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L’exode des juifs d’Algérie : nous n’avons pas oublié ! par Patrick Bénichou


L’exode des juifs d’Algérie : nous n’avons pas oublié ! par  Patrick Bénichou

Cela fera 50 ANS EN JUIN 2012.

JUIN 1962 :

Nous les pieds-noirs désorientés, allions massivement devoir « préférer la valise au cercueil » selon la formule de l’époque .La plupart des juifs et  chrétiens d’Algérie devraient choisir la France comme terre d’accueil.
Nous allions quitter 1000 ans d’histoire et de culture. Mes parents avaient envoyé à Paris par précaution pendant les dernières semaines qui précédèrent notre départ plusieurs colis utilitaires dans des boites cylindriques en contreplaqué cerclées de fer qui ressemblaient curieusement à des emballages pour des hauts de formes.

Plusieurs soirs durant, j’ai vu mes parents trier, emballer en silence dans du papier journal et caler avec de la sciure de bois des bibelots, vêtements, ustensiles de cuisine, vaisselle, petits outils, souvenirs, livres…, sans aucune lumière visible de l’extérieur, car depuis 1953 no us vivions sous le régime du couvre-feu de l’armée  dès vingt et une heure ;

 

C’était alors le règne de la peur, du danger continu, des attentats terroristes perpétrés contre la population civile en tous lieux publics et des représailles de l’armée française : le cercle infernal. Sans parler des disparitions de civils restées longtemps occultées par l’Algérie et par la France.

  • Je venais d’avoir 8 ans, on partait « en métropole » avec dans ma valise, mon livret scolaire français  du cours élémentaire qui comporte la date de la dernière période de cours enregistrés « Période du premier au quinze mars 1962 ».

Par une étrange ironie de l’histoire, ce petit cahier bleu clair dérisoire, comporte en pages intérieures de couverture, toute une série de recommandations pour écoliers, dont celle-ci, sur laquelle cinquante ans plus tard, mon regard se pose avec ironie :

« Vous serez heureux d’emporter ce souvenir de votre école, le jour ou vous en sortirez pour ne plus revenir ; vous garderez ce modeste recueil qui témoignera devant vous-même et devant tous, ce que vous avez été dans votre jeune âge »

 « Si vous traversez quelque moment de faiblesse et de découragement, ne vous laissez pas abattre et pour reprendre courage, dites vous tout bas : Non, je ne veux pas être un inutile sur la Terre, un ingrat envers ma famille, un ingrat envers la France, je veux travailler et devenir meilleur, non seulement par ce que c’est mon intérêt, mais par ce que c’est mon devoir ».

 

Mes regrettés oncles Sylvain et Edouard Arrouasse, restés un peu plus longtemps que nous à Tlemcen, prirent en charge le déménagement de quelques uns de nos meubles et équipement basiques restés dans les appartements intacts, pour nous les faire parvenir à notre nouvelle adresse : Quai de Stalingrad à Boulogne Billancourt

Quelques jours avant, un instituteur très perturbé par la guerre nous punissait de chaque erreur en classe en nous faisant rester quinze minutes à quatre pattes sous la grille de protection du poêle, positionnée pour la circonstance, comme un  tunnel.

Un voisin policier, avait tué son fils dans la nuit, chez lui, d’un coup de pistolet le prenant dans l’obscurité pour un terroriste…Avec ceux qui mirent fin à leurs jours, saisissant le désespoir de la situation, cette période fut émaillée de centaines de drames qui restèrent anonymes.

Par un pillage suivi d’une loi scélérate de nationalisation, le gouvernement algérien s’appropriera peu à peu tous les biens des français d’Algérie requalifiés de « biens laissés à l’abandon » ou « de biens vacants ». Ce vocabulaire commode sera  repris curieusement par le Consulat de France…Il y a trois choses qui n’ont pu cependant être confisquées: nos racines, notre mémoire et notre liberté de penser.

  • Lettre du 18 juillet 1962 d’un ancien ouvrier de mon père : extrait :

« A Tlemcen,  ça va encore mal, l’autre fois ils sont venus pour réquisitionner l’Usine « Bénichou Au Bucheron » et les gens du FLN ont voulu défoncer la porte ; il paraît qu’on leur avait dit que vous étiez partis, il ya deux ans, et grâce à moi que je leur ai dit qu’il y a à peine un mois et que vous êtes partis en congé….Ils ont demandé la preuve, heureusement que j’ai gardé la dernière fiche de paie et le certificat de travail. Je leur ai dit qu’il y a aussi des meubles de la Compagnie des Forges de Strasbourg et qu’il y a aussi des machines scellées par terre. …

A la fin, ils sont partis et ne sont pas revenus….Pour les logements, ils reviendront les réquisitionner par force et moi j’ai très peur de tous ces gens ….excuse moi, Armand de mon écriture. »

 

Les familles juives qui sont restées sur place après le mois de juin 1962 essaient vainement de vendre à tout prix ce qu’il leur reste, immeubles, maisons, tissus, stocks, machines, voitures, objets…mais le marché est au plus bas, les agents du FLN commencent à nationaliser tous les biens « déclarés vacants » y compris ceux ou les propriétaires sont encore présents, sont revenus sur place ou protestent.

 

Ceux qui arrivent à  négocier et à vendre le font alors à leurs risques et périls, les prix de vente sont totalement dérisoires, tandis que d’autres propriétaires se voient signifier l’interdiction de rouvrir leurs commerces et entreprises…et sont très vivement encouragés à retourner en France du fait de « l’insécurité ».

Les quelques familles restées sur place en 1963, privées de la jouissance de l’ensemble de leurs biens, n’ont aucun recours, se voient obligés de quitter définitivement le pays qui les vit naître.

 

D’autres revenues quelques semaines en Algérie, se rendent vite compte, après des gesticulations et des démarches inutiles, que l’Etat Algérien a confisqué tous leurs biens et se voient contraintes de repartir « un bras devant et un bras derrière » avec une immense amertume.

Extrait du courrier de Madame Touaty , à Tlemcen du 22 mai 1963.

« …Nous n’avons plus qu’une hâte : celle de partir. Des bruits circulent que les locataires ne doivent payer leurs loyers que dans le cas ou les propriétaires sont là…Le départ est proche. »

C’est très dur d’être obligé de quitter pour toujours la maison de ses parents, le quartier de sa naissance  avec ce sentiment de déchirement et de chagrin qui ne se peut se dissiper avec le temps.

 

DES MURS QUI SE SOUVIENNENT EN PLEURANT !

 

Tlemcen, le 31mars 1963 (Courrier de ma tante Marie)

 « Très chers Alice et Armand,

Je suis arrivée à Oran, de Tlemcen, il y a deux heures…Nous sommes allés au cimetière rendre une dernière visite à nos pauvres morts abandonnés, il y avait avec nous Madame Touaty et l’oncle de Renée, Monsieur Bénichou.

De là, nous sommes allés prier le Rabb pour vous tous .Je suis arrivée à Tlemcen à l’improviste et le destin a voulu que je revois une dernière fois la maison de mes parents.

En effet, Edouard et Hélène, procédaient au déménagement des derniers objets. Edouard, le pauvre, a fait le maçon. Il a monté un mur en briques et ciment à l’emplacement de la porte et de la fenêtre qui donnent accès à l’atelier. (La maison de mes grands parents maternels et l’atelier de menuiserie communiquaient par une porte sur  cour).

Le soir même, ils ont du donner les clés au nouveau propriétaire.

Et voilà, de cette maison qui fut le berceau de nos joies et de nos peines, il ne reste plus que « des murs qui se souviennent en pleurant ».

Edouard a eu beaucoup de peine, mais son courage et sa volonté de faire son devoir jusqu’au bout, l’ont aidé. Que D-ieu continue de l’aider et facilite sa tâche jusqu’au départ…Mériem  (la servante de Mémé) a pleuré en voyant ce vide dans la maison et également ce vide qui se faisait autour d’elle. Elle sait qu’une vie de misère l’attend maintenant en Algérie. Elle m’a dit que beaucoup de musulmans allaient partir en France pour travailler….A Oran, ils ont créé des ‘Comités de gestion’ pour gérer ce qu’ils nomment « les biens vacants. »Ils ont commencé par les cinémas, puis par certaines entreprises comme la Source Saint Antoine à Arzew…. »

  • Ces lettres authentiques et bien d’autres auraient pu finir à la poubelle mais elles me sont parvenues miraculeusement ; elles avaient été rangées dans un dossier, par mes chers parents disparus, sans doute du fait de leur forte charge historique et émotionnelle.
  • Je n’ai pu en prendre connaissance et en extraire certains passages, que très récemment en les relisant avec beaucoup d’attention et avec le recul d’un demi-siècle écoulé.
  • Elles ont éclairé ces moments de tristesse et de nostalgie que je surprenais parfois sur les visages de mes  parents. 

PATRICK BENICHOU – extrait d’un livre à venir. 

 

Histoires singulières  © Patrick Bénichou pour  Europe Israël  – reproduction autorisée avec mention de la source


Biographie

Né à Tlemcen en 1953, Patrick Bénichou a fait ses études secondaires à Boulogne et supérieures à Paris IX Dauphine .

Il a milité activement  plusieurs années dans sa jeunesse auprès de Daniel Charbit et de Simon Epstein
Il a vécu au kiboutz Sdé Boker dans les années 1970.
Consultant en organisation et en aménagement de l'espace, il s'est consacré parallèlement  à l'écriture ces dix dernières années.Il a publié 3 romans et nouvelles de différents genres.
Parallèlement à ses activités et depuis 30 ans, il peint et crée des vitrines miniatures thématiques sous le nom de Bip.
Ses oeuvres graphiques et ses créations sont exposées sur Artmajeur.com

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– 1 nouvelle de science Fiction : la véritable et étrange histoire de Liki.

– 1 roman décrivant la saga d'un groupe de familles juives fuyant l'Espagne et l'Inquisition en 1492 : Etoiles dans la nuit.
– 1 roman policier  qui raconte le pillage des nazis à travers une enquête menée par deux retraités : Clair-Obscur.

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Etoiles dans la nuit Patrick Bénichou

Clair-Obscur Patrick Bénichou

la véritable et étrange histoire de Liki. Patrick Bénichou

 

© Patrick Bénichou pour Europe Israël – reproduction autorisée avec un lien vers la source

 

 

 

 

 

 

 







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