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La France face au démon antisémite


La France face au démon antisémite

Avec plusieurs analystes, essayons de comprendre pourquoi et encore aujourd’hui, en France le monstre anti-sémite relève la tête

Par Michèle Tribalat (démographe), Pascal Bruckner (écrivain),  Richard Prasquier (Président d’honneur du CRIF) Jacques Tarnero (essayiste), Shmuel Trigano (professeur d’université), Daniel Horovitz (écrivain),

Le sens du phénomène de la quenelle

Shmuel Trigano

 Le scandale autour de la quenelle de Dieudonné a quelque chose d’étonnant. Les observateurs savaient depuis fort longtemps ce qui se disait du côté de Dieudonné et de son acolyte Alain Soral, un discours qui, sous couvert d’antisionisme, recyclait sur le mode rebelle et humoristique, supposé « branché », les plus vieux poncifs antisémites, devant des dizaines de milliers de fans à travers toute la France. Ils y voyaient un témoignage supplémentaire de l’ampleur de l’inimitié envers les Juifs dans l’opinion publique, dans le silence quasi absolu des médias et la passivité la plus totale de l’État: l’illustration de ce que cet antisémitisme était devenu un mouvement populaire.

 

Il ne s’agit en effet plus seulement avec l’antisionisme d’une stigmatisation médiatique et idéologique mais d’un mouvement populaire, j’insiste sur cette mention. Il vient notamment, avec la quenelle, de trouver son signe de ralliement.

 

Beaucoup de symboles passent dans ce salut: autant un bras d’honneur qu’un salut nazi, quoique, dans ce dernier cas, un salut empêché par la main gauche qui semble venir arrêter le bras droit, prêt à se lever pour effectuer le salut nazi. Le geste de la main gauche est là pour indiquer une sorte d’empêchement, de censure. C’est sur ce dernier aspect que joue Dieudonné pour entrainer derrière lui les contestataires de tout poil qui ne se doutent pas toujours de l’ambivalence de ce geste qui esquisse le salut nazi. Il n’y a aucun doute à ce propos quand on visionne sur internet les photos que postent les petits malins qui font ce salut. L’ambivalence s’efface tout de suite: c’est toujours devant des lieux juifs (1).

 

La quenelle est ainsi présentée comme un geste de défi lancé à la société, à l’ordre social, c’est à dire que l’on fait passer le sentiment que ce qui est en jeu avec les Juifs, c’est tout ce qui fait problème dans la vie quotidienne. Le symbole anti-juif qu’est la quenelle peut désormais renvoyer à tout autre chose que les Juifs et Israël, tout en accusant spécifiquement et uniquement les Juifs, dont l’exécration devient le signe de ralliement et d’expression des mécontents et du ressentiment social en général. Là est le danger avec la diffusion de la quenelle. C’est un dispositif typique du bouc émissaire. La crise économique, c’est les Juifs, le communautarisme, c’est les Juifs, l’écotaxe, c’est les Juifs, etc.

 

Rien n’est en effet plus puissant qu’un symbole. Il peut cristalliser une émotion forte (aujourd’hui la dépression découlant de la crise), drainer avec une puissance déconcertante des masses de gens. En règle générale, le symbole s’enracine dans les mentalités sur la base d’un échange émotionnel entre ce que l’on désire et qui ne peut se réaliser et la situation de frustration qui en résulte. Le symbole apparaît alors comme un but substitué à l’objet désiré. On peut prendre en exemple le fameux slogan: « il faut choisir entre le beurre et les canons: c’est à dire troquer la vie facile, désirée, contre l’obligation qui justifie, en temps de guerre, le sacrifice du plaisir des individuels (le « beurre »)  au bénéfice du collectif (les « canons »).

 

La quenelle met en balance, quant à elle, la liberté et la reconnaissance de soi ( en somme celle des musulmans, des noirs, des pauvres) avec les privilèges accordés aux Juifs. Ce qui revient à dire que ce sont ces pseudo « privilèges » des Juifs (dont la mémoire instituée de la Shoah devient la figure de proue) qui font obstacle à la reconnaissance de l’identité des publics de Dieudonné, censés être brimés par l’ordre social, un sentiment, avivé par la crise, qu’exploite Dieudonné pour les manipuler à son bénéfice et au bénéfice de « l’antisionisme ».

 

Nous avons là la première étape d’une évolution aventureuse, car, sous l’étendard que devient le symbole de substitution (les Juifs stigmatisés comme responsables de tout ce qui va mal), l’ombre de cette équation (malaise social=Juifs) se projette sur toute la société et devient capable de structurer toute une attitude et un comportement jusqu’à la constitution d’un mouvement organisé, d’un parti. C’est ce qu’il en fut avec la croix gammée, la faucille et le marteau, etc. Ce processus fut excellemment étudié par Karl Mannheim, un des fondateurs de la sociologie de la connaissance qui se consacre à l’analyse des idéologies politiques.

Madame Taubira, vous qui êtes si sensible au racisme quand il vous frappe, réveillez-vous!

A partir d’une chronique sur Radio J, le vendredi 3 janvier 2014.

 De quoi Dieudonné est-il le nom ?

Par Michèle Tribalat (démographe), Pascal Bruckner (écrivain), Dr Richard Prasquier (Président d’honneur du CRIF) Jacques Tarnero (essayiste)

Qui aurait pu imaginer qu’à la fin 2013, en France, un bateleur d’estrade aurait fondé son succès sur un explicite discours de haine des juifs ? Qui aurait pu imaginer qu’il y aurait euun public pour apprécier ce type de spectacle ? Qui aurait pu imaginer que Roland Dumas, ancien président du Conseil constitutionnel après avoir été ministre des affaires étrangères d’un gouvernement de gauche soit venu en 2006 l’applaudir aux côtés de Bruno Gollnisch et de Jany Le Pen? Qui aurait pu imaginer que cet humoriste patenté soit devenu le porte drapeau sinon le porte parole d’une fusion des extrêmes droites et des extrêmes gauches unies dans un même ressentiment haineux ? Qui aurait pu imaginer qu’une partie de la jeunesse déboussolée des banlieues s’y retrouve ? C’est tout le talent de Dieudonné d’avoir réussi à fédérer ces composantes éparses.

Comment comprendre ce succès ? Grâce à une astuce de présentation ses discours ne relèvent pas de l’expression politique habituelle. A l’abri de la scène, son spectacle joue de la dérision autant que d’une autodérision feinte. Cet acteur de talent met en scène un malheureux noir, barbare par nature, affrontant des blancs détenteurs des attributs de la civilisation. Ce deuxième degré fonctionne à merveille pour énoncer son propos. A l’abri de cette forme d’humour Dieudonné nomme et dénonce, en mots codés, le vrai pouvoir, la source unique du mal et du malheur des déshérités, des victimes de ce monde cruel. Le pauvre noir, serait même conscient de son statut d’infériorité face à un pouvoir blanc lui même au service d’un super pouvoir caché. Ce super pouvoir caché tirerait dans l’ombre les ficelles du monde. Il commanderait aux puissants qui n’auraient de liberté que celle de le servir et de lui plaire. Ce super pouvoir aurait des antenne locales : le pouvoir sioniste. En Amérique il commanderait cet idiot de Bush ou ce harki d’Obama. En France le CRIF dicterait à Hollande ou pire encore à Sarkozy, la liste de ses menus plaisirs. Le CRIF serait le maître de l’Elysée, convoquerait ministres et serviteurs pour dresser leur bilan, les gronder ou flatter ceux qui l’ont bien servi.

 

Voilà des années que Dieudonné sème ses graines de haine déjà fertilisées des mêmes ingrédients qui avaient en leur temps fait le succès des Protocole des Sages de Sion. Ce qui s’épanouit aujourd’hui est le résultat d’une histoire, d’une progression lente, nourrie d’apports divers, de formulations diverses. Dieudonné n’est pas l’unique auteur de la situation présente. Bien au contraire, il en est au contraire l’une des résultantes. Il se trouve à la confluence de courants qui fusionnent aujourd’hui dans ce fleuve répugnant. De quoi Dieudonné est-il le nom ? Reprenons la formule d’un intellectuel distingué qui n’est pas étranger à cette émergence. De Faurisson à Edern Hallier, de Bardèche à Jean Marie Le Pen c’est la même rengaine recuite depuis que l’Okrana, la Gestapo ou bien le Mufti de Jérusalem, Hadj Amin el Husseini, en avaient produit les diverses variantes nazies, staliniennes ou arabes. En Amérique, Nation of Islam et Lewis Farrakhan ont servi la même potion alors que le Ku Klux Klan les avait précédés. Ainsi les esclavagistes et les descendants d’esclaves se sont abreuvés à la même source ! Au fil des ans, les désignations ont muté. Les juifs, pardon les sionistes, pardon les israéliens, furent accusés de distribuer des bonbons aphrodisiaques pour corrompre la vertu des femmes égyptiennes, d’avoir dressé des requins pour nuire au tourisme sur les côtes du Sinaï, d’avoir fictivement aidé les victimes du tremblement de terre en Haïti (2010) pour mieux prélever des organes sur les blessés ou les cadavres. Tout ceci bien sur dans projet de commerce lucratif. Faut-il continuer la liste de ces délires ? Ces obsessions inondent les sites internet quand ce ne sont pas les scénarios des programmes télé iraniens ou arabes qui créent des fictions mettant en scène le traditionnel sacrifice d’un enfant non juif pour en prélever le sang destiné à la fabrication de pain azyme. Toute la propagande anti-israélienne visant à démoniser Israël a développé ce type de calomnies moyenâgeuses. Aujourd’hui les procédés se sont modernisés: il s’agit d’attribuer à Israël des crimes identiques à ceux dont les juifs furent victimes. Nazifier Israël en apposant un signe égal entre la Croix Gammée et l’étoile de David en est la dernière figure. De brillants esprits aussi cultivés que progressistes se sont laissés aller à ce type de d’assimilation.

Bien sur Dieudonné n’est pas allé explicitement jusque là. Il connaît les limites de ce que peuvent entendre des oreilles européennes. Il faut donner à ce venin une saveur nouvelle, faire du sioniste et non plus du juif le responsable. Accabler Israël de tous les maux du monde permet de recycler la haine des juifs en haine d’Israël tout en la parant du vernis progressiste et émancipateur des peuples opprimés. C’est ce qui fut tenté à la conférence de l’ONU contre le racisme, tenue à Durban l’été 2001. Dans la nouvelle Afrique de Mandela, c’est bien au nom de l’antiracisme que fut crié « mort aux juifs » dans la ville où Gandhi avait été avocat du temps de l’apartheid.

Faut-il exclusivement chercher ailleurs que sous nos latitudes des exemples de ce travestissement ? L’antisémitisme serait une attitude de droite, fascisante tandis que l’antisionisme serait de gauche, progressiste et émancipateur. Cette imposture intellectuelle date de la fin des années 60 quand après avoir épuisé tous les registres du tiersmondisme rédempteur, la cause palestinienne devint LA cause des causes. En France le surinvestissement du conflit israélo-palestinien a été facilité par les analogies faciles avec la guerre d’Algérie, plaçant Tsahal du côté de Massu et Sharon du côté d’Aussareses. Durant la seconde intifada, avec le retour sur l’histoire de la torture en Algérie, cette identification fut à son apogée symbolique. Dans un élan aussi historiquement analphabète que conceptuellement erroné, le sionisme devenait un colonialisme que la motion de l’ONU de 1975 accablait d’un racisme constitutif. Sioniste ! Quel adjectif qualifiant un projet politique émancipateur et libérateur se trouve aujourd’hui à ce point disqualifié, dévoyé?

Qu’importait l’histoire ! Qu’importait le sort des juifs européens à la fin du XIXe siècle, au début du XXe siècle ! Qu’importe que le nazisme lui ait donné toute sa raison d’être ! Qu’importait qu’il n’existât pas de Palestine dans un espace arabe colonisé par l’Empire ottoman ! Peu importait que le mouvement national arabe allât puiser son idéologie chez les nationaux socialistes allemands ou fascistes ! Peu importait que des nazis aient aidé le FLN algérien ! Non la gauche avait pour la Palestine un amour myope, le même qui lui avait interdit de voir la réalité des vertus émancipatrices des goulag soviétique ou chinois. Toute la période des années 70-80 témoigne de ces attitudes qui de la Cause du peuple à Libérationen passant par l’Humanité suinte, avec une constante répétition, dès que le feu couve au Proche Orient, de dérapages, d’assimilations, de déni du réel, de projection fantasmatique obéissant à l’imaginaire clivé du monde. Les croyants des « avenirs radieux » projettent sur la complexité proche orientale leurs catégories de lecture du monde. Faut-il entrer dans les détails ? Faut il rappeler que Faurisson séduisit l’ultra gauche libertaire, qu’il eut les honneurs du Monde ? Faut-il rappeler le titre de Libération au moment du sauvetage par Israël des otages retenus à Entebbe en 1976 désignant l’action d’Israël comme une action terroriste? Au mieux Israël n’était qu’un Etat colonialiste, fasciste, terroriste, au pire il était un Etat construit sur une escroquerie majeure, celle de l’invention de leur destruction, la shoah, imaginée par les juifs pour mieux escroquer les peuples arabes et le reste du monde.

C’est de ce salmigondis historique multiple que s’est nourri un Dieudonné. Héritier des délires idéologiques qui l’ont précédé, il a ajouté en surimpression ceux des années 80-90, construit autour du ressentiment post colonial de tous les indigènes de la République ou encore ceux accommodés à la sauce « islamoprogressiste » chère à la pensée émancipatrice de gauche si soucieuse d’éponger ses derniers sanglots d’homme blanc.

Dieudonné est devenu le héros commun de ces mouvances. Ne pas vouloir voir cela, dénier au réel sa réalité, lui opposer des rêves idéologiques constituent une des grandes constantes du lent suicide du vieux monde. Comment réagir ? Interdire les « spectacles » ou les « quenelles »? Il importe de ne pas conférer à Dieudonné le statut de martyr car cela conférerait à ce geste obscène une valeur d’impertinence. On imagine son succès à venir dans tous les territoires perdus de la République. Par contre que la loi s’applique dès que l’incitation à la haine s’exprime.

Le défi que nous posent tous les Dieudonnés réside dans notre capacité à en comprendre la finalité autant que la stratégie. Ne pas percevoir l’enjeu de cette imposture consiste à reconduire le dénigrement stalinien face à la lucidité d’Orwell, Koestler ou Camus. Ne pas comprendre que ce sont nos libertés qui sont visées à travers Israël, consiste à reconduire le même aveuglement devant les vertus pacifiques d’Hitler. Ne pas comprendre que c’est l’identité européenne qui est visée à travers les juifs, consiste à reconduire l’esprit de Munich. Plus loin à l’Est dans ce fond de Méditerranée, la ligne de front qui nous protège se nomme Israël, seul Etat membre de l’ONU menacé ouvertement de destruction par un autre Etat membre de l’ONU. Qui massacre qui au Proche Orient ou dans le monde arabe aujourd’hui ?

En Europe c’est autour du nom juif que se situe la ligne de front. Elle incarne une résistance symbolique que beaucoup s’acharnent à détruire. La portée de ce mot dépasse de très loin son seul signifiant. C’est bien la raison pour laquelle certains s’ingénient à l’attaquer pour lui ôter toute légitimité à être. Si le nom « juif » venait à être illégitime en tant que catégorie vide de sens, l’idée de peuple qui rassemble les noms qui le constituent deviendrait elle aussi illégitime. Qu’est ce qu’un peuple sinon le rassemblement des « noms » qui se reconnaissent en lui ? En délégitimant le peuple c’est bien la légitimité de l’Etat qui le protège qui est mise en cause. Ce processus de destruction symbolique est devenu l’arme ultime d’un effacement déjà tenté dans l’histoire.

Quand Dieudonné et ses amis s’attaquent aux juifs, au signifié Juif, à la légitimité de l’Etat d’Israël, c’est au statut de l’homme libre, acteur de sa vie, maitre de son destin qu’ils s’attaquent.

La leçon de Dieudonné

par Daniel Horovitz

L’humoriste Dieudonné a fait de l’antisémitisme son fonds de commerce. Cela soulève l’indignation des uns et l’enthousiasme des autres, mais laisse de moins en moins de monde indifférent, ce qui de son point de vue constitue un succès. Il est vrai que la justice donne suite aux plaintes dont il fait l’objet et que les autorités condamnent ses propos racistes, mais dans une démocratie il y a peu d’instruments juridiques susceptibles de faire barrage à la mauvaise foi de quelqu’un qui abuse de la liberté d’expression. Le résultat est qu’alors qu’il apparaît que les amendes infligées à Dieudonné n’ont  jamais été acquittées, chacun de ses passages au tribunal constitue une publicité plus efficace que n’importe quelle campagne de relations publiques.

Quand il s’agit de réagir à l’infamie de Dieudonné on est confronté à un dilemme: faut-il la dénoncer, ou faut-il au contraire l’ignorer afin de ne pas servir de caisse de résonnance. Les institutions qui lui font procès sont bien entendu dans leur rôle, mais il est illusoire de penser que c’est un moyen de le faire taire. Et quand bien même elles y réussiraient, nul doute qu’un autre Dieudonné prendrait le relais pour exploiter le filon de la haine antijuive.

Le problème n’est donc pas Dieudonné, mais l’antisémitisme, et ce serait faire trop d’honneur à cet individu que de lui attribuer le moindre rôle dans sa résurgence. Tout au plus Dieudonné fait-il la démonstration que l’antisémitisme se porte bien, et qu’une partie non négligeable de la société n’y voit aucun mal. Le public qui le soutient n’est ni marginal ni insignifiant; il est au contraire très signifiant, parce que ce sont les enfants spirituels des meutes qui stigmatisaient les juifs lors de l’affaire Dreyfus.  Dieudonné est donc plutôt un révélateur qu’un prosélyte. Pour dire les chose simplement, il dit peut-être tout haut ce que beaucoup pensent tout bas.

Albert Memmi[1] a beaucoup écrit sur la condition juive.  Après la Shoah, et en dépit de la défaite du nazisme, il posait dès les années 1950 un diagnostic cinglant: “L’expérience nous a trop souvent appris  qu’il n’y a pas de risque négligeable pour nous, que tout peut devenir possible. Que tous les non-juifs participent d’une société qui rend invivable la vie du Juif en tant que Juif, oui, cela je le sens et le pense. Etre juif, c’est d’abord ce fait global: c’est d’abord se trouver mis en question, se sentir en permanente accusation, explicite ou implicite, claire ou confuse”.

Homme de gauche et homme de cœur, Albert Memmi avait dans un premier temps pris de la distance par rapport à ses origines, mais pour y revenir plus tard avec force. Après avoir pensé que l’universalisme, le socialisme et la modernité entraîneraient la fin de l’antisémitisme, il finit par conclure que la résolution de la question juive devait trouver une expression plus concrète: “si le Juif ne se reprend pas comme peuple, il restera nécessairement minoritaire et séparé, menacé et périodiquement exterminé. S’il ne se défend pas comme peuple, il restera soumis a la bonne volonté des autres, c’est-à-dire aux fluctuations de leur humeur, plus souvent méchante que bienveillante, condamné à leur servir de souffre-douleur trop commode, d’exutoire à leurs difficultés économiques et politiques, à vivre dans l’ambigüité et la ruse, le déchirement et la peur. II faut maintenant faire un pas de plus, qui me parait s’imposer avec la même évidence : puisqu’un peuple ne saurait, aujourd’hui encore, vivre et se déterminer librement sinon que comme nation, il faut faire des Juifs une nation. En bref, la libération particulière des Juifs s’appelle une libération nationale, et, depuis dix ans cette libération nationale du Juif s’appelle l’Etat d’Israel.”

Dans le même ordre d’idées, Hannah Arendt[2] disait au cours de la deuxième Guerre Mondiale que “quand on est attaqué en tant que Juif c’est en tant que Juif qu’il faut se défendre”. C’est pour cette raison qu’elle rêvait de constituer une armée juive, d’abord pour combattre les nazis, ensuite pour que les juifs se constituent en nation en Europe même, au sein d’une Confédération où la nation juive serait représentée en tant que membre à part entière dans un Parlement Européen. Pour Hannah Arendt le fait d’être juif signifiait d’abord et avant tout une appartenance politique et nationale.

Parallèlement à cette utopie, Hannah Arendt était une sioniste ardente, même si elle participait d’un courant qui ambitionnait de créer un Etat binational judéo-arabe: “les Juifs palestiniens savent ce qu’ils défendent  : leurs champs et leurs arbres, leurs maisons et leurs usines, leurs enfants et leurs femmes. Et il ne fait aucun doute qu’ils appartiennent à cette communauté, car nous sommes là-bas en vertu du droit et non de la tolérance. La Palestine et l’existence d’un foyer national juif constituent le grand espoir et la grande fierté des Juifs dans le monde entier”.

Albert Memmi estimait que la libération du peuple juif devait se faire en Israel et nulle part ailleurs: “la solution nationale découle d’abord d’une nécessite purement sociologique : les Juifs étant ce qu’ils sont, un peuple vivant, dispersé et toujours minoritaire, au milieu des autres, et, d’autre part, la majorité des peuples ne pouvant encore supporter la présence de minorités compactes parmi eux, il faut faire cesser cette relation. Puisqu’il est impossible au Juif de vivre pleinement parmi les autres, il faut ôter Ie Juif du milieu des autres.

Cependant Albert Memmi était conscient qu’Israël ne pouvait être une solution à court terme pour tous les juifs du monde, et qu’une partie d’entre eux seraient longtemps encore tributaires de ces nations qui, bon gré mal gré, les ont accueillis, et souvent adoptés. Les Juifs qui continueraient à habiter en Diaspora devaient donc faire preuve de la loyauté la plus absolue, la plus courtoise et la plus reconnaissante partout où ils étaient, mais en même temps ne jamais perdre de vue que l’objectif ultime était que la présence des Juifs hors de la nation juive doit changer de sens, et que la Diaspora doit cesser d’être une Diaspora.

Il  concluait son analyse en disant “je suis heureux d’avoir appartenu à la génération qui a compris où  se trouvait la libération du peuple juif, et qui l’a entreprise. Aux générations suivantes de l’achever. Israel est dorénavant leur affaire. C’est notre seule issue, notre seule carte véritable, et notre dernière chance historique. Tout le reste est diversion. Seule la solution nationale peut exorciser notre figure d’ombre; seul Israël peut nous redonner épaisseur et vie : seule la libération d’un peuple peut fournir une chance véritable à sa culture”.

Les juifs du monde doivent être vigilants par rapport à l’antisémitisme au même titre que pour toute autre forme de racisme, et se comporter en citoyens responsables dans leur pays de résidence. Mais les juifs de la Diaspora spécifiquement menacés en tant que tels doivent avant tout réagir en soutenant Israël, parce que c’est là que se joue leur destin en tant que peuple, et que c’est là que se trouve leur ultime refuge. Ces juifs qui vivent en Diaspora mais qui désirent en temps même préserver le recours éventuel à la “Loi du Retour”[3], ont donc des devoirs envers Israël, parce que quel que soit le dynamisme  des institutions communautaires juives à travers le monde, celles-ci ne seraient plus d’aucun secours si Israël venait à disparaître.

C’est peut-être la meilleure manière de comprendre ce que Dieudonné essaie de nous dire.


[1] Ecrivain juif franco-tunisien. Les citations en italiques sont extraites de “Portrait d’un Juif”

[2] Ecrivain et professeur de théorie politique. D’origine allemande mais naturalisée américaine après la Deuxième Guerre mondiale.  Les citations en italiques sont extraites de ses “Ecrits Juifs”

[3] Loi israélienne qui permet à chaque juif, à tout moment, de venir s’établir en Israël et de devenir instantanément citoyen à part entière

Pour conclure il est de bon ton aujourd’hui d’être antisioniste, cette vile manipulation qui consiste à cacher son antisémitisme en se dédouanant sur le seul pays démocratique de la région du Proche-Orient, le pays des Juifs.

Merci à Shraga Blum pour ce rappel

Malheureusement pour tous ces contempteurs d’Israël, la virulence de leurs attaques, les techniques souvent similaires de leur discours, l’analogie de leurs arguments, les liens contre-nature qu’ils tissent entre eux dès lors qu’ils s’agit d’Israël, et la concomitance dans le temps de leurs attaques en règle contre l’Etat juif ne font que démontrer que l’antisémitisme s’exprime aujourd’hui dans des formes encore beaucoup plus diversifiées, sournoises et sophistiquées que jadis.

L’antisémitisme ne se résume pas à crier « sale Juif » sur un trottoir ou à raconter des blagues racistes au  bar du coin.

L’antisémitisme aujourd’hui, c’est refuser aux seuls Juifs le droit de se défendre dans le cadre de leur armée nationale, comme le ferait n’importe quel autre pays avec bien moins de pitié et de retenue.

L’antisémitisme, c’est juger Israël avec des critères beaucoup plus sévères et injustes que d’autres pays en pareille situation.

L’antisémitisme c’est prêter foi uniquement aux versions des ennemis d’Israël et jeter systématiquement la suspicion sur les versions israéliennes. 

L’antisémitisme, c’est s’adresser à Israël avec le sur même ton condescendant et réprobateur qu’envers le Juif d’antan.

L’antisémitisme , c’est prétendre que la paix mondiale dépend uniquement de l’expulsion des Juifs de leurs maison à Ofra ou Har H’oma, ou affirmer qu’Israël constitue un danger pour la paix du monde.L’antisémitisme , ce sont les jeunes ou les universitaires israéliens qui vont cracher sur Tsahal et leur pays à l’étranger.

 L’antisémitisme , c’est dénier au seul Etat d’Israël parmi les 200 Etats du monde, le droit de décider de sa capitale.

 L’antisémitisme , c’est accuser Israël de tous les maux les plus vils qui étaient jadis attribués aux Juifs en tant qu’individus. Et la liste est encore longue.

 

Sources – archives aschkel  – huffingtonpost.fr – danielhorowitz– israel-flash

 





Chroniqueuse israélienne vivant à Aschkélon



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  • One thought on “La France face au démon antisémite

    1. Meïra

      « Si le nom « juif » venait à être illégitime en tant que catégorie vide de sens, l’idée de Peuple qui rassemble les noms qui le constituent deviendrait elle aussi illégitime. Qu’est ce qu’un peuple, sinon le rassemblement des noms qui se reconnaissent en lui? »
      Nous avons commencé la lecture du 2eme livre de la Torah « Shemot » les Noms, qui relate le début et la fin de notre esclavage et la sortie de l’exil.
      Nos Noms en tant que Peuple nous définissent et les Nations le savent et l’ont toujours su. Il n’est pas surprenant qu’ils s’ attaquent avec autant de férocité à ce Nom, et à travers lui notre Nation de retour chez elle, car c’est le dernier combat, , même si eux ne le savent pas…

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