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Le choc des civilisations : toutes les civilisations se valent-elles ? par André COMTE-SPONVILLE


Le choc des civilisations : toutes les civilisations se valent-elles ? par André COMTE-SPONVILLE

« Quelles valeurs pour le XXIe siècle ? » Qu’est ce qu’une civilisation ?

C’est un ensemble de savoirs, de savoir-faire, de croyances et de valeurs, propres à une ou plusieurs sociétés, lequel distingue cette ou ces sociétés d’autres sociétés et de la barbarie.

Or, il est clair qu’aujourd’hui, les savoirs sont à peu près mondiaux. À part quelques secrets défense, tout savoir est disponible sur Internet. Les savoir-faire, les techniques sont de plus en plus mondiaux (les délocalisations le prouvent bien).

Reste donc la question des croyances et des valeurs, sur laquelle je voudrais centrer l’essentiel de mon exposé autour de trois points :

– Dans un premier temps, j’essaierai de réfléchir à la façon dont se pose ce problème des civilisations. À la lumière du 11 septembre 2001, autrement dit de ce qu’on appelle souvent, depuis le livre de Huntington, le « choc des civilisations ».

C’est ici qu’éclate une question un peu taboue, parce qu’elle est politiquement incorrecte : Toutes les civilisations, toutes les cultures se valent-elles ?

– Dans un deuxième temps, j’essaierai de répondre à la question : Quelles valeurs pour le XXIe siècle, autour de la question : Nouvelles valeurs, ou nouvelle fidélité ? –

 

Le choc des civilisations : toutes les civilisations se valent-elles ?

 

C’est une question politiquement incorrecte, dont il faut bien dire que beaucoup d’entre nous avaient presque oublié qu’elle se posait.

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De ce point de vue, le 11 septembre 2001 a été un choc extrêmement déMédiassagréable, car les attentats semblaient donner quelques crédits à la thèse du politologue américain Huntington, que toute l’Intelligentsia française avait considéré comme nulle et non avenue, à savoir qu’après la lutte des classes, le conflit des idéologies ou le conflit des blocs est/ouest, le monde entrait dans un autre type de conflit, qui n’opposait plus des classes ou des systèmes politiques mais des cultures, des civilisations, et c’est ce que Huntington appelait donc le Choc des civilisations. Force est de reconnaître que le 11 septembre semblait donner quelques éclats à cette thèse. Et voilà nos intellectuels bien embarrassés…

Car s’il y a choc ou conflit des civilisations, il va falloir choisir son camp. Or, la quasi-totalité de l’Intelligentsia parisienne baignait depuis des décennies dans l’idée confortable que toutes les civilisations sont égales, qu’elles se valent toutes.
Le problème est que si elles se valent toutes, au nom de quoi en choisir une plutôt qu’une autre ?
1 Deux anecdotes rendront cela plus concret : L’une privée, presque intime : quelques semaines après le 11 septembre 2001, mon plus jeune fils, qui venait d’avoir 15 ans, me dit : – « T’as vu, Papa, Berlusconi a dit que toutes les cultures, toutes les civilisations ne sont pas égales ». – « Oui, j’ai vu çà » ai-je répondu, « mais qu’est-ce que t’en penses ? Tu crois, toi, que toutes les civilisations sont égales ? » Mon fils me regarde horrifié…

Je lui explique : – « Tu vois, je crois que tu es en train de confondre deux choses, deux affirmations profondément différentes : la première, que je crois vrai, c’est que tous les hommes sont égaux en droit et en dignité ; la deuxième, que je crois fausse, c’est celle qui nous dit que toutes les civilisations seraient égales en fait et en valeur ». Et là j’attends qu’on m’explique comment on passe de la première à la deuxième affirmation…

Mon idée est qu’il est impossible de passer de la première à la deuxième de ces propositions, par quelque raisonnement logiquement rigoureux que ce soit, non seulement parce qu’elles sont logiquement indépendantes, non seulement parce que la première est vraie et que la deuxième est fausse, mais aussi parce qu’elles sont logiquement incompatibles. La première est vraie et la deuxième est fausse. Vous me permettrez de ne pas m’étendre sur la vérité de la première.

 

Quoique… Car là encore, dire que tous les hommes sont égaux en droit et en dignité ne veut pas dire que tous les hommes sont égaux en fait et en valeur. Si vous pensez que Hitler est égal en fait et en valeur à Jean Moulin, j’ai tort. Si vous pensez que Hitler est égal en fait et en valeur au Général de Gaulle, j’ai tort. Si vous pensez comme moi que Hitler est inférieur en fait et en valeur et à Jean Moulin et au Général de Gaulle, et qu’ils sont pourtant égaux en droit et en dignité, cela veut dire que l’égalité en droit et en dignité n’a jamais autorisé à conclure à l’égalité en fait et en valeur, fusse pour les individus.

 

Mais s’agissant des civilisations, tout est encore plus important, plus spectaculaire. Pourquoi est-ce que je ne crois pas que les civilisations soient égales en fait et en valeur ?

D’abord, pour une raison de fait, qui relève de la simple observation. Ensuite pour une raison logique, qui relève de la simple rigueur intellectuelle. a. Une raison de fait relevant de l’observation : Imaginez que j’aie commencé mon propos en vous disant : « Quand même, je suis surpris par l’étonnante supériorité de la civilisation égyptienne, 3 000 ans avant JC, sur toutes les autres civilisations ». Sincèrement, est-ce que cela vous aurait choqué ? Non. Tout le monde sait bien que 3 000 ans avant JC, la civilisation égyptienne était très en avance par rapport aux civilisations gauloise ou grecque. M’auriez-vous pour autant traité de raciste anti-gaulois, anti-grec, et d’égyptophile fanatique
? Bien sûr que non ! Imaginez que j’aie continué en vous disant « Quand même, la supériorité de la civilisation grecque au IVe siècle avant JC, par rapport aux civilisations gauloises ou germaniques à la même époque, 2 est tout à fait spectaculaire ». M’auriez-vous traité de raciste anti-gaulois, anti-germain et d’hellénophile fanatique ? Bien sûr que non ! Vous auriez constaté que je disais une évidence que jamais personne n’a contestée.
Si je vous disais : « Et quelle formidable supériorité que celle de la civilisation arabo-musulmane au Xe siècle après JC, où il n’y a plus en Occident un seul philosophe digne de ce nom, où personne ne sait lire le Grec, et pendant ce temps d’immenses philosophes arabes traduisent du Grec à l’Arabe des oeuvres complètes d’Aristote ; d’ailleurs c’est grâce à eux, pour une part, qu’on les a conservées ». Vous ne m’auriez pas traité de raciste anti-gaulois, anti-germain, ni d’arabophile fanatique.
Et je pourrais continuer : « Quelle supériorité que celle de la civilisation italienne au XIVe siècle après JC, par rapport aux civilisations françaises, britanniques et allemandes à la même époque ! » Est-ce que c’est du racisme anti-français, anti-britannique, anti-allemand, de l’italophilie fanatique ? Bien sûr que non !
Dans le passé, il a toujours existé des différences de fait et de valeur entre les civilisations. Tout le monde le sait, personne ne le conteste. Je me demande au nom de quoi ce qui a toujours été vrai dans le passé, ne serait plus vrai aujourd’hui.

b. Une raison logique, relevant de la rigueur intellectuelle : La deuxième raison qui m’amène à penser que toutes les civilisations ne sont pas égales en fait et en valeur est une raison logique, qui relève de la rigueur intellectuelle.
Autrement dit, il ne suffit plus d’ouvrir les yeux, il faut faire marcher un peu sa tête. Je vous raconte une deuxième anecdote plus ancienne et davantage publique : Il y a environ 12 ans, j’étais invité à un débat par l’association des étudiants de l’Alliance Française (une honorable institution qui donne des cours de français aux étudiants étrangers), sur le thème justement « Toutes les cultures se valent-elles ? ».
J’étais invité parce que j’avais publié dans le Journal Le Monde quelques semaines auparavant un article sur les pensées orientales et spécialement bouddhistes, qui était un éloge des traditions orientales. Bref, je n’étais pas suspect d’européocentrisme
. Les étudiants m’avaient invité pour représenter dans un débat le « gentil », celui qui explique que toutes les civilisations se valent, face à un « méchant », Alain Finkielkraut, censé dire qu’il n’y avait qu’une seule bonne et vraie culture : la culture judéo-chrétienne
. Finkielkraut et moi, nous ne nous connaissions pas du tout. Nous arrivons sur le lieu de la rencontre, commençons le débat avec un psychanalyste, un ethnologue, un sociologue, qui bien sûr disaient tous que toutes les cultures se valent.

Or ce que n’avaient pas prévu les organisateurs ni moi-même, c’est qu’Alain Finkielkraut, le « méchant » et André Comte-Sponville, le « gentil », ont dit en l’occurrence la même chose, à savoir qu’à cette question « toutes les civilisations se valent-elles ? » on peut essayer d’y répondre objectivement ou bien subjectivement. Objectivement, c’est-à-dire du point de vue scientifique (et en l’occurrence il s’agit des sciences humaines, ethnologie, sociologie), on peut bien répondre que toutes les civilisations se valent, pour une raison bien simple, c’est qu’elles ne valent rien. Tout bêtement parce que les sciences humaines, comme toutes les sciences, n’énoncent aucun jugement de valeur.
Autant demander au géomètre si toutes les figures géométriques sont égales. « Vous croyez pas quand même que le carré  est un peu supérieur au triangle, et que le cercle est un peu supérieur au carré? »
Le géomètre vous dira que vous n’avez pas compris ce qu’est la géométrie.

Donc d’un point de vue objectif, du point de vue des sciences humaines, toutes les civilisations se valent, si vous voulez, mais parce qu’elles ne valent rien.
Les sciences humaines n’énoncent aucun jugement de valeur.

Si bien que dès qu’il s’agit d’énoncer un jugement de valeur, de répondre à la question « toutes les cultures se valent-elles ? », ce qui suppose un jugement de valeur, on ne peut pas échapper à une part de subjectivité. Ce qui bien sûr pose un problème, puisque dès lors, pour comparer différentes civilisations, on va le faire subjectivement.
Mais comme chaque sujet a été élevé au sein d’une civilisation, il va tendre évidemment à privilégier la sienne, ce pourquoi, et c’est sans doute la leçon principale de l’ethnologie et notamment de Lévi-Strauss, on n’échappe jamais au relativisme.
Ce que nous avons alors expliqué à nos étudiants de l’Alliance française, c’est la chose suivante : Ne croyez pas que dire que « toutes les civilisations se valent », ce soit défendre les droits de l’homme. C’est exactement l’inverse.
Pour une raison simple et forte : si toutes les cultures se valaient, on ne pourrait plus dire qu’une culture qui respecte les droits de l’homme est supérieure à une culture qui ne les respecte pas. C’est ici que les deux propositions que j’évoquais, la vraie, « tous les hommes sont égaux en droit et en dignité », et la fausse, « toutes les civilisations sont égales en fait et en valeur », sont non seulement logiquement indépendantes mais logiquement incompatibles : parce que si la première est vraie, si tous les hommes sont égaux en droit et en dignité, alors une civilisation qui respecte cette égalité de droit et de dignité entre tous les êtres humains est supérieure à une civilisation qui ne la respecte pas.
Par exemple, une civilisation qui pense que les hommes et les femmes sont égaux en droit et en dignité est supérieure à une civilisation qui prétend enfermer les femmes en situation d’oppression ou d’infériorité.
Par exemple, une civilisation démocratique est supérieure à une civilisation tyrannique ou totalitaire.
Par exemple, une civilisation qui respecte les libertés individuelles est supérieure à une civilisation qui ne les respecte pas.
Par exemple, une civilisation laïque, où chacun a le droit de choisir sa religion ou son irréligion, est supérieure à une civilisation intégriste ou fanatique, qui prétend imposer la même religion à tout le monde.

Et là, je vais vous dire, tranquillement, qu’entre la civilisation que représente Ben Laden et celle qui est la nôtre, il n’y a pas photo.
Alors, si je reviens sur ma première anecdote, cela veut-il dire que Berlusconi avait raison ? Eh bien non. Parce que l’erreur de Berlusconi, à mon sens, c’était de procéder en opposant des entités tellement abstraites, tellement globales, supposées être tellement homogènes, que, au fond, cela n’a plus de sens et ne décrit plus la réalité. Berlusconi parlait de la supériorité de la civilisation judéo-chrétienne sur la civilisation arabo-musulmane…

Mais c’est quoi la civilisation judéo-chrétienne ? Est-ce que c’est l’Europe des 4 Guerres de Religion, de la Saint-Barthélemy, de l’Inquisition, où l’on brûlait des gens parce qu’ils étaient protestants, ou est-ce que c’est l’Église de Vatican II ? Ce n’est pas du tout pareil !
Est-ce que ce sont les massacres des Cathares, ou est-ce que c’est l’Abbé Pierre ? Ce n’est pas du tout pareil !
Et c’est quoi la civilisation arabo-musulmane ? C’est l’Islam glorieux de Grenade, où toutes les communautés vivaient en paix, en tolérance, à un niveau culturel qu’aucun pays européen, à l’époque, ne connaissait, ou c’est l’Islam du Mollah Omar ? Ce n’est pas du tout pareil !
C’est l’Islam d’Averroès, immense philosophe, ou c’est l’Islam de Kommeiny ? C’est l’Islam de Massoud ou c’est l’Islam de Ben Laden ?
Ce n’est pas du tout la même chose !

Bref, ce que je crois pour ma part, c’est que toutes les civilisations ne se valent pas.

On a tort de raisonner à ce niveau d’abstraction qui supposerait que les civilisations soient des ensembles homogènes, ce qui bien sûr n’est pas le cas. Autrement dit la frontière qui sépare le respect des droits de l’homme de leur violation, l’égalité des hommes et des femmes de leur inégalité, la laïcité du fanatisme ou de l’intégrisme, la démocratie de la dictature, etc., cette frontière traverse — et traversera d’autant plus du fait même de la mondialisation —, cette frontière traverse aujourd’hui chaque ensemble géopolitique… Bref, ce qui donne tort à Berlusconi, c’est tout simplement qu’il existe des démocrates musulmans et des fascistes judéo-chrétiens.

Je ne pense pas vous surprendre en vous disant que je suis plus proche d’un démocrate musulman, surtout s’il est pour l’égalité des hommes et des femmes et en faveur de la laïcité, que je ne le suis d’un fasciste judéo-chrétien.

C’est donc précisément parce que toutes les civilisations ne se valent pas qu’il faut aider nos amis musulmans, c’est-à-dire ceux des Musulmans qui sont des amis possibles, à résister à la pente historique actuelle qui veut enfermer le monde arabo-musulman dans une horreur obscurantiste et totalitaire qui serait aussi néfaste pour eux, et aussi dangereuse pour le Monde, que l’était l’obscurantisme totalitaire stalinien.

Bien sûr, cela pose la question, et c’est mon deuxième point, des valeurs aujourd’hui disponibles.

Quelles valeurs pour le XXIe siècle et spécialement « nouvelles valeurs » ou « nouvelles fidélités » ?

Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai été dérangé par un journaliste qui m’invitait à une émission de radio, de télévision ou à un débat public sur le thème des nouvelles valeurs… Je lui réponds toujours : « Ah bon, il y a des nouvelles valeurs ? ». Il me dit : « Allez, vous savez bien, on avait de vieilles valeurs, les valeurs judéo-chrétiennes, mais enfin bon, plus personne n’y croit, donc on a besoin de nouvelles valeurs ; et vous, en tant qu’intellectuel, c’est votre job, vous devez nous proposer de nouvelles valeurs ».
C’est ce que j’appelle la « tarte à la crème » des nouvelles valeurs et je réponds toujours : « Mais quelles nouvelles valeurs voulez-vous que je sorte de quel chapeau ? » 5 Vers 600-700 ans avant JC, l’essentiel, en matière de valeur, a été dit par les premiers philosophes grecs, par plusieurs des grands prophètes hébreux, par les philosophes présocratiques en Grèce, par le Bouddha en Inde, par Confucius en Chine…
Tous ces gens-là sont à peu près contemporains ; c’est ce qu’on appelle l’âge axial (axios en grec c’est la norme, la valeur), l’âge des valeurs.
Alors c’est vrai que cela fait, en gros, 2500-3000 ans qu’on nous dit, dans toutes les grandes civilisations du monde, et sans aucune exception, que la sincérité vaut mieux que le mensonge, que la générosité vaut mieux que l’égoïsme, que le courage vaut mieux que la lâcheté, que la douceur et la compassion valent mieux que la violence et la cruauté, que l’amour vaut mieux que la haine… Est-ce que, pour faire moderne, il faut dire que ce n’est plus vrai aujourd’hui ?

Que désormais le mensonge, la lâcheté, l’égoïsme, la violence, la cruauté, la haine valent autant ou davantage que leurs contraires ? Bien sûr que non ! Quand bien même je serais prêt à le dire, personne ici ne serait disposé à me suivre et c’est évidemment heureux.
Autrement dit, mon idée, c’est que, pour l’essentiel, il ne s’agit pas d’inventer de nouvelles valeurs. La Loi est connue, les valeurs sont connues. Il ne s’agit pas d’inventer de nouvelles valeurs ; il s’agit d’inventer une nouvelle fidélité aux valeurs le plus souvent fort anciennes que nous avons reçues et que nous avons à charge de transmettre. Parce que la seule façon d’être fidèle à ce qu’on a reçu, c’est évidemment de le transmettre.

Je prends ce mot de fidélité à dessein parce que, comme vous le savez peut-être, en français, « fidélité » est ce que les linguistes appelleraient un doublet d’un autre mot qui est le mot « foi ». Foi et fidélité sont deux doublets, ce qui signifie qu’ils ont la même origine étymologique mais bien sûr deux sens différents. Foi et fidélité viennent d’un même mot latin, « fides », qui pouvait signifier en latin et la foi et la fidélité.
Je dis souvent : « La Fidélité, c’est ce qui reste de la Foi quand on l’a perdue ». J’entends par là la chose suivante : est-ce que, sous prétexte que notre société globalement, socialement, croit de moins en moins en Dieu (c’est ce qu’on appelle la déchristianisation, qui est très largement avancée en France), on doit renoncer, en même temps qu’au Dieu socialement défunt (comme pourrait dire un sociologue nietzschéen), à toutes ses valeurs morales, culturelles, spirituelles – dont nous savons bien qu’elles sont nées historiquement dans les religions, spécialement dans les trois grandes monothéismes pour nos civilisations, – dont nous savons bien qu’elles ont été transmises pendant des siècles par la religion, spécialement par l’église catholique pour notre pays- mais dont rien ne prouve qu’elles aient besoin d’un Dieu pour subsister, – dont tout prouve au contraire que, nous, nous avons besoin d’elles, besoin de ces valeurs, pour subsister d’une façon qui nous paraisse humainement acceptable.

Sincèrement, est-ce que vous avez besoin de croire en Dieu pour penser que la sincérité vaut mieux que le mensonge, que la générosité vaut mieux que l’égoïsme, que l’amour vaut mieux que la haine… ? Bien sûr que non. Si vous croyez en Dieu, vous allez vivre en même temps votre foi et votre fidélité. C’est la figure traditionnelle, c’est très bien comme çà, continuez. Mais si vous ne croyez pas ou plus en Dieu, il vous reste à être au moins fidèle à ces valeurs que nous avons reçues et que donc nous avons à charge de transmettre. S’agissant de nos pays (ce serait différent si l’on était en Chine, au Maroc ou au Japon, mais il se trouve que nous sommes en France, en Europe, que nous sommes d’Occident), la vraie question,  aujourd’hui, me semble-t-il, est la suivante : Que reste-t-il de l’Occident chrétien quand il n’est plus chrétien ?

Et là, me semble-t-il, de deux choses l’une : – Ou bien vous pensez qu’il n’en reste rien, et alors il n’y a plus qu’à aller se coucher : nous n’avons plus rien à opposer ni au fanatisme, à l’extérieur, ni au nihilisme, à l’intérieur — et croyez-moi, le nihilisme est de très loin le danger principal.

Vous pouvez continuer à faire du textile, de l’habillement, de la décoration, des chaussures, du business ; moi cela ne m’intéresse plus et cela ne durera pas longtemps. – Ou bien, et je ne vois pas d’autre possibilité, il en reste quelque chose de l’Occident chrétien quand il n’est plus chrétien. Et si ce qu’il en reste n’est pas une foi commune (puisqu’elle a cessé de fait d’être commune : aujourd’hui un français sur deux est athée ou agnostique, j’en fais partie, un sur quatorze est musulman…), ce ne peut être qu’une fidélité commune, c’est-à-dire un attachement partagé à ces valeurs que nous avons reçues et que nous avons à charge de transmettre. Autrement dit, le principal danger, ce n’est pas le fanatisme seul, c’est que nous n’ayons plus rien à opposer au fanatisme que le nihilisme. Là, effectivement, on peut perdre ; et, si on gagne, cela pourrait être pire.

Vous savez ce qu’on écrivait sur les murs, en mai 1968, « tout est possible, même rien ». Il m’a fallu longtemps pour comprendre que « rien » était justement le pire.

Alors, et le plaisir dans tout çà ? Le thème du plaisir : plaisir et civilisation

lire la suite :

http://www.rencontresafricaines.org/InterventionComte.pdf

Intervention d’André COMTE-SPONVILLE Philosophe Palais Noga Croisette, samedi 20 décembre 2003







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  • 4 thoughts on “Le choc des civilisations : toutes les civilisations se valent-elles ? par André COMTE-SPONVILLE

    1. Jean

      Bien sûr qu’il y a des civilisations supérieures à d’autres ;

      Quand certaines permettent voire obligent les enfants à aller à l’école , les civilisations européennes , en gros , alors que d’autres envoient les enfants dans les mines ou dans les maisons closes , elles leur sont supérieures .

      Elles sont supérieures aussi à celles , les islamistes, où les parents sont vivement engagés à marier leurs fillettes dès l’âge de 8 ans ou d’autres, les païennes, celles là , qui autrefois sacrifiaient les enfants à des  » dieux  » issus de leur imagination .

      Les gens de gauche, stupides , inconséquents, prétentieux mais ignares ont encore une fois perdu l’occasion de se taire .

      Cette querelle qu’ils font à Guéant est une honte

    2. Jean

      Merci de corriger

      Elles sont supérieures aussi à celles , les islamistes, où les parents sont vivement engagés à marier leurs fillettes dès l’âge de 9 ans

    3. Hervé

      Les civilisations ont toutes des qualités et des défauts.
      Le mercantilisme importe des États Unis écrasent tout mais apporte t-il le bonheur ?
      Les religions permettent d’accepter notre destin de mortels mais le fanatisme religieux notamment musulman ( mais pas uniquement) va nous conduire au pire.
      On en revient toujours au même problème, celui des hommes qui appliquent le pouvoir.
      Le meilleur exemple est le nucléaire, il nous chauffe, nourrit notre économie mais peut aussi détruite toutes vies.
      A nous de choisir les voies de nos civilisations.

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