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Le postcolonialisme triomphant – Shmuel Trigano


Le postcolonialisme triomphant – Shmuel Trigano

Une analyse pleine de lucidité

 Shmuel Trigano

Professeur des Universités

Si la remise du rapport sur l’intégration au premier ministre a fait l’événement, c’est parce qu’il montre au grand jour, et dans la perspective d’un plan d’action, le caractère de système des idées véhiculées couramment par le discours médiatique et une bonne partie des élites. Le rapport ne propose rien de moins qu’un programme conduisant la France à « se faire hara-kiri », autrement dit à mettre un terme à son existence en tant que France.

Ces cinq documents remis à Jean Marc Ayrault et postés sur le site du gouvernement – ce qui fit tout le scandale – méritent le détour d’une étude approfondie. Ils mettent en forme la doctrine du post-colonialisme. Après la décolonisation, soutient cette idéologie, les Etats coloniaux, et donc la France, ont continué à pratiquer le colonialisme envers les populations immigrées sur leur territoire, c’est à dire les ex-colonisés qui, malgré leur indépendance, ont suivi l’ancien colonisateur replié en métropole.

Ce colonialisme se manifesterait aujourd’hui sous la forme d’une discrimination raciste, un fléau contre lequel cette idéologie appelle à se rebeller en démembrant l’État « postcolonial » (« la République ») dont ils sont devenus entre temps des citoyens. C’est exactement ce programme qu’on entend dans la dénomination même du mouvement des « indigènes de la République ».

Ce qui importe, en premier, c’est de faire le clair sur ce jugement de discrimination. Si la possibilité de racisme est toujours présente dans une société, peut-on dire qu’elle est structurelle en France? Si l’on en juge par rapport aux demandes dont ces rapports se font l’écho, le critère semble être l’ampleur de l’obtention par les ex-immigrés de positions dans la politique et la société.

Or, on peut douter qu’il s’agisse là d’un critère acceptable car la population « témoin » est relativement récente dans la communauté nationale. On ne peut imaginer que l’ascenseur social aurait dû favoriser aussi rapidement sa promotion. Le processus propre à la méritocratie démocratique prend du temps et rien n’est donné sur le mode du « tout, tout de suite ».

Le deuxième critère relève de l’obtention de la reconnaissance identitaire. C’est à ce niveau que l’argumentaire devient scabreux quand il conjugue cette demande avec l’accusation de discrimination. C’est le point crucial. Si la reconnaissance doit aller à une identité qui refuse les normes de l’identité collective, la nation, à laquelle elle demande l’hospitalité, elle est ni réaliste, ni acceptable à tous les niveaux.

Le fait d’immigrer dans un pays implique en effet un choix. Si le nouveau venu souhaite rester « entre soi », il a la possibilité, justement depuis la fin de l’ère coloniale, de résider dans un Etat-nation « à lui » où la chose est possible. Ce fut même le principe de la fondation des Etats postcoloniaux qui se fit sur la base de l’exclusion des populations qui ne satisfaisaient pas à leurs critères (eux, clairement discriminatoires[1]).

Un million de Français d’Algérie ont connu ce sort en 1962 pour que les Algériens restent entre eux. On ne voit pas la raison pour laquelle la France adopterait une autre posture pour ce qui la concerne. Le fondement de la morale la plus basique est la réciprocité. La séparation des populations postcoloniales en vue d’une identité collective référentielle propre à l’Etat ne peut valoir uniquement pour les États post-coloniaux et pas pour les Etats ex-colonisateurs.

Avec la prégnance de la nouvelle idéologie dominante, le post-modernisme, qui a identifié l’identité nationale au fascisme, la demande de reconnaissance des nouveaux venus s’est trouvée séparée de la nécessité de leur inscription dans le modèle culturel et national du pays qu’ils ont rejoint.

C’est là que se niche la manipulation symbolique qui consiste à « construire » le refus par les immigrés des cadres collectifs nationaux comme une discrimination subie. C’est le monde à l’envers, en effet: le résidant devient étranger chez lui-même et l’invité le maître de maison. C’est le renversement des lois immémoriales de l’hospitalité, de la morale du don et du contre-don, de la morale tout court fondée sur le principe de réciprocité. C’est aussi, plus concrêtement, l’habillage « moral » ( « l’antiracisme », la « lutte contre la discrimination ») d’un projet de pouvoir politique et idéologique qui ne se cache plus.

Les implications de l’argumentaire postcolonialiste sont gravissimes. Il fait de tout conflit un conflit racial ou ethnique en plongeant la société dans une guerre civile identitaire et l’on peut craindre que la critique des conclusions de ce texte par François Hollande n’éteigne pas l’incendie allumé par ce discours qui définit dangereusement les enjeux de la situation actuelle.

*A partir d’une tribune sur Radio J (20 décembre 2013) et Actualité juive (26 décembre 2013)

 Schmuel Trigano – analyse à la une Rédaction Israël-flash

Pour de plus amples développements, consultez (téléchargez)Controverses « Post-colonialisme et sionisme », n° 11, mai 2009,

http://www.controverses.fr/Sommaires/sommaire11.htm






Chroniqueuse israélienne vivant à Aschkélon



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  • 2 thoughts on “Le postcolonialisme triomphant – Shmuel Trigano

    1. Sayag

      Mais pour penser ainsi, il faut avoir subi et vécu le traumatisme de l’émigration du million de français venant d’Algérie, et la lutte pour « sortir la tête hors de l’eau », c’est-à-dire le cheminement normal de toute intégration dans un pays d’adoption; car, pour beaucoup de français nés sur le sol de France, ce raisonnement tout à fait fondé et juste, leur passe « par dessus les bouclettes ». Ils sont complètement hypnotisés par la propagande « islam= détente= hospitalité= on ne les a pas compris, c’est fou, les choses qu’ils peuvent nous apporter et qu’on n’a pas su découvrir avant, etc.

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