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Une ère de promesses économiques


Une ère de promesses économiques

On a beaucoup ri cette semaine en Turquie lorsque la Syrie a annoncé qu’elle avait ouvert un bureau destiné au boycott de l’économie de son voisin du Nord. Mis à part ces accusations syriennes, sans doute risibles mais véridiques, que les sociétés turques sabotaient l’économie syrienne et qu’elles avaient pillé Alep, on se trouve devant une économie en ruine menaçant un géant, à l’image d’une souris criant devant un lion.
Mais ce n’était pas toujours le cas. Des menaces similaires ont vu le jour, au moment où Israël naissait, et elles étaient virulentes, jetant un voile épais sur l’économie embryonnaire du nouvel état.
Mais l’économie israélienne s’est redressée depuis, et elle a appris à survivre aux menaces en rejoignant l’économie globale et en ignorant l’hostilité de ses voisins. A 66 ans, cependant, l’économie globale est en train de se transformer et de se diriger vers des horizons favorables à l’état juif.

Les menaces de boycott arabe furent effectives au début: ainsi Renault qui assemblait des voitures en Israël, abandonna cette activité au milieu des années 50, Ford abandonna l’idée de fabriquer des voitures dans ce pays, et tous les fabricants japonais, en dehors de Subaru, évitèrent Israël jusque dans les années 80. La liste des sociétés qui se sont pliées au boycott est longue.
Plus que le boycott, la charge du coût de la guerre était plus terrifiant pour l’économie naissante.
N’étant en paix avec aucun de ses voisins, le nouvel état devait consacrer une grande partie de ses maigres ressources à sa défense, dépensant par habitant 3 fois plus que les économies occidentales, ce qui signifiait que les budgets accordés au développement étaient inférieurs aux normes, et, pire, une grande partie de l’énergie humaine disponible était consacrée à la sécurité du pays, au lieu de développer l’industrie.
De plus, ne pouvant vendre à ses voisins, Israël était obligé de rechercher des marchés lointains, avec des coûts de transport excessifs. Ensuite Israël était dépourvu de ressources naturelles, comme le pétrole, le charbon ou le gaz, ou des métaux comme le zinc, le fer, le platine ou l’or, manquant aussi de bois et d’eau. Ajoutez à cela l’absorption, dans les premières années un nombre d’immigrants plus important que le nombre de natifs du pays; immigrants rescapés de l’holocauste, ou chassés des pays arabes, c’est à dire des personnes sans moyens et souvent sans diplômes, pour se réinstaller aisément dans le pays.
Pour terminer la peinture du paysage, il faut savoir que l’économie du pays a été largement construite selon un schéma socialiste, par des gens qui se méfiaient de l’entreprise privée et qui préféraient une lourde bureaucratie d’état pour régir aussi bien le logement que les liaisons téléphoniques. Fervents croyants dans l’interventionnisme d’état, ils ont subventionné les produits de base et imposé des droits et des taxes élevés aux produits importés.

Les historiens débattront des réalisations et des échecs de cette ère, de sa durée et des raisons de sa disparition. Mais ils seront tous d’accord pour dire que le tournant capitaliste a été pris en 1985, le plan de stabilisation venant à bout de l’inflation, réduisant le coût de la défense, abolissant les subventions, rendant indépendante la banque centrale d’Israël et marginalisant les syndicats. Ces actions ont été suivies en 2003 par des privatisations de grande ampleur, des réductions d’impôts, des réformes profondes des retraites et du marché des capitaux et d’une réduction draconienne des charges sociales.
L’économie du pays a mûri grâce à ces actions et le sheqel, qui était une monnaie faible, est devenue une monnaie parmi les plus fortes de l’Ocde et la croissance du PNB, des investissements étrangers et des réserves de devises par habitant sont devenue la plus forte, avec des taux de chômage, de dette par rapport au Pnb et d’inflation les plus faibles au monde.
Aujourd’hui, alors que l’économie globale entre dans une nouvelle ère, l’économie israélienne, menée avec prudence et sagesse, passera d’une adolescence socialiste et d’une maturation capitaliste vers une ère d’inspiration globale.
En parfait contraste avec les conditions économiques prévalant à sa naissance, une série de tendances globales, des évènements régionaux et des circonstances locales sont intervenus pour changer le paysage et nous sommes aujourd’hui face à l’aube d’une ère nouvelle qu’on peut appeler « post-occidentale » ou « post-américaine ». Jusqu’ici le monde était régi par l’Europe et l’Amérique, l’axe dit occidental étant dominant dans l’industrie manufacturière. Lors des 4 premières décennies d’existence d’Israël, les économies non occidentales n’avaient presque aucune influence, comme les marchés du bloc de l’Est, de la Chine ou de l’Inde, et même après la chute de l’empire communiste russe, les économies libérées ont gravité autour de l’Occident.
Aujourd’hui tout change. L’économie chinoise va dépasser cette année celle des Etats-Unis et l’Indienne, celle du Japon, selon la Banque Mondiale. Bien que ces mesures ne concernent pas des productions en valeur absolue, mais en parité de pouvoir d’achat tenant compte du coût de la vie, la situation est néanmoins claire: l’Occident n’est plus seul et une ère se termine après 142 ans de domination américaine. C’est aussi la fin du statut de la locomotive chrétienne qui tirait l’économie mondiale depuis la révolution industrielle.
La perte de la prééminence américaine est cependant relative et mettra un certain temps à se concrétiser, tout comme celle de l’Angleterre entre 1872 et 1945. Ainsi, la place privilégiée de l’oncle Sam dans le marché israélien, comme dans le coeur et l’esprit des Israéliens continuera encore. De même l’Europe sera encore un partenaire commercial majeur, malgré le fait que la carte des échanges soit en cours de transformation majeure.
Ainsi, à la fin de la Guerre froide, la Russie et l’Azerbaijan devinrent des fournisseurs importants de pétrole d’Israël. Mais ce qui est plus significatif, en 2014, les ventes vers l’Asie représentent le 1/4 de toutes les exportations et dépasseront, pour la 1ère fois, celles vers les Etats-Unis. La part de 40% de l’Europe est en train de rétrécir, alors que celle de l’Asie croît d’une façon drastique.
Alors que ce commerce est dominé par Intel et Israel Chemicals vers la Chine, ainsi que par les ventes de matériel de défense vers l’Inde, l’état juif est de plus en plus perçu comme offrant plus qu’une marchandise, une inspiration.
De 2003 à 2013, les entrepreneurs israéliens ont créé et vendu 772 start-up pour un total de 42 milliards $. Et les 12 derniers mois se terminant en janvier, 45 start-up ont été vendues pour 6,4 milliards $; de plus on a levé 1,2 milliards $ du public en un an et 0,7 milliard $ en un seul trimestre.
Du software de navigation Waze, du cyberprotecteur Trustee à l’accélérateur de mobile Intucell ou le développeur de consoles de jeu PrimeSense achetées par des géants du Net comme Google, IBM, Cisco et Apple, cela montre ce dont la Chine a besoin, alors qu’elle est entrée dans une ère nouvelle. Et les Chinois en sont conscients et sont attirés par la culture entrepreneuriale d’Israël.
En Inde, Israël développe déjà cet esprit pionnier dans l’agriculture. Ses experts sont disséminés dans une trentaine de centres pour développer l’agriculture de 10 états indiens et introduire des méthodes nouvelles d’irrigation et de fertilisation. De l’Asie Centrale jusqu’à l’Amérique latine, les spécialistes israéliens aident les fermiers à planter de nouvelles récoltes, à doubler le rendement de lait et à multiplier celui de la terre.

Cet esprit d’entreprise exporté aux pays émergents dans une économie globale « post-américaine »
va de plus en plus dominer l’économie du pays. Ne mélangeant pas économie et politique, ces pays relativement proches et dont les besoins sont en forte hausse vont façonner l’avenir économique d’Israël avec de grandes promesses.

Malheureusement, ceci ne concerne pas le Moyen Orient proche, à court ou à moyen terme.
Car les guerres civiles qui y ont cours et qui ravagent la région depuis bientôt 1/4 de siècle, du Liban, Irak, Syrie, jusqu’au Yémen, Soudan, Libye et Algérie, en passant par l’Egypte et Bahrain, rendent la situation catastrophique.
On peut néanmoins espérer que la situation évoluera comme elle l’a fait en Europe après la Guerre de Trente Ans et on verra alors naître un esprit de tolérance qui remplacera la violence.
Ce jour sera le bienvenu pour Israël, mais pour le moment, Israël est obligé d’aller chercher ailleurs ses débouchés, comme ce pays l’a fait pendant 66 ans.
Cette situation devrait obliger Israël à réduire les dépenses de défense contre des guerres conventionnelles et en consacrer une partie à la lutte anti-guerilla et contre la terreur. Ce changement n’a pas été encore réalisé et les dirigeants devraient imiter Rabin qui a réduit en 1985, les dépenses de sécurité de 20%, ce qui a permis le démarrage de la 1ère révolution économique du pays.
Enfin, nous avons trouvé du gaz au large de nos côtes. Ce nouveau trésor a été découvert au moment où le pays en avait le moins besoin, 4 décennies après l’embargo pétrolier et après que le pays ait émergé du sous développement. Cet apport financier soudain a déjà mis en faillite d’autres économies, fortifiant exagérément la monnaie, augmentant le prix de la main d’oeuvre et rendant volatiles les budgets nationaux du fait des spéculations. Mais en principe cette menace a été neutralisée par le gouvernement qui a adopté la recommandation de Stanley Fisher, ex-gouverneur de la banque d’Israël, créant un fonds souverain pour canaliser les revenus du gaz et les consacrer à l’éducation et aux actions sociales, à petites doses réparties sur le très long terme.

Cette vision courageuse, comme la réduction des dépenses pour la défense, restent à faire, alors qu’Israël a commencé à vendre son gaz, qui couvre les besoins d’au moins deux générations.
D’autres défis l’attendent à l’aube de cette nouvelle ère « post-américaine », les écarts énormes entre pauvres et riches, le pays étant en tête des pays développés.
Mais comme il l’a fait pendant les premières 66 années, le pays a de fortes chances de relever tous les défis qui se présentent à lui.

 

Par Amotz Asa-El, journaliste
Jerusalem Post 2 mai 2014
Traduit et adapté par Albert Soued, écrivain, http://soued.chez.com pour www.nuitdorient.com







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