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Washington et Londres refusent la constitution d’une armée juive 1940-1944.


Washington et Londres refusent la constitution d’une armée juive 1940-1944.

Les Juifs palestiniens interdits de combattre sous leur propre bannière.

En septembre 1939, quelques jours après le début de la guerre, Chaim Weizmann, Président de l’Agence juive pour la Palestine déclare à Winston Churchill, Premier Lord de l’Amirauté, « qu’il est prêt à armer les Juifs de Palestine (…) convaincu que cela permettra aux troupes anglaises de quitter la Palestine pour le front de l’Ouest ».Churchill se déclare favorable à cette requête.[1]

Churchill confirme sa position dès sa nomination comme Premier Ministre en mai 1940. « La solution de la situation (en Palestine) », écrit-il au Général Wawell, commandant en chef au Moyen Orient, « dépend d’un armement suffisant des Juifs colonialistes, pour qu’ils assument leur propre défense ». « C’est un vrai scandale qu’alors que nous nous battons pour nos vies », d’importantes forces britanniques « soient immobilisées (en Palestine) », écrit-il à Lord Lloyd, son Ministre des Colonies.[2]

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Un mois plus tard, en juin 1940, David Ben Gourion, directeur de l’Agence juive, intervient dans le même sens. Dans un message lors de la Convention des Sionistes d’Amérique (ZOA), il s’enflamme : « Jamais notre peuple, jamais notre pays ne s’est trouvé dans un danger aussi grand qu’aujourd’hui (…) Les armées nazies menacent la Palestine dont la conquête détruirait tous les succès sionistes des cinquante dernières années ». Les Juifs américains doivent faire « tout ce qui est possible pour donner au Yishouv la chance de se défendre lui-même ». Les 800 délégués à la Convention demandent d’urgence à Winston Churchill de permettre aux Juifs de Palestine de former des unités de combat pour la défense du Moyen Orient.[3]

Le 6 août 1940 Weizmann reprend ce thème dans une lettre à Churchill : « Si on en arrivait à un retrait temporaire (des troupes britanniques) (…) les Juifs de Palestine se trouveraient exposés à un massacre massif par les Arabes, encouragés par les Nazis et les Fascistes. Cette possibilité renforce la demande de nos droits humains élémentaires d’avoir des armes ».[4]

Les démarches de Weizmann auprès de Churchill vont se multiplier. Ce dernier continue à répondre favorablement, mais il se heurte à l’opposition de son administration. Le télégramme au Ministère de la guerre du Général Wawell daté du 26 février 1941 est significatif : « Je suis tout à fait opposé à la création d’une force armée (juive) pour le moment ».[5] Un échange de notes avec Lord Moyne, le successeur de Lloyd au Ministère des colonies, questionne la sincérité du soutien de Churchill aux sionistes.

Répondant à un plan soumis par Weizmann, Churchill décide sur les recommandations de Moyne, de le remettre de six mois sous prétexte que l’on manque d’équipement. Dans une note à Churchill, Moyne se demande « s’il ne vaut pas mieux reconnaître la vraie raison (…) Elle est due à la situation au Moyen Orient et à la nécessité de ne pas risquer un soulèvement des Arabes en ce moment ».[6] Un problème majeur confronte le Premier ministre. Si une armée juive est en charge de la Palestine, n’est-ce pas reconnaître de facto un Etat juif et provoquer des troubles sanglants et peut-être même l’entrée en guerre de l’Arabie Saoudite et de l’Irak ?

De leur côté, de nombreux Juifs américains répondent à l’appel de Vladimir Jabotinsky, le chef  réformateur de la New Zionist Organisation. Ils le soutiennent pour la création d’une armée juive de 100.000 hommes. Jabotinsky a été le promoteur de la  « Légion juive » qui combattit avec les Alliés pendant la première guerre mondiale. Sa mort, en août 1940, met le projet en sommeil.

Le mouvement est relancé par Peter Bergson et son Committee for a Jewish Army pendant un meeting à Washington le 4 décembre 1941. Il réclame la création d’une armée juive de 200.000 Juifs palestiniens et  apatrides pour servir les Alliés en Palestine et dans ses environs. Son slogan « les Juifs se battent pour le droit de se battre » rencontre beaucoup de sympathie dans le public au moment où l’Amérique entre en guerre.[7]

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Avec la chute en juin 1942 de Tobrouk en Lybie occupée par l’Africa Corps du Général allemand Erwin Rommel, la route de l’Egypte et de la Palestine est ouverte. La situation des Juifs palestiniens devient critique. Le 25 juin Weizmann en appelle une fois de plus à Churchill pour qu’il permette aux Sionistes du Yishouv l’exercice de « droits humanitaires élémentaires » de self défense contre la menace de destruction de leur «  existence physique elle-même ». Le 5 juillet 1942, Churchill demande à son ministre des Colonies une proposition. Il s’exprime clairement : « La force de l’opinion publique est très forte aux Etats Unis et nous souffrirons de nombreuses façons si nous cédions au parti pris des autorités militaires britanniques et du Colonial Office en faveur des Arabes et contre les Juifs. Maintenant que ces gens sont en péril direct, nous devons certainement leur donner une chance de se défendre eux- mêmes ».[8]

Weizmann, le 7 juillet, rencontre Roosevelt qui l’assure de son soutien. « J’ai toujours désiré faire une déclaration à propos d’une armée juive, que j’estime être une bonne chose ». Le 1er août les ministres britanniques concernés (Colonies et Guerre)  proposent au Cabinet la constitution d’un régiment de 10 000 hommes consistant en bataillons séparés d’Arabes et de Juifs. Cette proposition ne répond absolument pas au problème politique urgent. La déception des Sionistes tourne au désespoir.[9]

La victoire d’El Alamein en novembre 1942 met heureusement Jérusalem complètement hors de portée des troupes de l’Axe.[10] Une armée juive pour défendre la Palestine perd de son importance. Les Sionistes changent d’argument comme l’exprime en janvier 1943 Shertok, le chef politique de l’Agence Juive. Il demande la création d’une division ou au moins d’une brigade séparée qui utiliserait les 22.000 Palestiniens juifs qui servent déjà dans l’armée anglaise. Déjà le 11 mai 1942 à la Conférence sioniste de l’Hôtel Biltmore ce changement d’orientation s’est esquissé. Dans le compte-rendu de la Conférence on peut lire que les Juifs de Palestine doivent avoir « une force armée pour se battre sous leur propre bannière et sous les ordres du commandement en chef des Nations Unies ».[11]

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Les interventions sionistes se multiplient, les objections de l’administration fleurissent, rien ne se passe. Une fois de plus Weizmann revient à la charge. Le 26 juin 1944, il écrit à Sir James Percy Grigg, ministre britannique de la Guerre : « Une participation collective dans la bataille est une préoccupation importante des Juifs. L’Europe est maintenant le cimetière de millions de Juifs massacrés (…) Le monde a failli dans leur sauvetage. Le moins que nous puissions demander c’est qu’une force de Juifs libres puisse se battre de façon à maintenir l’honneur de son peuple, de venger ses martyrs et d’aider à libérer les survivants ».[12]

Aux objections de Grigg, Churchill répond le 12 juillet 1944 : « J’aime cette idée des Juifs essayant de s’en prendre aux meurtriers de leurs coreligionnaires en Europe Centrale (…) C’est avec les Allemands qu’ils se disputent (…) Je ne peux pas admettre que l’on refuse à cette race dispersée à travers le monde et qui souffre comme jamais aucune autre race n’a souffert jusqu'à présent, la satisfaction d’avoir son propre drapeau ».[13]

Le 17 août 1944, Briggs informe Weizmann de l’accord du cabinet pour la constitution d’une brigade juive sous la bannière de l’Etoile de David. Auparavant, pour éviter des émeutes arabes, Churchill a donné son accord à son ministre de la Guerre pour que la brigade ainsi constituée ne soit pas après la victoire ramenée telle quelle en Palestine. En octobre 1944, une Brigade est formée et entraînée en Italie. Forte de 5 000 hommes, elle entre en action contre les Allemands sur le front de l’Adriatique en mars 1945, quelques semaines avant la victoire finale.[14]

On aboutit à une situation paradoxale. La politique d’atermoiement suivie par les Britanniques se révèle providentielle pour les Sionistes. En refusant la constitution d’une armée juive qui aurait remplacé les troupes anglaises en Palestine, Londres a évité une offensive arabe qui aurait tourné à la défaite d’une armée sioniste, sans expérience et à peine installée. Les régimes arabes voisins infiltrés par les Allemands n’auraient jamais accepté une armée juive au pouvoir en Palestine. Des décennies auraient été perdues pour le sionisme.

Opérationnelle in extremis, quelques semaines avant la victoire, la Brigade juive a pu participer au défilé de la victoire à  Londres le 8 juin 1945. La seule unité militaire arborant un drapeau, bleu et blanc frappé à l’Etoile de David, qui n’appartient à aucun Etat existant. Cette exception  frappe l’opinion publique et participe à la construction d’une crédibilité internationale pour le sionisme.

Cette Brigade juive autorisée dans les dernières semaines de la guerre n’a pas pu vraiment combattre aux côtés des Alliés. Par contre elle a joué un rôle de premier plan avant et après la proclamation de l’Etat d’Israël. Démobilisés, les 5 000 membres de la Brigade sont rentrés individuellement en Palestine. Un grand nombre de ces soldats formés par les Britanniques ont rejoint les rangs de la Haganah, la branche armée clandestine de l’Agence juive. Ils ont apporté une compétence guerrière de premier plan à une organisation qui lutte contre les troupes britanniques qui occupent le pays.

Des combats acharnés ont fait rage pendant les mois qui ont précédé et suivi la partition de la Palestine entre Arabes et Juifs qui aboutit en mai 1948 à la constitution d’un Etat juif. Les anciens de la Brigade ont été alors un appoint déterminant dans la victoire qui permit en mai 1948 la naissance de l’Etat hébreu. Une partition mal vue par les Britanniques qui se sont abstenus lors du vote du 27 novembre à l’Organisation des Nations Unies à ce sujet.

 

Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2011. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.
 

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[1] PENKOWER Monty, The Jews Were Expandable, Free World Diplomacy and the Holocaust, Chicago University of Illinois Press, 1983, p. 5. 20 000 soldats britanniques sont stationnés en Palestine .

[2] WASSERSTEIN Bernard, Britain and the Jews of Europe, 1939-1945, Clarendon Press, Oxford, 1979, p. 32

[3] BERMAN Aaron, Nazism, the Jews and American Sionism, 1933-1945, Wayne State University Press, Detroit, 1990, p. 75.

[4] WASSERSTEIN, op. cit. p. 276.

[5] IBID. p. 279.

[6] IBID. p. 280. Mars 1941.

[7] PENKOWER, op. cit. p. 12.

[8] IBID 284.

[9] IBID. p. 284.

[10] L’AXE, pacte liant le Reich, l’Italie et le Japon.

[11] PENKOWER, op. cit. p. 21 et 13.

[12] WASSERSTEIN, op. cit. p. 285.

[13] PENKOWER, op. cit. p. 23.

[14] WASSERSTEIN, op. cit. p. 287. En avril « le front Adriatique » fut inactif.

 







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