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Pas de Juifs à Tripoli


Pas de Juifs à Tripoli

C’est un beau roman, c’est une belle histoire

Ce texte est un témoignage à deux voix ; le témoignage de deux émotions qui se rejoignent par delà les frontières, le temps, l’exil, la violence faite à un peuple.

Deux tropismes qui refusent d’oublier ce que furent les leurs, leur vécu, leur Histoire, leurs droits fondamentaux.

Il s’appelle David Gerbi. Il était parfaitement inconnu jusqu’à ces jours derniers.

Au lendemain de Kippour, sa photo et sa folle aventure envahissent les medias : Reuters, La Croix, JSS, Le Devoir canadien, Youtube ; pas un n’y a échappé.

En quelques jours, partout s’étalent en une, les photos de ce gigantesque édifice en ruine enluminé par la frêle présence de ce petit homme enveloppé de son taleth.

Ces reportages nous permettent d'assister, dans cette synagogue effondrée, à un office fantasmagorique sans public ni officiant, sans parole ni musique.

Un office digne d’un conte poussiéreux de Dickens.

Qui est David Gerbi ? Un simple citoyen Libyen qui aime son pays natal.

Natif de Tripoli, il en est chassé en 1967 avec le cortège de la population juive. Il a 12 ans. Comme la plupart de leurs congénères, ses parents se réfugient en Italie.

Profitant de la guerre des Six Jours en 1967, Kadhafi expulse, dès sa prise de pouvoir en 1969, les 38 000 juifs libyens restants, en prenant soin – il n’y a pas de petits profits pour les révolutions arabes – de confisquer tous leurs biens.

Le cimetière juif est rasé, des fois qu’il leur viendrait à l’idée de revenir à l’heure du Messie ! Voici maintenant ce que ce cimetière est devenu.

 

 

 

Oubliant de prévenir l’UNWRA d’assurer aimablement le suivi du service social, Kadhafi abandonne ses sujets juifs à leur triste sort, sans la moindre émotion ni revendication du monde extérieur.

Bah ! Un Juif ici ou là, tôt ou tard, ça se refait, Madame !

Judenrein la Libye !

Judenrein, le seul, authentique et méticuleux nettoyage ethnique qui échappe dans le vocabulaire courant, au terme de « nettoyage ».

Dans l’inconscient populaire, un pays se fait toujours « Judenrein » pour des raisons justifiées et rationnelles. Au large les citoyens malvenus !

Ainsi donc David Gerbi a grandi en terre étrangère, l’amour de la Libye rivé au cœur.

Aujourd’hui psychothérapeute à Rome, le printemps arabe suivi de la « révolution » libyenne, lui donnent des ailes.

La Libye, pays libéré et multiculturel ?

David Gerbi décide de rejoindre ce grand vent de printemps ; il songe même, naïveté juive à l’appui, pouvoir rejoindre le CNT et participer à la reconstruction de « son » pays.

Faire de la Libye printanière un pays moderne, autrement dit multiculturel.

Lors d’un premier séjour, David Gerbi est venu en aide dans les hôpitaux de Benghazi aux premiers blessés des combats.

À présent, son vœu le plus cher consiste à imaginer possible la remise en état de la fameuse synagogue de Tripoli dite « Dar Bishi ».

Somptueux édifice, le plus pur spécimen de l’architecture Art déco du début du siècle.

Le soir de Kippour David se rend à la synagogue enrobée d’un mur de scellée. Gerbi attaque de ses propres mains la destruction de ce mur et s’évanouit d’émotion – comme le montrent les nombreuses photos reportage- en découvrant la porte monumentale de la synagogue.

Les révolutionnaires se font pressants, kalachnikov menaçante au poing.

Lui faisant comprendre que sa place n’est pas ici ! À Benghazi, il servait la cause arabe. Voilà qu’il vient parler de juifs !

Ici on se révolutionne tranquillement entre musulmans. Pas la moindre place pour un juif.

«Certains me disent que je dois accepter que ce soit fini. Je leur dis non, que c'est notre magasin, que c'est notre synagogue, que rien n'est fini», a-t-il déclaré à Reuters «Il y a quelque chose d'irrésolu, d'inachevé. C'est pour cela que je suis ici.»

Voici ce qu'il trouve en détruisant le mur qui bloquait l'entrée de cette synagogue.

 

 

Sans se démonter à l’intérieur de la synagogue en ruine, David, dans la plus solitaire des solitudes, revêt son taleth et entame sa prière. « Je suis venu ici pour prier mon Dieu et non pour un acte de violence » dit il simplement aux hommes armés, « Tirez si vous pouvez ».

 

 

Au dehors, de courageux manifestants libyens viennent protester contre sa présence. En pleine prise de Tripoli, ils n'avaient certainenement pas de programme plus urgent. (Lire le reportage de John Boxley, NBC)

Les armes s’abaissent mais David Gerbi est remis manu militari dans un avion militaire qui le ramène à Rome.

Souvenirs

Cette aventure ne pouvait me laisser sans réaction. Dès les premières photos dans les journaux, je sortais de leurs enveloppes les quelques photos jaunies, seuls vestiges sauvés de ma propre fuite du pays natal.

La synagogue Dar Bishi, la synagogue dont mon arrière grand-père fut le grand rabbin jusqu’aux années 1930.

Les ruines dans les journaux, et le grand père – décoré de la légion d’honneur par Raymond Poincaré- en grande tenue bénissant la reine d’Italie, entouré de sa garde d’honneur.

Les lustres et la grandeur. Cette même reine d'Italie qui peu après l’invitait à la cour pour le mariage de son fils.

C’était au temps où les hommes s’aimaient…

Comme le temps passe. Laissant si peu de traces pour notre peuple en éternelles pérégrinations.

Puis les photos des funérailles nationales. On le voit distinctement : arabes et juifs suivent respectueusement le convoi en une foule immense.

 

 

La synagogue est envahie par une foule respectueuse.

 

 

 

Il me fallait donc absolument parler à David. Comment le retrouver, où le joindre ? Tous les journaux contactés ne savent rien de lui,en dehors de son aventure.

C’est à Rome que je retrouve sa trace. Au téléphone, nous sanglotons du même chagrin, du même manque des mêmes injustes barrières et interdictions.

Nous décidons de nous unir pour diffuser cette injustice, soulever des protestations, un mouvement de soutien.

En fin de discussion David a ce mot merveilleux : « je suis allé en Libye a ce moment là car Mr Sarkozy était la bas, le Président de la France du pays des Droit de l’Homme. Je me suis dit : c’est sûr lui va m’aider, il ne peut pas ne pas comprendre. Mais je n’ai pas pu le voir. »

Les sanglots ont repris de plus belle. J’ai aimé connaître cet homme d’une foi et d’une naïveté tellement humaines.

Ses larmes étaient celles du Petit prince, elles disaient la peine intarissable du petit garçon de12 ans qui voulait retrouver les couleurs et odeurs des prières de son enfance.

Nous avons décidé d’un commun accord de réaliser notre « printemps arabe » personnel : David se rendra dans quelques mois à Paris. Nous allons nous retrouver, échanger des photos et pourquoi pas, demander à BHL de recommencer une petite, toute petite révolution libyenne mais juive celle-là !

Lire ledevoir.com

Remerciements à David Gerbi, Rome, pour ses photos

Sources : Reuters, Euronews, The Guardian, NBC, Le Devoir, JSS

 

Josiane Sberro
© Primo, 22-10-2011







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