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Washington s’acharne sur Pollard


Washington s’acharne sur Pollard

Les États-Unis refusent toujours de libérer l’espion israélien Jonathan Pollard, un américain condamné en 1987 pour espionnage au profit d’Israël. Le président Shimon Pérès a rencontré Esther, la femme de Jonathan Pollard, alors que l’état de santé de ce dernier s’est dégradé. Pollard a été hospitalisé le 6 avril et sa femme a demandé au président israélien d’insister auprès de son homologue américain pour qu’il le gracie. D’autres prisonniers, responsables de crimes de sang, ont subi un élargissement beaucoup plus rapide. Pollard n’a tué personne.


Acharnement du Sénat

Le scientifique russe Igor Soutiaguine avait été échangé, le 8 juillet 2010 à Vienne contre la jeune espionne moscovite de 28 ans, Anna Chapman, après avoir été condamné à de la prison ferme en Russie. Il avait été convaincu d’espionnage pour le compte des États-Unis. Anna Chapman faisait partie des dix personnes qui ont été arrêtées lors d’un coup de filet spectaculaire aux États-Unis, en juin 2010, et qui ont été relâchées après un échange russo-américain.

Pendant ce temps, l’espion israélien Jonathan Pollard a fêté plus d’une quart de siècle de captivité aux États-Unis, après avoir été arrêté en 1986. L’acharnement américain contre ce prisonnier est inexplicable puisque le gouvernement israélien s’était engagé officiellement à interdire dorénavant à ses agents toute activité d’espionnage sur le sol américain.

Chaque élection d’un président américain était l’occasion pour exhumer le dossier Pollard mais tous les premiers ministres israéliens successifs n’ont pas réussi à obtenir la grâce de l’espion condamné à perpétuité aux États-Unis en 1987 pour espionnage au profit d’Israël. Citoyen américain né en 1954, il travaillait depuis novembre 1979 pour la marine américaine, en tant qu’officier de renseignement et communiquait de nombreux documents protégés. Découvert par le FBI, il tenta alors de fuir en réclamant, auprès de l’ambassade israélienne, un asile politique qui ne lui a pas été accordé. L’État d’Israël a mis plusieurs années à reconnaitre que l’espion était israélien.

L’entêtement de l’administration américaine à refuser la grâce n’est pas liée aux secrets, depuis périmés, qui ont été divulgués mais au fait que deux pays amis et alliés ne pouvaient participer à un espionnage mutuel. Le Sénat américain s’enferme dans une position intransigeante en s’opposant systématiquement à la libération anticipée de l’espion: «Nous ne souhaitons pas mettre à mal les intérêts stratégiques américains en libérant Pollard». La timidité des interventions israéliennes en faveur de leur espion ne laissent pas d’étonner car la responsabilité du gouvernement israélien est totale puisque l’opération a été couverte, en son nom, par un officier du Mossad en mission aux États-Unis.

Affaire Lavon Bis

Cette affaire ressemble à la fameuse affaire Lavon, du nom du ministre de la Défense nommé fin 1953 en remplacement de David Ben Gourion. Afin d’empêcher un rapprochement entre l’Occident et l’Égypte, il avait commandité des opérations de terrorisme en Égypte, préparées et exécutées sous le contrôle des services secrets de l’armée israélienne. L’échec de l’opération «Shoshana» avait entrainé la capture des treize membres du commando dont deux furent exécutés en Égypte, une suicidée et les autres emprisonnées jusqu’à leur libération à la suite d’un échange survenu après la Guerre-des-Six Jours.

Le commando était constitué uniquement de jeunes juifs égyptiens inexpérimentés agissant sous l’emprise d’un sionisme exacerbé. L’échec de cette opération conduisit le Mossad à interdire dorénavant l’utilisation d’agents nationaux dans des missions d’espionnage contre leur propre pays. Il s’agissait surtout de ne pas provoquer de dilemme entre le sentiment national et l’exigence de solidarité avec Israël car les communautés juives devaient affirmer leur neutralité vis-à-vis du pays qui les héberge.

Effectivement, cette règle a été ouvertement bafouée dans l’affaire Pollard par un officier traitant qui avait manœuvré en solo, malgré des instructions rigoureuses et parfaitement établies. Il surfait sur l’auréole qu’il avait acquise avec l’arrestation du SS Adolf Eichmann en Argentine. L’éventualité d’une riche moisson d’informations inédites avait conduit le Mossad à faire preuve d’aveuglement coupable. Jamais un juif américain n’aurait dû être autorisé à espionner sa patrie, même si l’importance des données glanées impliquait une exception en la matière.

«Honorable correspondant»

Les conséquences sont effectivement terribles puisque les américains refusent les règles tacites appliquées par les services de renseignements pour l’élargissement des «honorables correspondants». Ils semblent qu’ils veuillent faire payer l’indélicatesse, sinon la provocation, des israéliens qui ont nommé l’officier traitant, Rafi Eitan, à un ministère alors qu’il était interdit de séjour aux États-Unis et qu’il refuse, encore aujourd’hui, de dévoiler le contenu de sa mission relevant, selon lui, du secret-défense.

Dans cette affaire comme dans l’affaire Lavon, le gouvernement israélien semble avoir été mis devant le fait accompli par des officiers omnipuissants, agissant sans contrôle et avides de résultats à bon compte. Leur faute aura été de fuir leur responsabilité en lâchant l’espion et en lui refusant l’asile. L’opinion publique israélienne a toujours été choquée par ce comportement assimilé à l’abandon d’un blessé de Tsahal sur le champ de bataille. Cette erreur a d’ailleurs incité le gouvernement à ramener coûte que coûte en Israël le caporal Guilad Shalit.

Censure gouvernementale

L’affaire Lavon, intrigue militaro-politique, censurée pendant dix ans par le gouvernement et donc occultée par les médias, a été à l’origine d’un cataclysme politique entrainant la démission de ministres et la chute du gouvernement. L’affaire Pollard occupe les esprits depuis plus de vingt cinq ans et, de manière cyclique, elle revient à la une des médias. Les israéliens estiment que cette affaire ne rehausse pas l’honneur du Mossad qui a préféré sacrifier son agent plutôt que de reconnaitre son erreur auprès de l’administration américaine.

Un collectif d’associations avait adressé une supplique à Benjamin Netanyahou mais le premier ministre israélien est toujours revenu bredouille de ses voyages. Les dernières décisions du Sénat américain indiquent que l’espion du Mossad n’est pas prêt d’être libéré et qu’il continue de payer un raté des services qui l’employaient. Il paie aussi pour une autre affaire qui a défrayé les chroniques alors qu’une nouvelle action d’espionnage similaire était mise à jour.

En effet, le FBI et le bureau de contre-espionnage du département de la Justice des États-Unis ont enquêté en 2004 sur un analyste de haut rang du Pentagone, Larry Franklin, suspecté d’espionnage au profit d’Israël pour avoir transmis des informations confidentielles sur l’Iran. Il est en cours de jugement et la sentence pourrait rejaillir sur le responsable du Mossad de l’époque, Uzi Arad, persona non grata aux États-Unis, mais nommé conseiller diplomatique de Benjamin Netanyahou. Sa nomination dans le cercle restreint des conseillers intimes du premier ministre a été considérée par l’administration américaine comme une provocation et un nouveau casus belli. Cela n’a pas arrangé les affaires de Pollard…

Jacques Benillouche





Journaliste québécois, pro-atlantiste, pro-israélien,pro-occidental



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