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L’assassinat d’Ilan Halimi inspire « Tout, tout de suite » de Morgan Sportès


L’assassinat d’Ilan Halimi inspire « Tout, tout de suite » de Morgan Sportès

Morgan Sportès  puise dans le réel le matériau de son nouveau roman.

C'est ce fait divers terrifiant que l'on a appelé le «gang des barbares»: durant l'hiver 2006, un jeune juif est kidnappé, séquestré et torturé durant trois semaines. On le retrouve agonisant près d'une voie ferrée à Sainte-Geneviève-des-Bois. Youssouf Fofana est le meneur de cet assassinat organisé avec une vingtaine de jeunes banlieusards. Tout, tout de suite relate avec la froideur d'un procès-verbal cette tragédie. Le livre fait partie de ces récits qui marquent durablement. De cette épouvantable affaire, Morgan Sportès a fait un grand roman social et politique, effrayant et fascinant. Comme Emmanuel Carrère, déjà, avait sondé dans L'Adversaire l'âme d'un monstre au visage de M. Tout-le-Monde, Sportès a enquêté durant des mois sur cette jeunesse perdue.

LE FIGARO LITTÉRAIRE. – En quoi Tout, tout de suite est-il différent de L'Appât, que vous avez publié il y a près de vingt ans?

Morgan SPORTÈS. – L'histoire d'Ilan Halimi va beaucoup plus loin que celle de L'Appât, elle est plus effrayante, plus riche. Elle est multiple et complexe. Il y a dans l'affaire dite du «gang des barbares» un autre élément supplémentaire : la religion. J'ai été effaré de constater que sur les vingt-sept personnes impliquées, huit se sont converties à l'islam, simplement parce que l'islam était la religion de leurs copains.

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En vous plongeant dans ce fait divers, imaginiez-vous ce que vous avez découvert et relaté?

Je ne connais pas la banlieue, mais depuis des années je me rends au palais de justice de Bobigny pour assister aux comparutions immédiates. Toute la misère humaine y défile. C'est Voyage au bout de la nuit et le Bronx réunis. J'y ai observé une pauvreté extrême mais pas seulement matérielle, j'ai été frappé par la pauvreté du langage. Et c'est cela qui m'a marqué quand je me suis plongé dans ce fait divers. Ces jeunes ne verbalisent pas, ils ne possèdent ni orthographe ni grammaire susceptibles de construire une pensée. C'est le vide culturel. J'ai lu toute leur correspondance (mails, SMS, courriers), elle dénote un niveau de langage extrêmement faible (par exemple, Yacef, alias Youssouf Fofana, et son ami disent avoir noué des relations «spiritueux» avec la religion ; ils parlent de «l'escale de la violence»…).

Comment avez-vous procédé pour donner l'impression d'avoir suivi cette affaire minute par minute?

J'ai écrit le livre en trois étapes. J'ai d'abord lu les dossiers: plus de 8000 pages. Ensuite, je suis allé sur les lieux: j'ai mis les pieds là où je ne m'étais jamais rendu. C'était à la fois passionnant et terrifiant, ces bois de Sainte-Geneviève-des-Bois, ces grillages, ces lieux sans lumière. C'est une jungle aux portes de Paris. J'étais très mal à l'aise. J'ai marché. Il y avait des tas d'objets abandonnés, et j'ai pensé qu'Ilan a été jeté là comme une boîte de Coca. À un moment, je me suis demandé: «Qu'est-ce que je fais là?» J'ai parlé aux policiers, aux avocats, j'ai eu accès aux comptes rendus des communications entre Fofana et la famille d'Ilan. J'ai rencontré des témoins, correspondu avec certains des détenus. J'ai repris leur façon de parler. J'ai enfin mis en scène ces faits, et il m'a semblé que tout jugement ou tout commentaire de ma part eût été inutile. Mais je ne tends pas à l'objectivité, elle n'existe pas. C'est l'accumulation de détails qui crée le réel. Et la réalité est bien plus fascinante que la fiction.

Vous n'aimez pas l'expression «gang des barbares», pourquoi?

Un gang? Ce n'est pas le mot qui convient. Ce sont des Pieds Nickelés incultes et monstrueux ! Ils préparent un kidnapping en pensant qu'au bout de trois jours tout sera bouclé sans problème, mais ils n'ont même pas les moyens d'acheter des puces téléphoniques et n'ont pas pensé qu'il faudrait nourrir leur victime. Si l'affaire n'était pas sordide, les expressions «cerveau» de la bande ou «as» de l'informatique prêteraient à rire: ils ne savent pas faire fonctionner un appareil photographique numérique et leurs conversations avec la famille d'Ilan Halimi ou les policiers sont souvent interrompues faute de crédit téléphonique… Quant au mot «barbares», il ne correspond absolument pas à la réalité: «barbares», cela voudrait dire qu'ils sont extérieurs à notre société, ce n'est pas le cas.

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C'est un livre politique, aussi?

Mon livre est aussi un pamphlet politique contre l'ultralibéralisme et l'école, qui ne fonctionne plus dans certaines zones. La plupart de ces jeunes sont déscolarisés. Ils sont incapables de s'exprimer, ils vivent dans une économie de la survie avec des petits trafics (essence, puces téléphoniques…). Pour moi, il y a un lien direct entre ce qui se passe à Wall Street et dans nos banlieues. Oui, cette histoire est le symptôme d'une «quart-mondialisation» de la société.

Vous décrivez des jeunes dont les seules références sont les séries télévisées, les clips de rap et les films de gangsters, et qui confondent le virtuel et la réalité…

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J'ai revu Scarface de De Palma – qui est un peu leur film phare-, et j'ai compris que ces adolescents ne sont pas construits, ne distinguent pas le cinéma et la réalité. La jeune fille qui a servi d'appât est dans tous les clichés, elle prend les images issues des clips de rap au pied de la lettre. Quant à Youssouf Fofana, il est né le jour de sa médiatisation.

Tout, tout de suite de Morgan Sportès. Fayard, 386 p., 20,90 €.

Par Mohammed Aissaoui
Le Figaro







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