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Opération « Pilier de Défense » : Bilan et implications, par Michaël Herzog


Opération « Pilier de Défense » : Bilan et implications, par Michaël Herzog

Dans les deux dernières opérations dans la bande de Gaza (« Plomb Durci » et « Pilier de Défense »), le gouvernement israélien a focalisé son objectif sur le renforcement de la dissuasion. Il a choisi d’attaquer les terroristes pour obtenir une trêve à long terme mais n’a pas démantelé l’infrastructure ni renversé le gouvernement du Hamas.

Lors de l’opération « Plomb Durci » déclenchée en décembre 2008, l’armée israélienne a fait savoir au gouvernement qu’une opération de grande envergure, du type « Rempart » effectuée en Cisjordanie en 2002, exigerait le déploiement d’importantes forces et prendrait plusieurs mois. Ensuite, la question se poserait sur la stratégie du retrait.

Une décennie plus tard, l’opération « Pilier de défense » a été réalisée dans un contexte de turbulences dans la région, et avec un sérieux risque d’abroger le traité de paix déjà fragile avec la nouvelle Egypte islamiste. Les incertitudes furent aussi prises en compte au nord d’Israël avec la Syrie et le Liban, sans oublier la menace nucléaire iranienne. Le gouvernement a eu donc raison de fixer des objectifs limités. Il a réussi à les atteindre sans avoir recours à une opération terrestre.

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Les objectifs et le bilan de l’opération « Pilier de Défense » du 14 au 21 novembre 2012 ne peuvent être évalués que dans un contexte global et régional et suite au séisme politique qui a secoué le Proche-Orient et le Maghreb connu comme « Printemps arabe ».

Une guerre asymétrique contre une organisation comme le Hamas est un défi bien difficile à relever. Il s’agit à la fois d’une organisation terroriste, d’un parti politique et un groupe paramilitaire installé dans des zones peuplées de civils et formant un bouclier humain.

L’opération « Pilier de défense » a réussi en fait à apporter un coup militaire très sévère au Hamas et a garanti depuis, et jusqu’à nouvel ordre, une accalmie presque absolue le long de la frontière de la bande de Gaza.

Au moment du déclenchement de l’opération « Plomb Durci » en 2008, le gouvernement égyptien de Hosni Moubarak nous avait discrètement encouragé à détruire le Hamas, et juste après a exprimé sa profonde déception. La situation actuelle est bien différente ; le Hamas est une branche palestinienne des Frères musulmans, alors que le gouvernement Moubarak a considéré le Hamas comme une menace à la sécurité nationale de l’Egypte.

Le président Mohammed Morsi offre au régime du Hamas un « parapluie politique » et Israël devait donc manœuvrer dans un environnement tout à fait différent.

En outre, le Qatar et la Turquie se sont alignés sur l’Egypte et fournissent au Hamas un « parapluie » encore plus large.

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En octobre 2012, l’émir du Qatar a effectué une première visite d’Etat à Gaza, promettant une aide financière de 450 millions de dollars, et la Turquie à également apporté un soutien politique et financier.

Les puissances sunnites de la région ont coopéré avec les Etats-Unis et l’Occident sur d’importantes questions, en particulier sur les menaces de l’Iran et du djihad mondial. Mais voilà qu’en même temps, ils soutiennent aussi des acteurs islamistes et notamment des forces en Syrie et le Hamas à Gaza.

Lors des élections égyptiennes législatives, le Qatar a apporté un soutien financier aux Frères musulmans et les Saoudiens sont venus en aide aux Salafistes. Ainsi, l’Occident est confronté à un grand défi : Les forces régionales, considérées comme alliées dans la sauvegarde des intérêts occidentaux, soutiennent les islamistes anti-démocratiques et anti-occidentaux au détriment des forces nationales plus libérales.

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L’Egypte aimerait fournir au Hamas des réalisations politiques mais en même temps souhaite maintenir l’accalmie le long de sa frontière avec Israël. Quant à l’Iran, elle fournit des armes, permettant au Hamas de mener une résistance réelle contre Israël.

Il reste à voir comment les enjeux vont évoluer dans le contexte palestinien. Au cours des dernières années, l’Occident et Israël mettaient en évidence les différences entre l’Autorité palestinienne basée en Judée et Samarie et le Hamas installé à Gaza.

L’Autorité palestinienne en Judée et Samarie pouvait devenir une entité prospère sous la direction du Premier ministre Salam Fayyad avec le renforcement des institutions, tandis que le gouvernement à Gaza appelle à la destruction de l’Etat juif et a ainsi été isolé.

La transformation régionale a produit le contraire. Alors qu’à Gaza on est bien loin d’atteindre une prospérité économique, le gouvernement sur place bénéficie de nombreux investissements sunnites et sort de son isolement, tandis que l’entité en Judée et Samarie est sur le point de l’effondrement. Il est encore difficile de savoir si ces deux entités pourront un jour se réconcilier définitivement.

Sur le plan militaire, l’opération « Pilier de Défense » était différente de celle de « Plomb durci ». Depuis 2008, le Hamas et les autres factions ont élargi leurs arsenaux militaires avec des roquettes et missiles à longue portée estimés de 10 000 à 12 000, et notamment des missiles pouvant atteindre Tel-Aviv. Ils ont été d’ailleurs utilisés au cours du dernier conflit, mais d’une manière plutôt symbolique.

De son côté Israël a perfectionné son système de défense avec l’emplacement des rampes de « Dôme de fer ». La dissuasion réalisée grâce à l’opération « Plomb durci » a permis de développer ce nouveau système dont le taux de réussite a atteint les 85% durant l’opération « Pilier de Défense ». Ce système a apporté une sécurité et un sentiment d’assurance à la population israélienne. C’était d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles Israël n’a pas finalement lancé d’opération terrestre.

Israël a également appliqué des leçons dans la conduite de la guerre asymétrique contre une organisation terroriste et a choisi ses cibles prudemment, en utilisant des munitions guidées avec précision. Le montant des pertes civiles et les dégâts collatéraux du côté arabe-palestinien étaient nettement plus bas que dans les cycles précédents. Israël a également beaucoup investi dans la préparation de l’arrière du pays, notamment les aspects juridiques, humanitaires, et l’opinion publique.

Sur le front nord, le Hezbollah possède actuellement plus de 70 000 roquettes et missiles plus perfectionnés que le Hamas, et des centaines pourront être lancés sur Tel-Aviv. Le « Dôme de fer » peut seulement intercepter des missiles à une certaine distance et de nouveaux systèmes tels que la « fronde de David » ne sont qu’en cours de développement mais ne pourront être opérationnels que dans deux ans au plus tôt.

Notre défi à la frontière Sud dépend du rôle clé de l’Egypte de pouvoir stopper la contrebande d’armes et l’acheminement d’armes en provenance de Libye et du Soudan vers Gaza.

En conclusion, l’opération « Pilier de Défense » illustre parfaitement les défis anciens et nouveaux qu’Israël devrait affronter. Ils sont désormais plus complexes et caractérisés par des changements dramatiques et par la montée de nouvelles forces destructives.

Source: Le CAPE, par Michael Herzog





Psychosociologue, consultant sur les questions de conflits, crises, violences et débriefing dans tous les secteurs où ces problèmes se posent.



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