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L’Eglise protestante allemande, une volonté coupable d’oubli. 1945-1950 – Marc-André Charguéraud


L’Eglise protestante allemande,  une volonté coupable d’oubli. 1945-1950 – Marc-André Charguéraud

L’antisémitisme et l’antijudaïsme toujours présents retardent toute repentance.
Dans les années qui ont suivi la guerre, les dirigeants de l’Eglise confessante de Martin Niemöller prennent la direction des Eglises évangéliques d’Allemagne (EKD). [1] On était en droit d’attendre que l’Eglise reconnaisse une part de culpabilité dans la catastrophe juive. Il n’en fut rien. Le « contexte » de l’époque ne s’y prêtait pas, a-t-on plaidé ! Une excuse inacceptable.

 Quel qu’en soit le prix, sa propre réconciliation interne fut la priorité de l’Eglise. L’exemple de Siegfried Leffler est choquant. Il fut l’un des initiateurs du mouvement des « Chrétiens allemands ». Il proclamait que Hitler était un envoyé de Dieu sur terre. [2] A la défaite, il est emprisonné. Mais dès 1949, l’EKD le réadmet comme pasteur et lui confie, aussi stupéfiant que cela paraisse, le poste de porte-parole de l’Eglise de Bavière.[3]

 

Que des pasteurs « dévoyés » ayant reconnu leurs erreurs soient de nouveau accueillis parmi les fidèles, rien de plus « chrétien ». Mais comment accepter que des pasteurs ayant milité pour un déviationnisme théologique insensé, des hérésies abominables, et un antisémitisme exacerbé puissent retrouver une chaire pour guider leurs paroissiens sur le «droit chemin ?»      

 

Ces décisions inadmissibles sont en grande partie dues à un désir collectif d’oubli. Personne ne souhaite avoir à répondre à des questions embarrassantes concernant sa participation au parti nazi, à la sacralisation des drapeaux, à l’appel au civisme militant, à l’approbation des politiques du régime… Cette situation augure mal de la volonté  d’admettre la moindre responsabilité de la part d’une Eglise qui reste marquée par l’antisémitisme.        

 

L’antijudaïsme continue à pervertir les plus hautes sphères de l’Eglise. Une déclaration d’avril 1948 du), l’instance la plus élevée de l’EKD, est détestable et claire. Elle considère la Shoah comme l’expression de la colère de Dieu contre la désobéissance juive. « Israël n’est plus le peuple élu car il a crucifié le Christ (…) Par le Christ et depuis le Christ, le peuple élu n’est plus Israël, mais l’Eglise l’a remplacé ». Il n’y a de salut que dans la conversion au Christ.[4]

 

Indépendamment de l’antijudaïsme, un antisémitisme à base de stéréotypes antijuifs primaires continue à sévir dans les rangs de l’Eglise. Le président de l’EKD lui-même, l’évêque Theophil Wurm en est infecté. Il écrit en janvier 1948 : « Peut-on publier une déclaration sur la Question juive en Allemagne sans mentionner comment la littérature juive (…) a péché contre le peuple allemand en se moquant de tout ce qui est sacré et combien dans de nombreuses régions les paysans ont souffert des profiteurs juifs. Si on veut s’élever contre l’extension de l’antisémitisme, peut-on rester silencieux sur la remise du pouvoir par les autorités d’occupation aux Juifs qui sont revenus afin de clamer leurs ressentiments amers bien que compréhensibles ».[5] On est loin de tout désir de repentance.

 

Pourtant, quatre mois après avoir été libéré du camp de Dachau, Martin Niemöller bat sa coulpe lors de la première réunion des dirigeants protestants à Treysa en août 1945 : « Le principal blâme repose sur les épaules de l’Eglise car (…) elle  n’a dénoncé l’injustice qui prévalait que lorsqu’il fut trop tard. L’Eglise confessante (…) a clairement vu ce qui se tramait (…) mais elle eut plus peur des hommes que de Dieu (…) Par désobéissance, nous avons négligé fondamentalement la mission dont nous étions en charge. C’est pourquoi nous sommes coupables ».[6]   

 

Il fut bien seul. Ses commentaires ne sont pas appréciés. Les conclusions officielles de la conférence de Treysa sont éloquentes.  « L’Eglise a pris sérieusement ses responsabilités. Elle proclama les commandements de Dieu, appela par leurs noms les crimes (…) l’horreur des camps de concentration, le mauvais traitement et le meurtre des Juifs et des malades (…) Mais les chrétiens furent emprisonnés dans leurs paroisses. Notre peuple fut séparé de l’Eglise. Ses appels ne furent pas entendus du public ».[7]  Nous savions, mais on nous a empêchés d’agir. Nous refusons tous les reproches.

 

Un pasteur souligne que de nombreux fidèles de l’Eglise confessante considèrent « qu’ils dirent et firent ce qui était possible dans un Etat totalitaire et n’avaient pas besoin de s’accuser eux-mêmes ».[8] Dans le même sens, en novembre 1945, le clergé de Berlin Brandenburg  déclare « reconnaître que des actes inhumains ont été perpétrés contre les Juifs (…) mais que les hommes d’Eglise et leurs fidèles sont innocents ».[9]

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On comprend que dans un tel contexte le Conseil suprême de l’Eglise évangélique allemande, qui reçoit en octobre 1945 à Stuttgart des représentants étrangers du Conseil oecuménique mondial, se soit cantonné dans des généralités. « Pendant de longues années nous avons combattu au nom de Christ contre l’esprit qui trouva son expression la plus horrible dans la violence du régime national-socialiste. Nous nous accusons de ne pas avoir témoigné plus courageusement, prié plus fidèlement, cru plus joyeusement et aimé plus ardemment ».[10] Pourtant, malgré sa prudence extrême, cette déclaration fut dénoncée par de nombreux protestants comme l’admission « d’une culpabilité dans la guerre » et même comme un « nouveau Versailles ».[11]

 

Dans un compte-rendu de la réunion du Conseil des frères à Darmstadt en juillet 1947, on peut lire : « Quand Israël crucifia le Messie, il rejeta sa propre élection et son destin (…) Par le Christ et depuis le Christ, le peuple élu n’est plus Israël, mais l’Eglise ».[12] Il y eut des discussions sur « la Question juive ». Mais il fut décidé de ne rien mentionner concernant le meurtre des Juifs dans la déclaration finale.[13] Comment reconnaître la moindre culpabilité si le sujet de celle-ci n’est même pas évoqué ?     

    

Il faut attendre cinq années après la fin de la guerre pour que l’EKD brise enfin le silence. Elle publie une déclaration en conclusion du Synode de Berlin Weissensee de 1950. Sur l’antijudaïsme, l’EKD déclare : « Nous croyons que la loyauté de Dieu envers son peuple élu demeure même après la crucifixion du Christ ».[14] Sur la Question juive : « Nous reconnaissons que par omission ou silence nous sommes aussi coupables devant le Dieu de miséricorde des crimes commis contre les Juifs par des citoyens de notre pays (…) Nous demandons à tous les chrétiens d’abandonner toute forme d’antisémitisme et lorsqu’il renaît de lui résister vigoureusement et d’avoir une attitude fraternelle envers les Juifs ».[15] L’EKD ne reconnaît qu’une culpabilité « passive », mais aucune complicité. Sa déclaration, pourtant très modérée, fera l’objet de nombreuses controverses.

 

Il faudra attendre les années 1960-70 pour que des théologiens révisent en profondeur l’attitude de l’Eglise envers le judaïsme.[16] Otto von Harling Jr, le responsable de la « Question juive », explique cette  « frilosité » de l’Eglise. En 1947, il recommande au Conseil des Frères de ne pas se précipiter pour faire une déclaration sur la Question juive, car il n’est pas préparé et que l’Eglise pourrait le regretter plus tard.[17]

 

Il faut avant tout rassembler toutes les bonnes volontés, sans s’attarder à déterminer, comme le dit un pasteur, « qui avait encore une base de croyance chrétienne parmi tous ceux qui voulaient revenir à l’Eglise ».[18] L’antisémitisme toujours très vif parmi les fidèles, l’antijudaïsme dogmatique des théologiens ainsi que la volonté d’oublier un passé condamnable expliquent sans les excuser les « silences coupables » du protestantisme allemand après guerre.

 ©  Marc-André Charguéraud –    www.europe-israel.org Reproduction autorisée avec mention de la source et lien actif

 

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[1]Evangelische Kirche in Deutschland ( EKD )

[2] BUCHHEIM Hans, Glaubenskrise im Dritten Reich, Stuggart 1953, p. 51. Voir les précédents articles sur les « Chrétiens nazis » et sur L’Eglise confessante.

[3] ERICKSEN Robert et HESCHE Susannah, Betrayal, German Churches and the Holocaust, Fortress Press, Minneapolis 1999, p. 10.

[4] BRUMLIK Micha, Post Holocaust Theology, German Theological Responses since 1945, in ERICKSEN Robert & HESCHEL Susannanh, op. cit. p. 174. HOCKENOS Matthew, A Church Divided, German Protestants Confront the Nazi Past, Indiana University Press, Bloomington and Indianapolis, 2004, p. 151-153.

[5] HOCKENOS Matthew, op. cit. p. 151.

[6] BARNETT Victoria, For the Soul of the People, Protestants Protest Against Hitler, Oxford University Press, New York-Oxford, 1992, p. 198.

[7] IBID. p.199.

[8] IBID. p. 211.

[9] HOCKENOS, op.cit. p. 10. Evêché de Theophil Wurm, président de l’Eglise évangélique allemande.

[10] BARNETT, op. cit. p. 109. HOCKENOS, op. cit. p.172.

[11] BERGEN Doris, Twisted Cross, The German Christian Movement in the Third Reich, University of North Carolina Press, Chapel Hill and London 1996, p. 60. Allusion au Traité de Versailles de 1918 qui “ruina” l’Allemagne défaite.

[12] HOCKENOS, op. cit. p. 153

[13] IBID. p. 118.

[14] BARNETT, op. cit. p. 234.

[15] BRUMLIK op. cit. p. 175. HOCKENOS, op. cit. p. 169.

[16] ERICKSEN, op. cit. p. 19.

[17] HOCKENOS, op. cit. p. 137.

[18] BERGEN, op. cit. p. 60







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  • 4 thoughts on “L’Eglise protestante allemande, une volonté coupable d’oubli. 1945-1950 – Marc-André Charguéraud

    1. Myriam amie d Israël

      Quelle bêtise la théorie du remplacement. A Jerusalem si je t oublie…
      Le christ a dit lui même, « je donne ma vie « , personne lui a pris…
      Comment peut on dire connaître le Christ yeshoua et se comporter ainsi ?
      A la mesure dont ils mesurent israel, ils seront juger. S ils connaissait l éternel des armées ils auraient crainte mais l homme préfère nier ses responsabilité , et accuser l autre pour se dédouaner. Que l histoire est triste.

    2. Mardochée

      Tout ça, c’est la faute à Luther qui inspira Hitler…
      

L’antisémitisme féroce de Martin Luther au XVIe siècle a contribué à créer le climat dans lequel les nazis ont tué 6 millions de Juifs, selon le récent livre de René Süss intitulé Le Testament théologique de Luther. La haine de Luther contre les juifs n’était pas une petite erreur, mais plutôt un élément clé de son idéologie religieuse réactionnaire. Aujourd’hui, beaucoup de gens le considèrent encore comme l’un des plus grands héros allemands et chrétiens de tous les temps. Selon Luther, les juifs sont « aveugles », « maudits », « vindicatifs », « avides », « blasphémateurs », « jaloux », « possédés » et « incorrigibles ». Leur synagogues sont des « nids d’esprits immondes ». Ils « nous » dominent «  », empoisonnent « nos » puits, « enlèvent » nos enfants, les saignent pour récupérer leur sang et fabriquer du pain azyme (matza). Ils sont le « malheur » de « notre » terre. Luther a recours à tous les mythes et stéréotypes antisémites imaginables, excepté naturellement l’antisémitisme racial, qui fut développé seulement au XIXe siècle. 
Luther fut l’un des premiers à déclarer qu’il fallait se débarrasser des juifs en les tuant tous. Avec lui naît l’idéologie de la « solution finale » de la « question juive », l’objectif ignoble d’un monde sans juifs. Pendant des siècles, les dirigeants et les idéologues chrétiens avaient affirmé que la religion juive était devenue superflue et devait donc disparaître. En effet, avec la naissance du Christ, la promesse de la venue du Messie s’était, selon les chrétiens, accomplie. Et puisque les juifs n’avaient pas accepté le Messie et qu’ils étaient même censés l’avoir crucifié, ils étaient rejetés et condamnés par Dieu. Celui-ci avait puni les juifs en les exilant pour toujours. Il ne considérerait plus les juifs comme son peuple élu, et les avait remplacés par les chrétiens.
      Sachant tout cela, comment voulez-vous que les Allemands et particulièrement les responsables religieux protestants puissent éprouver la moindre repentance ? 


    3. guy

      Y´shua Ha Maschiach dit clairement avant sa crucifixion qu´il a été livré aux Romains et que ce sont les paiens qui ont décidé de sa mort1 Pourquoi l´Eglise tergiverse si faussement, il leur faudra bien un jour très proche se tenir devant le trône d´ HaShem et alors que raconteront-ils? il sera trop tard!
      Ces soi-disant Chrétiens ont besoin plus que tout autre d´un Yom Kippour sincère!
      shalom!

    4. Truth

      Hitler a clairement déclaré son athéisme dans « table talk ».
       Son fidèle lieutenant , Heinrich Himmler chef de la SS et de la Gestapo est très connu pour sa haine du christianisme (je crois qu’il est né catholique) . Des exemples de cet anticléricalisme violent sont nombreux : église brûlées à Oradour-sur-Glane (plus de 600 civils massacrés ) massacres de curés et de nonnes en Biélorussie (Doury) etc…
      Le nazisme repose sur le racisme scientifique qui dominait avant 1945 et qui se nourrissait du Social-Darwinisme et c’est bien ce que revendique Hitler dans Table Talk que vous pouvez trouver sur le Web traduit par des historiens. 

      « But Christianity is an invention of sick brains : one could imagine nothing more senseless, nor any more indecent way of turning the idea of the Godhead into a mockery. A negro with his tabus is crushingly superior to the human being who seriously believes in Transubstantiation. »

       
      Je présume que vous êtes suffisamment cultivés pour traduire ça car je n’ai pas trouvé la version française. Ce sont les propres mots d’Hitler selon les historiens. 
      L’antisémitisme consiste à classer les Juifs comme une race comme le faisait Voltaire et d’autres philosophes très antiléricaux racistes et polygénistes. 

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