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Rafle du Vel d’Hiv : Laval pouvait refuser sa complicité. 1942-1943 – par Marc-André Charguéraud


Rafle du Vel d’Hiv : Laval pouvait refuser sa complicité. 1942-1943 – par  Marc-André Charguéraud

En septembre 1942 et en juillet 1943, Laval refuse de coopérer et des rafles massives sont annulées par les Allemands.

Dans Paris occupé, au cours de la rafle du « Vel d’hiv » les 16 et 17 juillet 1942, 12 884 Juifs étrangers sont arrêtés à Paris par la police sur l’ordre du gouvernement de Vichy dirigé par Pierre Laval. Ils sont remis aux Allemands qui les déportent vers la mort. Pire, si c’est possible, pendant le mois d’août 1942, Vichy déporte 10 500 Juifs de la zone libre vers la zone occupée. Ces mesures criminelles et déshonorantes marquent la France d’une tache indélébile. L’histoire indique qu’elles pouvaient être évitées sans entraîner de représailles de la part des Allemands.

La rafle du Vel d’Hiv terminée, Heinz Röthke, chef des services des affaires juives de la Gestapo en France, prépare la suivante. Il obtient de Berlin la disposition de 50 trains pour déporter 50 000 Juifs français et étrangers entre le 15 septembre et la fin octobre 1942.[1] Le 2 septembre, Pierre Laval intervient auprès du général Karl Oberg, patron de la police et de la sécurité allemande en France (RSHA). Selon ce dernier « le Président Laval demande que, si possible, on ne lui signifie pas de nouvelles exigences sur la question juive. Il faudrait en particulier ne pas lui imposer a priori de nombre de Juifs à déporter ».[2]

Les Allemands décident alors de surseoir à ce plan. Les supérieurs de Heinz Röthke, Helmut Knochen et Herbert Hagen, « considèrent comme prioritaires les intérêts économiques et stratégiques du Reich, ainsi que la protection des troupes d’occupation garantie en particulier par la vigilance de la police française ». [3] Ces jeunes officiers savent qu’au moindre manquement ils devront abandonner leurs postes confortables en France et seront envoyés sur le front russe. Pour les Allemands, il ne s’agit que d’une suspension. Leur rapport  du 2 septembre précise que Laval « confirme  que, conformément aux accords conclus, on livrera plus tard d’abord les Juifs ayant perdu leur nationalité allemande, autrichienne, tchèque, polonaise et hongroise, puis également les Juifs belges et hollandais. Ensuite, comme convenu, on livrera les Juifs qui ont acquis la nationalité française après 1933. »[4]

Le refus provisoire de Laval  d’opérer de nouvelles arrestations n’exprime pas de sa part la moindre sollicitude envers les Juifs. Il le répète sans réserve aux visiteurs qui interviennent pour lui demander d’arrêter les arrestations de Juifs étrangers. Un compte-rendu de Pinkney Tuck, le chargé d’affaires américain en France, résume un entretien qu’il eut avec Laval le 26 août : « Il est évident par son attitude qu’il n’avait ni intérêt, ni sympathie pour le sort d’aucun de ces Juifs qui, fit-il remarquer sans pitié, étaient déjà bien trop nombreux en France. » [5]

Par contre Laval subit une pression très forte de son opinion publique, scandalisée par l’ampleur et la brutalité des arrestations en zone libre, qui l’oblige à les interrompre. Les déclarations publiques des autorités religieuses catholiques et protestantes se font pressantes et explicites en cette fin août 1942. Laval cède et tient tête aux Allemands sans que cela n’entraîne de conséquences.

Au printemps 1943, Röthke revient à la charge. Il sait que le nombre de Juifs étrangers  toujours présent en France est limité. Or Vichy refuse la mise à disposition de sa police pour déporter les Juifs français. Röthke demande alors  « la promulgation d’une loi retirant la nationalité française aux Juifs naturalisés postérieurement à 1927 ou 1933 ».[6] Ayant eu l’accord de Laval, il planifie pour les 23 et 24 juillet 1943 dans le département de la Seine une rafle de 50 000 Juifs avec le concours de 2 000 policiers français.[7]

Sous la pression du Maréchal, Laval revient sur son accord de dénaturalisation, ce qui oblige Röthke à suspendre la rafle prévue. Celui-ci conclut désabusé que l’« on ne peut plus compter sur la collaboration de la police française pour l’arrestation en masse des Juifs (…)  Le gouvernement français ne veut plus marcher avec nous (…) Il est conseillé de faire en sorte qu’une compagnie de Schutzpolizei se tienne désormais prête à intervenir. »[8] Ces menaces n’ont pas d’effets.

Pour la deuxième fois, Vichy a tenu tête aux Allemands sans subir la  moindre mesure de représailles. Pourquoi n’en a-t-il pas été de même en juillet-août 1942 ? Laval devait se tenir à la ligne de conduite qu’il s’était tracée lors du Conseil des ministres du 26 juin 1942. Il estime alors que la question juive « a été résolue, on le sait, en Allemagne d’une manière extrêmement sévère. L’opinion publique française accepterait difficilement que des mesures identiques soient prises en France où cette question n’a jamais eu la même acuité ».[9] Sa marge de manœuvre permet à Laval de refuser les demandes allemandes de mettre la police française à disposition pour des arrestations et des transferts vers Drancy.

Est-ce à dire que les 12 884 juifs du Vel d’Hiv auraient été sauvés ? Serge Klarsfeld pense qu’avec Laval refusant la rafle, la police et l’administration française n’auraient pas obéi aux ordres d’Oberg pour une pareille opération brutale visant des familles n’ayant commis aucun acte illégal.[10] Certains auraient tout de même été arrêtés. Les Allemands n’étaient pas complètement dépourvus de moyens s’ils décidaient d’agir par eux-mêmes, comme ils le montreront plus tard et dans d’autres pays. Déjà en fin 1940, n’ont-ils pas seuls identifié, arrêté et expulsé 22 000 Juifs d’Alsace et de Lorraine vers la zone libre ?

Toute hypothèse sur ce qui serait arrivé pendant l’été 1942 en cas de refus de Vichy est hasardeuse. Mais au moins le gouvernement de Vichy ne se serait pas rendu complice direct des déportations vers les camps de la mort, un acte indigne dont le pays porte encore aujourd’hui les stigmates.

Le pasteur Boegner dénonce cette situation dans une lettre lucide adressée au Maréchal Pétain le 20 août  1942. « La vérité est que viennent d’être livrés à l’Allemagne des hommes et des femmes réfugiés en France pour des motifs politiques ou religieux dont plusieurs savent d’avance le sort terrible qui les attend. »  Boegner met Pétain face à ses responsabilités : « Aucune défaite, vous nous l’avez rappelé vous-même, ne peut contraindre la France à laisser porter atteinte à son honneur. » La conclusion de cette admirable lettre est pathétique et cruellement vraie : « Je vous supplie, Monsieur le Maréchal, d’imposer des mesures indispensables pour que la France ne s’inflige pas à elle-même une défaite morale dont le poids sera incalculable. »[11]

© Marc-André Charguéraud pour Europe Israël News. Genève.

Article publié le 2 janvier 2013. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.



[1] KLARSFELD Serge, La Shoah en France, vol 3, Le calendrier de la persécution des Juifs de France, septembre 1942- août 1944, Fayard, Paris, 2001, p. 1034.

[2] KLARSFELD Serge, Vichy-Auschwitz. Le rôle de Vichy dans la Solution finale de la question juive en France, 1942,  Fayard, Paris, 1983, p. 167.

[3] Ibid, p. 171.

[4] KLARSFELD, 2001, vol. 3, p. 1034.

[5] KLARSFELD, 2001, vol. 2, p. 881. Il s’agit ici de Juifs étrangers.

[6] KLARSFELD, 2001, vol. 3, p. 1413.

[7] Ibid. p. 1570.

[8] Ibid. p. 1617 ss.

[9] COHEN Monique-Lise et MALO Eric, éd. Les camps du sud-ouest de la France, 1939-1944. Exclusion, internement, déportation, Editions Privat, Toulouse, 1994,  p. 144.

[10] KLARSFELD 1983, op. cit. p. 102

[11] Ibid. p. 153

 © Europe Israël – reproduction autorisée avec un lien actif vers la source

 







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  • 5 thoughts on “Rafle du Vel d’Hiv : Laval pouvait refuser sa complicité. 1942-1943 – par Marc-André Charguéraud

    1. azoi

      il aurait pu, il n’aurait pas pu !!!! telle est la question. tout ce qui s’est passé correspondait bien a la politique que laval souhaitait mener même et y compris dans ses replis stratégiques. il a été justement fusillé. il aurait même du l’être plusieurs fois, au moins 2 fois : une fois comme traitre à la france et une autre fois pour crime contre l’humanité. malheureusement il ne l’ a été que comme traite ce qui laisse introduire un doute sur ses actions. Laval était un assassin de masse, un criminel de guerre et auteur de crimes contre l’humanité.

    2. Michel Alain Labet de Bornay

      Un aspect peu connu du criminel Laval est qu’il était de 1939 à 1945 Maire SOCIALISTE d’Aubervilliers ! Et c’est sur son initiative personnelle que les Enfants juifs furent déportés alors que l’occupant nazi ne l’exigeait pas.

      Extrait de mon article : Puisqu’il faut monsieur Hamon, vous mettre les points sur les i, allons y : Vous affirmez : « La famille politique de Marine Le Pen a déjeuné avec l’occupant. » Première nouvelle, vous nous la sortez d’où celle là ?

      Que Pierre Laval, Membre de la SFIO depuis 1905,l’avocat milliardaire, défendant parfois des syndicalistes communistes de la CGT et qui était le maire depuis 1923 et député socialiste d’Aubervilliers,( mandat de maire qu’il conserva jusqu’à la Libération) déjeunais avec Hitler lui-même ; ça on le savait ! Tout comme entre 1939 et 1942 les dirigeants communistes Français et les « militants » de gauche d’alors, étaient tous membres du fameux komintern bolchevique farci d’antisémites, comme Jacques Duclos qui dénonçait, on l’a déjà dit (Mais comme ça, ça sera dit …. ROSE !!!), le ”juif Mandel”, ministre de l’Intérieur sous Paul Reynaud.

      Moi ; monsieur Hamon, j’accuse votre famille politique, d’avoir donné les pleins pouvoirs à Pétain ! J’accuse Pierre Laval maire SOCIALISTE d’Aubervilliers d’avoir dit : « Je souhaite la victoire de l’Allemagne ». J’accuse le maire SOCIALISTE d’Aubervilliers un social fasciste (Pléonasme !) d’avoir en Avril 1942 ; nommé à nouveau chef du gouvernement du régime de Vichy par le maréchal Pétain, d’avoir renforcé la politique nauséabonde de collaboration avec l’occupant du parti Socialiste National des travailleurs Allemands que vous appelez nazis !

      J’accuse Laval, maire SOCIALISTE d’Aubervilliers de votre FAMILLE politique SOCIALISTE Benoît HAMON !!!!!!, d’avoir début juillet 1942, proposé de livrer les Juifs étrangers vivant en zone non occupée en y joignant leurs enfants !!!! Oui ; monsieur Hamon ! La déportation des enfants juifs……………… !!!! C’est le fait exclusif du maire SOCIALISTE d’Aubervilliers !!!!!!!!!!!!

      En savoir plus sur le gouvernement de Vichy composé de communistes et de socialistes à 80 % !

      Et ça continue aujourd’hui voir: « au PS il y a trop de juif il faut commencer à dés-enjuiver pour contrer leur lobby

    3. Gérard Pierre

      Je m’apprêtais à rappeler ce qu’en substance monsieur Michel Alain Labet de Bornay, qui m’a devancé, a écrit ci-dessus.

      Je me contenterai donc simplement de compléter en rappelant également un fait historique irréfutable, à savoir que …… 80% des collabos provenaient de la gauche française d’avant guerre et des mouvements dits pacifistes ! …… Ça aussi, l’insignifiant petit monsieur Benoît Hamon serait bien avisé de s’en souvenir !

    4. Redomier

      Ne voyons pas tout en noir : Pierre Brossolette était socialiste et Georges Guingouin communiste.Jean Moulin de gauche .

      Tous trois ont été parmi les premiers Résistants et lesquels parmi d’autres.

      Laval a été socialiste de ….droite puis dégoûté des combines politiciennes il s’est éloigné de la gauche . Sa fille Josée avait de nombreux ami(e) juifs avant et après guerre . Pierre Laval a sauvé le père de Roger Hanin receveur des Postes à Aubervilliers …Il tentait mais il a eu certes tort, d’amadouer les Allemands . C’était un homme de la troisième République doublé d’un pacifiste (1 500 000 morts Francais pendant la guerre 14-18 )…

      Ne trouvons nous pas des dirigeants israéliens qui tentent d’amadouer le Hamas , ramassis de Nazis ? Et ce au nom de la paix ?

      Disant cela , je ne suis pas de gauche mais la vérité , quelle qu’elle soit, doit être dite et défendue

    5. Redomier

      Ajoutons car il faut appeler un chat un chat que par cette politique, même si d’autres politiques auraient été possibles,

      Que 76 000 Juifs sur 330 000 ont été déportés , ce qui est certes beaucoup , mais que les 3/4 quand même , certes brimés , ont été épargnés .

      Les Français , en butte à des problèmes divers , 2 millions de prisonniers, subsistance au quotidien , santé ou problèmes de guerre civile et de persécutions allemandes

      N’auraient rien fait de plus si l’ensemble des Juifs avaient été déportés ,eux qui voyaient Pétain comme le bouclier de la France et l’adulaient dès qu’ils se déplaçait en France .

      En Juin 44, il n’y avait pas plus de 100 000 Résistants , les autres étaient soit terrifiés à l’idée de faire quoi que ce soit , soit partisans de la politique de Vichy

      Après l’arrivée des troupes de débarquement (Juin et Août 44 ) beaucoup se découvrirent une fibre résistance , celle de la 25 ème heure.

      Laval était avant guerre déjà honni , voire traité de Juif , de politicard véreux etc… par la gauche ou par la droite .

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