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Les trois grandes incertitudes de 2012 au Proche-Orient …, par Richard DARMON


Les trois grandes incertitudes de 2012 au Proche-Orient …, par Richard DARMON

Iran, Égypte, Syrie : Les trois principaux dossiers sécuritaires de la région qui préoccupent au plus haut point, en ce début d’année, les dirigeants israéliens et tous les hauts responsables de l’establishment de Défense du pays.

D’autant que planent dans chacun d’eux une série d’incertitudes et d’alternatives parfois très contradictoires qui rendent toute « prévision » encore impossible, mais qui feront certainement de 2012 une année décisive dans cette partie si tumultueuse du monde. 

Le dilemme iranien du président Obama …

De l’avis de tous les experts israéliens et étrangers en Affaires proche-orientales, l’année 2012 devrait être « décisive » en ce qui concerne le sulfureux dossier du nucléaire iranien.

Mais il s’avère que 2012 est aussi une année électorale aux États-Unis, où le président sortant, Barack Hussein Obama, va tenter de décrocher un second mandat afin de rester quatre ans de plus à la Maison-Blanche.

« Nous ne tolèrerons pas que le régime iranien actuel dispose de l’arme nucléaire », a encore répété Obama le 19 janvier dernier en s’adressant à Washington à un parterre d’une centaine de financiers du Parti démocrate composé d’une forte majorité de donateurs juifs qui avait payé au moins 5 000 dollars chacun pour assister à ce meeting. Et d’ajouter encore, avec la conviction oratoire dont il a le secret, mais sur un ton hyper-électoraliste : « Les États-Unis et Israël bénéficient d’une coopération militaire encore inégalée par le passé. (…) pour moi, la sécurité d’Israël est non-négociable ! (…) Je ferai donc tout pour être sûr qu’Israël puisse survivre et prospérer en sécurité en tant qu’État juif ».

Tenter de définir des « lignes rouges communes » contre Téhéran

Fait intéressant : Au moment même où Obama prononçait ce discours, le général Martin Dempsey, chef de l’état-major interarmes de l’US. Army, faisait route vers Israël où il devait rencontrer dans la matinée du 20 janvier son homologue israélien, le général Benny Ganz, ainsi que le ministre de la Défense, Ehoud Barak, puis le Premier ministre Binyamin Nétanyaou avec un seul point à l’ordre du jour : Tenter de coordonner les positions américaines et israéliennes en vue de stopper, tant qu’il en est encore temps – c’est-à-dire dans les tout prochains mois – la folle course des mollahs iraniens au nucléaire.

Au cœur de ce dialogue : La définition respective et détaillée par Washington et Jérusalem, des « lignes rouges » qui pourraient être très bientôt franchies par Téhéran dans la préparation de ses premières bombes atomiques – surtout si les chercheurs iraniens continuent d’enrichir leur uranium de 3,5 % à 20 %, comme c’est le cas actuellement dans la nouvelle base souterraine de Fodow.

 Or, comme les sanctions économiques occidentales n’auront guère pu empêcher cette fuite en avant iranienne, cela justifierait donc une intervention militaire, soit commune à Israël et aux pays occidentaux, soit de la part d’Israël tout seul. D’ailleurs d’après la presse israélienne de ce début de semaine, Nétanyaou aurait fait sèchement savoir à Dempsey que, dans le cas d’une attaque en solo, Israël n’avertirait Washington que « douze heures avant » …

Le temps presse, pour le président candidat Obama, s’il veut stopper la bombe atomique iranienne …

Mais alors que le temps presse de plus en plus pour empêcher l’Iran d’atteindre le « point de non-retour » – qu’il pourrait bientôt atteindre en annonçant subitement, l’un des prochains jours, que ses chercheurs viennent de réussir leur premier essai nucléaire -, il semble bien qu’au-delà de ses propres options idéologiques démocrates non interventionnistes et plutôt pacifistes prônant un « dialogue constructif », y compris avec les ennemis avérés des États-Unis et de l’Occident, Obama soit empêtré dans un dilemme compliqué assorti d’au moins deux « clés d’entrée » contradictoires.

– 1/ Si le « point de non-retour » de la possession d’armes atomiques par Téhéran se rapproche à grands pas en risquant d’intervenir lors des tout prochains mois, il serait irresponsable – même pour le « candidat » Obama – d’attendre encore et encore, en laissant croire que même des sanctions financières et économiques bien plus dures arrêteront l’Iran. D’autant que s’il s’avère, au fur et à mesure de la campagne électorale pour les présidentielles, qu’Obama a peu de chances d’être réélu, laisser cette lourde décision dans les mains de son successeur républicain impliquerait que ce dernier ne pourrait la concrétiser que plusieurs mois après son entrée effective à la Maison Blanche à la fin janvier 2013, le « deadline » iranien ayant de grandes chances d’être déjà dépassé au printemps 2013 !

– 2/ Si, persuadé que ce « point de non-retour » s’approche dangereusement, Obama en venait à décider lui-même – contre ses options idéologiques les plus intimes – d’une intervention militaire contre l’Iran (rendue à présent d’autant plus aisée au plan logistique que l’US. Army est désormais sortie d’Irak et que des dizaines de milliers de ses soldats et officiers avec tous leurs lourds équipements se trouvent encore déployés « en réserve » dans la région), il pourrait paradoxalement être accusé par ses adversaires républicains d’avoir ainsi agi pour des raisons « bassement électorales », en voulant ainsi racheter à bon compte ses échecs et sa mollesse affichées tout au long de ces trois dernières années en matière de politique étrangère…
Dans ces conditions fort complexes, combinant à Washington des exigences géopolitiques internationales incontournables face à l’Iran avec des impératifs pressants de campagne électorale, on comprend mieux l’ampleur des dilemmes qui se posent désormais, cette fois côté israélien : Alors que la situation idéale serait de laisser l’initiative d’une attaque militaire aux États-Unis et à ses alliés occidentaux, on fait le constat à Jérusalem que ni les sanctions, quelles que soit leur sévérité, ni éliminations ciblées de savants nucléaires iraniens, ni les explosions de centrales ou d’arsenaux de missiles ici et là n’ont réussi à dissuader les mollahs de foncer tête baissée vers l’irréversible.

Voilà pourquoi Israël est obligé de regarder sans cesse son propre chronomètre qui est celui d’une vaste opération militaire en « solo » …

Les options contradictoires des Frères musulmans égyptiens

Lors de la première consultation électorale, en trois phases successives depuis novembre dernier, tenue en Égypte depuis la destitution du président Hosni Moubarak, les islamistes du Parti de la Justice et de la Liberté (Frères musulmans-FM) et du parti Al-nour (salafiste) ont remporté ensemble plus des deux tiers des sièges à la « chambre basse » du parlement, l’Assemblée du peuple. Un raz-de-marée qui met les FM en position d’arbitres pour décider de l’avenir du Pays du Nil …

Publiés le 21 janvier, les résultats officiels de ces trois tours des législatifs sont éloquents : Le Parti de la Liberté et de la Justice (PLJ) des Frères musulmans a obtenu 235 sièges sur les 498 en jeu (soit 47 % environ) ; le parti fondamentaliste salafiste Al-Nour arrive au second rang avec 121 sièges (24 %), suivi par le parti libéral Wafd avec 9 % des sièges, puis le Bloc égyptien – une coalition de partis libéraux laïcs – qui a obtenu 7 % des députés. Quant aux dix sièges restants, ils doivent être directement désignés par le président du Conseil militaire qui dirige le pays, le maréchal Hussein Tantaoui.
L’option « modérée » d’une alliance des FM avec les partis libéraux

Voulant se présenter comme un parti de gouvernement « responsable » et rassurer l’armée comme les classes moyennes égyptiennes, les leaders du PLJ n’ont pas cessé ces dernières semaines de se dissocier des salafistes de Al-Nour. Et ce, aussi bien au niveau des perspectives économiques dans ce pays en pleine crise dépendant cruellement de l’aide financière américaine, qu’au plan des minorités en tentant d’apaiser les craintes de la communauté des chrétiens coptes (près de 10 millions d’Égyptiens).

Autant d’éléments qui pourraient confirmer dès les prochains jours le fait que le PLJ aurait déjà fait le choix de former une coalition parlementaire et donc gouvernementale, non pas avec leurs alliés naturels que seraient les salafistes (auquel cas, ils disposeraient d’une confortable majorité de 71 % des sièges), mais avec les deux principaux partis libéraux laïcs – ce qui leur assurerait tout de même une majorité parlementaire de 63 % de mandats.

Ainsi la semaine dernière, le secrétaire d’État adjoint, Williams Burns, le No 2 de la diplomatie américaine, a-t-il rendu une visite surprise aux dirigeants du PLJ. Et toujours dans le même sens, le guide spirituel des FM, Mohamed Badie, a tenu à se démarquer publiquement des divers appels à manifester le mercredi 25 janvier contre le gouvernement militaire lancés – sous le mot d’ordre évocateur « Pour une 2e Révolution ! » – pour le 1er anniversaire du début du soulèvement contre le régime Moubarak.

 Il n’empêche : C’est ce même Badie qui avait déclaré quelques jours auparavant que son parti empêcherait au parlement l’armée de conserver certaines prérogatives financières et institutionnelles … Et ce, tout en ajoutant que le mouvement des Frères Musulmans était désormais en passe de « concrétiser les nobles aspirations de son fondateur, Hassan al-Banna, d’édifier un régime de justice et de vérité en Égypte et d’établir un califat à l’échelle mondiale » …

 L’option ultérieure toujours possible d’une « symbiose islamique » avec les salafistes …
Même si le radicalisme islamiste outrancier affiché des salafistes – qui ont déjà déclaré ne pas vouloir collaborer avec les FM pour édifier un État « civil » qui serait en contradiction avec leur vision d’un régime islamique intégral régi par la seule Charia du Coran – semble exclure pour l’instant toute alliance avec le PLJ, les choses pourraient encore évoluer, voire se renverser dans les prochains mois, en fonction notamment d’une autre inconnue : La capacité de réticence et de « résistance » de l’armée égyptienne à cette quasi-hégémonie islamique au parlement qui, si elle s’exprimait trop autoritairement, pourrait paradoxalement pousser les FM dans les bras des salafistes …

Principale échéance qui permettra d’y voir plus clair sur les réelles intentions des FM égyptiens : l’Assemblée du peuple sera bientôt chargée de mettre sur pied une commission parlementaire décisive, censée élaborer une nouvelle Constitution pour le pays.

 Avant même les élections présidentielles prévues avant la fin du mois de juin prochain avec, dans leur sillage, la remise par l’armée du pouvoir aux civils après qu’un président aura été élu, on saura donc sous peu quel type d’option auront pour l’instant choisie les Frères musulmans égyptiens.

À quoi pourrait ressembler la Syrie après l’ère Assad ?

Bien que les avis divergent souvent en Israël sur le temps précis qu’il faudra au soulèvement populaire de l’opposition syrienne pour renverser la dictature de l’oligarchie alaouite des Assad, il est vraisemblable que 2012 verra la fin de ce régime despotique institué depuis plus de quatre décennies. Mais quelles forces pourraient en prendre la relève, et pour assumer quel genre de priorités ? Deux questions décisives pour envisager quels types de changements pourraient affecter les rapports de force régionaux.

Tout le monde s’attend à ce qu’après le Tunisien Ben Ali, l’Égyptien Moubarak, le Lybien Kadhafi et le Yéménite Saleh destitués du pouvoir en 2011 par l’immense vague de bouleversements du « printemps arabe », ce soit enfin le tour en 2012 du président syrien Bachar Assad … Notamment si les divers courants de l’opposition syrienne parviennent à mieux s’unir sur une plate-forme alternative commune, et aussi si les pays occidentaux osent aller plus loin que quelques sanctions économiques sans conséquences contre ce régime qui a pourtant déjà tué plus de 6 000 des plus courageux de ses citoyens ayant osé braver la loi d’airain de la dictature et la cruauté de ses forces de répression au service d’une toute petite élite…
Du fait que les Assad ont forgé lors des deux dernières décennies une alliance stratégique, idéologique et même religieuse très étroite avec l’Iran chiite des mollahs et son bras armé au Liban qu’est le parti-milice du Hezbollah – devenu l’acteur principal de la scène politique au Pays du Cèdre -, et étant donné qu’il y 74 % de sunnites en Syrie (pour 10 % d’alaouites), le face à face de plus en plus violent de l’insurrection contre le régime Assad qui dure depuis mars dernier a pris peu à peu la forme d’un affrontement décisif entre sunnites et pro chiites à l’échelle régionale.
Si bien qu’après la chute d’Assad, au cas la Syrie n’éclate pas en quatre provinces « ethniques » (Druses au sud, Kurdes au nord, sunnites au centre et sur la côte, alaouites dans les montagnes), trois types de forces – qui viennent d’ailleurs de signer un « pacte d’union » en vue de l’établissement d’une démocratie – pourraient s’allier pour assurer la relève et gouverner : les mouvements sunnites (certes surtout menés par les Frères musulmans locaux, mais sous une forme probablement moins intégriste qu’en Égypte comme le prouve le départ des QG. du Hamas de Damas vers Gaza), les partis libéraux, et les jeunes officiers de l’Armée libre de Syrie qui ont déjà retourné leurs armes contre la dictature.

Au programme de cette coalition alternative : Une nécessaire ouverture politico-diplomatique envers l’Occident supposant la fin de l’alliance avec l’Iran et le Hezbollah, et la reprise des liens « naturels » avec la Turquie, voire des pourparlers de paix avec Israël ; mais aussi une incontournable relance de l’économie syrienne, peu riche en matières premières et frappée de plein fouet par un fort taux de chômage (18 %), par la crise régionale du tourisme, tout comme par l’interminable isolement international dans lequel l’ont volontairement enfermée les Assad.

Voilà pourquoi l’une des inconnues de la complexe équation syrienne pour 2012, c’est de savoir si les pays occidentaux oseront enfin aider – d’une manière ou d’une autre – au renversement du « système Assad ». Lequel n’a strictement plus rien à proposer à ce pays si longtemps brimé, mais jeune, où la moyenne d’âge des couches intermédiaires de la pyramide démographique est de seulement 22 ans !

 Source : Hamodia, l’éditorial de Richard Darmon





Psychosociologue, consultant sur les questions de conflits, crises, violences et débriefing dans tous les secteurs où ces problèmes se posent.



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