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Israël, la mauvaise conscience de l’occident… [1/4 et 2/4] Par Yaakov Rotil


Israël, la mauvaise conscience de l’occident… [1/4 et 2/4]  Par Yaakov Rotil

Il y a quelques jours un ami me proposait la lecture du récent ouvrage de Gérard Haddad, psychanalyste et psychiatre dont j’avais beaucoup apprécié une de ses thèses précédentes [1].

Je suis donc allé lire la présentation du nouveau livre, à laquelle on accédera par ce lien.

J’ai trouvé l’article fort intéressant, jusquà ce dernier paragraphe qui m’a fait sursauter:
« Ainsi la société israélienne, que Gérard Haddad analyse longuement dans cet ouvrage, porte les stigmates de la déportation, lesquels se manifestent tant dans son indéfectible méfiance à l’égard de ses voisins, que dans ses rapports avec le peuple palestinien, l’hostilité légitime envers les criminels nazis s’étant trouvée déplacée et appliquée aux Palestiniens. »

J’ai fait part de ma surprise à mon ami, qui m’a répondu que le raisonnement de l’auteur est très précis, et que si la formule est lapidaire, elle est développée sur plus de cent pages.

A quoi je répondis que je ne savais pas, n’ayant pas lu le livre, si le raisonnement très précis de l’auteur était fondé, mais que je connaissais en revanche très bien l’indéfectible désir de destruction des voisins d’Israël. Que là nous n’étions plus du tout dans l’imaginaire ni le symbolique, mais avec des kassams ou des couteaux de boucher, au choix. Et je demandai si l’auteur en tenait bien compte dans son analyse.

En réponse à ma question, mon ami me posa celle-ci : « Selon toi, est-ce une haine totalement gratuite et sans fondement logique ? Ce désir d’anéantissement, où prend-il sa source ? »

Et dans un autre message, il me disait que je ne devrais pas diffuser sur Israël l’image d’un Etat parfait, d’une société idyllique.

Ce qui suit est inspiré du mail circonstancié que je lui ai envoyé en réponse.

Dans ce mail, je me défends d’abord de donner d’Israël l’image d’un pays parfait et idyllique, sachant pertinemment qu’il n’existe pas de pays parfait.

Mais j’exprime l’idée qu’il est, sur un certain nombre de points, beaucoup plus dynamique que certains autres, dont celui que j’ai quitté avec l’unique regret de la distance que cela met entre moi et les personnes qui me sont chères.

Mais voici ce qui me chagrine tant.

Reprenons ce paragraphe de l’article en question : « Ainsi la société israélienne, que Gérard Haddad analyse longuement dans cet ouvrage, porte les stigmates de la déportation, lesquels se manifestent tant dans son indéfectible méfiance à l’égard de ses voisins, que dans ses rapports avec le peuple palestinien, l’hostilité légitime envers les criminels nazis s’étant trouvée déplacée et appliquée aux Palestiniens. »

Il y a là deux choses que je relève, l’une est pour le moins très approximative, l’autre me semble franchement inepte.

J’ai, pour la psychanalyse, dont j’ai une connaissance personnelle, beaucoup de respect, mais une thèse qui tenterait d’expliquer pourquoi les américains sont persuadés que la terre est plate souffrirait néanmoins d’un défaut majeur: c’est qu’il y a vraiment très peu d’américains qui s’imaginent que la terre est plate. Je crois savoir qu’une écrasante majorité d’entre eux sont convaincus, au contraire, qu’elle est ronde ou à peu près.

Une telle thèse serait donc sans fondement, même si l’on utilisait la psychanalyse pour l’étayer, fut-ce avec le plus grand talent.

Or, s’il y a effectivement parmi les israéliens des gens qui détestent les arabes, ils sont assez rares. Sur ce point je reviendrai plus tard et le démontrerai.

Mais surtout, et c’est le premier point de mon désaccord, cette haine, assez rare, cette méfiance, beaucoup plus répandue, n’est pas due à la Shoah, mais bien aux malheurs qu’ils nous causent depuis… les premiers pogroms de 1926.

Je n’ai pas les chiffres exacts des terroristes qui purgent actuellement leur peine dans les prisons israéliennes, mais je sais quand même que 1087 terroristes ont été libérés par Israël dans le cadre de l’accord d’échange pour que nous récupérions Gilad Shalit, le 18 octobre dernier.

La plupart avaient du sang sur les mains. Parmi eux, il y avait cette gazaouie qui avait été vitriolée au visage par ses compatriotes et qui était soignée à l’hôpital de Beer-Shéva, gratuitement, depuis des mois.

Il lui vint la fantaisie de se barder d’explosifs dans l’intention de venir se faire sauter dans le service de l’hôpital où elle était soignée. (voir la vidéo ICI)

Je peux citer cette autre, dont je ne me rappelle pas le nom, qui fut elle aussi soignée, elle aussi gratuitement, et qui est venue semer la mort dans un restaurant de Tel-Aviv, il y a quelques années, lors d’un mariage.

Ou encore évoquer le drame d’Itamar survenu il y a quelques mois, une famille entière assassinée. Les auteurs de cette boucherie se sont acharnés sur le bébé de 3 mois pour séparer sa tête de son corps, à l’aide de couteaux de cuisine.

Je peux aussi évoquer les projectiles amicaux que nous expédient de temps à autres mes voisins de Gaza, lesquels ne sont pas fréquemment mortels – mais cela arrive – mais qui causent de nombreux traumatismes psychologiques, souvent rebelles à tout traitement.
Et cette liste est effroyablement incomplète.

 

Le second motif de mon désaccord avec la thèse de Gérard Haddad, c’est que cette haine, aussi curieux que cela puisse paraître, n’est, malgré tout ce qui précède, pas très répandue.

Et je suis bien placé pour le savoir parce que, quand les kassams tombent sur Ashkelon, je me retrouve à discuter dehors, avec les voisins. J’habite un quartier très populaire, avec une population pauvre et peu cultivée selon les critères locaux, c’est-à-dire quand même beaucoup plus que son équivalente en France.

Et quand, en octobre dernier, sous les attaques de kassams, je discutais avec eux, je n’entendais pas le moindre propos haineux. Plutôt de la lassitude et de la perplexité. Mais pas de haine. J’en ai été moi-même estomaqué.

Je ne sais donc pas sur quoi se base Gérard Haddad, je le soupçonne d’avoir pris ses renseignements auprès des rédacteurs d’Haaretz, mais n’ayant pas lu le livre, je n’ai aucune certitude.

Cette phrase m’a aussi fait bondir, car j’ai bien souvenance de ces vendredi après-midi, du temps que j’étais sous les drapeaux, quand un colonel des parachutistes, auréolé du prestige de son corps d’armée et de son grade, venait nous briefer en nous vantant les beautés de la civilisation arabe et finissait son exposé par un vigoureux « aujourd’hui ce sont nos adversaires, demain ils seront nos partenaires. » Était-ce de l’hostilité caractérisée ? C’était en 1969.

Je n’étais pas sur place, mais à Paris, scotché à la télévision, quand le président égyptien Anouar El Sadate est venu en Israël dans une démarche de paix. Combien y avait-il d’israéliens dans la rue pour l’accueillir ? Un million si je me souviens bien. A l’échelle de la France, cela aurait fait 20 millions de gens enthousiastes. De l’hostilité caractérisée, ou bien un espoir immense de vivre enfin en bonne intelligence ?

Il me semble donc plutôt, à moi, tout à fait remarquable qu’après 63 ans d’hostilité permanente, jalonnés d’épisodes guerriers dont nous aurions aimé faire l’économie, dont trois guerres majeures que nous avons dû mener pour éviter des tentatives d’anéantissement (1948, 1967, 1973), il me semble tout à fait remarquable qu’après tout cela nous gardions l’espoir d’une cohabitation pacifique.

Et cela, malgré ce qu’on appelle encore le processus de paix. Il faut ici saluer la mémoire de George Orwell, car en fait de processus de paix, il s’agit d’une nouvelle stratégie de guerre.

En effet : l’OLP, s’apercevant qu’elle ne pourrait pas gagner sur le plan militaire, à déplacé la guerre sur les plans psychologique, médiatique et diplomatique. C’est la guerre d’Oslo. D’un côté on signe des accords – lesquels restent lettre morte; dans le même temps, on provoque deux intifadas.

Résultat: 2000 morts et environ 5 fois plus de blessés.

Rapportés à la population française, on approcherait les 20 000 morts et les 100 000 blessés; à la population américaine, 90 000 morts et 450 000 blessés.

Nous aurions, il me semble, quelques raisons d’avoir la haine, et cela, de façon absolument indépendante de la Shoah.

Et cependant…

Je ne crois pas que c’est en vertu d’une hostilité appliquée aux palestiniens que nous avons construit ou aidé à construire pour eux des universités dans les territoires disputés qui n’existaient pas à l’état de projet sous la juridiction jordanienne.

Je ne crois pas que c’est en vertu de cette hostilité que les Gazaouis bénéficient de permis de séjour en Israël, pour venir se faire soigner gratuitement dans nos hôpitaux.
Sur quels éléments donc s’appuie M. Haddad pour bâtir sa thèse ?

Il est vrai que de tout cela, qui pourrait facilement être complété, on ne parle pas dans les médias européens.

Non, on épouse les thèses de l’Autorité palestinienne. Tout récemment, M. Glavany a remis un rapport qui nous épingle sur le partage de l’eau. On croirait à une plaisanterie, si la question n’était si grave [1]. (voir notre dossier ICI)

Monsieur Glavany, au moins, n’est pas juif, il est simplement socialiste. Il drague un électorat, d’une façon qui n’est pas morale, mais c’est son problème.

Je pourrais m’étonner du fait que la doxa occidentale refoule à ce point la modération israélienne, face à l’hostilité et aux actes de haine des Arabes. Et si l’on veut utiliser la psychanalyse à tenter d’en saisir les ressorts, on cherchera du côté d’une culpabilité

[1] Ce rapport est totalement mensonger, on trouvera la réponse qu’il mérite ici.

[1] Gérard Haddad, « Lacan et le judaïsme », précédé de « Les Sources talmudiques de la psychanalyse » Le livre de poche, coll. « Biblio essais ».







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