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L’Égypte s’achemine vers l’abrogation du traité de paix, par Jonathan D. Halévy


L’Égypte s’achemine vers l’abrogation du traité de paix, par Jonathan D. Halévy

Un grand optimisme a caractérisé les reportages et les analyses des médias  sur la volonté des Frères Musulmans et le parti Salafiste de respecter les accords de paix signés entre Israël et l’Égypte. Les observateurs se sont appuyés sur des déclarations banales de hauts fonctionnaires des deux partis, selon lesquelles l’Égypte devrait respecter les accords internationaux. Un examen attentif indique une tendance complètement différente et que le but des deux partis est bien contraire aux déclarations publiques.

Les islamistes tentent de trouver un moyen de se dégager des accords de Camp David tout en minimisant autant que possible les dégâts politiques et économiques, et en redonnant à l’Égypte le rôle dominant au sein des États en conflit.                 

La dernière révolution égyptienne, suivie des élections législatives, a amené les partis islamistes au pouvoir avec une majorité absolue au parlement. Le parti pour la Liberté et la Justice des Frères Musulmans a remporté lors de la première manche 49 % des sièges (73 sur 150) et le parti Al-Nour Salafiste a remporté 20% soit 30 pour cent des sièges. Dans la deuxième manche des élections le parti des Frères Musulmans a remporté 40% des voix et le parti Al-Nour 35 pour cent.

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La dernière phase aura lieu en janvier 2012. Cependant, on peut déjà affirmer que le Parlement égyptien sera composé d’une majorité absolue des deux partis islamistes.

La question du respect des accords de Camp David a été soulevée lors de la rencontre du sénateur John Kerry avec les dirigeants du parti pour la Liberté et la Justice. Il a été accompagné de l’ambassadrice américaine au Caire, Anne Patterson.

Selon le site officiel des Frères Musulmans, Dr. Mohamed Morsi, chef du mouvement, a déclaré après cette rencontre que « l’Égypte est un grand pays avec  une histoire enracinée. Elle remplit un rôle important dans le monde  arabe, islamique et international et, donc, elle respectera les accords et les traités qu’elle a signés ». Toujours selon ce site. Morsi a exigé du gouvernement américain d’être plus attentif aux peuples en soulignant que les États-Unis peuvent remplir un rôle significatif dans la stabilité et la prospérité économique de toutes les nations. »

Les Frères Musulmans imposent un certain nombre de critères pour l’examen des accords internationaux, et notamment celui de Camp David. Le premier est la loi islamique (charia), le deuxième, la position du peuple égyptien, comme l’a rappelé Morsi lors de son entretien avec le sénateur Kerry, et le troisième, la position de la partie adverse dans les accords signés avec l’Égypte.

La plate-forme électorale du mouvement pour la Liberté et la Justice détermine que le parti respectera les accords internationaux concernant les droits de l’Homme, tant qu’ils ne  contredisent pas la charia islamique. Concernant la paix avec Israël cette plate-forme précise que les accords entre les États doivent être acceptés par le peuple, répondre aux principes de justice et des intérêts, et la mise en œuvre devrait être appliquée selon les principes convenus dans les relations internationales. « Par conséquent, le parti considère nécessaire de réviser la plupart des accords signés sous l’Ancien Régime et dans différents domaines ».

Des dirigeants du Parti pour la Liberté et la Justice ont été plus d’une fois favorables à un amendement ou une abrogation des accords de Camp David ainsi que la rupture des relations diplomatiques et économiques avec Israël. Dr. Mohamed Morsi a exigé de reconsidérer les accords de Camp David, et a souligné que « l’attaque » israélienne contre une position de l’armée égyptienne) à partir du Néguev illustre parfaitement la violation systématique des accords par Israël. (Allusion aux tirs de Tsahal contre des terroristes venus de la péninsule du Sinaï)  

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Sur cet incident, Dr. Ahmed Abou Braha, conseiller juridique du parti a déclaré le 28 août dernier qu’il est indispensable de réexaminer toutes les dispositions des accords de Camp David et vérifier sérieusement l’abrogation. Il a souligné l’importance du déploiement des forces de l’armée égyptienne dans le Sinaï avec un équipement d’armes lourdes le long de  la frontière, afin de mettre en garde  Israël.

Ces propos ont été suivis de nombreuses déclarations prononcées par divers membres du parti exigeant entre autres de  créer un comité juridique qui réexaminera les accords de Camp David suite « à la violation permanente et flagrante » des accords par Israël.

Dr. Hamdi Ismail, Secrétaire du parti dans la région d’Ismaïlia a proposé de présenter la question à un référendum.

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Dr. Ahmed Rami a souligné que la révolution égyptienne n’est qu’un commencement vers la libération de Jérusalem et que « l’entité sioniste est proche de l’effondrement ».

Dans sa lettre hebdomadaire du 9 juin 2011 Muhamed Badia écrit:

« La victoire est proche et avec l’aide d’Allah nous retournons en  Palestine et el-Qouds (Jérusalem) et nous libérerons le plateau du Golan et tous les territoires qu’Israël a occupés … »

La position officielle du parti Al-Nour salafiste est identique  à celle des Frères Musulmans. Dr. Imad Abdi al-Quadri, chef du Parti, a déclaré qu’il « est nécessaire de respecter les accords dont l’Égypte est impliquée, et nous tenons à les honorer. Cependant, il existe plusieurs clauses dans le traité de paix qui n’ont pas été appliquées par Israël comme la solution du problème palestinien, son droit à l’autodétermination et, donc, le traité de paix nécessite un nouvel examen. »

Le porte-parole du parti Al-Nour, Dr. Yourty Hamad a déclaré que les accords de Camp David devraient être acceptés sur la base de la loi islamique (charia). Il a démenti catégoriquement certaines informations sur des entretiens éventuels  avec l’ambassadeur d’Israël au Caire.

Rien n’indique donc un changement idéologique de la part des islamistes concernant Israël. Les diverses déclarations  expriment une certaine tactique pour atteindre un objectif stratégique, celui d’un renoncement aux accords de Camp David et la transformation de l’Égypte en un élément-clé régional qui conduirait à une campagne politique et militaire contre Israël.

Les Frères Musulmans, et le parti Al-Nour, cherchent une « issue honorable et pragmatique »  qui abrogerait les accords de Camp David, sans apporter préjudice à la violation du droit international et en évitant des dégâts immédiats sur l’économie égyptienne et l’aide occidentale.

L’Égypte reçoit chaque année des États-Unis une aide militaire de 1.3 milliard de dollars et en 2010 l’aide civile était de 250 millions de dollars. La force de l’armée égyptienne repose essentiellement sur des armes et des systèmes américains, et comprend notamment des avions F16 et F4, les hélicoptères Apache J, les chars M-60A3 et M1A1; des missiles air-sol, des avions de renseignements, etc. Les armées des deux pays ont pratiqué des exercices conjoints et des manœuvres dans le cadre de leur coopération militaire.

Du point de vue israélien, la révolution islamiste en Égypte risque de transformer ce pays en ennemi potentiel. Israël tente par tous les moyens à respecter et à sauvegarder ne fut-ce que sur la forme les accords signés avec l’Égypte, mais les derniers changements dans ce pays nous conduisent nécessairement à un nouveau défi sécuritaire dangereux sur notre frontière sud. La nouvelle Égypte souhaitera de concrétiser sa pleine souveraineté sur le Sinaï et à déployer des forces militaires régulières sous différents prétextes, à commencer par des « violations » israéliennes de l’accord, passant par le besoin de se défendre face « à des attaques israéliennes » et en finissant par l’engagement de l’Égypte de défendre « les Frères » palestiniens dans la Bande de Gaza.

En outre, on peut supposer que l’un des premiers objectifs des Frères musulmans après la prise du pouvoir serait d’assurer le passage libre de la frontière entre la Bande de Gaza et l’Égypte et une aide économique et militaire globale au Hamas qui présenterait de nouveaux dangers à l’État juif.

 Source : Le Cape, Jonathan D. Halevi, Général





Psychosociologue, consultant sur les questions de conflits, crises, violences et débriefing dans tous les secteurs où ces problèmes se posent.



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