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La France à l’épreuve de la propagande islamiste : La Guerre par l’image


La France à l’épreuve de la propagande islamiste : La Guerre par l’image

C’est de Somalie, là ou a échoué l’opération visant à libérer Denis Allex, que les Shebab ont entamé un jeu morbide en prenant l’initiative de la bataille des images.

Diffusant, non des images de l’otage (autour de laquelle une sombre mise en scène de l’assassinat semble se monter, j’y reviendrai), mais celles brutes d’un homme mort, au regard fixe, sans vie.

L’un des membres du commando du service SA de la DGSE qui a été tué lors de la tentative de libération de Denis Allex (un autre a été tué mais son corps a été récupéré).

Les Shebab ont utilisé les réseaux sociaux, en l’occurrence Twitter, ou ils ont ouvert un compte, comme tout à chacun, au nom de HMS (Harrakat al shaabab al Mudjahideen) Press office, pour y publier des images de ce qu’est la réalité de la guerre, leur guerre, et de ce qui représente pour les islamistes, une victoire contre ceux menant une croisade. L’image est une arme de guerre. Les islamistes s’en servaient lorsqu’ils étaient à la conquête de nouveaux territoires, et la recherche de nouvelles recrues. Ce combat là n’a cessé et ne cessera jamais, mais cette fois les Shebab ont monté une opération de propagande liée directement au combat armé qu’ils ont mené contre le commando de la DGSE venu tenter de sauver celui qui était le plus ancien otage français détenu à l’étranger.

Les Shebab s’adressent tout à la fois directement au chef de l’Etat, au gouvernement français, et à la population, car le filtre des télévisions qui flouttent les images, où disent qu’ils ne les montreront pas au nom du respect des familles ne fonctionne plus. Les réseaux sociaux, comme on le voit dans le cadre de la guerre de Syrie, ou comme on l’a vu lors du dernier épisode guerrier entre Israël et le Hamas, sont désormais des relais de propagande ou contre-propagande redoutables.

N’importe qui peut consulter images et commentaires qui les accompagnent.

N’importe qui peut désormais aussi prendre tel ou tel parti. Parfois avec une violence extrême. Et encore une fois sans aucun filtre, ni modérateur.

Les images que les Shebabs ont mise en ligne sont d’abord celle de la dépouille, en tenue de combat, et du visage du membre du commando de la DGSE tué lors de l’opération (présenté ici comme le chef du commando) que ses partenaires auraient (dit l’un des commentaires assorti) abandonné après une fusillade nourrie) et des combats qui ont montré que l’effet de surprise escompté et indispensable à la réussite de ce genre d’opération, n’a pas joué.

Avec un point de mise en scène particulier qui n’échappera à personne regardant la photo. L’homme porte en médaillon un croix chrétienne. La référence à l’échec d’une prétendue « croisade » qui serait menée par les français est clairement mise en avant. « C’est le retour aux croisades peut-on lire exactement mais la croix de cet homme ne l’a pas protégé du sabre » (islamique).

Gros plan du visage, plan élargi, photo des armes de pointe récupérées, Les Shebab s’autorisent tout, s’adressant même directement à François Hollande, (qui a voulu et décidé cette opération à très hauts risques) en lui demandant : Est ce que cela en valut t-il vraiment la peine ?

C’est donc un nouveau front qui est ouvert, du coté de la Somalie, dans une guerre sans images jusque-là, sinon coté français celles d’avions de chasse décollant de jour comme de nuit.

La mise en scène macabre, est vigoureusement dénoncée par les autorités françaises, mais le mal est fait.

« Il s’agissait d’un pro de la guerre secrète, sachant les risques auxquels il s’exposait », dit un ancien agent de la DGSE mais cette mise en images et en scène peuvent impacter douloureusement … Surtout si cela venait à se reproduire. Ce qui est possible. Car si Denis Allex, selon les témoignages recueillis lors du débriefing interne post-opérationnel a été tué par ses ravisseurs lors de l’assaut, ceux-ci persistent à dire qu’il a survécu, été jugé depuis, et que les Shebab ont statué sur son sort et feront connaitre bientôt leur décision…

Ce type de mise en scène sordide n’est pas nouveau. En 1986, les ravisseurs des otages du Liban, avaient publié la photo du visage de Michel Seurat décédé. Le chercheur pris en otage, était mort des suites d’une maladie, mais la photo avait alors été présenté comme un geste de rétorsion vis à vis de la France. Et c’est la presse qui l’avait publiée !

La photo avait fait la une de Libération, assorti de ce titre « danse macabre ». Depuis, les prises d’otages s’étant multipliées contre des ressortissants français dans le monde, L’image, notamment l’envoi ou la mise en ligne depuis la création du net, de vidéos, est devenue une arme de propagande.

L’attitude des médias occidentaux quand aux publications de photos ou de vidéos varient de l’un à l’autre, mais ils ne sont plus maîtres, pas plus que ne le sont les centres du pouvoir, de la possibilité de tout à chacun d’y avoir accès … La diffusion de certaines photos ou vidéos, d’une brutalité parfois bien plus grande qu’en l’espèce, sont accueillies bien différemment dès lors que l’on estime que la cause est juste. Et que pour lutter contre la guerre, ou faire réagir les chancelleries, montrer la guerre telle qu’elle est, et non avec des plans ou des images floutées, aseptisées, est une nécessité …

Quel sera l’impact de l’image de cet agent d’élite tué en service pour la France ?

« Tout dépendra de l’évolution, non prévisible de la situation sur le terrain » dit un politique, ex-membre du staff anti-terroriste français. Le gouvernement ne changera évidement pas de stratégie.

Mais quel sera l’impact sur la population française ?

Sur les familles d’otages ?

Surtout si la guerre devait durer, si d’autres otages, non militaires étaient menacés ou exécutés ? Si la guerre devait durer ? Si des attentats devaient se produire en riposte de l’offensive menée par la France au Mali ? Trop tôt pour le dire.

Mais la crainte d’un retournement de situation dans les esprits est là, chez les politiques.

Autre question : Quel sera l’impact sur tous ceux qui a travers le monde sont des partisans du Jihad global et soutiennent les islamistes ?

Les Shebab savent que ce type de photo peut « galvaniser » ceux qui sont attirés par les sirènes du jihadisme, du salafisme, de l’engagement dans la lutte armée contre ceux que les islamistes nomment dans leur vocabulaire classique » les croisés, les mécréants, les impies, les apostats ».

L’idée que l’élite de l’élite des forces spéciales françaises ait été mise en échec, et de quelle manière, par des hommes qui se disent avant tout portés par leur foi, et combattre au nom d’Allah, est très « dangereuse » dit un membre de l’appareil de lutte anti-terroriste.

Ce qui peut apparaitre comme épouvantable pour certains, peut avoir un effet totalement inverse sur l’esprit de certains, notamment de ces jeunes blacks ou autres qui « rêvent » de faire leur Hirja et de partir au Jihad, dont parlait ici le juge anti-terroriste Marc Trévidic enquêtant sur la constitution de filières maliennes.

Pour les sergents-recruteurs, ces photos du « géant militaire » français mis en déroute, d’un homme appartenant à une unité d’élite tué par des hommes très loin d’avoir reçu une formation de combattants d’exception, sont « pain-béni ». Elles légitiment le combat.

Par delà ces considérations qui inquiètent les experts, cette publication-choc, accessible à tous, pose un problème de fond, puisqu’elles transcendent souvent les « règles » non respectées, les chartes d’édition des réseaux sociaux : L’utilisation à outrance aujourd’hui de ces réseaux sociaux, devenus aujourd’hui, sans filtre, les vecteurs possibles d’une ultra-violence transcendant toutes frontières avec simplement quelques clics. Et des photos, des infos peuvent ainsi faire le tour du monde, sans que personne n’ait débattu de l’effet qu’elles peuvent produire. Et c’est désormais à la portée de tout le monde …

Source : Frédéric Helbert





Psychosociologue, consultant sur les questions de conflits, crises, violences et débriefing dans tous les secteurs où ces problèmes se posent.



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