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Entretien avec Oskar Freysinger sur l’immigration


Entretien avec Oskar Freysinger sur l’immigration

L’acceptation de l’initiative « Contre l’immigration de masse » du 9 février dernier a suscité de nombreuses réactions à travers toute l’Europe. Oskar Freysinger, qui a fortement contribué au succès de l’initiative, nous livre ses impressions.

 

Alimuddin Usmani : Oskar Freysinger, avez-vous été surpris par l’acceptation de l’initiative qui avait contre elle le parti socialiste, les partis bourgeois ainsi que les milieux économiques ?

Oskar Freysinger : Oui et non car dans un premier temps j’étais sûr qu’on allait perdre, les sondages étaient  quand même assez clairs. Vu la déferlante que représentaient nos adversaires, je me suis dit que ça allait être difficile. Puis, à un moment, j’ai senti que les énergies basculaient et j’ai commencé à croire que c’était possible. J’y croyais comme on peut croire à certains miracles. Je n’étais pas convaincu que c’était fait, il s’agissait plutôt d’une éventualité. Au vu de l’inégalité des forces en présence, personne n’aurait franchement parié un kopeck sur cette initiative au départ.

Le président du PS, Christian Levrat, a proposé d’appliquer l’initiative uniquement là où elle a été acceptée. Que vous inspire sa proposition ?

S’ils font cela alors à ce moment là je demande que la Lex Weber soit appliquée uniquement aux endroits qui l’ont acceptée. On pourrait prendre n’importe quelle initiative et l’appliquer de cette manière. Ce n’est pas parce que Monsieur Levrat a perdu qu’il faut de nouvelles règles. Parfois nous avons perdu, parfois nous avons gagné. Qu’on le veuille ou non c’est un vote au suffrage universel, le peuple est souverain, c’est la démocratie directe, point ! On applique ! On peut appliquer de manière souple car l’initiative laisse une marge de négociation et  laisse en plus un délai de trois ans pour trouver la meilleure solution possible. C’est aussi pour cela que l’initiative a passé malgré l’énorme déferlante des adversaires. Elle est sensée et propose quelque chose de pragmatique, d’intelligent  et pas impossible à réaliser.

Ceux qui conspuent l’initiative expliquent que ce sont plutôt les milieux ruraux à faible concentration d’immigrés qui ont voté pour. Ce qui n’est pas forcément correct car Glaris, Argovie, Thurgovie ou le Tessin connaissent une population étrangère supérieure à 20%. Que répondez-vous à Daniel Cohn-Bendit qui parle « d’angoisse fantasmée » à propos de cette votation et qui affirme que « la Suisse reviendra à genoux auprès de l’UE » ?

C’est ce qu’on nous avait prédit en 1992 et c’est plutôt l’Union européenne qui est à genoux au vu de la situation actuelle. Actuellement plus aucun journal ne parle des gouffres abyssaux  de l’endettement des pays européens. Or, l’augmentation est d’un volume effrayant. Il y a deux ou trois ans on thématisait cela comme si c’était une catastrophe et alors que la situation a empiré de manière exponentielle, plus personne n’en parle. C’est devenu tellement grave que plus personne n’ose en parler. Au bout d’un moment ça risque de péter. Cette Union européenne là ne va peut-être même pas survivre aux deux ou trois ans dont nous disposons pour négocier avec elle. Le peuple suisse a de nouveau été un précurseur, il a donné un signal. Il a en tous les cas donné un exemple de ce que doit être une démocratie réelle, de ce qu’est une politique qui se préoccupe des gens, de ce qu’est un système qui donne des instruments civilisés à sa population pour faire passer son avis politique et participer à la Res publica, aux affaires publiques. Si Monsieur Cohn-Bendit était un peu moins totalitaire que ce qu’il a toujours été dans son idéologie, il baisserait la tête, saluerait cet esprit civique et cet exemple lumineux que vient de donner le peuple suisse.

La réaction de Bruxelles ne s’est pas faite attendre, elle a gelé la participation au programme de recherche « Horizon 2020 » et a exclu les étudiants suisses du programme Erasmus.  Que dites-vous à ceux qui sont préoccupés par ces mesures de rétorsion ?

Tout cela démontre la faiblesse de l’UE. Si un géant démographique de ce type là est obligé de réagir par un « petit caca nerveux » face à ce petit partenaire qu’est la Suisse, il montre qu’il est un « colosse aux pieds d’argile ». C’est tout simplement indigne de ces gens-là. Cela montre le degré de totalitarisme qui règne dans cette structure européenne. Ces quelques commissaires, cooptés, sans légitimité, non élus et qui ont tout le pouvoir, ne sont rien de moins que des technocrates. Moi, j’ai beaucoup de confiance envers les peuples européens qui vont se réveiller dans très peu de temps. Ces élites vont être balayées comme l’ont été les rois au 18ème siècle. Cela leur pend au nez car ils ne veulent tout simplement pas entendre les gens.

Pour un franc investi dans le programme Erasmus il y a un retour d’un franc vingt. Il faut toutefois calculer là-dedans l’énorme dépense que représente la bureaucratie européenne. Nous pourrons de toute façon réagir à ça par des accords bilatéraux avec les autres universités.  Les échanges entres les universités ont toujours existé et cela n’empêchera certainement pas les étudiants d’en faire.

Simplement l’attitude qui se cache derrière est mesquine, petite et digne de la réaction d’un enfant mal éduqué.

Il y a un consensus pour admettre que la même votation, si elle était soumise aux peuples européens, recueillerait un plébiscite. Les réactions virulentes de l’UE s’expliquent-elles principalement par la mise en lumière de ses structures anti-démocratiques ?

Absolument. Ce n’est pas tant le sujet qui fâche l’Union européenne. La Suisse, qui forme le cœur de l’Europe et le dernier pays libre, a été la première à donner un signal à l’Islam dans sa progression  avec son initiative sur les minarets en disant : « Halte ! Messieurs les musulmans, en Europe vous allez jusque-là et pas plus loin ! ». Nous leur avons donc mis une limite. Dans le cas de la libre circulation,  le peuple suisse, de nouveau, a fait œuvre de pionnier en disant : « Halte ! La manière avec laquelle elle est pratiquée apporte plus de problèmes que de solutions.» Cela paupérise les populations, déplace des nomades du travail et détruit les classes moyennes. Ce n’est pas un vecteur de prospérité, tout juste un vecteur de richesse qui s’accumule dans les poches de certains mais qui n’est certainement pas au profit de la collectivité publique dans sa totalité.

Ce qui gêne, c’est que le peuple suisse se soit exprimé librement. Nous avons un peuple qui ose s’opposer à ses élites. Ce que craignent les tenants de la Nomenklatura européenne, c’est que les peuples européens soient « pollués » si j’ose dire ou « contaminés » par l’exemple suisse en se disant : « Tiens, si les Suisses peuvent décider pour eux-mêmes pourquoi ne pourrions nous pas prendre nos affaires en main et obtenir des lois étendues ? » Selon un sondage du Spiegel, 73% des Allemands souhaitent la démocratie directe  sur la base du modèle suisse.

La démocratie directe est une énorme épine dans le pied des bureaucrates de l’UE. Ceux-ci voudraient détruire ce « mauvais exemple », ils essaient de nous faire adhérer par la bande à travers un contrat institutionnel qui ne serait ni plus ni moins qu’une reprise automatique du droit européen. Cela signifierait la fin de la démocratie directe parce que le pouvoir a ceci de pervertissant qu’il ne veut jamais le partager ou alors que très rarement. Ce peuple suisse, qui montre qu’il peut mettre en échec les élites,  leur fait peur. En 1789 le peuple français a fait trembler toutes les maisons royales d’Europe. Celles-ci ont essayé de tuer dans l’œuf cette expérience révolutionnaire, qui menaçait leurs têtes couronnées, mais elles ont été stoppées à Valmy.  Elles ont toutes fini par tomber. On n’arrête pas l’Histoire.

Lors d’un débat en 2011, la socialiste genevoise Olga Baranova vous avait dit : « Pour le parti socialiste en Suisse, le vrai « diable » ce sont les libéraux et plus vous ». Cependant, le PS était allié au PLR et à l’économie pour torpiller cette initiative. Est-ce une alliance de circonstance ou diriez-vous que le PS est devenu « l’idiot utile » de l’ultralibéralisme ?

C’est plus compliqué que ça, on peut le dire mais leur calcul était tout autre. Levrat s’imaginait que l’initiative échouerait de peu. Le camp bourgeois aurait eu alors une « sainte frousse » des scrutins à venir. Levrat aurait donc pu se retrouver en position de force et utiliser le chantage à l’égard d’un camp divisé. L’électorat socialiste aurait pu jouer le rôle d’arbitre. Levrat n’imaginait pas que l’initiative passerait et il a doublement perdu. Sa mauvaise humeur s’explique par le fait que tous ses calculs viennent de se dissoudre dans l’air.

L’argument classique des gens qui défendent l’immigration consiste à dire que les étrangers occupent les emplois que les Suisses ne voudraient pas faire. Or, il suffit de se promener au Japon, pays prospère avec une très faible immigration, pour constater que l’immense majorité des jardiniers ou des ouvriers sont des Japonais. La Suisse a-t-elle les capacités d’appliquer un modèle qui soit très peu dépendant de la main d’œuvre étrangère ?

Oui, à condition de ne pas créer de bulle immobilière comme c’est le cas dans l’Arc lémanique. On a crée une énorme surchauffe qui nécessite une main d’œuvre ponctuelle pour la maintenir. Ce n’est pas la main d’œuvre étrangère qui crée la surchauffe c’est la surchauffe qui fait venir la main d’œuvre étrangère. Les travailleurs européens seraient idiots de repartir puisqu’ils peuvent profiter des assurances sociales en Suisse. Cela va nous coûter les yeux de la tête lorsque la bulle va s’effondrer et laisser sur le carreau énormément de gens, Suisses comme étrangers. Ce qu’il faut c’est une économie qui progresse lentement, Chi va piano va sano. A un certain moment tout cela devient hors de contrôle si on ne régule pas. La main- d’œuvre bon marché, utilisée en situation de dumping, génère de la triche. Le peuple a simplement dit qu’il fallait un levier politique pour contrôler tout ça, qu’il fallait donner un cadre à cette immigration. Le politique, contrairement à l’économique, ne se soucie pas uniquement de la maximisation du profit et de la production mais également du bien commun et de la chose publique en général comme les aspects écologiques, sociaux, ou culturels. Pour toutes ces raisons la politique doit reprendre la main et ce n’est pas simplement l’économie qui peut réguler ou déterminer les flux migratoires car sinon on finira franchement tous par se retrouver dans la condition  des travailleurs du 19ème siècle.

Pour finir, avez-vous un message à adresser aux Suisses d’origine étrangère qui ont voté pour l’initiative et qui ont été accusés de traîtrise ?

Je salue leur bon sens. Ils ont compris qu’être Suisse ce n’est pas une question de sang, ni de langue, ni de géographie mais d’état d’esprit. La Suisse s’est construite sur la volonté commune de former un Etat sur la base de certaines règles comme la démocratie directe, le fédéralisme, la subsidiarité, l’indépendance ou la neutralité. Il y a un certain nombre de valeurs qui ont formé et autour desquelles se forment la compréhension de celui qui se dit Suisse et qui est Suisse parce qu’il l’est devenu par la naturalisation. Je constate chez ces gens- là une grande maturité d’esprit. Ils ont compris que ce modèle est en péril dès le moment où on abandonne ses fondements. Dès le moment où on abandonne l’idée de souveraineté, d’indépendance ou de démocratie directe, c’est tout le modèle Suisse qui est remis en question. A ce moment là il n’a plus de raison d’être. L’idée qui a formé la Suisse est absolument exceptionnelle et transcende le temps et l’espace. Je salue évidemment tous les étrangers qui viennent ici, comprennent ça, l’intègrent dans leurs valeurs et ensuite deviennent des défenseurs acharnés, peut-être plus que certains Suisses de souche, du modèle Suisse.

Propos recueillis par Alimuddin Usmani le 26 février 2014

lesobservateurs.ch

 







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