUS LA DÉPENDANCE D’UN CHANTAGE. LE BIBI. SALE LE COCO ISRAËL PEUT. DÉFINITIVEMENT. EFFACER. LE PROBLÈME.
      RELIGIEUX ISLAMIQUE. ISRAËL. PEUT LE FAIRE. BIBI. NON. !!!
      Il se comporte COMME UN ROI NÈGRE. SON CABINET HÉLAS. MALGRÉ BENNET ET LIBERMAN. EST. PIEDS ET POINGS LIÉS
      BIBI N’A FAIT QUE SES MAGOUILLES PERPÉTUELLES. POLITICIENNES
      LA GUERRE. ??? Il ne l’a pas faite un seul. Jour !!!!!
      CE PRÉTEXTE. UN HAMAS FORT. UN. FATAH. FAIBLE. N’EST QU’UNE
      COMÉDIE. IMMONDE. FAITE SUR MESURE POUR LES GAUCHISTES ISRAÉLIENS. LE MONDE SAIT PARFAITEMENT
      QUE. HAMAS. FATAH. ET. AUTRES ORGANISATIONS TERRORISTES
      COMME DISAIT DEGAULLE. C’EST BLANC BONNET. ET. BONNET BLANC.

    4. Claude

      La première chose est que le Hamas ne sera pas désarmé ! à moins de tout nettoyer à Gaza et, qui donc le fera !!!!

      Dire qu’il est presque mort, c’est peut – être un peu exagéré ; près de 200 roquettes et obus de mortier se sont abattus sur Israël, quelques minutes avant le début de la trêve, tuant encore 2 personnes !! Et ce jour ,en plein cessez le feu, ils pensent déjà au prochain combat !! « sur la route de …Jérusalem » ce qui démontre bien leur idéologie qui n’est pas prêt de changer !

      Netanyahu ne veut pas d’Abbas et pourtant , je suppose que c’est le vœu le plus cher de la communauté internationale, et il y a toutes les chances que ce vœu soit exaucé, mais pour ce qu’il en est de tout contrôler à Gaza !!! face au Hamas, il ne fera pas long feu !!!

      Quant aux jihadistes, alors là, ce n’est certes pas Abbas qui les empêchera d’aller là où ils voudront aller ….

    5. madeleine

      à Dan,

      Certes, Israël a la bombe, mais le problème est que s’il la balance sur l’Iran ou le Qatar, il y a 50 autres pays arabes en plus de la Bande de Gaza et de la Judée Samarie qui ne resteraient pas les bras croisés. Faut-il tous les bombarder aussi ?
      Je pense qu’avant d’en arriver là, il aurait été bon de rentrer dans la Bande de Gaza, de la raser complètement (après avoir fait partir ses habitants), de la réoccuper et de réimplanter des Israéliens. Il n’y aurait plus rien à craindre des tunnels, ni des infiltrations de terroristes par les bords de plage. Bibi a pesé le pour et le contre bien sûr mais il en a conclu que cette solution coûterait trop en vie humaines (soldats) et en argent. Mais s’il rasait la Bande en la bombardant ces deux problèmes (soldats et argent) n’existeraient plus.

    6. Le Sushi

      Tant que la communauté européenne et Obama protègerons les Palestiniens, qu’ils soient du Hamas ou de « simples civils » qui n aiment d ailleurs pas les juifs non plus, Bibi aura les mains liés. . Et ca va trainer encore comme ca durant des décennies. Effectivement, raser la verrue de Gaza, (qui était JUIVE avant qu’Hadrien le romain change le nom pour l appeler Phalestine en référence aux philistins peuple nomade maritimes venus de l asie mineure et qui tentèrent d envahir le royaume de judée via la bande de Gaza,) bref, cela serait la seule et meilleure solution. Les gazaouites ? il ne manque pas de pays arabes pour les acceuillir. Qui aura les C;;;; pour le faire ?? nobody , donc retour à la case départ;;

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