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Jérusalem, c’est moi !


Jérusalem, c’est moi !

Ecrire un livre qui englobe trois millénaires d'histoire de Jérusalem, ville sainte et ville-monde, Simon Sebag Montefiore en a fait son projet dès l'enfance. Jusque-là remarqué pour ses livres à succès sur la Russie (Le Jeune Staline, Calmann-Lévy, 2008), ce quadragénaire d'allure sportive et décontractée pointe sur le mur de sa maison du quartier branché de Notting Hill, à Londres, le portrait d'un homme respectable du XIXe siècle. Un portrait qui explique pourquoi cette idée qui a accompagné ses incessants séjours dans la Ville sainte, centre de l'attention du monde, mais aussi petite cité provinciale et minérale plantée aux portes du désert de Judée, est pour lui une affaire de famille.

Car "être un Montefiore" signifie non seulement qu'on appartient à l'une des plus vieilles familles juives de l'aristocratie britannique (et qu'on défraie la chronique mondaine de Londres), mais également qu'on a pour ancêtre Sir Moses Montefiore (1784-1885), qui visita sept fois la ville avec son épouse Judith, espérant de ces pèlerinages un enfant. "Obsédé" par Jérusalem, personnage de philanthrope et ploutocrate tout droit sorti du Juif errant d'Eugène Sue, Moses Montefiore fut un mystique et un entrepreneur, qui offrit à la communauté juive de l'époque un insolite moulin imité du Kent, toujours planté face au mont Sion.

Simon Sebag Montefiore a toujours sous les yeux cet homme au col bordé de fourrure. Sur le blason des Montefiore flamboie en lettres hébraïques Yéroushalayim (Jérusalem). "Ma famille avait imprimé sa trace à Jérusalem, dit-il. Moi, je voulais écrire LE livre sur elle."

Pourquoi "elle" ? Parce que ce juif, libéral mais attaché à la tradition, nourrit une vraie passion pour ce lieu. Ecrivain tout autant qu'historien professionnel formé à Cambridge, c'est dans la littérature des poètes et des prophètes juifs qu'il constate la personnification de Sion, d'abord forteresse du roi David, devenue synonyme de la Ville sainte. Chez eux, Jérusalem se métamorphose en courtisane, veuve, prostituée ou princesse. Cela va fasciner le futur chroniqueur.

Sa "biographie" de Jérusalem constituera donc un défi littéraire autant qu'historiographique. Du reste, il juge impossible de se lancer dans cette aventure sans un minimum de sensibilité religieuse. Pour un Flaubert lâchant un pet "voltairien" quand il franchit la porte de Jaffa, Jérusalem n'a pu que rester impénétrable, estime Montefiore. Pour autant, aucun des ouvrages généraux, exclusivement centrés sur sa dimension religieuse, ne le satisfaisait.

Archives familiales

Certes, il apprécie particulièrement celui de la spécialiste de religion comparée Karen Armstrong, Jerusalem, One City, Three Faiths ("Jérusalem, une ville, trois confessions", Ballantine Books, 1996, non traduit), mais regrette de ne pas y retrouver la sensualité que recèlent les pavés de la cité, glissants à force d'être polis par les pas pressés des dévots. Et puis, quoique favorable au partage de Jérusalem, il est heurté par les "mensonges", qui, selon lui, circulent autour du passé d'une ville que se disputent Palestiniens et Israéliens, dans un climat intellectuel anglais plutôt antisioniste.

Il part, tout au long de la décennie 2000, pour de nombreux séjours, descendant à l'American Colony, un hôtel chic de la partie arabe de la ville. Il marche beaucoup, arpente les sites archéologiques contestés, le mont du Temple ; se heurte aux rebuffades des orthodoxes de tous poils, avec l'équipe de la BBC, chaîne pour laquelle il prépare une série documentaire parallèlement au livre.

Il se plonge dans les archives familiales qui encombrent son bureau, lit de nombreuses sources originales et s'entretient avec des témoins de l'histoire récente, comme Shimon Pérès. En bon connaisseur du Caucase, il sait aussi entrouvrir le monde un peu fermé du quartier arménien de la Vieille Ville, retrouver le pan russe de Jérusalem, aujourd'hui en plein renouveau. Il se délecte à entendre les récits que les grandes familles palestiniennes de Jérusalem (les Nusseibeh, les Husseini, les Nashashibi) adorent lui raconter.

Il dévore la littérature topographique produite au IVe siècle par les pèlerins chrétiens en quête des lieux de la Passion du Christ, les Fada'il al-Quds (louanges de Jérusalem), qui fleurissent à partir du XIe siècle dans le Moyen-Orient islamique, ou encore les "Sionides" du philosophe et poète élégiaque juif médiéval Juda Hallévi… De tous les chroniqueurs dans la lignée desquels il ambitionne de s'inscrire, son préféré est Flavius Josèphe, contemporain de la chute du Temple assiégé par les légions romaines en 70 après J.-C. – "Le plus grand reporter de guerre de l'histoire !", s'exclame Montefiore.

Ce dernier appartient à cette tradition d'historiens anglais qui n'a aucun complexe à l'idée de produire un page-turner (livre tenant en haleine le grand public). D'où les descriptions complaisantes, gore même, de scènes de massacres, de supplices, d'éviscérations : "Les amateurs de vulgarisation historique sont fascinés par la luxure, la mort", avoue-t-il, à demi cynique. Même si certains lui ont reproché d'avoir serré d'un peu trop près ses chers chroniqueurs en épousant leur partialité, le succès a été au rendez-vous. Durant quelques mois, Jérusalem a dépassé, en Grande-Bretagne, les Mémoires des footballeurs et des pop stars sur la liste des best-sellers.

Nicolas Weill

 

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critique :

"Jérusalem. Biographie", de Simon Sebag Montefiore : de l'incendie du Temple à la guerre des Six-Jours

 

Si les ouvrages consacrés à Jérusalem sont légion, celui-ci entend incarner dans un personnage chaque demi-siècle de l'histoire de la ville : Hérode, le Christ (seul à avoir historiquement beaucoup fréquenté la Ville sainte parmi les fondateurs des trois monothéismes), Abd Al-Malik qui fait bâtir le dôme du Rocher, David Ben Gourion, etc.

Le parcours s'ouvre sur une description saisissante de l'incendie dû aux troupes de Titus (en 70 après J. -C.) et s'achève avec la prise de la ville par les parachutistes israéliens au cours de la guerre des Six-Jours en 1967. Ce choix ne vise pas à créer un effet de chute suivie de rédemption, mais à insister sur la fréquence avec laquelle Jérusalem a été saccagée puis reconstruite. Le sac de la cité par les Babyloniens puis par les Romains n'est-il pas devenu une sorte de prototype de l'Apocalypse ?

Pour ne pas alourdir la narration très imagée, voire très crue, ni le foisonnement de personnages à la Breughel, Simon Sebag Montefiore a relégué les discussions savantes en bas de page. Les nombreuses controverses constituent une sorte de récit parallèle. L'auteur n'hésite pas à prendre parti au risque de s'attirer les foudres des spécialistes.

Oui, affirme-t-il, en dépit des doutes des archéologues Israel Finkelstein et Neil Silbermann, le roi David a bien existé (une stèle découverte, en 1994, à Tel-Dan le prouverait). Oui, Bonaparte a bien appelé les juifs à reconstruire le Temple de Salomon lors de son expédition de Syrie de 1799 – point pourtant très contesté. On regrette d'autant plus que la version française ait renoncé aux index et à la riche iconographie de l'édition britannique.

 


JÉRUSALEM. BIOGRAPHIE de Simon Sebag Montefiore. Traduit de l'anglais par Raymond Clarinard et Isabelle Taudière. Calmann-Lévy, 668 p., 26,90 €. Nicolas Weill

 

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