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Israël et l’affaire Al-Dura : Entre indifférence, culpabilité mal placée et réveil tardif, par Laly Derai


Israël et l’affaire Al-Dura : Entre indifférence, culpabilité mal placée et réveil tardif, par Laly Derai

Dimanche, le gouvernement israélien a adopté une résolution qui permettra de rembourser les frais d’avocat du Dr Yéhouda David, relaxé par la Cour d’appel française de l’accusation de diffamation lancée par Djamal Al-Dura, le père du petit Mohammad Al-Dura.

Cette décision gouvernementale a paradoxalement fait la lumière sur la quasi-absence d’implication officielle d’Israël dans la « controverse de Nétsarim » qui dure depuis maintenant près de 12 ans.

Hamodia revient sur l’aspect israélien de l’affaire Al-Dura et remonte le temps, depuis « l’aveu » du général Guiora Eiland et jusqu’à la décision de dimanche.

Lorsque le 30 septembre 2000, France 2 diffuse les images de Mohammed Al-Dura et de son père Djamal au carrefour de Netsarim, les dirigeants israéliens, à Jérusalem, viennent à peine de prendre conscience que la Deuxième Intifada a commencé. Alors que ces images font le tour du monde, pour devenir le symbole de la lutte palestinienne contre « l’occupant sioniste » l’État hébreu ne parvient pas d’emblée à mesurer l’ampleur médiatique de cet événement. Il est occupé à lutter contre les attentats terroristes. Il faudra des années pour qu’Israël s’implique dans cette affaire et comprenne que les images de Talal Abou Rahma ont causé des dommages irréparables à son image de marque.
Dès le lendemain de la diffusion du reportage de Charles Enderlin éclatent les émeutes d’octobre au sein de la population arabe israélienne. Durant les violentes manifestations qui se solderont par la mort de treize Arabes et d’un Juif, le portrait d’Al-Dura est en tête des cortèges. La commission Or, chargée d’enquêter sur les émeutes, affirmera d’ailleurs que « la mort de Mohammad Al-Dura, telle qu’elle a été présentée par la télévision, a eu une influence considérable sur l’ambiance qui régnait au sein de la population arabe ».

Les zigzags de Tsahal dans la controverse de Nétsarim

La première réaction officielle israélienne conforte le camp pro-palestinien dans ses accusations : Au lendemain du drame, le 1er octobre, Tsahal se contente de publier une réaction très généraliste selon laquelle « Les images (diffusées par France 2) ne prennent en compte que l’enfant et son père qui se sont trouvés coincés au milieu des tirs. Il est impossible de prouver la source des tirs ».
Charles Enderlin refuse alors de publier cette réaction qui ne constitue pas une prise de position suffisamment claire à son goût.

Mais trois jours plus tard, Tsahal change de ton et le général Guiora Eiland, qui dirige le département des opérations, déclare à la BBC que « les tirs venaient apparemment des soldats israéliens postés à Netsarim ». Eiland réitère ses propos sur CNN où il déclare : « Apparemment, l’enfant a été tué par l’armée israélienne ». Il dit également : « Autant que nous puissions le savoir, l’enfant a été touché par nos tirs ». La décision du commandement Sud de l’armée de détruire quelques jours plus tard le mur contre lequel se tenaient Al-Dura père et fils a également été considérée comme une preuve de la culpabilité d’un Tsahal soucieux de faire disparaître les preuves de son implication.
Quant au porte-parole officiel de Tsahal, ses zigzags n’arrangeront pas les choses : le 1er octobre, il reste dans le vague; le 3 octobre, il adopte la position d’Eiland, mais le 10 novembre, il refuse à nouveau de prendre position : « Certains affirment qu’il a été tué par Tsahal, tandis que d’autres sont prêts à jurer qu’il a été tué par des tirs croisés palestiniens », déclarera-t-il au journal de l’armée, Bama’hané.

C’est à ce moment que Tsahal décide de procéder à une enquête interne. Le commandant de la région sud, le général Yom Tov Samia, fait appel à Na’hum Sha’haf, physicien, Yossef Douriel, ingénieur et Berni She’hter, expert en balistique. Sha’haf et Douriel affirment qu’il existe une probabilité réelle que l’enfant ait été touché par des balles palestiniennes. Pour sa part, She’hter refuse de se prononcer, arguant que la destruction du mur qui portait tous les impacts de balles empêchait toute reconstitution.

Le 27 novembre 2000, Yom Tov Samia réunit une conférence de presse au cours de laquelle il affirme : « Mohammad Al-Dura n’a vraisemblablement pas été touché par les tirs de Tsahal ». La conférence de presse est certes relayée par les médias israéliens, mais très vite, l’affaire est oubliée. Un des chroniqueurs du Haaretz, Amos Harel, affirmera même : « Israël a tout à perdre en s’entêtant à parler de cette histoire ».

L’Israël officiel ne sait pas sur quel pied danser

Pendant qu’en France, la controverse de Nétsarim se poursuit – avec la projection des rushes à Daniel Leconte, Denis Jeambar et Luc Rozensweig et le procès intenté par France 2 à Philippe Karsenty – en Israël, l’histoire passe peu à peu dans le domaine de l’oubli.

Mais le 8 décembre 2005, Guiora Eiland, promu au poste de directeur du conseil de la sécurité nationale, visionne l’enquête indépendante réalisée par Na’hum Sha’haf. Sha’haf affirme désormais que tout l’incident n’était qu’une mise en scène et que ni Djamal Al-Dura ni son fils n’ont été blessés ou tués. Eiland déclare alors qu’il existe selon lui trois options : soit Al-Dura a été tué par Tsahal par erreur, soit il a été tué par les Palestiniens, soit il s’agit d’une mise en scène : « Sha’haf est parvenu à éveiller en moi un grand doute », affirme Eiland.

Le 1er octobre 2007, sept ans après la mort d’Al-Dura, Dany Seaman, le directeur du bureau de presse gouvernemental affirme dans une lettre : « Il s’avère que les faits n’ont pas pu se dérouler comme l’a décrit le correspondant de la chaîne Charles Enderlin, car cela irait à l’encontre des lois de la physique. Plus encore, il était impossible de toucher Mohammad et son père là où ils se cachaient ». Seaman cite l’enquête réalisée par le Pr Richard Landes, de l’université de Boston, qui soutient que l’affaire Al-Dura constitue une nouvelle accusation de « crime rituel » portée sur le peuple juif.
Le cabinet du Premier ministre, quant à lui, s’empresse de se démarquer des déclarations de Seaman et affirme que l’État d’Israël n’a pas pris position sur la question.

Trois ans plus tard, le 31 décembre 2010, soit 10 ans après les évènements du carrefour de Nétsarim, Israël annonce officiellement que Tsahal n’a pas tiré sur Mohammad Al-Dura. Une lettre provenant du bureau du Premier ministre et du ministère de la Hasbara (Information) affirme que les tirs qui ont pris pour cible Mohammad Al-Dura ne proviennent pas de la position israélienne et qu’il y a lieu de croire que la présentation des faits a été mise en scène pour noircir la réputation d’Israël et inciter à l’antisémitisme de par le monde. « Depuis l’évènement, les méthodes utilisées par les Palestiniens ont été révélées au grand jour et l’on sait désormais comment ils ont créé de toutes pièces et mis en scène des évènements médiatiques dans des buts de pure propagande. On se rappelle particulièrement de l’odieuse propagande qui accusait Israël de « massacre » à Djénine, massacre qui n’a jamais eu lieu, ainsi que la fois où un  »mort » palestinien est tombé de sa civière et a commencé à marcher », dit le communiqué. Même s’il vaut mieux tard que jamais, on est droit de se demander pourquoi il a fallu tant de temps à Israël pour répliquer aux graves accusations dont il faisait l’objet.

Toujours est-il que ce sont des particuliers qui, soucieux de l’image d’Israël, ont mené ce combat pour la vérité. Philippe Karsenty, Pr Landes, Dr Yéhouda David : ces hommes, et d’autres encore, ont payé le prix cher pour leurs idéaux. Ce n’est pourtant qu’en novembre dernier que Youli Edelstein, le ministre des Affaires stratégiques Moché Yaalon et le ministre des Affaires étrangères Avigdor Lieberman se sont tournés vers le ministre de la Justice Yaakov Nééman pour qu’il trouve le moyen de financer les frais de procès du Dr David. En avril, promesse avait été faite de payer les frais d’avocat, mais un problème juridique avait empêché cette décision d’être réalisée et ce parce que le Dr David n’était pas un fonctionnaire d’État.

La relaxe obtenue par le Dr David devant la Cour d’appel de Paris a été accueillie avec soulagement par l’appareil gouvernemental israélien. Si les autres procès intentés contre les autres « guerriers de la Hasbara » n’ont quasiment pas eu d’écho en Israël, l’heureux dénouement de l’appel du Dr David a fait la Une des journaux israéliens. Dès la publication du verdict, le Premier ministre a affirmé que les frais de procès du « héros d’Israël » seraient intégralement remboursés et il a, d’ailleurs, téléphoné personnellement au chirurgien franco-israélien pour le féliciter pour son combat.
Est-ce dû à une soudaine prise de conscience ?

À un repentir ?

À la compréhension que la lutte juridique en faveur d’Israël était un champ de bataille tout aussi crucial que la lutte antiterroriste ?

À ces trois questions, la réponse est certainement positive, dommage seulement qu’elle soit si tardive …

Source : Hamodia, par Laly Derai







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